LE MAITRE AUX DAUPHINS
FASCICULO DE MEDIC1N A VE.NEXIA i4i)3, L'ilTPNEROTOMACHiA POLIPH1LI VENETIIS IN JED1BIS ALDI MANUTI1 1499,
TEREXT1 VS VEWETIIS UH{>.
ORSQIE les amateurs d'autrefois commencèrent à mettre un peu d'ordre dans l'arrangement de leurs — liv res d'estampes — ils classèrent d'abord, par écoles et dans l'ordre chronologique, les productions des artistes dont ils savaient les noms. Ceux que l'on ne connaissait encore que par les marques figurées ou par les monogrammes avec lesquels ils avaient signé leurs ouvrages, furent réunis et groupés à la suite des artistes connus et désignés par des dénominations tirées de ces marques elles-mêmes.
C'est ainsi que nous avons eu les maîtres à la navette, — aiLt ùoutilorts croisés, — à la ratière, — au caducée, — à T e'cret'isse, — au nom de Jésus, et beaucoup d'autres encore.
Notre Michel de Marollcs, grand baptiseur d'estampes, doit être considéré comme le créateur de cette nomenclature pittoresque, qui avait le grand avantage de ne pas engager l'avenir par une interprétation téméraire. Nous n'avons pas toujours été aussi sages, de nos jours surtout.
L restait, en dehors de ces deux grandes divisions iconologiques , un nombre considérable d'estampe.1» complètement anonymes, c'est-à-dire sans marques ni monogrammes, parmi lesquelles il était facile de distinguer beaucoup de productions ayant entre elles un air de famille , pouvant être rangées par écoles et rattachées à des centres d'activité artistique, comme l'a fait M. Robert- Dumesnil , par exemple, pour la l)elle suite d'estampes décrites sous le nom <ï Ecole de Fontainebleau.
Une plus grande uniformité de sty le et d'exécution pouvait en faire attribuer quelques autres à un seul artiste, et cet artiste il fallait lui trouver un nom.
M. Duchesnc ainé, imitant en cela l'usage qui désignait notre Jean Duvet sous le nom de Maître à la Licorne, nom par lequel il est aussi connu que par le sien propre écrit sur tous ses ouvrages , a donné celui de Ma(tre aux Banderolles à un vieil artiste allemand qui s'est plu à prodiguer ce genre d'ornements dans la plupart de ses productions; et cette désignation expressive, qu'il faut conserver, lui convient beaucoup mieux que celle de Maître de i4*>4> proposée plus tard par M. Passavant, qui se donnait volontiers le malin plaisir de contrarier les travaux français, lorsqu'il ne pouvait les passer sous silence.
(l'est vers l'étude des anonymes, et dans le but de simplifier la nomenclature, que doivent se porter les efforts des iconographes. Il faut les grouper et les réunir bien plutôt que de les diviser le nombre des innornes restera toujours assez, grand parmi les maîtres graveurs du quinzième siècle, c'est ce que nous essayons de faire aujourd'hui, en suivant dans une voie qui est celle île la clarté, l'exemple donné par MM. Duchesue ainé et Robert-Dumestiil.
'EST, du reste, une circonstance rare que de rencontrer, sur l'ensemble des productions d'un artiste dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, un motif assez souvent répété pour devenir en quelque sorte un signe distinctif de sa personnalité.
L'artiste que nous voulons présenter aux amateurs sous le nom de Madré aux Dauphins, ne leur est pas complètement inconnu; c'est un dessinateur qui vivait à Venise vers la lin du quinzième siècle, où il a plus particulièrement consacré son talent à décorer les beaux livres qui s'y publiaient alors en si grand nombre. Nous avons tiré son nom du dauphin, motif d'ornementation favori que l'on retrouve presque partout dans ses élégantes compositions, quasi comme un ressouvenir des telradragmes de Syracuse qu'il aurait aimés.
LE CABINET DE L'AMATEUR. 383 Le Maître auv Dauphins a beaucoup produit, les livres qu'il a illustrés de ses dessins sont connus et recherchés. Notre seul mérite sera d'avoir rapproché, comparé les uns aux autres quelques-uns de ceux que nom avions sous la main, et signalé aussi lapart qui lui appartient dans la forme définitive adoptée au seizième siècle pour l'ornementation des livres.
KST le Maitm aux Dauphins qui a tracé les dessins de Y Hypnerotomachia Poliphili , que l'on a voulu donner à Raphaël et à Giovanni Ikllini , et ceux du Fasciculus medwine de Jean de ketham, que l'on a tenté d'attribuer à Andréa Mantegna. Aujourd'hui il faut absolument renoncer à toutes ces hypothèses sans critique.
C'est à lui que l'on doit les illustrations des Métamorphoses d'Ovide, du Théâtre de Térence et de Plaute, des fables d'Ésope, du premier Vitruve figuré, édité par Giovanni Giocondo, et d'une foule d'autres livres, publiés de 1491 à r5ao par Luc.-Ant. Junte, (ïregorio de Gregoriis, Aide Manuce, Lorenzo Soardis, Arrivabene, etc., etc.
C'est lui qui a fourni à ces illustres imprimeurs des frontispices, des lettres ornées et des marques typographiques, depuis l'ancre aldine dans sa simplicité primitive, jusqu'à la marque superbe placée sur le titre des Eïvmcades de Marc-Antonio Sabellico de 1498 (J'enetiis /*?/• Hemardinum et Matheum f'enetos qui vu/go dicuntur li Albanesoti '), qui a déjà paru en fac-similé, page 5a de ce volume. C'est peut-être dans les encadrements de titres, les alphabets ornés et les marques d'imprimeurs, que notre artiste s'est montré plus particulièrement inventeur.
L s'est servi dans leur exécution, tour à tour et concurremment, de deux systèmes de dessin : l'un à fond noir, rappelant les nielles sur argent que l'on plaçait encore sur la couverture des manuscrits, et dans ce genre nous ne connaissons rien de plus somj)tueux et d'un goût plus sévère à la fois que l'encadrement de page qui parut pour la première fois dans l'Hérodote latin de 1 4o4n sur des proportions plus grandes que celles du fac-similé réduit que l'on trouvera aux pages 1 et 34 1 de ce volume. L'autre manière, sur fond blanc, d'une touche légère et d'un dessin tracé dans le goût des initiales grises dont est nous émaillerons de notre mieux le reste de cet article. Un frontispice grand in-folio, qui se trouve dans le Plaute publié par Soardis, en 1 5 1 1, est de ce genre. Il ne le cède en rien à l'encadrement de l'Hérodote, ni sous le rapport de la composition, ni sous celui de l'élégance du dessin.
Ces jolies productions, qui eurent alors une très-grande vogue, portèrent le dernier coup à un reste de goût germanique introduit en Italie par les imprimeurs étrangers: imitées et contrefaites partout, même à Venise, elles donnèrent partout le ton. Les livres de notre Simon de Colines constatent à plus d'une page les emprunts qu'il faisait au dessinateur vénitien près d'un demi-siècle plus tard, et le jeune Holbein réduisait, pour Jean Froben, aux proportions d'un in-4°, sans y rien changer, l'élégant titre du Plaute de 1 5i i que nous citions il n'y a qu'un instant. (Voyez le n° 9 des titres du catalogue de M. de Rumohr, que M. Amb.-Firmin Didot cite sous l'année 1 5 1 7, (page 77, dans son Essai sur t histoire de la Gravure sur bois, qui sert d'introduction à l'édition renouvelée des costumes de Cesare Vecellio ; excellent programme tracé de main de maître, qui nous arrive tout frais sortant de dessous la presse et que nous sommes heureux de citer le premier.)
fai arquons en passant que les mes de pages étaient alors, sinon inconnues, au moins fort rares. Une seule nous est tombée sous les yeux dans le cours de nos recherches, Celle qui a été reproduite plusieurs fois dans ce volume, et qui se trouve dans un livre, très-rare lui-même, recherché surtout pour quatre planches gravées en taille-douce par Hier. Mocetto dont il est orné (1).
Le commentaire le plus bref et le plus significatif que l'on puisse faire d'une œuvre d'art, c'est d'inscrire au-dessous la date de sou exécution. Nulle part les dates ne sont plus précises que dans les livres. Nous essayerons donc de ranger ici dans l'ordre chronologique quelques-uns des ouvrages illustrés par notre Maître aux Dauphins.
t. premier en date est le Fasciculus medicise de Jean de Ketham, publié par les frères de Gregoriis, en 1 49î • Ce recueil, destiné à prendre place deux ans plus tard parmi les livres à figures sur bois du quinzième siècle les plus précieux, n'était alors qu'un mince cahier de seize feuillets grand infolio, contenant cinq planches anatomiques. l^s quatre premières sont d'une taille fort grossière ; il est évident que le dessinateur est trahi par l'inexpérience du graveur; mais sous ses maladresses répétées, il est encore facile de reconnaître, dans le dessin de l'ensemble, la fermeté de contour et un certain air de grandeur qui caractérisent plus particulièrement l'influence d'Andréa Mantegna sur les artistes vénitiens de la terre ferme, c'est-àdire de Padoue, de Vicence et de quelques autres localités. Cette première édition, que nous enregistrons pour marquer le point de départ de l'artiste, n'est qu'une tentative qui devait conduire à un résultat supérieur.
(1) Dr. 50LA opinculum ditfinctum plénum cUnim, *lc. ren,tiU, Joannit Rubri VeneUani MDX1HI. Infol., ûg.
LE CABINET DE L'AMATEUH. 350 La deuxième, publiée en i4g3 par les mêmes imprimeurs, mais avec texte italien, présente le livre sous sa forme définitive 11 est orné de dix planches. Nous ne nous arrêterons pas à celles consacrées à l'anatomie; une seule des gravures de la première édition a trouvé place dans la seconde, les autres ont été refaites. Une sixième planche qui représente, rangés circulairement, vingt et un vases de verre contenant des urines teintées avec soin pour servir de diagnostique, est sans importance. Mais les quatre autres, — elles n'ont pas moins de 3o centimètres de hauteur, — d'un dessin plein d'élégance et de caractère, sont , sans contredit , parmi les plus belles qu'on puisse rencontrer dans le» livres à figures du premier siècle de la typographie. Le maître qui avait apposé aux pieds d'une figure anatomique de la première édition les deux dauphins que nous devons retrouver plus tard sur un grand nombre de ses compositions, les fait reparailre ici dans deux planches différentes.
i» doit surtout rechercher cette deuxième édition : c'est la seule complète ; dans les suivantes, l'imprimeur, désirant diminuer le format du livre, ne trouva rien de mieux que de rogner les planches de quelques centimètres. Celle qui représente un intérieur d'amphithéâtre, qu'on ne pouvait raccourcir sans couper les jambes des personnages, fut remplacée par une planche d'un dessin beaucoup moins heureux ; deux autres, l'examen des urines et le médecin soignant un pestiféré, ont été successivement amputées par le bas. Dans la première, les pieds du médecin consultant ont été atteints et le bloc carré sur lequel était monté l'enfant tenant un vase a disparu; dans l'autre, uti chai, en bas, à droite, a été enlevé. Enfin, celle où le D* Petrus de Montagnanu est assis dans une tribune a vu disparaître la rangée de livres qui est en haut de l'estampe. Ces diverses modifications n'ont pas été opérées en même temps. Dans les deux éditions données en i5oo la planche de l'amphithéâtre est refaite et le chat a disparu de celle du pestiféré. Toutes les planches ont été rognées dans les éditions de i5aa.
hï autre particularité intéressante pour l'histoire de la gravure elle-même, c'est que, dans l'édition qui nous occupe, la planche de l'amphithéâtre, outre l'impression du trait noir, est rehaussée de quatre couleurs qui nous paraissent appliquées au moyen de planches emboîtées par un procédé analogue à celui dont s'est servi Pierre Schœffer pour imprimer les initiales du Psautier de 14^7. En i485, Erhard Ratdolt avait ajouté une impression jaune à celles, rouge et noir, des figures d'un de ses livres d'astronomie. L'essai tenté dans le Fasciculo de medicina de i4y3, est encore trés-éloigné de la perfection qu'Hugo da Carpi devait apporter un peu plus tard à l'impression de ses admirables camayeux, mais l'idée appliquée ici à un tableau est déjà assez nettement lormulée pour prendre date.
Voici les diverses éditions du recueil de Jean de Ketham parvenues à notre connaissance :
Fasciculus medicine Johannis de Ketliam... ... /mpressum l'enetiis per Johannem et Gregortum fratrls de forlivlo. An no dnl millesimo quadtngentestmo nonagettmo primo mens i s Jullldtexxvj, gr. in-fol. sem. goth. à deux col., de tr» feuillets non chiffrés, sous les signatures A et B.
La souscription se trouve au verso du 13* feuillet; les deux suivants sont remplis par des addi lions d'un texte plus fin. Le 16«, qui devait être blanc, manque à l'exemplaire du Cabinet des estampes de notre Bibliothèque impériale.
In comi.ncia el dignissimo fasciculo de Médium in volgare il qualc tracta..... Qutfinttre el fasciculo de medicina vutgar lutta per Sabattiano ManUlo Romano, E stamptto per Zuane ty Gregorio dt Gregorfl. Net M. cccc Ixarxjciu. >tdl. v. Februarlo In f'enexia. In-fol. de 52 feuillets non chiffrés, sign. a— i, .
bois.
Le même, par Fran.-Ant. et
And. Arrwabene 1515.
U même. Texte italien. . . 17 janvier 1523. U même. Texte latin. ... fin mars 1523. Ces deux dernières éditions, qui sont fort belles, sortent des presses de Cesare Arrivabene. Celle du mois de janvier annonce, dans la souscription, qu'elle est faite sur une édition de 1515, publiée par les frères François-Antoine et André Arrivabene. Les <
frères de Cregoriis.
Le même. Texte latiu. .
Le même. Texte latin. .
Le même. Texte latin. .
U même. Texte italien.
U même. Texte
15 octobre 1405.
17 février 1500.
Queste sono le cose couti'iiute in questo dignissimo fasciculo di medicina Qui flnisee el
fasciculo de medicina vulgarizato per Sabastiano Manillo Romano, Ettamplto per Joanne de Cattelliono (de Milan) aie tpe de Joanne Jacobo é fratellt de Legnano. nel. M. ccccc. vuu. adi. xxui de maso. Petit in-fol. de 46 feuillets non chiffrés, signât, a— f, caract. semi-goth., Ûg. sur boit.
18 août 1508.
recueil. Texte italien, MUan, Sctnr, 1510, pet. in-fol.
Les figures de ces deux contrefaçons, copiées sur celles de l'édition de 1 493, sont plus petites et d'une exécution fort grossière.
otiTES les éditions de ce livre de médecine populaire, aujourd'hui fort rares, sont loin d'être connues. Chaque réimpression parait avoir été publiée simultanément en latin et en italien. Un an après la deuxième édition du Fasciculus, le même éditeur publiait un Hérodote latin, orné à sa première page du bel encadrement fond noir cité plus haut. Herouoti Halicarnasei patris historia; traductio e gra-co in latinum per virum eruditissimum Laurentium Valensem. fenetiis, impressa per Joanne m et Gregorium de Gregorii Fratres. A Mû Domini. M CCCC. XCIIII. die FI II Martii, in-fol.
armi les publications sur lesquelles nous ne voulons pas nous arrêter, nous citerons encore : l'epitome latin de I'Almat.este de Jean de Monteregio (Muller), que l'on doit aux presses de Jean Hamman de Landoia, et qui parut en 1 49^- Nous avons donné, page a43, un fac-similé du grand dessin placé en regard de la première page ; ce volume contient aussi de belles lettres initiales , fond noir, qui n'ont pas moins de 6o millimètres de hauteur,
Les Ei»NÉAj)ES de Marc-Antonio Sabellico parurent en 1498. Outre le fleuron du titre, qui semble appartenir au libraire qui faisait les frais de l'édition, il contient deux alphabets au simple trait d'une grande tournure, et la marque de l'imprimeur différente de celle du titre.
La première édition des Métamorphoses d'OviDE, traduction italienne de Buonsignore, imprimée par Giovanni Rosso, ad instantia del nobile huomo Messer Lac-Antonio Zo/tta, est de Venise, 1 497- Une seconde parut en i5oi. Il faut se garder de confondre les délicieuses gravures qui ornent ces volumes avec les grossières contrefaçons faites à Parme en i5o5, et à Venise, en 1 5 1 7 .
A ce nom de Luc-Antonio Junte qui devait publier, avec la collaboration du Maître aux Dauphins et de quelques autres artistes, un si grand nombre de livres à figures, liturgiques et autres, nous pourrions nous arrêter longtemps ; mais un simple coup d'œil jeté sur les belles publications de cet éditeur infatigable nous entraînerait trop loin.
C'est vers les dernières années du quinzième siècle qu'il faut placer une illustration des Fables d'Ésope, souvent réimprimées à Venise, et dont nous possédons une édition in-8 sans date et sans nom d'imprimeur.
Enfin parurent, en 1499, le Térexce in-folio, imprimé par Lorenzo de Soardi, et rHYPiTEROTo.MA.CHi \ PoLiPUiLi in œdibus Aldi Manutii.
Le frontispice du Térence, une représentation du théâtre antique (tel qu'on se le figurait alors), et trois petites compositions que nous reproduisons ici, donneront une idée suffisante de ce livre ; mais, pour bien connaître le Songe de Poliphile, il faudrait le feuilleter jusqu'à la dernière page.
Le maître, déjà dans toute la maturité du talent lorsqu'il aborda l'illustration des livres, ne s'est jamais montré plus charmant que dans ce beau volume. Rien n'est plus naïvement élégant que son commentaire; l'interprétation du texte est complète, unique même dans son genre; l'artiste marche pas à pas à côté de l'écrivain, pénètre avec souplesse dans les moindres replis de sa pensée, le suit avec complaisance dans tous les détours de sa fantaisie, donne partout un corps à ses descriptions minutieuses. — Le triomphe de Vertumne et de Po-
mone que la belle nymphe montre à Poliphile, la fontaine ambulante d'or et de pierres précieuses qui répand les parfums au banquet de la reine Eleutheridide, la frise qui nous sert de tète de page, et les petites lettres grises semées ça et là dans ce chapitre, appartiennent au Poliphile de i499-
RA Francesco Colonna, auteur du Combat a" amour en songe, car c'est ainsi qu'il faut traduire le mot Hjpnerotomachia, est lui-même un des types intéressants de la renaissance italienne. Son livre célèbre, qui n'a pas manqué de détracteurs, peut être lu avec intérêt et avec fruit; il mériterait un commentateur. Rempli d'enthousiasme pour les monuments qu'il décrit à plaisir, l'auteur mêle à l'amour de Polia une très-forte dose d'amour
Triomphe de Vcrluiiine et de Pomooe
de l'antiquité. C'est à bien parler le roman de l'architecture et quatre éditions magnifiques, d'une traduction française très-exacte, quoi qu'on en ait dit,
sont une preuve, peut-être, de l'influence dos idées de Fr. Coionna sur l'art français du seizième siècle. La a' édition italienne, publiée en i545, in casa dei figliuoli di 4/do, présente ce phénomène curieux, qu'à un demi-siècle de
U fontaine d'or et de pierres précieuse»,
distance, elle a pu être réimprimée semblable à l'ancienne , avec les mêmes caractères et les mêmes abréviations , page par page et ligne par ligne , avec
cette seule différence que la deuxième édition n'a pas de lettres initiales ornées. Quatre dessins peu importants, perdus sans doute, ont été regravés.
Aide l'ancien n'a que très-rarement orné ses livres de figures sur bois: à part un grand portrait en pied de sainte Catherine de Sienne, placé en tête des Lettres spirituelles in-fol., publiées en i5oo, nous ne saunons guère citer que le Dante, i5i5, col sito e forma delf ïnferno, et quelques jolis fleurons qui ornent les premières éditions des classiques grecs in-folio.
Nous terminerons l'indication des quelques livres auxquels nous voulons renvoyer les amateurs, par le Vitri:ve , imprimé par Joannis de Tridino alias Tacuino en i5i i , et le Plaute, de Lazarum Soardumy de la même année. Les encadrements de titres de ces deux volumes sont très-beaux ; mais, à l'exception
de quelques figures qui conservent un grand caractère : l'Archimède, dans le Vitruve, par exemple, pour le reste, la taille des planches devient lourde, et le dessin a beaucoup perdu de sa distinction.
Nous ne saurions évaluer à moins de — deux cents — le nombre des livres à figures où nous avons reconnu la' nui m de l'artiste anonyme qui nous occupe, et il est bien entendu que nous ne comprenons pas dans ce nombre ceux qui ne contiennent que des initiales et des marques typographiques. Nous en avons
LE CABINET DE L'AM.VTEUH. 365 donc passé, et des meilleurs, que nous retrouverons plus tard. En attendant, les fac-similé, d'une très-grande exactitude, que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, les feront facilement reconnaître.
AINTENÀNT, le Maître oilv Dauphins a-t-il gravé luimême tout ou partie des dessins échappés en si grand nombre à sa plume ou à son crayon? Telle est la question que soulève invariablement l'examen d'une gravure en relief remarquable, et il n'en est guère de plus controversée; la valeur de l'œuvre, l'époque, les habitudes du milieu où elle se produit, peuvent avoir une grande influence sur sa décision. De nos jours, le sculpteur donne au praticien un modèle en plâtre, et lui laisse le soin de terminer son marbre jusqu'à la dernière peau ; au seizième siècle, Michel-Ange allait lui-même à Carrare présider à l'extraction des blocs, et ne laissait à personne la dure fatigue de les dégrossir.
\Ji où la touche et l'esprit du maître nous ont été conservés dans toute leur fraîcheur native, nous ne voyons aucune objection sérieuse à ce que la planche ait été gravée par le dessinateur lui-même, surtout lorsqu'il s'agit d'oeuvres de la fin du quinzième siècle, ou exécutées dans les premières années du siècle suivant. Le côté vers lequel nous penchons s'éloigne de l'opinion généralement reçue, et la question est trop intéressante pour être résolue en peu de mots. Fious nous réservons de l'examiner un jour sous toutes ses faces.
LA MODE FRANÇAISE