NOUVELLE SÉRIE SOMMAIRE H I. MARS
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La cubiositb est aujourd'hui a un bon point. Jamais on n'a recherche avec plus d'ardeur tout ce qui tient ii l'art, à l'histoire ou .1 l'industrie des siècles ironies, nombre des amateurs s'est considérablement accru. Ce n'est pas une mode . c'est un besoin , une étude, un délassement. I.e sentiment des formes clégaules et de la beauté idéale a t'ait un notable propres, plutôt iustinctif que raisonne ; il est néanmoins réel , cl le goût général s'est améliore. Four nous servir d'une échelle de comparaison qui pourra sembler vulgaire, nous avons rarement vu porter à des prix excessifs des productions qui ne réunissaient pas en elles les justes proportions, la linesse et la grâce, qui savent se faire apprécier par les esprits les plus dilneiles,— et les nouveaux venus ont ete souvent les plus téméraires. — Encore un pas, et les maîtres italiens seront hors de prix.
telle invasion n'a pas laissé que de jeter quelque perturbation dans le camp des vieux amateurs, habitués .1 des jouissances moins chèrement pavées. Des voies nouvelles ont été forcément ouvertes. On a cherché, pour les exploiter à moins de frais, des filons éloignés, ou que leur humble apparence avait fait négliger jusqu'alors, l in coup d'ceil plus attentif a ete jeté sur l'ensemble de l'art lui-même : l'intérêt ne pouvait que s'accroître. De tout côté a surgi une foule de monuments nouveaux tirés de l'oubli et préservés d'une inévitable destruction ; nous v applaudissons . soit qu'ils se rattachent aux époques rudimenlaires de l'art, soit qu'ils appartiennent .'• l'industrie inférieure des temps plus rapprochés de nous, ils sont indispensables à la véritable physionomie de l'histoire. C'est a tort qu'on les dédaiguerait ; rien n'est indifférent de ce qui est de l'homme, et cette paléontologie du genre s certainement son intérêt.
Les meilleurs esprits, miles à toutes ces recherches, soot désormais acquis à l'art intime, qui fait le charme de la vie ; les plus grands noms du pays sont descendus dans l'arène, et il n'est pas rare, dans certaines occasions, de les voir quitter les affaires, l'Académie ou le Sénat, pour venir se mêler à la cohue des ventes publiques. — Il va sans dire que la foule les y a suivis.
Pourquoi, dans ce temps de spécialités, aucun recueil ne s'est-il consacré exclusivement aux amateurs? C'est ce que nous ne saurions dire. I„e moment nous a semble propice pour essayer, dans la limite de nos forces, de combler cette lacune. Le cadre est vaste, multiple, intini ; nous n'osons certainement nous flatter de le remplir an gré de tous. Le public est prêt ; sauronsnous seulement l'intéresser? là est la question.
I.e formai de cette nouvelle série du Cabinet tir t'Jmvteur a été agrandi . ses dispositions modifiées. Nous réunirons daus la Gazette destinée à envelopper la Revue tout ce qui est d'un intérêt momentané, mais dmit on aime à pouvoir retrouver les traces, c'est-àdire, nouvelles, bulletin des ventes publiques, examen des publications bibliographiques qui intéressent les arts, etc., etc.
Notre titre est à lui seul un programme beaucoup trop étendu pour que nous essayions de le parcourir; cabinet ou musée, magazine, archives ou revue, nous ne nous écarterons pas de son esprit. — L'histoire de la crramii/Hedeia renaissance, que nous avions annoncée il y a longtemps déjà, paraîtra ici par fragments, a des époques rapprochées, ornée de toutes les preuves et de tous les documents désirables. — La question des origines, ou plutôt des premiers développements de la gravure au burin, a étc remise à l'ordre du jour par des t rivaux récents : une suite importante de monuments inédits nous permettra de revendiquer pour l'art français la large part qui lui appartient. — Quelques pages excellentes de Robert Nanteui! , lié/levions et maximes sur la peinture et la gravure, seront d'un grand iutérèt. — Enfin, nous aurons la bonne fortune d'ajouter à l'œuvre de Marc-Antoine Raimondi des travaux inédits qui jettent un jour nouveau sur la vie de, cet illustre artiste.
Dans la numismatique, tout ce qui tient à l'histoire de l'art est de uotre ressort ; mais nous m plus particulièrement des medaillistesde 1 qui nous appartiennent exclusivement.
Chaque année , outre les dessins qui doivent accompagner noire texte, 1111 choix nouveau d'ornements empruntés aux plus belles époques de l'art, froulispkcs,
GAZETTE ET BULLETIN
lettres capitales, fleurons, têtes de pages et marques de libraires, fera de nos volumes un musée typographique, classé méthodiquement, digne de fixer l'attention des bibliophiles.— Les livres anciens illustrés, qui tiennent de si près à l'histoire de la gravure, — la reliure, et tout ce qui te rattache à l'art dans la confection des livres, nous fournira des pages curieuses.
A partir du prochain numéro, chaque livraison du Cabinet contiendra une page de marques de fabriques, d'artistes, ou de collections qu'il importe le plus aux amateurs de connaître.
Ce recueil est .fait par un amateur pour les amateurs, exclusivement à leur point de vue. Nous comptons sur leur concours. Us peuvent disposer de nous en tout ce qui peut leur être utile et nous recevrons avec reconnaissance les observations et les communications qu'ils voudront bien nous faire. Dès le premier jour, nous le plaçons sous leur patronage; s'ils l'adoptent, il sera leur œuvre aussi bien que la nôtre.
NOUVELLES DIVERSES
La restauration des tableaux dans les collections publiques semble à l'ordre du jour; on sait avec quelles fortunes diverses on a touché à quelques-uns des chefsd'œuvre du musée du Louvre. L'académie des Beaux- Arts, qui s'en est émue, doit publier, sur ce sujet, un rapport qui nous donnera l'occasion de revenir sur les soins à apporter à ces opérations d'un si haut intérêt pour les amateurs.
A Milan, le Mariage de la Vierge, de Raphaël, dont le panneau a été consolidé , vient de reprendre un éclat tout nouveau sous les mains habiles et discrètes du chevalier J. Molteni. Cette opération, admirablement conduite, est digne, de tout point, de l'expérience consommée de cet artiste qui porte si haut le culte et la connaissance des maîtres.
A Rome, le grand tableau de Raphaël, Saint Lue peignant la Vierge, qui se trouve dans le musée de l'Académie, était, depuis deux siècles, dans un état si délabré qu'il échappait presque à l'attention ; il vient de nous être restitué d'une manière très-satisfaisante par M. Ciov. Pileri ; c'est même une résurrection dans la meilleure acception du mot. Le panneau était affreusement gondolé; l'œuvre du grand artiste était enseveli sous d'épaisses restaurations qui avaient poussé au noir et sous une triple couche de vernis jaune. On pourra maintenant étudier sur cette composition remarquable la suite des transformations successives du génie de Raphaël jusqu'aux derniers temps de sa vie, car le Saint Luc, qui était resté inachevé, est une de ses dernières productions.
La Leçon d'anatomie, de Rembrandt, du musée de la Haye, est aujourd'hui entre les mains des restaurateurs ; espérons qu'elle en sortira heureusement.
— La galerie du Louvre a acquis à la vente de la collection Yallardi, de Milan, faite à Paris en décembre dernier, un triptique de Hemmlinck, d'une très-grande finesse d'exécution, mais un peu plie de couleurs. ISotre collection des dessins des grands maîtres s'est augmentée d'un superbe carton de Léonard de Vinci, provenant de la même source : c'est un buste de femme , de profil , grand comme nature.
— L'Italie est toujours la source vive et abondante où se puisent les productions artistiques d'un ordre élevé. Elle a produit pendant des siècles; ses monuments, remplis de chefs-d'œuvre , lui assurent une gloire que rien ne saurait altérer. Il y aurait vraiment de la puérilité à elle de regretter les quelques épaves que nous pouvons y recueillir encore, et qui servent chez nous à entretenir l'admiration pour son génie passé, la sympathie pour ses récents et glorieux efforts.
Cette fameuse collection Campana, de Rome, dont on a tant parlé, prise en payement par le gouvernement romain pour une somme de cinq millions, se disperse en détail et l'amiable au moment où nous écrivons. M. Robinson, directeur du musée de kensington , de Londres, a pu avoir, au prix décent trente mille francs, toute la partie des sculptures de la renaissance , marbres et terres cuites, et un grand nombre d'autres beaux objets de la même époque pris dans les différentes classes de la collection. Ce choix, fait par un connaisseur trèsclairvoyant et très-vif chez des gens qu'aveuglait le son de guinées hérétiques, qui avaient pour eux tout l'attrait du fruit défendu , ne peut être qu'excellent. Parmi In , sculptures, nous nous rappelons un marbre de Michel- Ange à l'état d'ébauche seulement, mais qui a toutes les beautés de sentiment et d'expression des œuvres les plus achevées.
La Russie est venue ensuite, et, pour une somme de cent mille écus romains , a enlevé tous les vases grecs, série importante qui contenait, outre la belle suite des vases de Cere couverts d'inscriptions et de dessins archaïques, tous les vases du potier Micostènes, et cette J magnifique Idrie trouvée à Cumes,' surnommée le ni des vases, le plus beau en effet qu'il soit possible de rêver pour la rare élégance du galbe et la souveraine beauté des bas-reliefs dont il est orné.
Un M. Gismondi, de Rome, est venu dernièrement à Paris, porteur de propositions et d'albums photographiés, où étaient reproduits les marbres antiques de la collection Campana : ils ont été entre les mains de quelques amateurs.
— La Aational Gallery de Londres s'est enrichie depuis peu d'une précieuse predella du frate Giovanui i Angelico, de Fiesole, payée 102,000 fr. au chevalier Valcntini, à Rome, y compris un droit de sortie de vingt pour cent. Cette peinture réunit toutes les conditions que l'on recherche en Angleterre, la beauté, la conservation et surtout la célébrité. On appelle predella, en . Italie, la base d'un tableau d'autel ordinairemeut divise I en plusieurs compartiments, sur lesquels les artistes du quinzième siècle avaient l'habitude de retracer des épisodes qui se rattachent au sujet principal ; placés pins près de la vue, ils y déployaient toutes les finesses de leurs pinceaux. Lorsque l'usage vint de surcharger le autels d'ornements placés sur des gradins, elles disparurent presque toutes.
Celle-ci appartenait au tableau d'autel de la petite église de Saint-Dominique, qui est sur la route de Florence à Fiesole, et fut vendue par les moines, en l«02. au père du dernier propriétaire. Elle se compose de cinq petits panneaux de 32 cent, de hauteur; celui dn milieu, qui a 70 cent, de large, représente le Christ dans une gloire , entouré d'anges au nombre de plus I de cent vingt; sur les deux pièces latérales, qui ont
chacune 64 cent., la Vierge, saint Pierre et saint Paul sont en adoration, tournés vers le sujet du centre et entourés d'un triple rang de bienheureux ; les plus illustres docteurs de l'ordre de Saint-Dominique sont groupes aux deux extrémités sur des panneaux de 20 cent. On connaît la finesse du pinceau de fra Angelico; elle est ici admirable. Vasari parle de cette predella dans sa Vie du firate Giovanni: « Les figurines innombrables que l'on voit dans une gloire céleste, dit-il, sont si belles qu'elles paraissent vraiment du paradis, et celui qui s'en approche ne peut se rassasier de les voir. »
Ce n'est pas sans difficultés que le gouvernement britannique est parvenu à Taire sortir ces petites peintures des Etats de l'Eglise. La tourbe des employés subalternes qui déshonorent l'administration romaine voulait manger (magniar), comme on dit dans le pays, et les Anglais n'aiment guère transiger avec l'appétit de res messieurs; on avait su le prix d'achat et il fallut payer le droit de sortie énorme de 17,000 fr.
Le British-Museum, la Galerie nationale et le musée de Kensingtoo sont trois foyers de recherches d'une activité vraiment admirable. 11 règne dans l'administration de ces collectious un mouvement, un entrain qui ne connaît pas de relâche. Correspondances, voyages, missions, zèle, intelligence, argent, rien n'est épargné, et ces eiïorts auront accumulé avant peu dans les musées d'Angleterre des trésors dont l'Kurope sera jalouse... mais trop tard.
— Les 100,000 fr. de la predella de fra Giovanni nous conduisent naturellement au grand paysage dV/oMewa, de la vente Patureau, qui vient d'entrer dans la collection de M. le comte de Morny ; c'est aussi un tableau de 100,000 fr. Il passe généralement pour la page la plus importante du maître. Possédé par M. Van Saceghcm, de Gand, avant de tomber entre les mains de M. Patureau, il avait été acheté un peu plus de 100,000 fr. àJa vente de 1859 par un riche banquier de Berlin , M. Sehultz, qui vient de le céder à l'illustre amateur français pour le même prix, dit-on.
— La collection de vases grecs de feu M. Panckoucke, au nombre de prés de cinq cents , vient d'être achetée par MM. Bollin et Feuardent; elle contient, parmi beaucoup de beaux spécimens de fabriques diverses, un très-grand nombre de sujets relatifs à l'histoire d'Hercule. Les mêmes négociants ont aussi acquis à l'amiable la collection des monnaies royales de M. Rousseau. La vente, qui avait été annoncée pour l'année prochaine, n'aura donc pas lieu.
— Mais la grande affaire de la saison et du moment, c'est la vente des belles collections que le prince Soltvkoff réunissait depuis vingt-cinq ans avec tant de générosité, de persévérance et de goût. D'où vient cette détermination soudaine de se priver de tant d'objets rares et précieux , je dirais même introuvables , si on n'avait abusé du mot, d'abandonner en un jour le fruit de tant de peines, de tant de souffrances endurées pour les réunir, les grouper et les compléter? On connaît mal les tribulations et les déboires du collectionneur, et le prince, qui était difficile, fut soumis à de rudes épreuves. Tel objet que je pourrais citer, auquel il ne manquait qu'un clou, a été trois ans entre les mains du restaura-
teur qui devait le remplacer. Deux fois le priucc Soltykoff a fait construire des hôtels avec le soin et la recherche qu'il apportait à tonte chose, et deux fois les hôtels se sont trouvés trop étroits pour sa collection. Jamais, cela peut paraître incroyable, il n'a pu parvenir à rencontrer un homme capable de disposer d'une façon pittoresque et suivant son rêve les nombreuses richesses qu'il avait amassées. Il y a de ces choses qui paraissent simples au premier abord et qui sont d'une difficulté inouïe, et on se lasse un jour.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur j une collection qui demanderait des volumes. S. M. l'Empereur a acheté au prince SoltykofT. pour deux cent cinquante mille francs , les armes et armures européennes : c'était, avec les objets dos treizième et quatorzième siècles, la partie la plus caressée par l'amateur; on les dit destinées au château de Pierrefonds. Le reste a été vendu à une société de spéculateurs pour une somme de dix-sept cent cinquante mille franc t. Elle sera revendue pour leur compte dans le courant du mois d'avril; rien n'en a été distrait.
Les armes orientales, partie distincte, cataloguée ;'■ part, dont la vente avait été annoncée pour le 2.'> mars, ont été cédées en bloc, avant la vente, au représentant de l'empereur de Russie. C'est uu précédent fâcheux pour le reste.
VENTES PUBLIQUES
Avec la valeur toujours croissante qui s'attache aux objets d'art et a toute la série des monuments historiques, il est facile de prédire que toutes les richesses artistiques de la France, la plus précieuse partie de son mobilier, sont destinées à passer tôt ou tard par l'hôtel des commissaires priseurs, puisque c'est la voie naturelle la plus facile, et en même temps la plus sure pour les vendre. La somme importante que représente aujourd'hui une collection choisie doit même contribuer rendre les ventes plus fréquentes; il y a donc toute autre chose qu'un simple intérêt de curiosité à en observer avec soin les mouvemeuts, à suivre dans leurs '
pérégrinations nouvelles les œuvres les plus importantes
et à en constater le prix. A toutes les époques, on n tenu de ces sortes de registres, espèces de stuff-twok du genre, qui deviennent des éléments de garantie qui intéressent tous les amateurs.
C'est néanmoins une tâche difficile et délicate ii remplir. Nous expliquerons, au fur et à mesure que l'occasion s'en présentera, ce qui constitue le haut prix de certains objets, et, au point de vue pratique, dans quelles mesures on doit s'en servir. Les chiffres ne signifient rien eux-mêmes, c'est la nature des objets qui fait tout.
Il y aurait bien quelque chose à dire sur la sincérité qui préside à quelques opérations; mais avec quelle délicatesse pourrions-nous y toucher sans faire crier beaucoup les patients ! Nous nous en abstiendrons le plus souvent. Nous devons remarquer cependant que, dans quelques-unes de ces occasions où les ventes d'objets d'art sont devenues des affaires montées qui doivent faire prime, ce n'est plus le vendeur qui se trouve en présence de cette révision que nous poursuivions jadi*. c'est le public qui est vis-à-vis d'un vendeur résolu a lui faire payer cher ses moindres fantaisies.
GAZETTE KT Hl LLETIN DL* CAUINET DE L'AMATEUR.
Les ventes dites franches deviennent de plus en plus rares, et nous regrettons l'Age d'or où on lisait dans les catalogues, au-dessous des conditions de la vente et du mode de payement, la note que nous reproduisons ici