LES COULISSES DE LA CURIOSITÉ
La curiosité a ses coulisses comme le thé.Vre , comme le mon fe, comme la vie. T-a curiosité n'est-cile pas uu petit monde elle-même ?
Ce qui se passe dans les c mlisscs, c'est le fin des choses, ce que peu de personnes savent, ce que tout le inonde veut connaître; et puisque nous nous adressons à des curieux , n'est-ce point ici le lieu de tout dire ?
Les grands canons de Rhodes entrés au musée d'Artillerie, dout nous venons de parb r, voilà le gros de la curiosité, le cô é brutal : on en a parle et on en reparlera eucore. Le^« ce serait, pvr exemple, le délicieux vase grec , provenant des fouilb s que M. Saltzmaun faii faire à Khodes dans la nécropole de l'ancienne rite de Kamiros et qu'il a* ait apporté avec lui en même temps que les grands canons.
Ce vase a mis en émoi, pendaut un instant, tout le Pari» amateur qui lait eucore ses délices des œuvres, du génie antique.
Jamais on n'avait vu un dessin plus suave, plus facile et plus graud appliqué sur d'aussi fragiles parois.
M. le duc de Hlacas te regardait avec un œil it'euvie, et le directeur du musée Napoléon III eu était tout a fait amoureux. De grosses proposition* furent faites a notre ami, mais le vase appartenait à I Angleterre.
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Par quelle raison le vase appartenait-il aux Anglais.
malgré le désir qu'aurait eu M. Saltzmann, qui est très-français , de le voir figurer a<> musée du Louvre? C'est tout une histoire qui prouverait une fois de plus, si nous la racontions, que l'Angleterre n'est pas une nation aussi exclusivement mercantile qu'où veut bien le dire, et que les hommes d'Ktat de ce pays accordent en tonte occasion un très-grand intérêt à ce qui peut augmenter les richesses du British Muséum.
Pour couper court à tout ce bruit qui était parvenu jusqu'à Londres, M. Newton, un des diiecteurs du Britfeh Muséum , prit un matin sa canne et son chapeau et vint coucher le soir à Paris, non qu'il douldt de notre ami. mais pour saluer ce nouveau joyau du musée anglais qu'il emportait avec lui le lendemain.
Nuits ne le reverrous plus qu'en traversant la Manche.
Et cependant Paris tend à devenir de plus en | lus le principal marché de la curi<isité.
Nous avons l'habiiude de voir les Hollandais et leurs déballages énormes de porcelaines, de faïences et de meubles.
II nous est venu de Russie, cette année, une collection bien différente et néanmoins fort agréable; elle eût pu tenir dans une bonbonnière.
Nous voulons pai 1er d'une charmante suite de portraits peints sur or entaillé de lVtitot, Ch»ron, Boit. Perraut, et autres éit.ules du célèbre artiste que nous avons nommé le premier. Ils étaient au nombre de quarante-cinq , collect.ou cousidéroble pour des objets de ce genre.
L'un d'eux était signé Pttitot fil» : on savait que Petitot avait un fils, mais on ignorait qu'il eût peint sur émail.
I n portrait du cardinal Mazariu s'est vendu I,ô00fr.; les autres beaucoup moins, de 1,000 fr. a 400 fr.
I.es Italiens sont venus de tous les points : Tito Gaillardi et le I)r (îuastalla, de Florence ; Clémente Bordato et Bicheiii, de YenU*; Basliui, de Milou, et Donna Srrafina, de Naples.
Basliui avait apporte les douze travaux d'Hercule, bas-reliefs d'argent ciselés, et il les a laissés à Paris.
Il avait aussi une véritable cargaison (plus de cinquante j de violons de Stradivarius, des Aniati , de Statuera et de Guarnerius , qu'il a emportée à I.ondres. KM
Le I)' Guastallaavait apporté, entre autres choses, une délicieuse châsse de cuivre éntoillée et dorée du quatorzième siècle, un des produits les plus délicats de la grande manufacture de Limoges, mais il en demandait un prix fou.
De Paris, il l'a portée à Londres sans plus de succès, et maintenant il la remporte à Florence. Aux plus beaux jours de son existence, jamais la pauvre chaise n'avait été autant promenée.
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L'histoire de Clémente Bordato et de ses tableaux est une véritable odyssée, et, par sa nature en dehors, notre homme a mis qui a voulu l'entendre dans la confidence de son désappointement.
Clémente Bordato est un des nieront les plus accrédités du Grand Holel royal Danieli, à Yeuise. Il est gai, plein d'entrain, plaisant à dérider les plus mélancoliques, c'est une des nécessités de sou métier. Il se pique d'être connaisseur, et fait remettre à ueuf tie vieux tableaux sans marchander la co .eur.
Il lui est arrivé un jour de vendre 15,000 fr. uue peiuture de sa fabrique; rien ne pose un homme comme le succès; il a voulu voir Paris et s'essayer sur un plus illustre théâtre.
F.n homme qui connaît la valeur des influences. Bordato s'était fait précéder par un catalogue doublement illustré par des gravure» et par M . Francesco Zaootto. — Il a foi dans la lettre moulée; ici, il a recherche le suffrage des journalistes.
Il obtint, dans la CAronit/tte dts Art», un article de M. Charles Hlanc, ce qui commence à n'être plus une faveur, écrit avec la conviction robuste et ce charme séduisant de style dont il a 'déjà donne tant de preuves.
Ce jour-la, Bordato n'aurait pas donné ses tableaux pour 100,000 francs; la nuit, ils dansaient autour de lui, et l arti. le. rayonnant en caractères de feu, l'empêcha de dormir. C'est qu'il était très bon l'art cle de M. Charles Blanc! — Quand serons-nous délivrés de cette eau bénite insipide accordée aux plus vulgaires productions? KM
— On m'a promis M. le comte Duchdtel, me disait-il.
— Bordato, tu te ruines.
— Non. S ignore, moi je ne donne de sucre qu'après; il tenait à son expression.
Bordato demandait so.Ono fr. de son Jean Bellini. Il ne fit rien à l'amiable, il fallut en venir a une vente publique.
Ce pauvre homme était dans une agitation extrême ; à la fin, la confiance commençait a l'abandonner.
L'immense salle u° â fut donc un jour tendue de velours grenat, comme pour le tableau de Sébastien del Piombo de l'année dernière, et les quatorze tableaux de Bordato livrés pendant deux jours à l'enthousiasme du public qui Tut assez froid, il faut le dire.
Mais le velours grenat a un grand attrait.
Il va sans dire que le catalogue étoit orné du triomphant article de M. Charles Blanc et rédigé avec le même feu.
Tout y était loué sur le ton du dithyrambe, même les bordures.
Les amateurs ont une hostilité marquée contre les tableaux vantes par les gens de lettres qu'ils regardent comme des rêveurs. IS'approfomlis>ouspas leurs raisons.
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Le jour de l'adjudication, une foule énorme s'était fait comme un malin plaisir d'asMster à la déconvenue du pauvre Yenitien.
Le tout produis t une somme de 12.000 fr.
Bordato, dans la coulisse, jetait du feu par la bouche et par les jeux coude le mauvais goût dts amateurs parisiens.
GAZETTE ET BULLETIN DU C A III NET DE L'AMATEUR
Au fond , cependant , 12,000 fr. argent sonnant lui paraissaient agréables, car tous ers marchands italiens n'ont qu'un enthousiasme d'emprunt pour les toiles qu'ils payent un écu.
La foule écoulée. Borda to s'approcha du bureau...., tout avait été racheté pour son compte.
11 avait oublié qu'il avait donné des commissions, et il se trouvait devant un compte de frais de deux mille livres.
Un petit article, dirigé contre le savant conservateur du musée de Berlin. M. YVaagcn, a fait presque autant de bruit, dans un certain monde, que le pamphlet de M. Silvestre contre M. Ingres.
Il s'agissait de la naissance de Rembrandt , que M. Waagcn, avec les auteurs du catalogue du Musée d'Amsterdam, place en 1608 , tandis que d'autres tiennent pour l'année IG06.
Nous sommes assez de cette dernière opinion. Il nous plaît de penser que le peintre de la Ronde de nuit a vu le jour la même année que l'auteur du Cid ; mais ce n'était pas une raison, fût-on le Mécène de plus de journaux encore que n'en protège M. Emile Calschon, pour traiter de bon tudesque, ignorant la matière sur laquelle il tranche, un homme de la valeur de M. Waagen.
La critique du jeune amateur manque d'esprit, et c'est ce qui nous étonne. Nous ne voulons cependant pas faire descendre la polémique jusqu'à lui dire le pourquoi.
NOUVELLES DIVERSES
La Société nationale des Beaux-Jets qui vient de se constituer sous la direction de M. Achille Martinet, à l'imitation de beaucoup de sociétés anglaises du même genre, a pour but d'assurer aux artistes qni en font partie :
P Un local convenable pour des expositions souvent renouvelées de leurs œuvres, où le public sera admis moyennant une rétribution d'un franc d'entrée;
2" Une agence qui s'occupera du placement et de la vente des objets exposés aux meilleures conditions possibles.
Elle est en quelque sorte mutuelle et peut être productive de ce qu'on peut appeler des droits d'auteurs, puisque le produit des recettes excédant les dépenses doit être réparti entre les sociétaires exposants.
Le patronage de S. E. M. le comte Walewski, ministre d'État, qui a bien voulu accepter la présidence honoraire de la société, le concours d'une foule d'artistes
distingués et l'heureuse situation de ses sille* d'exposiliou assurent dès aujourd'hui le succès de cette entrepris* nouvelle chez nous.
La Société nationale des Beauv-Arts admet aussi dans son sein des sociétaires-amateurs. La première exposition est ouverte depuis le 2 juin, boulevard des Italiens, n- 2fi.
Nous signalons avec plaisir aux amateurs le ratalogue périodique à prix marqués de médailles et monnaies grecques, romaines, du moyen âge et des temps modernes publie chaque mois par M. H. Hoffmann ;r»i, rue Sainte-Aune\
I,es numismates sont partout , et les marchands de médailles ne se trouvent qu'a Paris. M. Hoffmann a donc eu une bonne idée d'appliquer à la vente des monnaies le catalogue à prix marqué employé chaque jour pour les livres et pour les estampe; , et de mettre peu à peu sous les yeux des amateurs de province, sans qu'ils soient obligés de se déranger, les innombrables cartons de sa collection tous remplis des monuments numismatique* les plus variés et les plus rares.
Chaque numéro de ce catalogue contient aussi un bulletin des ventes, des trouvailles et des publications numismaliques du mois. L'analyse des trouvailles, toujours intéressante, témoigne ici de la parfaite loyauté du négociant ; car on sait que certaines de ces découvertes ont une influence décisive sur le prix des monnaies.
La maison Susse, si bien connue des amateurs de tableaux modernes, vient d'ouvrir, place de la Bourse, un grand atelier de photographie pour la reproduction des objets d'art et pour les portraits.
Un charmant peintre, que nous pourrions nommer, y est tout spécialement chargé de la pose des portraits: innovation excellente qui permettra de joindre à la vérité qui distingue l'image photographique, l'heureuse disposition du sujet qui est essentiellement du domaine de l'artiste et qui lui manque souvent.
Nous venons de recevoir un beau catalogue illustré des tableaux qui composent la galerie de M. J.-P. Weyer de Cologne. Cette collectioo, bien connue des voyageurs qui ont visité Cologne, doit être vendue sous la direction de M. lleberlé, le 25 août 1862. Outre les excellentes productions des écoles de la haute et de la basse Allemagne qui la distinguent, elle contient un fort bon choix de peintures italiennes, flamandes et françaises.
Le catalogue de la collection J.-P. Weyer (587 n" et huit lith.) se distribue à la librairie Tross, passage des Deux-Pavillons, 8, rue des Petits-Champs.
NOUVELLE SÉRIE. — 2e ANNÉE.
parjs, nr A>, 12 fb. REVUE MENSUELLE départ., ix an, 14 n.
On s'abonne à Paris, chez Kirmin Didot Frères, Fils el C, 56, rue Jacob, et chez tous les libraires de la France et de lYîlrangcr.
Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé franco à M. F.ug. Piot , rue .Saint-Fiacre, to, à Paris.
Tirage rar grand papier verg« , 24 franc* par as.
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