‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 86 sur 151 · I.4S0 fr · texte numérisé non relu

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GAZETTE ET BULLETIN

dynasties musulmanes, il but nous arrêter cependant sur la collection, au nombre de 500, des monnaies élégantes de ces Mamlueks Bah rites et Circassiens, contre lesquels les croisés luttèrent pendant si longtemps et dont l'un d'eu», Khalil-el-Aschraf, après avoir enlevé Ftolémaïs aux Francs, les chassa complètement de la Syrie. Il nous faut nommer encore les dinars de ces Tnoulonnides, esclaves turcs, gouverneurs de l'Egypte Pan 868 de Jésus-Christ, au nom du calife Motaz, et devenus bientôt maîtres absolus de ce riche pays qui leur dut ses plus belles mosquées, ses plus beaux monuments d'architecture.

« On ne possédait que quelques monnaies de ces princes; la collection de Saïd-Pacha en apporte dix- sept au cabinet de France. Parmi elles une surtout est précieuse : c'est celle frappée par Dgisch, fils de Khamarouïeh, dont le règne ne fut que de neuf mois. Quant aux monnaies des Ottomans, elles forment une série complète, depuis les premiers sultans de Constantinople jusqu'à Sa Hautesse Abd-ul-Aziz, aujourd'hui régnant.

< On voit par ce résumé trop rapide quelles richesses le don de Sa Majesté a fait entrer à la Bibliothèque impériale, et le cabinet de France n'a plus désormais dans ses séries musulmanes que peu de chose à envier aux collections étrangères.»

L'épée de Damoclès reste encore suspendue sur la tête du musée Napoléon III : sera-t-il ou ne sera-t-il pas? Rien n'est encore fixé définitivement. Nous n'avons pas été seuls à penser que l'exécution sommaire dont cette collection était menacée pouvait avoir de graves inconvénients. L'Empereur, dans une dernière visite au Palais do l'Industrie, a voulu que l'Académie des Beaux-Arts et celle des Inscriptions et Belles-Lettres fussent saisies de cette affaire par M. le comte de Nieuwerkerke lui-même, ce qui a médiocrement plu à M. le directeur général. Nous apprenons que les peintures et les marbres de la Renaissance ont été examinés par la première de ces classes de l'Institut : c'est maintenant le tour de la seconde ; mais y aura-t-il un rapport?

Une polémique ardente n'aura pas manqué autour de cet essai de fondation nouvelle ; elle est même descendue jusqu'aux personnalités les plus cruelles, sans franchir toutefois le seuil des salons et des cercles.

M. Vitct, qui a essayé de porter la question devant le public, ne nous a pas paru avoir conservé un souvenir très-net de la collection Campana, qu'il n'avait visitée qu'une fois à Rome. Il faut aussi une très-grande familiarité avec les monuments antiques pour le prendre avec eux sur le ton du badinage, et ce n'est pas précisément le cas de l'élégant écrivain de la Revue. On a voulu voir dans l'article de M. Vitct, bien à tort, j'imagine, l'inspiration d'un jeune conservateur du Louvre un peu son parent.

M. F.. Desjardins a opposé au sourire moqueur de M. Vitet une brochure à outrance et une admiration sans bornes pour les moindres vétilles. Qui veut trop prouver finit par ne rien prouver du tout.

Les publications spéciales se sont abstenues avec un soin tout particulier de traiter la question. L'intérêt privé, une certaine crainte de déplaire étouffe l'esprit critique, sans compter les fameuses convenances par dessus lesquelles il serait si bon de savoir enjamber à

propos. Bref, c'est une occasion manquée , de traiter à fond de la réorganisation de nos musées, elle ne se représentera jamais plus belle,

En attendant, M. Clément vient de faire paraître la deuxième édition du Catalogue des bijoux du musée Napoléon III. Deux éditions en moins de trois mois, c'est un très-joli succès.

Le vieux château de Saint-Gcrmain-en-Laye , destiné à devenir musée gallo-romain, est en pleine voie de transformation *. on va retrancher les pavillons ajoutés sous Louis XIV et remettre l'édifice en l'état où il se trouvait sous le règne de François I".

Les ponts levis qui existaient sur les fossés, tant du côté de la ville que sur les jardins, doivent être reconstruits ; les terrasses en plomb qui jadis régnaient à la partie supérieure, et qu'on avait remplacées par des combles en charpente lors de l'installation du pénitencier militaire, vont être rétablies et bordées par une balustrade renaissance ornée de vases en amortissements ; les fossés seront rélargis du côté du jardin, et doivent être partout transformés en parterres ; l'horloge du chilteau, qui depuis deux siècles figure au-dessus de la porte principale, va reprendre son ancienne place dans la partie supérieure du donjou, au-dessous du campanile.

Quant au donjon lui-même, qui avait disparu derrière le pavillon d'angle du côté gauche, il va reparaître, dégagé qu'il se trouve par la démolition de ce pavillon. C'est dans cette aile qu'habita Jacques II, depuis son arrivée en France jusqu'à sa mort.

Notice des tableaux, bas-reliefs el statues exposes dans les galeries du musée de Lille, par M. Ed. Reynart. Lille, 1863, in- 12.

M. Ed. Reynart, conservateur du musée de Lille, vient de publier une nouvelle édition du catalogue des tableaux de cet établissement, que la collection Wear place au premier rang parmi nos musées des départements : c'est la troisième depuis douze ans.

Nos musées de départements sont en cela plus heureux que le musée du Louvre, qui attend depuis douze ans un catalogue de ses marbres, et depuis plus de vingt une notice de ses dessins.

Le musée de Lille, comme toutes nos collections provinciales, à deux ou trois exceptions près, date de la révolution française (1703). Comme elles, il a eu pour premier noyau les tableaux des maisons religieuses supprimées, s'est accru par nos conquêtes, a vu ses richesses s'amoindrir avec l'invasion de 1815, et s'est développé depuis par les envois du gouvernement, les dons des particuliers, et enfin par des achats faits aux frais de la municipalité intelligente.

Le musée de Lille compte aujourd'hui 381 tableaux des diverses écoles, quelques bustes de marbre et des plâtres qui pourraient être en plus grand nombre. M. Reynart, à l'imitation des catalogues d'Amsterdam et d'Anvers, a donné en fac-similé, avec beaucoup de goût et de soin, les signatures des maîtres, détail toujours iutéressant, qui peut paraître superflu pour les artistes modernes, mais qui aura son utilité plus tard. Les notices développées qui suivent les noms de chaque peintre sont parfaitement à leur place dans un catalogue

de département, où il est bon de répandre le plus possible des notions exactes sur l'histoire de l'art ; nous croyons seulement, malgré les rcuvois, qu'il faudrait s'en tenir pour quelques artistes aux surnoms populaires qui consacrent leur talent. Le Perugin, André del Sartc, Jules Romain, Giorgione, Titien, Tîntoret, Paul Véronèsc, Bassan et Guerchin sont les noms vrais : on risque de ne se faire qu'imparfaitement comprendre si on se sert de ceux de Vannucci, Vannucchi, Pipi, Barbarelli, Vecelli, Robusti, Cagliari, da Ponte ou Barbieri. Notre observation, on le voit, ne porte que sur un excès de soin. Il y a beaucoup à attendre du bel exempte que vient de donner M. Ed. Reynart : il mérite de trouver des imitateurs.

VENTES PUBLIQUES

MITE DE LA VENTE DO MOBILIER DU COMTE Vf. KMBMKE.

Candélabres à dix lumières , du temps de

Louis XIV 2,020 fr.

Lustre à trente lumières, en bronze doré, orné d'un grand nombre de pendeloques, de cristal de roche 9,000 fr.

Magnifique lustre à trente lumières, de bronze doré , orné de plaques, pendeloques, poires et fleurs de cristal de roche d'un beau choix 23,200 fr.

Un flambeau de bouillotte du temps de Louis XVI 407 fr.

Deux flambeaux à tiges carrées, modèle de Houlie, ornés de trophées et de médaillons d'empereurs 9S5 fr.

Une paire de feux anciens du temps de Louis XIV, modèle des Checaux en liberté, aux armes de France 5,200 fr.

Une paire de feux, époque Louis XIV, modèle des Chut* en ronde boue 1 , 1 80 fr .

Grand paravent Louis XV, en bois doré, orné de peintures style Boucher et Oudry. . 3,100 fr.

Deux consoles encoignures, style Louis XVI, en bois d'ébéne sculpté 2,000 fr.

Deux consoles, forme semi-circulaire , style Louis XV, bois sculpté, doré et rechampi de noir 3,900 fr.

Deux consoles, marqueterie de Boulle, première partie sur écaille noire 4,600 fr.

Belle console du temps de Louis XIV, marqueterie de cuivre sur écaille noire, trèsélégante et d'un beau style 17,800 fr.

Deux petites consoles, forme cul-dc-lampe, anciennes, style Louis XIV i,600 fr.

Petite console d'applique de bois doré, style Louis XV 1,815 fr.

Une boite à thé et son pied formant table, marqueterie de bois de rose du temps de Louis XV 2,015 fr.

Petite table en bronze, style rocaille, dessus formé d'une plaque de porcelaine de Sèvres de 46 centim. sur 80 centim. A 51. Beurdeley 8,800 fr.

Petite table ovale du temps de Louis XVI, marqueterie de bois de diverses couleurs. 1,550 fr.

Bureau Louis XIV en bois des tics 4,100 fr.

Un meuble forme commode, du temps de

Louis XIV, marqueterie de bois des Iles. 5,020 fr. Deux grandes bibliothèques du temps de Louis XIV, à frontons cintrés, marqueterie de bois des Iles 6,500 fr.

Petit bureau Louis XVI, marqueterie en bois de couleurs, orné de bronzes, style Gouttière 8,200 fr.

Deux chiffonniers du temps de Louis XVI , marqueterie de palissandre incrustée de

filets de cuivre 2,000 fr.

Porcelaines de la Chine et du Japon, deux grandes potiches à couvercles , figures

rehaussées d'or 1,025 fr.

Deux vases Céladon vert d'eau, décorés d'animaux en camayeu bleu , monture du

temps de Louis XV 3,475 fr.

Deux vases, forme aplatie à réseaux d'or,

décorés de fleurs en relief 1,325 fr.

Deux grands vases de forme hémisphérique,

sur pieds rocaille , en bois doré 4,550 fr .

Deux vases, dits Pott Pourris, Céladon couleur lie de vin, montés en bronze doré. . 5,225 fr. Deux grands vases laqués, burgotés fond noir. 1,520 fr.

Un porte-allumettes en Céladon 305 fr.

Deux porte-allumettes en Céladon vert d'eau,

rehaussé de rouge 1,250 fr.

Grand vase émail cloisonné, ancien 3,420 fr.

Porcelaines de Sèvres. Service de dessert, pâte tendre, décor dit feuille de choux et à fleurs, composé de 94 pièces. A M. Beurdeley 1,110 fr.

Deux seaux à rafraîchir, pâte tendre, décorés de fleurs 920 fr.

Service fond rose , à médaillons de fleurs, d'oiseaux et d'amours, composé de 50 pièces 1,450 fr.

Deux vases dits Pots Pourris, fond vert, à

médaillons de fleurs 3,000 fr.

Deux vases forme nacelle, fond bleu à réseaux d'or et à médaillons. 8,300 fr.

Deux vases forme éventail, fond rose, à médaillons, d'après J. Vernet. A M. le duc de

Galleira 14,750 fr.

Deux petits vases jardinières forme éven'ail,

fond blanc, décorés de camayeux roses.. . 6,275 fr. Un vase Jardinière forme éventail, fond rose Dubarry , médaillons d'amours et de

fleurs. A M. Beurdc'cy 7,800 fr.

Porcelaine de Saxe. Service de table gaufré, à médaillons d'oiseaux, et décoré de fleurs en camayeu bleu, composé de 134 pièces. 1,110 fr. Service de dessert découpé à jour, décor d'oiseaux et papillons, composé de 60 pièces 1,250 fr.

Une sonnette de bureau, h sujets genre

Watteau 190 fr.

Deux vases à couvercles découpés à jour,

ornés de médaillons, d'oiseaux 838 fr.

Sculptures diverses. Groupe de deux figures allégoriques de marbre blanc, la Justice 1,350 fr.

Deux bustes, faune et fauneiso, en marbre

blanc 870 fr.

Groupe de marbre blanc : daut figures allé-

GAZETTE ET BULLETIN DU C AH IN ET DE L'AMATEUR

goriques; femme assise sur un esclave enchaîné 1,600 fr.

Statuette de marbre blanc, par Faleonuct,

la Fidélité, hauteur, 83 centimètres... . . 3,000 fr.

Autre figure allégorique du même artiste,

ailée et casquée. A M. Beurdeley î,500 fr.

Deux bustes de marbre blanc, Achille et Minerve, d'une très-belle exécution 2,600 fr.

La plupart des objets que nous venons d'énumérer, achetés depuis moins de dix ans, ont en moyenne obtenu à cette vente des prix doubles et triples de ce qu'ils avaient coûté.

Ajoutons, pour complément, une argenterie de table plus nombreuse que rare, fabriquée par Storr èt Mortimer de Londres, du poids de 370 kilogrammes, qui s'est vendue 103,000 francs, et 17,000 cigares de la Havane, vendus 13,000 francs. Les livres formaient le lot le moins important de la collection.

La collection d'estampes au burin de feu M. Clarke, peu nombreuse, mais très-choisie, vendue à Londres le mois dernier, peut servir de point de comparaison entre

les prix anglais et ceux obtenus à Paris.

La Belle Jardinière, d'après Raphaël, par Desnoyers, avant la lettre 665 fr.

La Sainte Famille d'Édclinck 266 fr.

Le Combat du Drapeau, par le même, d'après Léonard de Vinci, épreuve avant les points sur l'épée 250 fr.

La Vierge au Bas-Relief, par Forster, d'après Léonard de Vinci 262 fr.

Portrait John Milton, par Uoubraken 200 fr.

Portrait de Brisacier, par Masson 250 fr.

La Gène de Léonard de Vinci, par R. Morghen 1,445 fr.

L'Aurore du Guide, par le même 975 fr.

La Transfiguration de Raphaël, par le même. 625 fr.

La Madone de Saint-Sixte, de Raphaël, par Muller 1,602 fr.

Saint Jean,daprès le JJominiquin, par Muller. 525 fr.

( La suite au prochain numéro.) NOUVELLES DIVERSES.

Le journal te Constitutionnel publiait, il y a quelques jours, la nouvelle suivante, qui a probablement troublé le sommeil de quelques amateurs.

• Voici une histoire qui court le monde du bric-àbrac Nous la donnons comme on la raconte, sans en garantir l'authenticité :

« En Bretagne, vivait dans une relraiteabsolue un vieux seigneur avec son intendant, presque aussi vieux que son maître. Ce maître, mort au mois de juin dernier, était

un archéologue émérite et de très- vieille date qui avait, dans le plus graud secret, rempli son château de tous les trésors artistiques du bon vieux temps, si bien que les héritiers qui ne croyaient trouver que ses quatre murs avec pas mal de chouettes et do hiboux oui trouvé un musée des plus splcndides qu'il y ait eu Europe dans le vieux château.

« Ce fait en donnera une idée: on a trouvé 7,000 tableaux portant les noms des plus grands maîtres de toutes les écoles et de tous les temps; une collection d'armes et d'armures, de panoplies et d'engins de guerre qui n a pas sa pareille en Europe ; une horloge, chef-d'œuvre de l'époque de Louis XIII, d'où, à minuit, par un mécanisme incroyable, on voit sortir la Mort, qui s'en va ' faire un tour dans la chambre avant de rentrer dans sa *ase.

• Mais tout cela n'est rien : ou a trouvé 30 des plus grandes pièces de ce fameux service en faïence dite de Henri II, dont les quelques échantillons plus ou moins entiers qui sont au Louvre, à Cluny, au musée Sauvageot, en Angleterre et chez M. de Rothschild ont été payés au poids des billets de banque. 30 pièces grandes et intactes! ! ! On sait que ces pièces de faïence dites du service de Henri II sont aujourd'hui le née plus ultra pour les opulents amateurs de céramique.

« Aussi MM. X., duc de Y., marquis Z., la bande anglaise, qui ont eu vent de la découverte, se mettentils déjà en mesure pour se disputer cette collection inappréciable. »

Les amateurs peuvent se rassurer : cette nouvelle n'est autre qu'un de ces aimables jeux connus dans la presse quotidienne sous le nom de canards, dont le Constitutionnel a depuis longtemps déjà le privilège et qu'il paratt vouloir cultiver de nouveau à nos dépens. On lisait peu de jours après dans la même feuille:

« On vient de découvrir au fond d'un grenier de la place Royale, dépendant de l'appartement d'un amateur de hautes curiosités, décédé il y a quelques années, un vase Mirrhin {sic) portant le nom de Pétrone.

« Les Romains, à l'époque de Néron, faisaient *!&> folies iucroyables pour avoir de ces sortes de vases, que l'on payait jusqu'à 300 talents, plus de 640,000 francs de notre monnaie. »

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