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Grand siège reultien , en boij sculpte , du wiiicme *icde , M
MOUVEMENT DES MUSÉES
la question du musée Napoléon III n'est poiut épuisée. L'n moment nous avons cm la proposition enterrée, comme on disait autrefois; il n'en est rien. Depuis sa fermeture d" novembre) elle est plus que jamais à l'ordre du jour. Des voix aimées du public, et d'une incontestable autorité, se sont élevées pour protéger les belles séries de la collection Cantpana contre je ne sais quel parti pris aveugle de les disperser et pour défendre, chose curieuse à noter, une création de l'Empereur lui-même contre la toute-puissante bureaucratie.
C'est une belle lettre de M. Ingres qui a ouvert le feu. Elle nous a valu de la part de M. le comte de Nieuwerkerke, chose infiniment précieuse, une longue apologie de la direction des musées, que nous nous réservons de commenter avec soin.
L'illustre artiste nous pardonnera de le faire attendre; nous placerons sa protestation et les observations que nous suggère la lettre de M. le directeur des musées après la correspondance de Michel-Ange.
C'est toujours la douleur ou la plainte qui fait prendre la plume à ces mains glorieuses que l'histoire se charge de venger et qui ne quittent qu'à regret la palette et l'ébauchoir.
Apres Is lettre de M. Ingres sont venues celles de M. Eug. Delacroix (il suflitde le nommer pour iudiquer l'importance de son opinion dans ce débat),de M. Uittorf, que recommandent et son expérience d'artiste et de brillautes publications sur les arts de l'antiquité. MM. Scbastifii Cornu , Léon Régnier et Clément out répondu pour leur part à M. le directeur des musées une lettre pleine de détails intéressants, que nous reproduirons à son tour.
Voici les lettres de MM. Eug. Delacroix et Ilittorf;
elles sont adressées à M. Beulé, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts.
•» Monsieur le secrétaire perpétuel et cher confrère,
« J'ai l'honneur de vous adresser quelques observations relatives au grave sujet sur lequel l'Académie des Beaux-Arts a mission de se prononcer dans ce moment, et auquel elle a déjà consacré plusieurs de ses séances; je veux parler des questions relatives à la transformation projetée du musée Napoléon III. Eloigné de Paris, je prends la liberté de soumettre à l'Académie ce résumé imparfait des idées que j'eusse été heureux de développer devant elle à cette occasion, et pour lesquelles je sollicite toute son indulgence.
• Je n'ai pas besoin de constater la peine qu'ont éprouvée tous les artistes à la nouvelle des remaniements qu'on s'est proposé de faire subir au musée Napoléon III. Cette collection, célèbre dans l'Europe entière, avait été pour nous tous, dès son apparition, un sujet d'admiration et en même temps de la plus respectueuse et de la plus sincère reconnaissance pour l'Empereur , lequel avait daigné la prendre sous sa protection spéciale , en lui donnant son nom , après en avoir si libéralement doté la France.
« Il m'avait semblé, en particulier, qu'une grande partie de l'intérêt que présentait cette réunion d'objets admirables résultait de cette réunion même, et que la pensée de la réduire , sous prétexte d'en éloigner les pièces secondaires, était tout à fait contraire à l'inteution évidente de son fondateur et à la destination d'un véritable musée. Il n'en est pas d'une semblable collection comme de celle d'un amateur passionné et exclusif, qui se plaît à n'admettre que des morceaux de choix, dont la rareté souvent constitue l'unique mérite. Une collection offerte à l'étude doit se composer non-seulement de beaux ob-
Tou* droit» rcterns.
GAZETTE ET BULLETIN
jets, mais encore de tous ceux qui, dans an ordre de mérite moins élevé , permettent toutefois de suivre et de juger les tâtonnements à travers lesquels l'art est arrivé à sa perfection.
« Rien ne saurait être plus instructif. La curieuse collection de tableaux italiens du Musée Campana, que je citerai à ce sujet, a été, à mon gré, jugée supcrficiellemeut, et, pour la plus grande partie, cDndamnée par des personnes qui ne se sont pas suffisamment rendu compte de sou importance relative et des lumières qu'elle donne sur les origines et les progrès des Écoles italiennes. Cette instruction, qui ne pouvait se trouver jusqu'à ce jour nulle part à Paris, résulte de la juxtaposition des tableaux etdes comparaisons qui en ressortent naturellement. En brisant leur ensemble et en les adressant à des collections diverses, on aura détruit une réunion précieuse à ce point de vue, sans enrichir notablement les collections dans lesquelles ils auront été se perdre.
« J'ose en dire autant de la magnifique galerie des terres cuites, dans laquelle on ne peut se lasser d'admirer la grâce et la variété du génie antique. Celte variété ressort, à mon sens, d'une manière admirable, de la fréquence des mêmes motifs, répétés avec des nuances presque insensibles, mais dont l'étude donne l'idée la plus intéressante de la prédilection des anciens pour certains sujets, et en même temps de leur éloignement pour des reproductions machinales de types dans lesquels l'artiste n'eût pas introduit des différences caractéristiques, bien que légères en apparence.
■ Je sais bien qu'on a Tait valoir cette incroyable objection, que tant de morceaux accumulés allaient exiger pour leur exposition un espace trop considérable. Étrange objection, en effet, qui consiste à faire regretter en quelque sorte que la collection soit trop riche. Il est plus facile de trouver de la place pour un classement ' de peintures et de statues que d'en découvrir et d'en acquérir un si grand nombre de si intéressantes. C'est ce qu'avait su faire avec beaucoup de soin et de goût le marquis Campana dans ce vaste musée qui portait son nom, et auquel d'imprudentes mutilations vont enlever, en lo disséminant, le nom de son récent et auguste protecteur.
« Les vases peints, les majoliques et les faïences en relief me paraissent donner lieu aux mêmes observations, et.s'il m'était pcrmisd'ajouter un.vœu à ceux que je forme pour la conservation et l'harmonie d'un ensemble si rare, ce serait d'y voir figurer les plâtres admirables que le zèle intelligent de M. Ravaisson avait réunis dans la même Exposition. Je ne doute pas que, dans le cas où le musée serait maintenu, il ne s'enrichît prochainement des dons d'un grand nombre d'amateurs, jaloux d'ajouter a sa richesse et de combler ses lacunes. Il est à ma connaissance que des intentions de ce genre ont été réprimées et tenues en suspens depuis les craintes inspirées au public sur la possibilité d'un démembrement prochain.
« Je n'abuserai pas plus longtemps de l'attention de l'Académie eu la retenant sur le développementd'iiiées que je me permets seulement d'indiquer et qui se sont sans doute présentées à elle dans ses visites au musée P»apoléon III. La haute intelligence, le goût, l'expérience de tant d'hommes distingués dans toutes les branches des arts, m'assurent de l'impression qu'ils en auront rapportée et du désir qu'ils auront de conserver à la France
un dépôt si original. Déjà un précieux tribut d'admiration avait été payé à celte belle collection, et l'illustre M. Ingres avait regardé presque comme un devoir de la recommander aux lumières et à la protection de l'Académie; et je viens à sa suite, et en termes affaiblis, témoigner au moins de ma vive sympathie et de mes voeux pour la conservation du musée Napoléon III.
« Veuillez agréer, monsieur le secrétaire perpétuel et cher confrère, l'expression de ma haute considération.
« Eue. Delackoix, « membre de l'Institut. »
» Bellevue, le 7 novembre 186*.
« Mon cher ami,
» Je ne vous écris pas cette lettre pour qu'elle soit communiquée à l'Académie. Mon seul but est d'ajouter quelques raisons à celles que vous avez déjà pu recueillir, et que votre conviction vous aura fournies dans l'intérêt de la conservation intégrale de la collection Campana.
« Plus on voit cette collection, plus on est émerveillé de sa richesse inouïe, de sa valeur artistique et archéologique, plus enfin on admire ce qu'elle présente de véritablement unique dans le monde. Cest après avoir récemment visité les plus beaux musées, les plus belles galeries de l'Allemagne, que notre heureuse acquisition m'a frappé davantage encore dans ce qu'elle offre d'incomparable comme ensemble.
• C'est, en effet, par dessus toutes choses cet ensemble qui la distingue parmi les collections analogues, car il permet, ce qui ne se peut nulle autre part, d'étudier au moyen d'éléments les plus complets possibles presque toutes les branches de l'art et de l'archéologie, depuis les époques les plus anciennes jusqu'aux temps modernes.
« Sous ce rapport, ce qu'il faut avant tout, c'est la conservation intacte de tant de produits si variés du génie et de l'industrie de l'homme. Ce n'est que telle qu'elle est que cette collection est digne du souverain auquel la France en est redevable, et qu'elle mérite de porter le nom de Musée Napoléon III.
« Il est en vérité affligeant de voir qu'il existe sur ce point des opinions différentes parmi les savants et les artistes. Que peut-il cependant y avoir de plus attrayant et de plus merveilleux à la fois que de suivre le développement des arts, comme on peut le faire ici, depuis le premier essai de l'artisan jusqu'aux chefs-d'œuvre de h peinture et de la sculpture Pline peut y avoir pour un véritable artiste rien de plus séduisant que de voir l'art se dégager pas à pas au milieu d'uu tâtonnement lent, persévérant, médité et toujours progressif, jusqu'au point culminant de sa perfection.
• Caresser du regard, en les étudiant, des produits qui remontent à trois mille ans et plus peut-être, voir se développer à travers les siècles, dans d'innombrables créations, le génie qui conçoit et la main qui exécute; arrêter l'œil avec ravissement sur les œuvres les plus accomplies, peut-il y avoir pour tous ceux qui cultivent et aiment l'art et la science de jouissance plus grande?
« Le beau, le distingué, le noble qui dominent dans la plupart des objets que réunit le musée Napoléon III, en agissant sur le sentiment de tous, seront un moyen efficace, le seul puissant peut-être aujourd'hui, de com-
battre les instincts du laid, du commun, bien près, hélas! de l'ignoble, qu'il faut empêcher d'envahir notre époque.
« Les objets de cette collection où il y a absence de beauté dans les formes ne montrent jamais, pour ainsi dire, de laideur commune, jamais de traits bas qui profanent l'image de l'homme. Rien en effet n'y répugne aux âmes élevées. La difformité y est d'un touchant intérêt, quelquefois même d'une imposante noblesse.
« Guidé par la conviction et la force qu'elle donne, il faut, encore une fois, que l'Académie empêche le démembrement, surtout des peintures et des œuvres plastiques. On l'a dit et il faut le redire quant à ces dernières : les répétitions des mêmes sujets, dont peu sont identiques, offrent pour l'étude de leur emploi originaire, qui n'est pas défini, une importance reconnue. Mais cette importance sera éminemment plus graude lorsque leur réunion permettra de les examiner et de les comparer avec le soin et la persévérance qu'on ne pouvait y mettre à Rome, et que, grâce à une avantageuse exposition, il deviendra possible d'appliquer à Paris.
• Tout en admettant que parmi les peintures plusieurs ne présentent pas un intérêt absolu, il faut reconnaître que le nombre en diminue au fur et à mesure qu'on les étudie davantage, et qu'on analyse leurs divers mérites sous le rapport de l'histoire, de la technique, des tendances religieuses ou profanes et du talent. J'ai été saisi de justes remords de conscience à chaque nouvelle visite des tableaux lorsqu'à l'impression que j'éprouvais, je comprenais davantage des œuvres dont l'incontestable importance m'avait échappé antérieurement. Souvent nous sommes tous revenus sur des éliminations, après que notre examen avait été attiré sur telle ou telle peinture, qui avait été le sujet d'une attention plus spéciale d'un de nous ; ce fait prouve que notre devoir est d'empêcher absolument la dispersion de ces peintures.
« Les membres de l'Académie des Beaux-Arts, tout en possédant les capacités incontestables pour former un jury aussi éclairé que possible dans l'importante question dont il s'agit, ont reconnu que dans leurs examens trop rapides, quoique nombreux, ils n'avaient pu donner à leur travail la maturité convenable. Aussi, les doutes augmentant de jour en jour, ta majorité a sans cesse exprimé le vœu qu'aucune peinture, quelque insignifiante qu'elle pût paraître, ne fût détachée de la collection.
• On a sagement pensé qu'une pièce rejetée aujourd'hui pourrait être reconnue plus tard comme un véritable chaînon de ce lien qui donne à la collection un intérêt capital et qui pourra être brisé à jamais. Ce ne devra être en définitive qu'après des études approfondies avec la plus grande prévoyance et après une sage hésitation, inspirée par l'amour et le respect de l'art, qu'il sera possible de reconnaître avec discernement ce qui est tout à fait dépourvu d'intérêt.
« Je n'exclus d'ailleurs pas les tnajolica, les faïences et les terres cuites émaillées; pour moi, tous 1rs objets de la collection Campana destinés à former le musée Napoléon III ont un caractère sacré. Les garantir de toute profanation, de quelque côté qu'elle vienne, quelles que soient la pensée qui la dirige et les causes qui pourraient la provoquer, tel est le devoir de notre Académie.
« IIlTTORFF,
- membre de l'Institut. •