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rine. La Béjart avait un sourire pour l'un, de douces paroles pour l'autre, des promesses pour tous . et chacun se croyait au moment de triompher de ses rivaux. Néanmoins, il était facile de voir que Madeleine ne détournait pas les yeux, et écoutait très attentivement un beau jeune homme qui avait obtenu la faveur di il près d'elle.

Ce jeune homme s'appelait Jean Racine, nom déjà célèbre sur la scène française.

— Les poètes ont le pas sur les officiers et lis gentilshommes, s'écria un jeune marquis de Normandie... l'ar la sembleu, je crois que le temps est venu de quitter l'épée pour la plume.

— Marquis, répondit la Béjart, ces deux armes ne seront jamais dangereuses dans \os mains.

— Nous êtes la satire incarnée, dit Racine.

— J'ai les marquis en horreur, mon cher ami; voulez-vous me contraindre à adorer les marquis?

— Vous êtes libre, ma chère Madeleine, répondit Racine.

— Oui, mon bicu-aimé poète, et je vous préfère à tous ces gentilhommes qui meurent de dépit ; aussi j'espère que vous me donnerez un beau rôle dans la première tragédie que vous ferez jouer.

— Je vous le promets, ma reine, répondit l'auteur A' Àndromaque. La conversation de Racine plaisait tant à Madeleine Béjart, qu'elle

voyait arriver avec une sorte d'angoisse le moment d'entrer en scène. La voix criarde et glapissante de M"° Debrie interrompit subitement le doux entretien du poète et de la comédienne.

— On va commencer le troisième acte, criait M!1° Debrie; Damis est déjà en scène, il attend l'orme; M. Molière se fâche; où es! Donne?

— Ici, M"" Debrie, répondit la Béjart; j'ai grande envie de me faire attendre, et si je ne craignais de contrarier Molière, notre père commun, je resterais ici en dépit des nombreux spectateurs. M. Racine, ajoutât-elle en se tournant vers le poète , attendez-moi ici; j'ai besoin de vous parler.

— Je vous attends, répondit Racine, imm ibilc sur cet le chaise comme un soldat de la garde qui veille aux barrières du Louvre.

Peudant que les partisans et les ennemis de Molièrj ■ .. lient avec un reliai' tix s lence les admirables scènes du in isième acte du Tartv/e, les jeunes seigneurs qt [uête de Madeleiue Béjart,

délibéraient dans les coulisses sur les moyens à mettre eu œuvre pour éconduire Jean Racine; le plus jaloux voulait en venir à des mesures les plus extremis, et provoquer le poète à un combat singulier.

— \ oici venir messire Despréaux, s'eena le baron de la Rocheliav : notre Juvénal est homme a nous donner un bon conseil.

Boileau, après avoir écoute leurs divers projets, se prit à nre aux éclats :

— Avouez, Messieurs, leur dit-il, que vous êtes fous, ou que vous avez bu avec excès chez l.andnn. Nous voulez chercher querelle à Racine, parce qu'il est aime de Madeleine Béjart... Nous ignorez doue que le mi protège notre jeune poète, et que la Béjart, des qu'elle apprendra que s>on amant est persécute, remplira Paris de ses plaintes.

— M. Despréaux a raison, dit un jeune abbé, qui, depuis Afu\ ans. composait chaque jour un sonnet sur les charmes de Madeleine Béjart.

instaure le temps, qui est un grand maître.

— H vous guérira de votre jalousie, dit Boileau qui salua les gentilshommes et alla s'asseoir pies de son ami Racine.

— Nous n'aimez pas Molière, je le sais, dit Despréaux; mais vous avouerez que >on Tartufe est un chef-d'œuvre .

.. — Je rous .ù mi a la pièce de Molière, cl vous riiez tout seul sur le

. théâtre.

« — Je vous estime trop, répondit Boileau, pour croire que \ous n'y > avez pas ri, du moins intérieurement t -

— Par la sembleu! s'écria un gentilhomme limousin , nomm^Saint-

(I) Historique, (Voirie Cmnmenlairt mr l'avare, par M. Aimé Martin.)

"\ rieix, en prenant part au colloque des Aciw poètes . ni de Mol un grand génie, et M11, Béjart une grande comédienne.

L'exclamation du Limousin suscita de nombreux et ! ru rire parmi les jeunes seigneurs oui s'étaient i upés autour de i et de Boileau; SaintO rieix n'avait pas quitté son costume provint il n'écoutait pas les conseils de ses amis, qui l'exhortaient a se dép du vieil homme; aussi, les élégans du jour le montraient-ils du doi i comme une caricature suranni e. comme mi type de l'ancien temps.

— Ses hauts-de-chausses datent du règne de Henri IN . disait l'un.

— Son chapeau fut fabriqué sous l.i régence de M rii di disait l'autre.

Et la malice parisienne s'escrimail en piquans propos. Saint-' qui jouissait d'une grande réputation de bravoure, qui exe l'art de l'escrime, connue feu Cyrano di . rac, le héros di listes, se livra . de violens transports de co ère; dans un premi de dépit, il délia tous les clégans qui voulaient rire aux depuis de sa gaucherie provinciale. Les railleurs intimidés n'acceptèrent point et les plus malins gardèrent le sili

— Vous riez, mes beaux seigneurs, s'écria Saint-Yrieix. On vous a dit qu'un gentilhomme limousin était un mouton à se laisser tondre

impunément! Corbleu! nos bonnes l, >s de provinces valenl bien vos

rapières de cour que vous laissez rouiller dans leur fourreau. VOUS \oiis moquez de mon costume, messieurs les elcuans... Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, a quoi servent tous ces rubans dont vous voilà bardes depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chau! e (li nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut

porter des cheveux de son cru, et qui ne coi,

— Saint-Yrieix parle comme maître Harpagon I . dit le baron de la Rochenay.

— 11 ne vous imite pas. ban a, répondit Saint-Yrieix : il ne û pas en follt s dépensi s I héi il ige pa 1 1

I ne i iolente qu tnt de s'en: i ron et

le Limousin, lorsque Madeleini B dans les i

Si i:ee calma L'exaspératil m des deux an et le I : l.ulli,

qui stationnait à l'entrée de la s

— Madeleine, avez-vous vu la fable de M. de La Font ine u Deux Coqs?

— Qui SC battent pour une poule, répliqua la Béjart,

— Si vous n'étiez arrivée, cette fable devenait une déplorable réalité.

— Vous voulez rire, signor l.ulli...

— Non, ma chère Madeleine; interrogez M, le baron de la Rochenaj et M. de Saint-"! rieix qui voulaient tirer l'épée

— Pour moi! dit la Béjart... Ma foi. Messieurs, vous auriez perdu votre temps.

— M" Béjart, répondit de la Rochenay, je nous prie de i

la vanité de croire que je soupire après vus charmes île quarantl

— Baron, vous êtes trop irascibli

— Oui, oui. s'écria S;iint-N rieix, le baron oublie qu'il parle a la plus jolie actrice de la Comédie-Française. M11* Béjart, ajouta-t-il en toi

aux genoux delà comédienne, je suis prêt à supporter vos dédains et vos rigueurs; je serai votre esclave, si vous permettez d'espérer que ma constance obtiendra de vous un regard d'amour !

Le Limousin est fou ! dit la Béjart qui a- ait repris sa place à côli Jean Racine

Saint-Yrieix voyant que ses supplications devenaient l'objcl | piquantes railleries, se leva brusquement, et s'éloigna en chantant les couplets iin SU ili n •-'

t l i ." . .l' Le I ', scène I"-. (■1) Le Sicilien ou l'amour peintre, fCciic IV.

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