‹ Le cabinet de lectureChapitre 115 sur 249 · TG · texte numérisé non relu

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Pauvres amans., quelle erreur D'adorer des inhumaines ! Jamais les âmes bien saines Ne se paient de rigueur.

Kl les fave irs sonl les chaînes Qui doiv en: lier un cœur.

On voit cent belles ici Auprès de qui je m'empresse :

A leur vouer ma tendresse J« mets mon plus douv s mei ; Mais lorsque l'on est tigressc, Ma foi, je suis tigre aussi.

Le baron delà Roehenay, M. de Rochechouart se mirent, à la poursuite du Limousin, qui sortit du théâtre en jurant ses grands dieux qu il verrait la Béjart chez elle et obtiendrait réparation di> ses rigueurs. La colère, la mésaventure, le fol amour dé Saint-Yrieix, fournirent ample matière à la loquacité des habitues des coulisses. Madeleine Béjart voyant que leurs railleries retombaient, sur elle par contre-coup, dit à la Roehenay :

— Vous serez bien étonné, baron, lorsque vous apprendrez que le gentilhomme hmousiu...

— N'aura plus à se plaindre de votre insensibilité, interrompit le baron : des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer, M"" Béjart, et surtout avec vous; au t'ait, tout Paris rira, quand on saura que Dorme a une inclination très prononcée pour les céladons qui nous arrivent par le coche de Limoges.

— C'est cela même, répondit la Béjart, et vous enragerez tous.

Les élégans de la cour, les officiers, les petits abbés, les poètes et autres littérateurs qui encombraient alors les avenues de la scène, n'épargnèrent pas les quolibets, et toute autre personne que la Béjart en eût été cruellement blessée; mais Dorine connaissait trop bien son monde, et elle se contenta de dire à Racine, de manière à n'être entendue que de lui seul :

— En vérité, mon poète bien-aimé, messieurs de la cour sont insupportables avec leurs grands airs et leur fatuité.

— Us rient, mais du bout des lèvres, répondit Racine. En ce moment un tonnerre d'applaudissemens annonça que la pièce

était finie, et Molière, complimenté par le roi lui-même sur le succès de son Tartufe, rentra triomphant dans les coulisses :

— Triomphe et victoire, s'écria-t-il en courant vers Boileau qu'il embrassa à plusieurs reprises... Le roi est content, et tous les seigneurs de la cour viendront demain me féliciter.

— Ainsi va le monde, dit Boileau.

Régis ad cxemplar toius componihir orbis.

— Que pensez-vous de ma pièce, M. Despréaux ?

— Vous avez enrichi notre langue d'un nouveau chef-d'cetiU'e, répondit celui-ci.

— Tout le monde n'est pas de votre avis, ajouta Molière, en montrant Racine qui s'était éloigné avec la Béjart.

— Racine est injuste en cette circonstance , mais il reviendra de sa prévention ; il a trop de goût pour ne pas bien apprécier les beautés incontestables de votre Tartufe, et trop de bonne foi pour ne pas l'avouer.

— 11 sort avec la Béjart...

— Je crois qu'ils soupirent comme les bergers et les bergères de Segrais.

— Non content d'avoir enlevé M1Ic Duparc a mon" théâtre, Raoine veutil me ravir la Béjart?

— Je ne le crois pas, répondit Boileau; d'ailleurs, Madeleine est a la veille d'entrer en relations amoureuses avec Un gentilh omine limousin...

— Ce! original qui trouble nos représentations?

— Oui , cei original dont vous devriez nous donner « ne copié,

— J'y pense depuis long-temps, dit Molière ; mais je crains, en mettant en scène les ridicules du gentilhomme limousin, de blesser la susceptibilité de notre jeune noblesse, qui, par.csprit de corps, prendra peut-être parti pour la victime.

— Ne craignez rien, répondit Boileau : les courtisans se jalousent, se. délestent, et nos élégans seront les premiers à applaudirai! piquant tableau de la gaucherie provinciale.

— Je verrai plus tard. M. DespréauK, voulez-vous venir souper avec moi? J'aurai joyeuse compagnie. Chapelle m'a promis une chanson , Lulli jouera du clavecin, et Barnier nous racontera ses étranges aventures pendant son séjour à la cour du Grand-Mogol.

— J'accepte de grand co^ur, répondit Boileau ; j'ai déjeuné ce malin à ma campagne d'Auteuil, et votre souper sera meilleur que celui du cabaret.

Eu effet, Molière avait la réputation de régaler somptueusement ses amis : condamné à vivre de laitage, son plus grand plaisir était de réunir de nombreux convives dont il savait apprécier le robuste appétit. La présence du grave, de l'austère Despréaux, gêna d'abord lès habitués; mais Chapelle n'eût pas plutôt vidé la première bouteille qu'il donna un libre essor à sa folle gaité, et toute contrainte cessa. La Béjart, invitée par Molière , qui avait voulu lui témoigner par cette faveur qu'il était satisfait de son rôle de Dorine , lit les honneurs de la table; Armande , sa Bile, elait trop fatiguée, et ne s'occupait que de Molière, son mari, qui souffrait beaucoup delà poitrine depuis plus d'un an. Le musicien Lulli, qui avait accompagné Saint-Yrieix jusqu'il son louis, raconta, avec des détails très circonstanciés, l'aventure survenue dans les coulisses entre le Limousin et la Béjart. : il ajouta qu'il composerait une complainte sur ce sujet, et qu'il l'intitulerait : Madeleine Béjart dans le coche de

Limoges.

— Je ferai des couplets qui seront chantés dans toutes les rues de Paris, s'écria Chapelle.

— Vous vous en garderez bien, s'écria la Béjart...

— Je suis capable de tout.

— Maintenant... M. Chapelle... Molière vous donne de trop bon vin.., mais demain vous aurez réfléchi,..

— Je ferai les couplets.

— Morbleu! s'écria Molière impatienté, la Béjart se moque de tes couplets ; elle aime les Limousins; elle recevra Saint-Yrieix, et tu n'oseras rien dire !

— Oui, j'adore les Limousins, dit Mllc Béjart ; j'ai joué la comédie à Limoges, et les bons bourgeois eurent assez d'esprit pour mîapplaudir,

— Madeleine, ajouta Molière, ne me parle plus de Limousins ni de

Limoges...

— Soit ; mais je jure que demain j'ouvrirai les deux portes de ma chambre pour recevoir M. de Saint-Yrieix.

— Je vous autorise à en ouvrir quatre, s'écria Chapelle. La conversation devint alors générale, et les convives de Molière firent.

de si nombreuses libations, que plusieurs d'entre eux restèrent étendus

sous la table.

— Allons nous coucher, dit Molière à Boileau, je souffre beaucoup... Je ne tarderai pas à mourir à la peine.

— Ce jour vaut un siècle pour vous, dit Boileau : votre Tartufe vous place au dessus de tous les poètes comiques de l'antiquité.

— Hélas, mou bon ami, dans notre vie littéraire il n'y a qtfheur et malheur; aujourd'hui j'ai reçu les éloges du. grand roi; comme les victimes des anciens temps, ou me couronne de fleurs au moment où je marche d'un pas rapide vers l'autel de la mort.

Boileau mi! en œuvre l'effusion de l'amitié la plus tendre pour dissiper la mélancolie de Mblièrej qui, malheureux dans son ménage, dévoré par une douloureuse infirmité, réservait sa gaîté, sa verve, son moindre sourire, pour le moment où il paraissait sur son théâtre. Le lendemain, ses convives prirent congé de bonne heure, et lui, suivi de son ami Boileau, partit pour Anteuil.

LuÙi et Chapclléqiii recherchaient depuis long-temps 1( races

de M11" Béjart, assis'taii ni selon leur coutume au lever de la c édienne.

Dans u ues voisines de l'ancienne Comédic-Fi

remarquait alors une maison à trois étages, dont les fenêtres étaient orje cariatides dans le style dé là' renaissance; Philibert Delorme avait présidé à la construction de ce petit palais qui fut primitivement habité par une dame de la cour, honorée, dit-on, de fréquentes visites du roi Henri II. I »oh, au temps où vivait Molière, avait absolu-

ment changé de destination : elle était ;

jusqu'au galetas, de coméd eus. de con urans, d'employés

subalternes de la Comédie -Française et du théâtre du Palais- Royal. Madeleine Béjart occupait la principale pièce, et l'ameublement, quoique simple, décelait le bon goût et l'élégance de l'artiste.

Il était onze heures du matin, lorsque Chapi I et Lulli frappèrent à la porte de Madeleine; une servante vint l'ouvrir, et les deux visiteurs entrèrent sans autre préliminaire, comme des personnes habituées I a Béjart . assise devant une p \ '■, réparait les désastres

que l'orgie de la veille avait faits à ses charmes déjà surannés. Elle ne se leva pas quand elle aperçut Cb ipelle 1 1

— Bonjour, mes amis, leur dit-elle; comment vous a laisses maître Bacchus?

— Très bien, notre reine, répondit Chapelle, et nous sommes venus avant midi pour nous informer de l'état de votre précii

— Vous êtes trop bons, Messieurs; en vérité, vous me voyez dans un triste état... Je ne veux plus aller à Auteuil; le vin de Molière est traître comme le sourire d'un Italien.

— Toujours adorable, dit Lulli, mais toujours méchante... Traître comme le sourire d'un Italien... Que VOUS ont l'ait les pauvres exiles

i qui viennent s'em tchit en Freinée : croyez-vous, par exemple, que si je vuus dis : — Béjart, je vous aime. — ci I aveu ne part pas

tu fond du co ;

— \ -, maestro Lulli, s'écria la Béjart; vous allez voit cipiter dans un torrent de pathos, et vous êtes près | ridicule que le gentilhomme limousin qui nous Gl tant rire hier soir au tl

— Ce bravé Saint-1 rieix. dit Chapelle... il a promis avec serment qu'il viendrait vous voir ce malin... Le gentilhomme de I imoges a OU promesse et les charmes delà cruelle "Madeleine Béjart.

— Vous vous trompez, mon cher Chapelle; Saint-Yrieix est exalte, tenace comme un Gascon , et je parie vingt pistoles qu'il viendra avant midi.

Madeli ine Béjart, en prononçant ces paroles ave • l'ao eut d'un amourpropre froissé, s'approcha d'une fenêtre, et continua la conversation avec Chapelle, en regardant les uens qui allaient et venaient dans la rue; tout à coup elle vit une chaise à porteur s'arrêter devant - 1 porte; un homme en descendit, et Madeleine reci lit le Limousin.

— Le voici, s'ceria-t-elle; le voici qui arrive couvert de la tète aux pieds de rubans et de dent- U

— Qui donc? demanda Chapelle.

— Mon Limousin.

— Quelle bonne fortune: ajouta le musicien Lulli... Corbleu, il me tarde de voir comment un Limousin s'j prend pour plaire femme...

La comédienne, par esprit de contrariété-, lit l'accueil h- plu- gra à SaintO rieii . qui, confus, attendri de tant de boutés, tomba de aux genoux de la Béjart.

— Madame, lui dit-il d'une voix émue, j'aurais bravé VOS dédains ,

votri i: différence; je sais (pie pour mériti -. il faut

suhir I s épreuves du martyre, el j'cl n puisque vous

ne rejetez, pas mes vœux . souffrez que je vous ii,^r . à reine du tl que je vous aime eperdùment, et que vous me rendez le plus heureux de tous les ooiillie -

— Piuevez-vous, monsieur, lui dit la comcdii e posture ne convient pas. au digue représentant de la noblesse limousine.

S iil si heureux, si trans] orté d'aise et de contentement,

qu'il d ttention aux malins chuchotemens di i le et de

Lulli. Madeleine Bt servir i er : Chapelle but commeun vrai

suppôt de Bacchus, Lulli roucoula des ariettes italiennes, et Saint-1 rieix mangea comme quatre.

— On m'a dit souvent que les amoureux vivent de soupirs et d'eau fraîche, s'écria Chapelle: M. de Saint-Yrieix ne trouve pas cette nourriture assez substantielle.

— Vous, Monsieur, répondit le Limousin... nourrissez-vous de fi

Mon , et ne vous inqu isins.

— Tête-bleue ' dit Chapelle en se tournant vers Lulli. le Limousin n'ist

iril que je le croyais.

Le re] i dun e la Bé art devait se ren

théâtre pour la répi ritiou de l'Avare; elle <

Saint-1; rie, x obtint seul l'honneur d'un gracieux sourire.

Chapelle. et Lulli entrèrent dans un cabaret voisin pour continuer leur

déjeuner, et le Limousin se rendit a son logis, o le reste de la

e à rimer plusieurs sonnets sur la douceur, sur les veux, sur la

i, sur le sourire et l'mcom] i té d, i I.

Le soir, il se rendit des premiers au théâtre, et acheta au prix de

vingt pisti er près de la porte -Je la scène.

L'Avare avait déjà obtenu un ] ère vainqueur des

lions de quelques hommesqui i i tvait pas

faire une bonne c recevait enfin les unanimes témoi-

i générale. \ la ■ de la Coméd uvait à peine contenir les nombreux specta-

liommes de la cour avaient alors le prh ilc; e d'< nvahir

e au milieu de la foule qui obstruai! toutes les avenues

i immobile près de la ; r indc i irte, i i i

auts que lui livraient l< - officiers des Il supporta lotîtes II : avec une patience

stoïque, jusqu'au moment où Madeleine I r jouer

I rosine. Le baron de la Rochenaj vit la comédienne qui s'impatientait et craignait de ne pas faire sou entrée assez tôt. il s'élança d'un bond vers la Béjart, la saisit par le liras, et fendit la foi criant :

— Place à Madeleine Béjart, place à Frosine.

l.i s spectateurs s'empressèrent de reculer et la comédienne pul arriver sur le de, mi de la scène. De grands i : i rent tout à coup d

salle; un gentilhomme parut sur le il- e à la main, el mena-

■. if- li ne ; i. s'il ne s'éloign

de M ideleine B art. Une rixe si imprévue scandalisa les dames cl les grands dignitaires de la cour; le roi assistait à la représentation de l'Avare, 1 1 Molii re consterné ne savail oit donner de la tête t n capitaine aux gardes-frau i : nt fiu à son embarras, en arrêtant l'impétueux Saint-Yrieix au nom du roi. L'infortuné l fui conduit en prison ; le calme se rétablit en peu de temps, et nul autre incident n'interrompit la r i in.

antre Saint-Yrieix qu'il a\ i u plusieurs fois à i.uteuil, résolut de tirer une vc & latante du pentilhon

ses travers de i cial, il se souvint du conseil de lloileau. qui l'avait exhorte a prendre ', rieix ] our type t\'\iui- comédie i

(\ Crimai ,1110 relie pi.< e fut f.iili

. inlilhomme limousin, qui, un jour, sui

les comédiens. Molière se vengea du i n mgii rd en le mettant en scéi

ncl appuie celte anccduledans une lettre en vers du 23 sep- I0C0.

Tout est, dans ce sujet follet De comédie cl de ballet,

Louis XIV, quil était alors au faîte de la prospérité et delà gloire, aimait les fêtes et le théâtre; eu 1G07 il avait dansé dans le ballet du Sicilien, avec Madame de France, Mllc de la Yallière et plusieurs seigneurs de \a cour. Vers la fin de juillet 1669, il demanda à Molière une comédip nouvelle qui fut jouée pour la première fois à Chambord, au mois de septembre. Saint- Yrieix fut le héros de cette comédie , et Mo- 1,1 ' e le frappa d'un ridicule éternel, sous la dénomination très peu poéiiipie de .1/. de Pourccaugnac.

Saint- Yrieix ne se doutait guère de la cruelle mystification que lui préparait Molière. Cependant le bruit courait que les comédiens devaient jouer à Chambord devant le roi et toute la cour, une comédie dont le principal personnage était un gentilhomme limousin. Saint- ^. rieix lui invité a la fête, et le soir il se rendit au théâtre, ignorant encore que îe public rirait a ses dépens. Il écouta les quatre premières scènes avec assez d'impassibilité ; mais aussitôt qu'il aperçu;. Molière qui jouait le rôle de Pourceaugnac el portait un costume exactement pareil au sien, il se livra à des transports de foreur; il demanda à parler au roi. Il ne put obtenir cette faveur, et faisant, contre mauvaise fortune bon cœur, il laissa Jinir la pièce. L'autorité qui prévoyait que le Limousin en viendrait a des voies de fait contre Molière, avait pris ses mesures, et un ordre du premier ministre menaça le gentilhomme de l'exiler à Limoges s'il donnait la moindre suite à ses plaintes ridicules. Saint-l rieix qui ne voulait pas retourner en province, se résigna, dans l'espoir que la nouvelle comédie de Molière n'aurait pas de succès ; mais tout Paris applaudit .)/. de Pourceau/jnac; Saint-Yrieix montré au doigt, en butte aux railleries des gentilshommes, aux risées des bourgeois et des enfans qui criaient eu le voyant passer : Voilà M. de 1 >ourceaugnac, ne put tenir contre le ridicule qui le frappait à chaque instant de la journée. Il quitta Paris et revint à Limoges, sa patrie, qu'iJ enrichit à jamais de son étrange célébrité.

J.-M. Càyla.

(Emancipation de Toulouse,

UNE EXPÉDITION SANS IiA MJEEL GI.ACIAIE.

De tout temps les Anglais se sont arroge, ou ne sait trop à quel titre, le monopole de la pèche dans les mers voisines du pôle boréal. Les landais ont été obligés de lutter contre eux pendant longues années pour conserver leurs pêcheries, et même, chose étrange . pour ne pas perdre le droit de naviguer dans certains parages poissom îeux ; ils ont iïni par

Digne de son rare génie,

Qu'il tourne, certes, et qu'il manie

Comme il lui plaît incessamment,

Avec un nouvel agrément,

Comme il tourne aussi sa personne !

Ce qui pas moins ne nous étonne.

Selon les sujets comme il veut;

Il joue aussi bien qu'il se peut,

Ce marquis de nouvelle fonte

Dont par hasard, à ce qu'on conte,.

L'original est à Paris ;

En colère, autant que surpris

De s'y voir dépeint de la sorte,

Il jure, il tempête, il s'emporte.

Et veut faire ajourner l'auteur

lin réparation d'honneur,

Tant pour lui que pour sa famille,

Laquelle en Pourceaugnac fourmille.

Il est pourtant probable, dit M. Aimé Martin dans ses Commentaires,1 que

Molière se borna à copier l'habit, l'allure et les ridicules de son Limousin.

succomber et ont cédé la place à leurs antagonistes. Les découvertes de sir Edouard Parry et du capitaine John Ross dans la baie de Baffin , le détroit de Lancastre et rentrée du Prince Régent ont augmenté les prétentions et le despotisme des pêcheurs anglais à tel point qu'ils se considèrent comme les maîtres absolus de la navigation des mers arctiques , et qu'où ne rencontre plus, depuis long-temps, aucun bâtiment d'une autre nation, ni dans le détroit de Davis, ni dans les passes nombreuses qui s'ouvrent en face du rivage occidental du Groenland , encore moins dans le détroit de la baie d'Hudson.

Cette confiscation d'une partie importante des mers du globe est singulièrement profitable aux Anglais. Maîtres de la pèche de la baleine et du phoque dans presque toute l'étendue des régions circumpolaires du Nord, ils jouissent, dans la sécurité la plus complète, des précieux avantages (pie leur assure l'exploitation d'une brandie de commerce éminemment lucrative. Les armateurs, et par suite le gouvernement, en retirent tous les ans des bénéfices considérables, et la flotte marchande employée à ces périlleux voyages est une excellente pépinière de matelots pour la marine royale.

En 1805 , l'Empereur pensa avec raison que, si la France parvenait à éloigner les baleiniers anglais des parages du Spitzberg et du Groenland, la Grande-Bretagne se trouverait tout a coup privée d'une source de profits qu'elle ne pourrait remplacer. IN'os voisins ne paraissaient pas se douter que le gouvernement impérial songeât à les troubler dans l'exploration de ces mers glaciales où tout est danger pour le navigateur. Le moment était donc bien choisi. Une expédition militaire devait infailliblement surprendre les pêcheurs anglais; elle fut, en conséquence, résolue et ordonnée.

Le secret de ce projet fut gardé jusqu'aux premiers mois de!180G. Le 2(1 mars de cette année , c'est-à-dire à l'époque où la navigation devient plus facile dans les régions septentrionales, trois frégates françaises, la / nche, la Syrène et la Guerrière, sortirent du port de Lorient et firent voile vers le nord. Elles avaient mission de croiser autour de l'Islande, à l'entrée du détroit de Davis et dans le voisinage du Spi: ber-§ si les glaces leur permettaient d'atteindre ce dernier pays. Jusqu'au Ti>u degré de latitude, la petite division navigua sans aucun trois bâtimens anglais et continua sa route vers le pôle. Mais au T3° parallèle , les glaces commencèrent à embarrasser sa marche, et dès ee moment la situation des marins des trois frégates fut des plus pénibles.

Rien de plus étrange que l'aspect de la mer sous ces hautes latitudes. Des glaçons monstrueux couvrent de toutes parts la surface des flots, se balançant lourdement au souffle de la brise ou restant immobiles comme les montagnes d'un continent. Ces glaces, formées , pour la plupart, à l'embouchure des rivières septentrionales , atteignent quelquefois une. hauteur de cinquante mètres, et ont jusqu'à six à huit kilomètres de circonférence. Elles affectent les formes les plus bizarres : les unes s'élèvent en pyramides régulières et en flèches aiguës semblables aux clochetons d'une cathédrale gothique; d'autres s'arrondissent en arcades gracieuses, et les ouvertures creusées par les vagues entre les piles de ces ponts flottons sont assez vastes pour que de grandes embarcations y passent sans difficultés; celles-ci rongées à leur base par l'action des Ilots et du soleil, ressemblent, avec, leur large couronnement, à d'immenses champignons errant sur l'Océan hyperboréen ; celles-là simulent des vaisseaux à la voile avec leur mâture parfaitement distincte; il en est qu'on prendrait de loin pour des arbres chargés de frimas; quelques unes sont de véritables palais de cristal perces de milliers de fenêtres, surmontés de sveltes minarets et ornés de guirlandes pittoresquement disposées; on en a vu qui offraient l'apparence exacte d'églises du moyen-âge avec leurs tours élancées, leurs aiguilles hardies, leurs dentelures fantastiques et leurs franges si délicatement sculptées. Tous ces blocs mobiles se teignent de nuances variées parmi lesquelles le vert et le bleu dominent surtout dans le voisinage du Spitzberg.

Quand la tempête- ou la violence des eourans agite ces montagnes mou-

- ['Océan n'offre plus que l'aspect d'un chaos effrayant. Les gla- -,■ heurtent en produis di sons aigres el stridens qui déchirent l'oreille: ceux qui onl perdu leur centre de gravité, tournent rapidement sur eux-m< m s i isionnent des tourbillons formidables; il en esl qui

éclatent avec un bruit semblable à celui d'une décharge d'artillerie et dont les fragmens, «lis; erses au loin par la force de l'air comprimé, roulent dans tous les sens jusqu'à ce qu'ils aient trouvé leur équilibre. On peut se faire m,,' léedcs pi rils qui menacent les navires au milieu de jeux terribles de la nature du nord.

n'est pas peu de chose, dil le capitaine Ross, dans la relation de son second voyage, que de sentir son entière impuissanceen pareil cas. 11 n'y ;i pas un instant où l'on puisse conjecturer ce qui arrivera pendant l'instant qui va suivre; il n'y en a pas un qui ne puisse être le dernier, si le hruit, le mouvement, le tumulte dontonest entouré détournent l'attention el l'empêchent de se fixer sur rien au milieu d'une telle confusion, il faut pourtant qu'elle s > ' touj iurs sur le qui-vive, afin de saisir le premier moment qui pi ut si' présenter pour échapper au danger. Cependant, el c'est la le [dus difficile, il n'y a rien à taire, nul effort à tenter; et quoique la vue seule du mouvement qui l'environne porte le marin à l'aelivite, quoiqu'il puisse à peine réprimer l'inslinet qui nous presse (le songer à notre sûreté, il faut qu'il s'arme de patience, comme s'il était spectateur indifférent, et qu'il attende l'arrêt du destin, qu'il ne lui est possible ni d'éviter ni de modifier.

Tels furent les obstacles contre lesquels les trois frégates françaises eurent a lutter dans leur marche vers l'archipel du Spitzberg. L'année 1806 fut sans été dans les mers arctiques, el à l'époque ou elles sont ordinairement libres, elles étaient encombrées de glaces. Louvoyer péniblement dans un labyrinthe de passes étroites, courir sus aux baleiniers anglais au milieu de ces îlots perfides qui s'entrechoquaient avec fracas, il ri ; i . se battre malgré un froid horrible qui glaçait les membres des matelots les plus habitués à ce genre de na> igation, telle fut la vie de nos marins pendant tout le premier mois de leur croisii re

seul inconvénient des mers boréales, il j règne aussi d, : ds épais que les nav igateurs redoutent singulièrement, d'abo empêchent d'apercevoir les glaçons, ensuite parce sd( i navires d'une croûte de givre qui rend toute manœuvre presque impossible, rendant une de cesjouruses, la Guerrière perdit de vue ses deux compagnes, el resta en arrière. Dès ce moment, l'équipage de ce vaisseau dut se résigner à l'isolement, nécessite déplorable dans ces parages inhospitaliers, mais qui cependant n'abattit point le courage des marins français. Tandisque seau égaré revenait sur ses pas et faisait de nombreuses prises, les deux autres frégates cherchaient à aborder au Spitzberg; mais à la hauteur du 77e degré de latitude, elles s'apen urenl qu'il y aurait folie às'obstiner dans ce pn m oséquence, elles rebroussèrent chi min en se dirigeant au sud-ouest.

Les équipages , malgré leurs souffrances et leurs fatigues, n'avaient ité ni leurs dispositions belliqueuses; grâce au régime : pie prescril par les chefs, ils avaient évité le scorbut, celte terrible maladie des renions glacées. I miles les fois qu'un des navires captuli inier bien chargé d'huile, il y av. m gala à bord du bâtiment vainqueur, el nos matelots oubliaient, au bruit de leurs refrains bachiques, et leurs misères el les rigueurs du climat. Quelquefois un ours monstrueux passait [ires des frégates, porté sur un glaçon mouvant; alors c'était à qui abattrai! l'intrépide animal, qui vendait toujours chèrement sa vie. On laissait aux officiers II nein de tirer les premiers,

puis c'était le tour des soldats et des matelots.

— A toi, L'Anglais, disait un gabier facétieux.

— Si je le tue, quelle limeuse redingote je vas me faire avec sa peau I B'écriail le tireur.

Le coup portait, et l'ours ne bougeait pas. Puis la chaloupe abordait le glaçon, et la petite troupe attaquait résolument la bête redoutable avec

la lance el la baïonnette. C'en était assez pour alimenter les conversations des marins pendant toni le reste de la journée.

In autre jour on signalait un navire sons le vent ; on laissait arriver, cl quand on s'était rapproche de l'objet aperçu, on reconnaissait une énorme baleine: alors un rire bruyant déridait toutes les physionomies, et chacun se défendait d'avoir de mystifié.

Cependant plusieurs baleiniers anglais effrayés par la présence de la division française dans ces parages, étaient précipitamment retournés dans leurs ports d'armement, el avaient t'ait savoir a l'amirauté que des vaisseaux ennemis sillonnaient la mer glaciale , donnant la chasse aux b.ilimeiis pêcheurs. Ils avaient raconte que la Guerrière avait pris près de Terre-Neuve le William de Grenock e! un autre vaisseau ; le 23 juin, le Dingwal de Londres avec sa conserve; le 30 du même mois, le corsaire le Sirius qui avait été livre aux flammes, et dont l'équipage, transporté sur un navire danois, venait d'arriver à Vberdecn. A la première nouvelle de ces perles, le gouvernement anglais avait donné ordre .'i quatre bâtimens de haut-bord d'aller se joindre a la frégate anglaise chargée de protéger la pèche dans le détroit de Davis.

rendant que la division britannique cinglait à forcede voiles vers l'Islande oii elles supposait qu'elle rencontrerait nos frégates, celles-ci venaient au-devant d'elle , et. chemin faisant, bridaient des bâtimens pêcheurs, en manière de passe-temps, l n des vaisseaux rencontra la Syrène entre l'Islande et la côte orientale du Groenland , qui , comme on sait, est toujours bordée de vastes champs de glace. Le capitaine Lambert commandant de cette frégate, après s'être assure que le navire anglais était seul, n'hésita pas a laisser arriver sur lui, bien que la Si/iinr fût moins forte et portât moins de canons. V.u commandement de branlebas de combat! l'équipage qui, depuis le commencement de la croisière, n'avait eu affaire qu'a des vaisseaux marchands, tressaillit de joie Cl d'enthousiasme, Malgré le froid qui régnait encore, chacun courut a son poste avec empressement et attendit, non sans une vive impatience, l'or- ' dre de faire parler ces caronades si long-teni| s silencieuses.

Le combat, engagé d'abord de loin, devint plus sérieux el plus meurtrier vers une heure de l'apr ■s-midi. A ce moment les deux adversaires étaient à portée de pistolet el dirigeaient P ;ontrc l'autre un feu terrible et presque continuel. Le capitaine Lambert n'avait pas besoin d'exciter l'ardeur de ses gens, qui se battaient eu hommes charmés de se retrouver à pareille fête, a près trois mois de menue besogne: aussi se bomait-il a leur recommander de tirer de façon a faire le plus de mal

possible ii l'ennemi. Les ca niers suivaient rigoureusement celle in-

metion, car presque Ions les boulets portaient dans la voilure ou dans les flancs du navire anglais, tandis que l'artillerie de ce dernier faisait peu de mal à la frégate. Cependant, malgré l'habileté du commandant français, qui avait su jusque la garder la position la plus avantageuse, la Syrèlie ne put éviter une bordée que I' anglais lui envoya dans l'arriére, et qui, après avoir démonté deux des pièces de canon de retraite, tua cinq hommes dans la batterie basse et en blessa six sur les gaillards. L'instant d'après, une seconde volée coupa la drisse qui soutenait le pavillon, ei le vent, emportant L'oriflamme tricolore, la lit tomber dans h mer.

Le Bailli de Suffren voyant choir son pavillon de la même manière, S'écria : ■ Couvre/ le vaisseau de pavillons blancs! des pavillons blancs partout ' Le capitaine Lambert n'eut pas besoin de cette recommandation a son équipage; car, h peine nos couleurs nationales avaient 'Iles disparu de la corne d'artimon, que trois timonniers sYl.iienl i lances

dans les haubans pour les remplacer. Mais, dans l'intervalle, le vaisseau

ci lyanl que la Si/rtne avait amené volontairement, s'approcha

en toute confiance | r en prendre possession. Le commandant devina

la méprise, et, s'armanl de son poi te-voix, il crie a l'équipage L' vn-

udais croit que nous voulons nous rendre. charge2 a mitraille t t à double boulet . ci apprenez-lui qui nous sommes!... Feu '• lit, tandis quele pavillon français reparaissait glorieux a sa place ordinaire, une décharge effroyable labourait les murailles du bâtiment ennemi, enfonçait sa ga-

lerie de tribord, Iirisait son mât de misaine, et couvrait de morts le plancher de ses batteries.

— Ah ! ali ! s'écria le capitaine, j'espère qu'il en tient... ça lui apprendra à se tromper.

Foudroyé, anéanti, le vaisseau anglais ne riposta point, et pendant que sou équipage s'occupait à relever les Liesses, la frégate, évoluant avec rapidité, lui lâcha sa seconde bordée, dont l'effet ne fut pas moitis désastreux pour lui. Ce fut là son coup de grâce Le capitaine Lambert s'en aperçut; mais au moment ou il allait faire manœuvrer pour achever sou adversaire et s'en emparer, celui-ci, profitant de la brise, qui lui était favorable, s'éloigna en toute hâte et abandonna le champ de bataille à la frégate victorieuse.

('.'avait été une lutte vraiment solennelle. Les montagnes flottantes qui, durant l'action, avaient passé près des deux combattans, comme des témoins muets d'un duel à mort; le bruit du canon qui, répété par les échos des glaciers éternels du Groenland , avait troublé pendant une heure entière le silence de ces vastes solitudes; l'aspect de la mer parsemée de blocs resplendissans ; la physionomie inusitée du ciel, que voilait une couche de nuages épais et bas ; au loin, la lueur rougeâtre «les volcans de l'Islande et ses pics neigeux qui se perdent dans les nues: tout, daus le lieu de la scène, dans le paysage environnant et à l'horizon, avait donne à ce combat un caractère à la fois singulier et grandiose. Les officiers de la frégate n'avaient pu se défendre, au moment du branle-bas, d'une espèce d'émotion superstitieuse, tant le théâtre sur lequel ils allaient exercer leur bravoure leur semblait extraordinaire.

La Revanche n'avait pas été aussi heureuse que la Syrène. Pressée par les trois autres bâtimens ennemis, elle avait dû prendre chasse devant eux et forcer de voiles pour ne pas être obligée de se défendre contre des forces aussi supérieures.

Le capitaine Lambert avait vaincu; mais il lui restait une épreuve bien plus terrible, bien plus dangereuse à soutenir.

Le vent était devenu plus fort^et la mer plus houleuse. C'était le commencement d'une de ces tempêtes qui éclatent si brusquement dans les mers polaires. Les glaces, détachées des côtes du Groenland, dérivaient rapidement vers le iNord. Le front du commandant s'assombrit en les voyant s'amonceler à quelque distance et former une barrière qui , de loin semblait impénétrable. En moins d'une demi-heure, l'ouragan fut dans toute sa force. Jamais, depuis le commencement de l'expédition, nos marins n'avaient vu l'Océan arctique aussi profondément bouleversé; jamais la frégate n'avait éprouvé des secousses aussi violentes, des chocs aussi rudes, ni aussi multipliés. Le capitaine comprit que toutes les ressources de la science nautique étaient inutiles dans un pareil moment. Seulement il s'appliqua à résister autant que possible à l'action du vent, qui poussait le bâtiment vers le mur de glace formé dans le Tvord ; mais ses efforts furent inutiles. La Syrène approchait irrésistiblement de la terrible barrière, et il n'était plus possible de l'arrêter. Dans cette cruelle position, que faire? Se laisser aller au caprice de l'ouragan? Ce serait s'exposer à être ballotté et écrasé en détail par les glaces. Il n'y avait qu'un parti ù prendre : c'était de chercher à se frayer par la force un passage au travers de l'obstacle qui apparaissait menaçant a l'horizon. De toute autre manière, la frégate devait se briser; mais en forçant le passage, il y avait chance pour elle d'écarter les glaçons et de se trouver daus un espace libre. Le commandant prend aussitôt une résolution désespérée ; il fait mettre toutes les voiles dehors, à la grande surprise, de, l'équipage, et ordonne de laisser arriver contre le rempart d'îles flottantes. Ce fut pour tous les gens de la frégate un moment d'inexprimable anxiété, de terreur indicible. Ces mêmes hommes qui s'étaient réjouis d'entrer en lutte avec un vaisseau plus fort que le leur, pfilissaient au moment d'engager un nouveau combat: c'est qu'il s'agissait maintenant de recevoir la mort froidement et de la main d'un ennemi avec qui il fallait se mesurer sans espérance de gloire, alors même que le succès eût été probable.

Cette angoisse dura dix minutes; la frégate, poussée par le souille impétueux du veut qui s'engouffrait dans sa voilure, avait rase h surface

des (lots avec la rapidité de l'hirondelle , et avait dépassé les premiers glaçons. Un craquement formidable se lit entendre, et le navire trembla depuis la cale jusqu'à la cime des mâts; le beaupré et l'avant étaient fracassés , mais la première ligne de montagnes était franchie. Alors commença la plus étrange mêlée dont la mer ait été le théâtre : la Syrène écartait hardiment les rochers mouvans qui l'environnaient de toutes parts ; mais a peine avait-elle réussi à s'ouvrir une route assez large pour lui permettre de passer, que de nouveaux ennemis plus nombreux et plus redoutables se pressaient devant elle. A chaque instant les pointes aiguës de glaçons s'enfonçaient dans ses flancs, et y faisaient de profondes blessures; quelquefois elle était tellement comprimée entre deux masses solides, que l'équipage s'attendait à être écrasé et réduit en atomes. Les matelots dont les services étaient devenus inutiles, contemplaient avec stupéfaction cette scène terrifiante. Jamais la tempête n'avait eu pour eux de si cruelles émotions.

Ce pugilat entre l'homme et la nature courroucée, entre un pvgmée et toute une armée de géans furieux, dura plus d'une demi-heure. Enfin, la frégate se trouva tout à coup dans un bassin pins calme et moins encombré. Eh même temps , le vent , changeant de direction , fit dériver une partie des glaces dans la direction de l'Est. La victoire restait encore au capitaine Lambert.

La Syrène, mutilée, haletante, à l'agonie, parvint à se réfugier dans une baie de l'Islande où elle trouva sa compagne la Revanche. Quand elle eût pansé ses blessures et fermé ses plaies , elle remit à la voile et cingla vers la France.

Le port de Brest s'ouvrit aux trois frégates qui avaient glorieusement rempli leur mission. Trente-huit bâtimens anglais et un vaisseau russe pris et brilles, tel avait été le résultat de cette croisière dans les glaces, épisode originale! mémorable des guerres maritimes de l'Kmpire.

F. Cociif.let.

(National.)

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