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NOTICE HISTORIQUE SUR. X.A CHASSE EN FRANCE

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voit à qui'l degré de perfection cet art était alors déjà parvenu. Lycurgue, ce législateur qui institua l'éducation guerrière des Lacédémoniens, avait promulgué une loi sur la chasse ; et Solon, qui avait interdit cet exercice à ses concitoyens, vit les Athéniens enfreindre sa défense. En un mot, tous les Grecs avait une telle passion pour la chasse, que leur mythologie en attribuait aux Dieux l'invention et les règles, et qu'elle plaçait au premier rang Diane et les autres divinités qui présidaient à ce noble délassement.

Les Romains, ces héros que domina toujours le génie de la guerre, aimaient cependant fort peu la chasse. Soit dédain pour des exploits dont les forêts sont les seuls témoins, soit effet d'une prévention bizarre, ils méprisaient ou négligeaient l'art de chasser, et nous voyons dans SaUuste que le plus souvent ils en abandonnaient l'exercice à leurs esclaves. Aussi parmi les surnoms dont à Rome l'usage était général, on en chercherait vainement un qui rappelât la passion ou l'habileté du chasseur. Mais cette défaveur est une exception unique chez les peuples de l'antiquité.

Les Gaulois, avant l'invasion des Romains, consacraient à la chasse tous les loisirs de la paix. César nous raconte dans ses Commentaires qu'ils aimaient à braver les périls les plus grands et à poursuivre les animaux les plus redoutables jusqu'au fond de leurs retraites. La jeunesse gauloise s'exerçait surtout à combattre l'Unis, espèce de taureau sauvage, aussi dangereux par sa force que par sa férocité. Quand un de ces animaux était tué, le chasseur, en témoignage de sa victoire, conservait précieusement les cornes, garnissait leur extrémité d'un cercle d'argent, et s'en servait au lieu de coupes dans les festins solennels. C'étaient des insignes glorieux qu'il montrait avec orgueil et transmettait avec soin à ses descendans.

Sous la domination romaine, tout changea de face dans les Gaules ; les lois et les mœurs du vainqueur furent imposées au vaincu, et bientôt la chasse y tomba dans la même défaveur qu'à Rome. Cet état de choses dura près de cinq siècles, jusqu'à ce que, les Rarbares ayant franchi le Rhin et enlevé la Gaule aux empereurs, on vit, avec ces nouveaux couquérans, s'introduire les mœurs et les usages qu'ils avaient apportés des lorêts de la Germanie. Les Francs étaient ennemis du commerce et méprisaient les soins de l'agriculture. Attaqués sans cesse par les bêtes sauvages et n'ayant d'autre refuge que quelques cabanes disséminées au fond des bois, ils trouvaient dans le pillage et dans la chasse les moyens de satisfaire leur goût belliqueux et de pourvoir à leurs besoins. C'est l'opinion que l'on doit tirer de ce passage de Tacite : Lorsque les Germains ne faisaient pas la guerre aux hommes, ils la faisaient aux animaux.

En effet, les Francs, une fois fixés dans les Gaules, se livrèrent à leur passion dominante pour la chasse, lis agirent alors par entraînement et par plaisir, comme auparavant ils avaient agi par nécessité. C'était d'ailleurs pour eux un moyen de tenir leur courage en haleine ; et, forcés par les ennemis qui les entouraient à être sans cesse prêts à l'attaque et à la délense, ils nourrissaient leur ardeur belliqueuse en combattant sans reàche les animaux sauvages. Aussi la chasse fut-elle regardée par les Francs comme un simulacre de guerre, et honorée comme un des exercices les plus propres à former au maniement des armes. Que de soins ne prenaient-ils pas pour tout ce qui s'y rapportait ! Au nombre des talens les plus précieux, on comptait celui de sonner de la trompe, de dresser un chien ou à'affailcr un oiseau. Les barons ne quittaient le costume militaire en temps de paix que pour revêtir l'équipage de chasse. Guerriers, jurisconsultes, prêtres, tous s'honoraient d'être chasseurs et conservaient avec orgueil les bois des cerfs, les défenses des sangliers et les dépouilles des autres animaux sauvages, pour attester 1er.- exploits, dont ils étaient encore plus fiers peut-être que des succès obtenus dans la carrière qu'ils avaient embrassée.

Les dames elles-mêmes prenaient souvent une part active à ce genre de divertissement. Sans craindre la fatigue et les dangers, elles suivaient les chasseurs, les animaient par leur présence et les récompensaient par

leurs éloges. Plus d'une fois on les vit, oubliant la timidité naturelle à leur sexe, disputer aux plus intrépides veneurs la gloire de porter les premiers coups à la bête qu'on avait forcée.

La passion de la chasse était si grande qu'elle exerçait son influence jusque sur la littérature. Les expressions , les images , les métaphores de presque toutes les compositions poétiques du temps étaient empruntées au langage du Veneur ou du Fauconnier. On en trouve des traces jusque dans les ouvrages de piété. Nous citerons, par exemple, le livre intitulé la Forêt de Conscience. Les péchés y sont représentés par les hèles fauves, tandis que les arcs, les épieux ligurent les sacreincns et les vertus théologales. Plusieurs écrivains ont poussé l'extravagance jusqu'à mettre en parallèle les choses saintes avec les divers attributs de la chasse. Jean le Blond, poète du seizième siècle, décrivant le Temple de Diane, ose comparer les chiens aux chanoines, leurs aboiemens aux chants de l'Eglise, aux sons des cloches, aux accords de l'orgue, et enfin le fumet du gibier à l'odeur de l'encens et des parfums.

Les prélats eux-mêmes, oublieux de leur caractère sacré et du respect que l'on doit au sanctuaire, ne rougissaient pas, dit Brantôme, de faire retentir les églises des aboiemens de leurs chiens et des cris de leurs faucons. Cet abus sacrilège fut dénoncé au concile d'Epaone, en 517, et l'on rendit un canon qui défendait aux ecclésiastiques de chasser et même d'élever chez eux des chiens et des oiseaux de proie. Le concile d'Augsboun:, en 952, celui de Montpellier, en 1215, celui de Nantes, eu 1254, renouvelèrent ces défenses. De leur côté, les papes prononcèrent les censures ecclésiastiques contre les membres du clergé qui, par infraction aux règlemens et aux canons de l'Église, se livreraient au plaisir de la chasse. Mais ces mesures demeurèrent impuissantes ; la Vénerie et la Fauconnerie avaient trouvé un patron dans le ciel. Saint Hubert, chasseur intrépide et courtisan irréligieux, ayant aperçu, dit-on, dans la forêt des Ardennes, un cerf qui portait un crucifix entrelacé dans son bois, entendit en même temps une voix qui le menaçait des peines éternelles s'il ne se convertissait. Effrayé de cette apparition, il quitta la cour des rois d'Austrasie, entra dans les Ordres et devint évèque de Maestricht. Ses vertus et les miracles opérés sur sa tombe le firent mettre au nombre des saints, et sa passion pour la chasse le lit. considérer comme le céleste protecteur de ce noble exercice.

î\os premiers rois ne pouvaient demeurer étrangers à cet entraînement universel. En effet, à une époque où la paix était une exception, la guerre un état habituel, la force et le courage formaient les premières qualités requises pour commander. La principale occupation des princes Mérovingiens fut donc la chasse, qui les accoutumait à braver l'intempérie des saisons, la faim, la soif et la lassitude, leur donnait une santé robuste et les rendait capables de seivir de modèles à leurs sujets. Clovis, Thierry, Gontrand, Chilpéric et Childebert doivent être mis au nombre des plus vaillans et des plus habiles chasseurs. Les anciennes chroniques nous les représentent à la tète de nombreux veneurs, s'élançant sur les traces des bêtes féroces, et leur disputant quelquefois le terrain pas à pas avec autant de rage et d'acharnement qu'en déployaient ces animaux eux-mêmes.

Saint Grégoire de Tours nous raconte que Clovis marchant contre Alaric, roi des Visigoths, découvrit un gué dans la Vienne en poursuivant une biche. Il fit traverser toutes ses troupes à l'endroit de la rivière qui depuis fut nommé le Pas de la Biche, et par cette marche il atteignit les ennemis dans la plaine de Vouillé, où il mit leur armée en déroute, et tua leur roi de sa propre main. Ce fut eu revenant de la chasse dans son palais de Chelles, que Chilpéric tomba sous les coups des assassins. Le monarque venait, dit-on, de découvrir la liaison criminelle de sa femme avec un leude nommé Landry, qui le poignarda pour échapper à sa vengeance. Childéric II périt également au sein de la chasse. 11 avait fait battre de verges le seigneur Bodillon, pour le punir de quelques sages représentations qu'il en avait reçues au sujet des impôts. Le leude outragé conçut une haine implacable et forma une conjuration contre le monarque. Un jour que Childéric chassait dans la foré l de Livry, Bo-

(lillon le surprend, disperse ses gardes, le tue, et court au palais de Chelles, où il massacre sans pitié la reine Bilichilde et son lils Dagolert.

Cependant, sous les derniers rois de la race Mérovingienne, on vit diminuer la passion de la chasse. Ces princes, si dignes du nom de fainéaus, vivaient dans une complète indolence, et se molliraient peu jaloux d'acheter par des fatigues un plaisir qu'ils ne savaient point apprécier. Mais sous le règne de Charlemagne la chasse reprit un nouvel essor. Ce monarque j consacrait tous les instansde repos que lui laissaient la guerre et Us soins <lc l'Empire. L'abondance du gibier et la beauté des lieux lui faisait surtout affectionner les forcis situées dans le voisinage d'Aix-la-Chapelle, ville qui, depuis le passage d'Attila, n'avait encore pu se relever de ses ruines. Charlemagne y fixa souvent sa résidence; et, pour lui rendre sa splendeur, restaura ses bains, releva ses murs, et construisit un palais et une enlise.

Egillhard et plusieurs autres chroniqueurs du temps mentionnent la richesse des équipages de Charlemagne, le nombre des chiens, des oiseaux et des animaux de toute espèce dont ils étaient composés; on eut pu croire que le monarque roulait épuiser ainsi tout ce que la magnificence offre de plus somptueux. La chasse continua de jouir de la plus haute faveur sous les autres princes Carlovingiens. Louis-le-Débonnaire et ses fils, I.othaire et Charles - le - Chauve , furent des chasseurs intrépides. Carlomau et Louis d'Outremer moururent des blessures qu'ils avaient reçues, l'un en poursuivant un sanglier, l'autre en attaquant un loup. Malgré ces événemens funestes, la chasse resta la passion dominante des seigneurs et des princes sous les premiers Capétiens. Saint-Louis, comme nous le raconte loinville, aimait passionnément a se livrer au déduict de la chasse. La Vénerie, surtout, avait la faveur de ce monarque, et c'est à lui qu'on doit, en France, l'introduction d'une certaine race de chiens originaires de la Tartarie, propres à diverses sortes de chasse, et dont l'espèce est connue maintenant encore sous le nom de griffons. La fauconnerie acquit a son tour une grande importance à la cour de Philippe-le-Hardi. Ce monarque envoya jusqu'en Darnemarck plusieurs officiers pour se former dans l'art de nourrir tt d'élever des oiseaux de prou-. Gasces de la \ igné, auteur du poème intitulé le Dirt des quatre Oiseaux, nous a conserve dans son ouvrage le souvenir de cette mission singulière.

Le roi Jean, prisonnier à Eiereford, pour adoucir les ennuis de sa captivité, lisait des traités de Vénerie et se faisait raconter des histoires de chasse. Charles M fonda, selon quelques écrivains, l'ordre de Notre-Dame-de-1' Espérance pour accomplir un vœu fait dans les bois où il s'était éjraré en poursuivant un cerf. Il avait dans ses chenils des lions et des léopards, et c'est a celle circonstance qu'est dû le nom de la rue des Lions-Saint-Paul, situe au quartier Saint-Antoine, sur l'emplacement du palais de Charles-le-Sage, nomme l'hôlel îles grandi esballeincns. Louis XI, dans sa vieillesse, prenait au l'Iessis-les-Tours le plaisir de faire combattre des animaux, et se donna même quelquefois, dit-on, le cruel spectacle d'une chasse aux hommes en livrant des malheureux à la fureur de ses meutes Charles IX, que la régente Catherine de Médicis tenait le plus possible éloigné des affaires, était un veneur habile et intrépide, et composa un ouvrage intitule la Chasse royale. Henri l\ , né dans les montagnes du Béarn, s'était familiarisé dès l'enfance avec les fatigues et les dangers de la Vénerie. Louis Mil partagea le goût de son père pour la chasse, et cette passion sembla toujours depuis héréditaire dans la famille des Bourbons. Enfin Charles X, à qui ses ennemis ont amèrement reproche son ardeur pour la chasse, couvrait souvent de ce manteau le désir qu'il avait de répandre ses bien faits sur les habitons des campagnes et de se dégager de l'étiquette des cours pour se rapprocher de son peuple it visiter la chaumière du pauvre.

.Nous avons à regretter que la rareté des documens qui nous son! parvenus sur l'art de la chasse nous permette a peine «le le suivre dans ses développemens et ses progrès pendant les deux premières races de nos

rois. Quelques passages de nos anciennes chroniques, quelques parchemins poudreux long-temps oubliés au fond des monastères, peuvent seuls nous servir de guides. Encore faut-il bien souvent nous mettre en garde contre ces traditions écrites, où la vérité est toujours voisine du mensonge. Il entrait beaucoup de superstition dans ces légendes, dont le but principal était de transmettre aux siècles à venir les détails de tel OU tel miracle. Ici nous trouvons l'histoire d'une meule de chiens arrêtée par un pouvoir inconnu; ailleurs, c'est un cerf qui se réfugie dans une chapelle pour échapper à ses ennemis. A cette époque primitive, la divinité semblait intervenir a chaque instant dans les actions les plus naturelles

.Néanmoins, a travers ces failles, on voit que dès lors la chasse se dj visait en deux parties bien distinctes : la Vénerie et la Fauconnerie. On entendait par Vénerie l'art de poursuivre les bêtes fauves, de leur tendre des embûches et de les forcer avec des chiens courans. Divers pas- Sages d'auteurs anciens nous donnent la certitude que la Vénerie était pratiquée avec un grand succès, même à dater de la conquête des Gaules. La Fauconnerie était l'arl i'a/faiter les autours, les émerillons, les faucons et d'autres oiseaux de proie, pour les employer à la haute et basse volerie. Elle resta, sans aucun doute, inconnue aux Grecs et aux Romains, el prit naissance chez les Scythes, d'où elle passa chez les Francs, qui l'introduisirent dans les Gaules.

On est dans la plus grande incertitude sur les procèdes, les ruses et les pièges employés par les chasseurs avant le treizième siècle ; car ce fui sous Saint-Louis que l'un composa le premier ouvrage français sur la Vénerie, intitule le Dicl de la (hure don Cerf, poëme didactique de six cents vers environ. Ce monument, l'un des plus curieux et des plus intéressans par son ancienneté el par son six le. est conserve dans le manuscrit 7615 de la Bibliothèque royale, on y trouve de grands détails sur la manière de veoir, de poursuivre el de forcer un cerf. L'auteur y décrit au long comment on doit ouvrer pour faire la curée de l'animal. En un mot, c'est un iraité complet qui donne tous les préceptes de la

chasse royale.

A dater de celle époque se dissipa le nuage qui couvrait l'histoire de la Vénerie. L'empereur Frédéric avait compose en latin un ouvrage sur cet art. Denis, éveque de Senlis, surnommé le Grand, Philippe de Vitry, l'auteur du Roi Hlodus, Gaston Phœbus, el enfin Gasces de la \ igné, nous ont laisse les plus précieux écrits sur la chasse au moyenâge.

En lisant ces divers traites, on voit qu'il existait entre la Vénerie et la Fauconnerie une lulte perpétuelle. Toutes deux prétendaient au premier rang; mais la Fauconnerie l'emporta presque toujours sur sa rivale 1 1 -, dames lui accordaient une préférence marquée, parce qu'elle était moins opposée aux qualités ordinaires de leur sexe; ci nos nobles aïeux, qui se piquaient d'être les plus courtois chevaliers, firent leurs principales délices de la Fauconnerie peut-être autant par galanterie que par goût naturel. Déjà, des les premiers temps de la monarchie, nous trouvons des traces de la prééminence que la Fauconnerie avait sur les autres chasses. Les anciennes lois barban s el les capitulaiies de nos rois défendaient île donner son épervier ou son épée pour prix de sa rançon. Ces i|eu\ choses paraissaient sacrées, el personne ne pouvait s'en dessaisir, même pour recouvrer sa liberté. La loi Gombette les excepte formellement : In composilionem Wirgildi volumut ut ta denlur r/uir in lege continentur, excepto accipitre cl spalhd.

La noblesse seule avait le droit de porter le faucon ou l'épervier sur le poing. Elle était si jalouse de cette prérogative, qu'elle en usait jusques en temps de guerre et au sein mêmedi coin! its Vbbon, en parlant du siège de Paris | ar les Normands, sous Charles le Gros, ra onte que ceux qui défendaient l'entrée du pont de bois, remplacé aujourd'hui par le /' til-Pont, désespérèrent de conserver leur poste et, ne voulant pas que leurs oiseaux tombassent entre les mains de l'ennemi, ils les lAchèrenl en l'air et leur rendirent la liberti

Açcipilrcs loris permitil irç joluti*.

Les sceaux, les miniatures nous fournissent des exemples continuels de l'usage de porter l'oiseau sur le poing. C'était dans cet équipage qu'on représentait les jeunes seigneurs qui, n'étant pas encore chevaliers, n'avaient point le droit de paraître armés avec l'épée nue ou le bouclier à la main. Les châtelaines ne sortaient jamais de leurs manoirs sans avoir l'autour ou l'énierillon sur l'épaule. Cette passion pour la Fauconnerie se maintint pendant tout le moyen-âge, et Rabelais nous raconte comment les dames de son époque se donnaient encore ce délassement : « Si c'estoit pour voler ou chasser, dit-il, les dames, sur leur poing mignonnement engantelé, portaient chacune ou un épervier ou un laneret ou un émerillon ; les hommes portaient les autres oiseaux. »

Malgré la préférence dont jouissait la Fauconnerie, les gentilshommes accordaient aussi une grande faveur au déduict des chiens, qui, par ses dangers et ses fatigues, conservait de nombreux partisans et passait pour le plus utile, en admettant que le déduict des oiseaux fût considéré comme le plus noble. La chasse au cerf, autrement dit la chasse royale, tenait le premier rang parmi les diverses branches de la Vénerie. Après elle venait la chasse au sanglier, la plus terrible de toutes et la plus recherchée par nos rois, qui souvent y déployèrent autant d'adresse que de courage. On combattait cet animal avec l'epieu, arme que nos ancêtres maniaient habilement. Quelques ouvrages de Vénerie parlent de la chasse du sanglier au clair de lune ; mais c'était une chasse fort dangereuse, car il s'agissait de combattre la bête corps à corps, à la clarté douteuse et souvent intermittente de l'astre de la nuit.

C'est ici le lieu de mentionner une chasse particulière dont les anciennes chroniques nous ont conservé le souvenir, la chasse au cerf blanc. Le vainqueur avait le droit d'offrir ses hommages à la plus belle des dames de la cour qui se trouvaient présentes à ce déduict. Il pouvait même, comme il n'y manquait pas sans doute, donner à la beauté qu'il avait choisie le baiser à la bouche. Cet usage, à une époque où les gentilshommes, toujours armés, croisaient souvent l'épée en l'honneur de la plus belle amie, amenait de tragiques et fréquentes querelles.

ISos rois se livraient à l'exercice de la chasse dans toutes les saisons ; mais déjà au moyen-âge l'automne était considéré comme l'époque la plus favorable. Il fallait voir alors le mouvement qui s'opérait dans tout le royaume : les seigneurs abandonnaient leurs manoirs, les princes désertaient leurs cours, les forêts s'animaient et prenaient un nouvel air de vie. Les frimas étaient seuls capables de disperser et de contraindre à la retraite ces armées de chasseurs.

Il est à remarquer cependant que chaque mois de l'année était pour ainsi dire consacré à son déduici particulier. Le cerf se chassait au mois d'août, le sanglier en septembre, les oiseaux de passage en octobre et dans tout le courant de l'hiver, qui était la saison où l'on se livrait avec ardeur aux plaisirs de la Fauconnerie. Cet usage de fixer une époque pour chaque espèce de gibier avait introduit en France la pratique bizarre d'ouvrir et de fermer avec solennité, à certains jours, les diverses espèces de chasse.

Le maréchal de Fleuranges nous le raconte ainsi dans si s mémoires : « Quand ce vient a la Sainte-Croix de may, qu'il est temps de mettre les oyseaux en mue, les veneurs tout habillés de vert, avec leurs troupes de chasse et armés d'estortoires viennent mettre les faulconniers hors de la cour, pour ce qu'il fault qu'ils mettent leurs oyseaux en mue ; et le temps des veneurs approcha pour courir les cerfs. Mais quand ce vient la Sainte-Croix de septembre, le grand faulconnier vient à la cour, parce qu'il est temps de mettre les chiens aux chenitz, et chasse tous les veneurs hors de la cour, car les cerfs ne valent plus rien. Mais le roy, qui est a présent (François I"), faict tout autrement, car il chasse hyver et esté, et prend beaucoup plus de plaisir à la vénerie qu'il ne le faict à la faulconnerie. >>

Les monarques chassaient dans toute l'étendue du royaume, ainsi que les droits de suzeraineté leur en donnaient le privilège; mais ils préféraient les forêts il, s Vosges, des Ardennes, de Compiègne, où l'on trouvait en abondance toute espèce de bêtes fauves et d'animaux sauvages ;

l'ours, qui ne se rencontre plus que dans les montagnes des Alpes, des Pyrénées et du Cantal ; le cerf et le chevreuil, relégués dans les parcs de nos maisons royales ; le buffle ou bison dont la race ne s'est conservée que dans la foret vierge de Bialowiez aux environs de Varsovie. Il ne faut point toutefois accorder trop de regrets a la destruction de ces animaux, car si les précieuses pelleteries que fournissaient leurs dépouilles sont devenues plus rares, du moins nos champs et nos troupeaux sont à l'abri de leurs déprédations.

La chasse était devenue pour nos rois un plaisir si indispensable, qu'elle formait une partie essentielle de toutes les fêtes, de toutes les solennités. Elle en partageait le luxe et l'ostentation, et formait une des principales sources de dépenses et de prodigalités de la cour. Tantôt il fallait acheter à grands frais des animaux sauvages ; tantôt faire, enceindre de murs une forêt, pour y consen er le gibier. Un roi se faisait amener des oiseaux et des chiens des régions les plus lointaines; son successeur, essayait, à force d'or, de fixer à sa cour un chasseur renommé. Les princes imitaient la magnificence royale, les seigneurs rivalisaient avec les princes, et le moindre gentilhomme voulait avoir ses meutes et ses piqueurs.

Ce luxe insensé fit de tels- progrès, qu'un écrivain contemporain du roi Jean, Casées de la Vigne, porte à plus de vingt mille le nombre des chasseurs qui entretenaient des meutes. Gaston Phcehus, comte de Foix, qui écrivait sous Charles VI, et qui était lui-même un grand chasseur, possédait quinze cents chiens dans ses chenils. Aussi Louis XII disaitil, avec juste raison, que les grands seigneurs du royaume, comme autrefois A eteon et Diomède, étaient dévorés par leurs chiens; en effet, ce fui seulement après la ruine entière de leur patrimoine, (pie beaucoup de familles, d'abord très opulentes, mirent un terme à leurs folles profusions.

Ce n'était pas toutefois sur les princes eux-mêmes que retombait tout le poids de ce 'uxe. Les châteaux et les couvens qui se trouvaient sur le passage des chasses de nos monarques servaient de retraite et d'abri aux gens de leur suite. Cet usage, introduit par la crainte ou la déférence, était devenu obligatoire et formait le plus désastreux et le plus injuste de tocs les impôts. Enfin, les barons et les moines, las des maux occasionnes par la multitude de chasseurs, de domestiques et de chiens dont nos rois s'entouraient, firent entendre des murmures, et le paysan, qui souvent voyait en un jour s'évanouir toutes ses espérances d'une année, mêla son indignation à celle de son seigneur. Pour faire droit aux plaintes générales qui s'élevaient dans toutes les provinces où nos rois avaient coutume de chasser, Charles V, dit le Sage, abolit, par une ordonnance, cet onéreux droit de gite. Avant lui, il est vrai, s?s prédécesseurs avaient déjà plusieurs fois songé à faire cesser le mal, et, dans ce but, ils avaient fait construire plusieurs rendez-vous de chasse destinés au logement de leur suite et de leurs équipages ; ce n'était qu'alléger le fardeau. L'abolition portée par Charles V mit enfin un terme à ce funeste usage; mais alors les constructions que nos rois avaient laites devinrent insuffisantes, et il fallut songer à bâtir de nouveaux édifices et ,: agrandir ceux qui existaient déjà. On vit à Fontainebleau, à Compiègne, à Saint-Germain, à Chambcrd et à Versailles, s'élever des palais, des châteaux et des maisons de plaisance qui, par leur splendeur et leurs vastes proportions, attestent la magnificence de nos princes et leur passion pour les plaisirs de la chasse.

Ce n'était rien encore que le lux la n lesse en comparai-

son de la jalousie qu'elle témoignait dans le maintien et l'exercii e de ses droits e! privilèges relatifs à la chasse. Souvent elle alla jusqu'à violer les règles de la justice et de l'humanité.

Aux premiers siècles de la monarchie française, la chasse était entièrement libre, et chacun pouvait à sa guise poursuivre dans ses propriétés les bêtes fauves qui l'incommodaient ou dont il désirait s'approprier les dépouilles ; le droit romain et les lois barbares nous en fournissent des preuves irn i usables. Mais cette liberté ne fut pas long-temps respectée. Nous voyous, dès le règne des Mérovingiens, Gontrand, roi de

Bourgogne, faire pendre son chambellan . appelé Chandon , parce qu'il s'était permis de tuer un buffle dans la forêt de Vassac. Les moines de Saint-Denis, qui sollicitaient auprès de Charlemagne la faculté de chasser des cerfs dans leurs domaines, ne purent l'obtenir qu'en représentania ce prince que la chair de ces animaux servirait de nourriture aux frères malades et que les peaux seraient employées a relier les manuscrits de la bibliothèque du couvent. Louis-le-Bègue, Cls de Charles-le- Chauve, fut obligé de demander à son père une permission expressi di chasser dans la forêt d'Aiguës, et encore lui tut-elle concédée seulement .1 condition de n'en user que pour le sanglier.

L'établissement du régime féodal, sous les derniers Carlovingiens, apporta de nouvelles restrictions. Les possesseurs de Cefs, seuls tenus au service militaire, eurent seuls aussi le permis de port-d'armeS et tous les privilèges qui s'y rattachent; et ce qu'il y a de plus remarquable, e'est que le droit de eliasse resta inhérent a la propriété du fief, et ne fut jamais, comme la plupart des autres prérogatives de la noblesse, un avantage personnel. Il était interdit aux seigneurs de chasser hors de leurs terres, comme sur celles qui étaient tenui s en roture.

Kn 1270, Enguerrand de Coucj lit amener devant lui deux gentilshommes que ses gardes avaient surpris chassant un lièvre sur ses terres. et il ordonna sur-le-champ leur supplice sans vouloir les entendre cl sans leur permettre même de recommander leurame a Dieu. Cette dernière circonstance excita la réprobation générale. Le clergé lui-mên edéploya quelquefois une sévérité impitoyable. Dinteville, évêque d' \uxerre, lit. en 1581, périr sur la croix un de ses gardes qui avait vendu furtivement quelques oiseaux de fauconnerie. Ces cruautés sembleraient inexplicables, m des lois inhumaines ne l< s avaient, pour ainsi dire, autorisées au moyen-âge. On trouve dans la Coutume de Qeauvoisis, rédigée au treizième siècle, un article qui rend passible île la potence quiconque déroberait, la nuit, des lapins ou d'autres bêtes sauvages

Louis \1 renchérit encore sur la barbarie des lois déjà existantes ou les appliqua avec la rigueur la plus extrême; Claude de Seissel rapporte prince fil des défenses si sévères relatives a la chasse, qu'il était eux plus rémissible de tut r un hommequ'un cerf mi un sanglier. Gentilshommes et vilains, tout le monde fut obligé de subir cette loi, cl les seigneurs sauvèrent a peine leurs privilèges dans les garennes qui leur appartenaient.

Aux États de Tours, en 1 183, la noblesse, ayant protesté au sujet des droits que Louis \l avait ravis, obtint d'être réintégrée dans ses prérogatives. Depuis lors, les seigneurs purent chasser librement dans toute l'étendue des domaines soumis a leur juridiction. Quant aux roturiers, la chasse continua de leur être interdite, et celui qui , condamné une première lois pour avoir enfreint cette prohibition , retombait encore dans la même fuite, était puni de mort. Louis \l\ adoucit celte législation, et remplaça la peine capitale par des i ondamnations infamantes. Les ordonnances de ce grand prince étaient encore en pleine vigueur en (789, lorsque la Révolution dépouilla la noblesse de tousses droits. La chasse, permise a tous les Français, devenus égaux devant la loi. ne fut plus régie que par des réglemens fiscaux. Mai*, ici comme p de la liberté, ou plutôt île la licence ,i l'anarchie, il n'y a qu'un pas. Le braconnage le plus audacieux dépeuple de nos jours les fonts i 1 dévaste les propriétés au détriment de |< u légitimes. I is cham-

bres li de faire respecter désormais, par des peines plus rigou-

reuses, les droits et les int propriétain

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