CONSEIL DS DISCIPLINE DE I. V 7» LÉGION
Le Sieur Banneton s'approche à l'appel de son nom Banneton est le bourgeois modèle. Redingote de castorineau mois d'avril, casquette de loutre, pantalon sans sous-pieds et faux-col monstre, telle est sa tenue.
Le président. — M Banneton, vous ave/, par suite d'un zèle (pie nous approuvons, sollicité votre inscription sur les contrôles de la légion.
Banneton. — C'est vrai; être code national, c'était mon réve, c'est adire, non... je dis bien... c'était mon rêve.
Le président. — \ mis désiriez beaucoup faire partie d'une compagnie quelconque.
Banneton. — C'est vrai. Je tUÎS ill Chez le servent major et je lui ai
dit ; faites- i ce que vous voudrez, oflicii r ou grenadier, ça m'est égal,
pourvu cpie je sois quelque chose.
l.e président. — On vous a fait chasseur.
Banneton.— c'est vrai, je dois dire qu'on m'a envoyé un fusil tout de suite... Sitôt pris, sitôt pendu. Rire général.)
Le président. —Comment se fait-il d ; qu'après avoir demandé à
servir dans la garde nationale, vous ne veuillez plus servir du tout, cuvons vous refusez a monter la garde.
Banneton. — C'est vrai, je n'ai jamais eu l'idée d'en monter une seule
Le président. — Expliquez-nous donc cette ; lalie?
Banneton - Vous avez l'air de me dire , Messeirs, (pie quand on prend du ruban, on n'en saurait trop (.rendre; c'est possible en matière
de mercerie ou d'économie politique, mais en garde nationale, c'est une autre paire de guêtres. (Hilarité). Or, j'ai demande à être garde national, mais pas pour toujours, pour une couple de jours seulement, (t'.ire prolongé
Le président.— Pour quelle raison ?
Hanneton. — Pour pouvoir bien voir passer le convoi de l'Empereur; j'ai loué un frac, un sabre et une giberne, et j'ai tout vu comme je vous vois... Eh bien, là , franchement, ça m'a fait plaisir, j'ai été satisfait du privilège que la garde nationale m'a accordé; aussi le lendemain je me suis empressé de donner ma démission. (Rires prolongés).
Le rapporteur. — Le délinquant s'est fait inscrire par spéculation , pour voir passer les cendres de l'Empereur, dans les rangs de la garde nationale; je propose au Conseil de considérer comme définitive l'admission de M. Banneton dans la légion, et de le condamner à vingt-quatre heures de prison.
Le Conseil, à l'unanimité, adopte l'avis de M. le capitaine-rapporteur.
Banneton. — Allons, me voilà garde national pour de bon; encore si Tivoli n'était pas démoli, je. pourrais y entrer pour rien. C'est égal , je nie rattraperai au baptême du comte de Paris; je demande à faire faction non loin du curé pour voir la cérémonie; ça sera chouetle, à ce qu'on dit.
(L'Audience.)
THEATRES
Thévtre-Fiunçais. — Retraite de Mlle Mars. — Engagement de M"e Bachel. — Le second Mari, comédie en trois actes et en vers, par M. Akvebs. — M"e Mars a quitté le Théâtre -Français; elle n'y reparaîtra plus qu'une fois, dans le Misantrope et les Fausses Confidences, pour sa représentation de retraite, fixée au 15 de ce mois. Quarante ans de succès, des regrets universels et de magnifiques souvenirs, telles sont les consolations que cette actrice emporte dans la solitude. M"1' Mars a noblement terminé une carrière doublement remarquable par son éclat et par sa durée. Cette dernière et solennelle épreuve, elle l'a supportée sans faiblesse; aucun trouble n'altérait sa physionomie en recevant nos applaudissemens et nos couronnes, et lorsqu'à l'issue du spectacle la comédie est venue la présenter au public, lorsqu'elle a reparu, tenant à la main M11' Doze, sa figure était reconnaissante sans mélancolie et résignée sans amertume. Cette reine du théâtre a dignement abdiqué la puissance.
Voilà une irréparable perte pour la comédie française. MIle Mars emporte avec elle les plus belles traditions de l'art. Qui recueillera cette succession? Quelle actrice osera maintenant jouer Araminthe, Célimène, Elmire ou Valérie?
L'administration toutefois n'a pas voulu se voir privée en même temps de ses deux principales illustrations. M"e Rachel est définitivement engagée. Les conditions du contrat assurent, pour un an, à la jeune tragédienne, 60,000 fr. de traitement et trois mois de congé (mai, juin et juillet). Elles portent en outre qu'elle sera reçue pensionnaire à l'expiration de l'année, avec 42,000 fr. d'appointemens. A ce titre, elle se soumettra aux chances, éventualités, bénéfices et pertes résultant de la position.
C'est une heureuse transaction pour cette actrice; car Mlle Rachel appartient au Théâtre-Français; partout ailleurs, il n'est pour elle ni fortune assurée, ni renommée durable. Quant au comité d'administration, nous croyons qu'il n'aura pas à regretter ses sacrifices : M116 Rachel possède d'émineutes, d'incontestables qualités. Si elle avait autant de sensibilité que d'intelligence, on ne pourrait, dans le passé même, lui comparer personne; malheureusement la corde du sentiment ne vibre point dans son organisation. M"1' Rachel comprend au lieu de sentir; elle n'abrite pas au fond de son cœur l'ange cache dont parlait Schiller.
Ne se dissimulant pas les obligations qui lui sont imposées par la re-
traite de M"8 Mars et la disparition momentanée de M"° Rachel , le Théâtre-Français a représenté, samedi dernier, une comédie en trois actes et en vers, de M. Arvers, intitulée le Second Mari.
Cette petite pièce repose sur une idée assez ingénieuse. Il s'agit d'un homme qui, après avoir séduit l'épouse de son ami, finit par s'unir à elle, après la mort de ce dernier. Le nouveau mari ne peut s'empêcher de concevoir des inquiétudes sur la fidélité de sa femme, car il sait par quels moyens on peut arriver à son cœur. Le plus petit bouquet trouvé dans ses mains a pour lui une signification redoutable ; le moindre brouillon qui ressemble à un billet doux, lui donne le vertige : « Qui a trompe, le premier, peut tromper le second », se dit-il, et cette impitoyable logique le jette dans d'éternelles alarmes. Cependant, à la fin, tout s'explique, et désormais la foi conjugale semble suffisamment garantie contre les souvenirs du passé et contre les dangers de l'avenir.
Cette comédie, d'un tissu extrêmement léger, comme on voit, mais écrite en vers élégans, et spirituellement jouée par Sanson et M11'' Anaïs, a obtenu ce qu'on est convenu d'appeler un succès d'estime. Le Gladiateur, de M. Soumet, qu'on doit représenter la semaine prochaine, obtiendra, nous l'espérons, quelque chose de plus décisif.
Benédict Gallet.
Théâtre de la Renaissance. — Zacharie, drame en cinq actes et en prose, par M. Roziek. — M. Frederick Lemaître en refusant inopinément de jouer le rôle dont il s'était chargé daus la pièce dont nous allons rendre compte, avait gravement compromis l'avenir du théâtre de la Renaissance. Condamné par le tribunal de commerce à payer un dédit de 0,000 francs, le rebelle s'est décidé à transiger avec son directeur, et à remplir enfin ses engagemens : mieux vaut tard que jamais.
Le différend judiciaire étant ainsi arrangé, il en restait un autre qui ne pouvait finir d'une manière aussi satisfaisante pour Frederick Lemaitre, car il avait à comparaître devant un juge mystifié et par conséquent irrité. Ce juge, c'était le public que nul ne brave impunément, et qui s'était reconnu vexé et bravé, lorsque, appelé pour la première fois à voir jouer Zacharie, il avait été congédié au bout de sa course, par ces simples mais expressives paroles affichées en grosses lettres à la porte du théâtre : Relâche pour refus de service de M. Frederick Lemaître. Aussi le public s'est-il vengé dès qu'il l'a pu. Accueilli à son début par les sons discordans d'une foule de clefs forées, le malheureux acteur, dans l'humble attitude d'un grand coupable, a balbutié une espèce d'amende honorable, que son trouble empêchait d'être bien intelligible, mais qui a eu le pouvoir de calmer la tempête. Après quoi il a pu continuer son rôle.
Passons maintenant à l'analyse du drame de M. Rozier.
Zacharie est un avare, qui, abandonné dès l'âge le plus tendre dans les rues de Florence, où il a vécu d'aumônes, a fini par faire fortune. Marié à une jeune et belle personne nommée Léona, il la laisse manquer des choses les plus nécessaires à la vie; logé daus un magnifique palais, il le loue presque eu entier à de jeunes seigneurs qui y fout des parties de débauches, et auxquels il prête à usure.
Zacharie vient de perdre un frère qui laisse un héritage considérable. Ce frère avait un fils nommé Raoul, qui était officier et qui passe pour avoir élé lue dans une bataille. Zacharie s'empare gaiment de leur succession. Mais Raoul revient avec l'espérance d'épouser sa fiancée. Or sa fiancée, c'est Léona qui , le croyant mort, a consenti à devenir la femme de Zacharie par dévoùment pour son père, dont l'avare s'engageait, en retour, à sauver l'honneur compromis dans une banqueroute inévitable. Ou devine que cet engagement n'a point été rempli.
Tels sont les événemens que Raoul apprend lorsqu'il entre chez son oncle qu'une affaire importante a forcé de quitter momentanément son logis. Le premier soin de l'officier est de donner à manger à Léona. Ce repas lui coôte son dernier écu,
Zacharie ne tarde pas à rentrer. La vue du festin dont il croit payer les frais, et surtout la présence de son neveu, le mettent eu fureur, et lui
font presque oublier un marché qu'il vienl de conclure à sa grande satisfaction avec le marquis de Rial i est un jeune débauché, qui ;i résolu d'enlever a l'usurier sa femme et ses richesses. Udé d'un i dont il a acheté la conscience, il est parvenu à se faire croire atteint d'une maladie mortelle, et a cédé à Zacharie sa fortune pour une n de 100,000 ducats.
Cette ruse, an remplissant ses coffre:f, encourage le marquis à poursuivre l'exécution de seconde partie de son projet : mais Raoul l'a deviné, et un duel à mort est arrête entre eux pour le lendemain.
Instruit de cet incident qui doit le délivrer d'un de ses créanciers. Zacharie se dispose à se débarrasser ensuite du survivant ; à cet effel il soudoie deux bandits dont le poignard viendra en aide à sa bonne fortune, •sont mal prises: Rialto, averti à temps, prévient Raoul de la trame ourdie contre eux et renonce . - sur Léona.
Les deux rivaux se réconcilient et conviennent d'arracher la jeune femme à son oppresseur.
Celui-ci. bien loin di aer le danger qui le m
cependant qu'il vient, par inadvertance, de mettri I
sion de son secret. Dés lors un nouveau crime lui parail nécessaire. Il entraîne sa femme dans le caveau où il cache ses trésors pour l'\ tuer. Mais Léona qui aime mieux vivre, et qui d'ailleurs a bien dîné, l'ai! retentir de ses cris les échos d'alentour.
1. s éclats de cette voix si chère à son cour parviennent aux oreilles ul qui, cache dans un coin du palais, attend Kialto pour mettre à exécution leur projet d'enlèvement. Aussitôt il se précipite vers le souterrain dont il réussit sans trop de peine a ouvrir la porte, et où il entre précède du valet de Zacharie. rendant qu'ils parcourent à trav< îs les chausses-trappes et les pièges à loups, les détours de cei antre infernal, Rialto arrive au lieu du rendez-vous et y rencontre les deux bandits qui le reçoivent le poignard à la main; mais le marquis est homme • se défendre contre quatre,
Avant que Raoul ait pu pénétrer jusqu'à Léona, il s'esl < coulé beaucoup de temps. L'avare en a profité pour forcer sa femme a écrire une lettre par laquelle elle lui annonce qu'elle s'esl I lever par son
neveu.
Convaincu que l'assassinat de celui-ci doit être déjà consommé, Zacharie n'est pas peu surpris de le voir arrivera la suite de son valet dans un lieu dont l'accès ne devrait être connu que de lui-même. Néanmoins il ne perd pas la tète. S'armant d'une rapière, il saisit Léona et feint de vouloir l'eu frapper ; Raoul qui était place devant la porte, s'élance l'épée au poing pour défendre sa tante Zaï son adversaire, et gagne adroitement la porte qu'il referme sur lui après avoir anaux trois prisonniers la résolution ou il est de les mourir de faim.
\ peine est-il sorti de son labyrinthe, que ses pieds rencontrent un corps inanimé étendu a terre C'est celui de Rialto qui, après avoir mis en fuite de ses deux ass adormi en attendant Raoul. Zacha-
rie le croit mort et se dispose a i . mais le marquis, réveillé en
sursaut, se remet lestement sur ses i'uu\ pie lant le guet-
apeus dont il a failli d juge
etl'inq Ceux-ci ne tardent point a paraît i qu'ils
vont procéder à une visite domiciliais | que Za-
charie a acquises par des m >y< as illicites, l te de i irromprela
justici
Tout u coup la porte du caveau s'ouvre, Raoul Zaehai -se saisit d'une
orsque Rialto lui pass
• ■■ drarni -' comme on le voit, faiblemi n I mblancc
y est sacrifiée a chaque pas. Cependant on y remarqui
assez bien traitées, et quelques mots heureux n , illi urs les -leurs ont
ee beaucoup d'ensemble, Frederick i ccupe le principal
rôle qu'il soutient avec sou talent ordinaire, et les décor lions sont bel-
les. On peut donc espérer que Zacharie procurera quelques bonnes recel-
re de la Renais:
TABLETTES DES CÏ^Q JOURS
luit* illverM.
ô avril. — du lit dans le Courier anglais : Dimanche, pendant le serj vice divin, la mai. on de M. Carbery, intendant de M, Roe de Rockwell 'I n i été attaquée par des hommes .unies qui ont demandé désarmes a une jeune domestique alors seule dans la maison Cette jeune fille, d'abord enfermée, est parvenue a s'échapper. La bande l'a m a tire des coups de fusil qui heureusement ne l'ont pas atteinte. Ce marquis de \\ alert'ord qui sortait d'une église voisine, ni ce iiiii venait de se passer, se mit a la poursuite de celte bande, et il pan iut, a la distance d'un mille et demi, a s • saisir d'un des coupables. Ce pair, dont on connaît le caractère excentrique, lit asseoir auprès de lui, dans son phaéton, son prisonnier, qu'il voitura à Rock- (vell, et là il le réuni aux mains des autorités loca
— L'eau du puits artésu a de Grenelle ne tardera pas à être limpide. Depuis deux jours seulement qu'elle n'entraîne pour ainsi dire plus de sable avec elle, on s'aperçoit qu'elle s'éclaircit d'une manière très - itisfaisante. Quant a son volume et a son degré de chaleur, ils sont toujours
— Le marquis Bergami, connu dans le monde par le procès de la reine d'Angleterre, est mort d'un coup de sang dans un cabaret de I o
cation d'i i