NOUVEAUX DETAILS SUR LA NAISSANCE £T L'ORIGINE DE NAPOLÉON BUONAFARTE
Quand, h la suite d'une notice historique sur la noblesse de Corse, nous donriàiuis. il y a trois mois, quelques détails sur l'origine et la généalogie des Buonaparte, nous étions loin de prévoir les objections qu'allait soulever <--\ article, el les fables les plus contradictoires qu'allait reproduire la | resse, dont l'attention était réveillée par les documeiis dont nous faisions usage. Il nous faut donc aujourd'hui revenir sur cette matière pour répondre aux unes et démentir les autres.
Dépouillant toute prévention, toute partialité, nom avons publie l'inventaire des titres que Charles Buonaparte, père de L'Empereur, produisit lorsqu'il voulut prouver sa noblesse pour faire entrer son lils à l'école de Brienne. C'était à nos veux un moyen infaillible de ne pas s'écarter de la vérité; car où trouver sur cette famille des ren mens plus certains (pie dans ses papiers domestiques, surtout alors que son humble position ne lui permettait pas de prévoir les haut. •
nées qui l'attendaient ? Par ce dossier on voit que les armes des Buonaparte sont : de gueules à deux barr<< d'or, accompagnées île deux étoiles de même, Fune en chef, el l'autre en pointe, et que la généalogie de Napoléon ne put alors être authentiquemeiit prouvée au delà de François Buonaparte, son dixième ascendant, vivant en 1567. Vue seule pièce fournit quelques renseignemens antérieurs à cette époque sur la maison de Buonaparte: c'est l'acte par lequel la famille florentine de ce nom, une des plus anciennes de la Toscane, admit sa parenté .^ir celle de Corse. Mais, comme nous l'avons fait remarquer, cette donnée. loin d'être une preuve péremptoire, ne doit valoir que comme présomption; car il est constant qu'une reconnaissance entre deux familles est souvent un acte de condescendance, un témoignage de bienveillance et d'estime, plutôt qu'une marque de véritable parente.
Toutefois, si nous nous sommes permis de jeter quelques doutes sur
l'origine florentine de l'F.mpereur, attestée par des actes, ce n'était pas pour accueillir une opinion dénuée de toute espèce de preuves et de fondeinens. Nous avions donc, a dessein, négligé même de mentionner l'assertion de ceux qui prétendent que les Buonaparte, Génois d'origine , passèrent en Corse au quinzième siècle avec les colons qu'envoya la république ligurienne pour habiter la nouvelle ville d'Ajaccio. C'est une conjecture qui ne saurait donner lieu a une controverse régulière . puisqu'elle ne repose que sur des hypothèses el sur une identité (le nom. sans importance en Italie, où il existe beaucoup de familles qui s'appellent buonaparte.
Une autre allégation, produite pour la première fois il y a quelques semaines dans la Revue des Deux-JUondes i , ne mériterait pas de nous arrêter davantage, si elle n'était émanée d'un écrivain dont le talent et la célébrité donnent le plus grand poids à toutes ses paroles. Dans ses souvenirs sur son voyage a Majorque, George Sand raconte qu'il existe au couvent de l'inquisition de l'aima la tombe armoriée des llmiaparl, qui, dit-il, suivant une tradition mallorquine, furent les ancêtres de Napoléon.
« Nous avons, contimie-t-il. retrouve ces armoiries, qui sont : parti d'azur, chargé de six étoiles d'or, a .sir pointes, deux, deux el deux, el de gueules, au lion d'or léopardé; au chef d'or, chargé d'un aigle naissant île subie, |- dans un nobiliaire ou livre de blason qui l'ait partie des richesses renfermées dans la bibliothèque de M. le comte de Monténégro; 2" a llarcelonnc. dans un autre nobiliaire espagnol, moins beau d'exécution, appartenant au savant archiviste de la couronne d' \ragon, et dans lequel on trouve, à la date du 15 juin loi!», les preuves de noblesse de la famille des Fortuny, au nombre desquelles figure, parmi ses quatre quartiers, celui de l'aïeule maternelle, qui était de la maison de llunapart. *
Puis il rapporte deux actes de l'an ll'Tfi, conserves dans les archives de la couronne d'Aragon, et relatifs à une famille de llmi/mr, et dit que ce nom, d'origine provençale ou languedocienne, avant subi l'altération mallorquine, serait devenu celui de Bonapart, et qu'en 1411 , un rejetton de celte race passa de Majorque dans l'île de Corse, en qualité de gouverneur pour le roi Martin d'Aragon. Il termine par ce passage, plus
fort de poésie que de logique el de science du blason : i Jamais écu futil plus lier et plus symbolique que celui des chevaliers majorquins ? Ce
lion dans l'altitude du combat, ce Ciel parsemé d'eloih s. d' ■herche à
se dégager L'aigle prophétique, n'est-ce pas comme l'hiéroglyphe mystérieux d'une destinée peu coinii e ' Napoléon, qui aimait la poésie îles
étoiles avec une sorte de superstition, el qui donnait l'aigle pour blason
a la France, avait-il donc connaissance de son écu majorqoin, et n'ayant pu remonter jusqu'à la source présumée d< - Bonpar \ rovençaux, gardait-il le silence sur ses aïeux espagnols?
Le romancier ne saurait mettre assez de circonspection quand il entre dans le domaine de l'histoire. Il e isti i en Dauphiné ou en Languedoc une famille du nom de Bompart, dont l'origine remonte a peine au
i Févricrl8il,
seizième siècle, et c'est à elle que George Sand va rattacher, comme à sa souche, la maison des Bonpar de Barceloime, qui lui est antérieure de plusieurs siècles, et qui en diffère par les armes et l'orthographe du nom. Puis, dirigeant au gré de son imagination les destinées de cette maison, il la fait émigrer à Majorque, et passer ensuite dans l'île de Corse, sans avoir la moindre preuve, la moindre donnée précise, la moindre présomption même en faveur d'une assertiou que contredisent tous les titres et toutes les traditions domestiques de la famille de Napoléon.
Nous demandons pardon au célèbre auteur d'Indiana, de traiter sérieusement quelques lignes de fictions échappées à sa plume. La faute en est à ceux qui les ont considérées comme un travail vraiment historique, et qui, dans leur excessive simplicité, nous ont fait un crime d'avoir passé sous silence les Bonpar de Majorque, et de nous être trouvé en contradiction avec le petit roman publié dans la Revue des Deux-Mondes. Ils ont poussé la crédulité jusqu'il prendre à la lettre l'expression poétique de George Sand, et à répéter après lui que l'aigle romaine, empruntée aux Césars et dounée pour blason à la France, avait été choisie par Napoléon comme une des pièces de l'écu de ses ancêtres.