PROCÈS SE SERVET
En 1540, vivait à Lyon, dans la rue Mercière, à l'enseigne de l'Escu de Coulongne, Jehan Frellon, imprimeur-libraire.
Calvin, à sou retour de Ferrare, était passé par Lyon, où il avail acheté quelques livres nouveaux chez Frellon. I.a nie Mercière était, comme aujourd'hui, une rue longue, étroite, tortueuse, tonte humide et toute noire, bordée de chaque côté de hantes maisons qui cachaient aux acheteurs la vue du soleil \u fond de la boutique, où Us pamphlets nouveaux étaient étalés sur deux grands comptoirs en chêne, ctait un -m qui servaient de salle a manger, de salon et de cabinet de travail. C'est la que Frellon procurait aux étrangers les livres suspects qu'il tirait d'Allemagne ou de Suisse. 11 se sérail bien gardé d'en vendre à ses concitoyens, tant il avait peur du cardinal de Tournon, archevêque el gouverneur de Lyon, et surtout de Mathieu Orj . pénitencier du saintipostolique et inquisiteur général du royaume de France et dans toutes les Gaules. 11 paraît que Calvin se tr pa sur le compte du libraire, et qu'il prit pour du zèle religieux des tendances toutes mercantiles.
;, oublia Frellon Mais, à sou retour à Genève, après son exil, un commerce épistolaire s'établit entre li ien et le mar-
chand. Calvin faisait passer à Frellon des livres hérétiques, que braire vendait fort cher, et sous le manteau et que la plupart du temps il ne payait pas, ou payait mesquinement au réformateur: tous deux faisaient leur métier,
A cette époque, Frellon voyait souvent un étranger, né à Tudelle, dans le royaume d' \i - . de quarante ans environ ; viril.
vaut du moyen-âge, tout farci de latin, de Lire et d'hébreu, m
gien et alchimiste : Michel de Yillenciifve. Ce n'était pas son véritable nom I r.] Ion l'appelait, quand ils étaient seuls, maître Michel Servet. Mais il est probable qu'il ignorait que son ami était auteur d'un livre paru a Baguenau en 1531, sous le titre de / .' ■ bus! car frellon. mai a plein jour un héréti-
que que l'inquisition eût brûlé si elle l'avait connu. Ce pamphlet esl l'ouvre d'un théologien quia perdu la tête; le dogme trinitaire; est attaqué brutalement, et traite de vision papiste, de cliimère mythologique, d'idéalité métaphysique.