NOTICE SUR Ï.JE TÉLÉGRAPHE
Il a été inséré, à différentes époques, dans les journaux, des articles plus ou moins inexacts sur l'établissement du télégraphe : l'Académie des inscriptions même a été induite en erreur sur l'origine de ce grand moyen de communication ; on lit dans le cinquième volume des Mémoires de cette illustre compagnie (Histoire), page 12ô:
« Télégraphe (Je) inventé par M. Dupuis de l'Académie des Inscriptions et Relies-lettres. »
Cette erreur est relevée dans Y Histoire physique, civile et morale de Paris, par l'ingénieur Dulaure, qui fut le collègue de Dupuis; ou lit dans le sixième volume de cet ouvrage, page 89 :
« Le savant autour de l'Origine des Cultes, Dupuis, en 177S, corres^ " pondait avec un de ses amis de Belleville à Bagneux, lieux distans l'un « de l'autre de plus de trois lieues, en ouvrant et fermant, en tout ou en o partie, suivant ce qui était convenu, telles ou telles fenêtres qui pou- » vaient être vues des deux positions. »
Dulaure ajoute :
« 11 y a certainement bien loin de cette invention à l'état de nos télé- < graphes, qui se font remarquer par la promptitude, l'étendue et le " secret des communications; cette découverte, quoique très ancienne et « renouvelée dans nos temps modernes par de faibles essais ou par des « projets inexécutés, n'dte pas le mérite de celui qui a su lui donner « une extension vaste, la porter au plus haut degré de perfection, la faire o adopter par uu gouvernement, et qui a obtenu l'avantage de tant d'an- « nées de succès.
« Le 1er avril 1793, le sieur Chappe proposa sa découverte à la Con- « vention nationale, qm en ordonna l'essai. 11 en fut fait un rapport fa- « vorable, et le 24 juillet siiivant, cette assemblée admit les télégraphes, « et accorda à l'inventeur le titre d'ingénieur télégraphe, avec les appoin- « temens de lieutenant du génie.
(1) Histoire des Chichimèques ou des anciens rois de Tezewo, par Ixtlilxorhill deux basanée), trad. par M. Ternaux-Compas, Î840.
(2) lie Humboldt, Vue des Cordillères.
(3) Extrait de ta Mort avant l'homme, qui parait devoir occuper vivement l'attention du monde religieux,
Si 7
Voici ce rapport fait au nom du Comité d'instruction, par Lakanal, et qui se trouve dans le Moniteur universel, au II, page 1394, troisième colonne.
Rapport sur le télégraphe I au nom du Comité d'instruction publique réuni à la Commission nommée par le décret du 2? avril.
Ce rapport fut réimprimé par ordre de la Convention nationale. Voici comment il était conçu :
« Citoyens Législateurs)
« Ce sont les sciences et les arts autant que les vertus des héros qui ont illustré les nations dont le souvenir se prolonge avec gloire dans la postérité. Archimède, par les heureuses inspirations de son génie, lut plus utile à sa patrie que n'aurait pu l'être un guerrier en affrontant la mort au milieu des combats.
Quelle brillante destinée les sciences et les arls ne reservent- ils pas à une republique qui, par son immense population, et le génie de ses liabitans. est appelée a devenir la nation enseignante de L'Europe.
Deu\ découvertes paraissent surtout marquer dans le dix-huitième siècle; toutes deux appartiennent à la nation française : l' 'Aérostat et le Télégraphe.
SJongolfier traça une route dans les airs, comme les Argonautes s'en étaient fraye une à travers les ondes, et tel est l'enchaînement des sciences et des arts, que le premier vaisseau qui fui lance prépara la découverte du Nouveau-Monde, que l'aérostat devait servir de nos jours la liberté, et être daus une bataille célèbre le principal instrument de la victoire (2).
« Le télégraphe rapproche les distances ; rapide messager de la pensée, il semble rivaliser de vitesse avec elle.
« Comme il importe aux sciences de connaître les diverses gradations des découvertes, nous croyons devoir entrer dans quelques détails avant de vous présenter le tableau des expériences que nous avons faites, en exécution de vos décrets, pour constater l'utilité du télégraphe.
I telè, graphe loin, écrire.
i es journalistes allemands, en cherchant à ridiculiser les premières découvertes de Mongoltier, qu'il- traitaient dans leur- feuilles péi iodiquos de lêgt reté franraise, ne se doutaient guère qu'un jour celle précieuse découverte, perfectionnée p.ir le génie loui-puissani de la liberté, contribuerait à l humiliation do la in.iis. n d'Autriche.
l 'ii -jc que I .i t 'i construit si us les • rdres ci su us les yeux de notre collègue Guitnii M m v <m n \ i puissamment contribué au succès des armes di i publique, a l'immortelle jourm •• de Fleurus.
Vuiri lo ni|ipini qui lut fait, avant la bataille, nu repr sentant Guyton au général en chef de l'armée de Sambre-eUftleusc, pai l' adjudant- généra I qui montait l'aérostat :
« Je soussigné., adjudant-général, chef i bri il n dans l'aéroslal
commandé par le capitaine Coutelle, au\ avant postes du camp de Lambesart, oi m'étaul élevé à la hauteur de deux cents toisçs ai resté en station pendant deux heures, et ai observi :
« 1° Sur la gauche, en arrière de Sombref, un escadron de cavalerie ennemie rangé en bataille, avec des vedettes sur la chaussée, sur laquelle si i de cainpai.Mii';
« 2 Plusieurs encadrons prés de Bolcy, de niOnic rangés en bataille, la gauche appuyée du Cote de Lorncau ;
• 3" Un fort détachement d'infanterie h la droite de Saint- Marlin-balalrc; ■ 'i Des grand'gardes dans les vergers de Longrenellc ;
• 5 t ii camp que j'ai évalué à environ 25 à 50 mille hommes, la gauche appuyée sur I Gembloux, cl la droite vers Gcnlines, avec des avantpostes près les Itois de Sombref;
« 6" Un corps d'infanterie cnlrc Spy et Onox.
c L'ennemi est alerte, et ses avani-poslcs sont en mouvemen!. Il parait que la vue du ballon l'intrigue beaucoup.
« De devant Fleuras, ù deux cents loises d'élévation. <
De tOUl temps on sentit la nécessité de pouvoir correspondre et s'entendre à de grandes distances, «t l'on adopta pour y parvenir divers modes de signaux.
« Les peuples de l'Helvétie furent appelés à l'insurrection contre Le despotisme d'Albert par les feux allumés sur le sommet des montagnes.
« Ce moyen de correspondance n'était pas ignoré des Gaulois, nos ancêtres.
« Les Chinois paraissent faire usage du canon, en attachant quelques valeurs aux explosions plus ou moins nombreuses de la pi nuire
■• La marine s'est emparée des signaux vexiïlaires de la Bourdonnais, et en fait l'application à quelques événemens prévus; mais l'on sent qu'il y avait loin de là a un moyen qui embrassât 'l'une manière .simple et sdre toutes les idées cl les divers niudes du discours.
o Le célèbre Vmnutuus conçut et exécuta avec succès un système de signaux dont il a gardé le secret.
Depuis plusieurs années, le citoyen Cbappe travaillait a perfectionner ce langage, convaincu que, porte au degré de perfection donl il est susceptible, il peut cire d'une grande utilité dans une foule de circonstances, et surtout dans les guerres de terre et de mer, où de promptes communications et la rapide connaissance des manœuvres peuvent avoir une grande influence sur Le succès.
Ce n'est qu'après de longues méditations el de nombreux essais qu'il est parvenu à former un système de correspondance qui allii h la célérité des procédés la rigueur des résultats; car ou ne marche que pas a [ias dans les découvertes, et il est difficile de calculer les obstacles. On fait, on défait, on interroge, on compare, et le résultat positif n'est donné que par l'expérience
L'électricité fixa d'abord l'attention de ce laborieux physicien; il imagina de correspondre par le secours des temps marquant électriquement les mêmes valeurs, au moyen de deux pendules harmonisées ; il plai .i el isola des conducteurs à de certaines distances; mais la difficulté de l isolement, l'expansion latérale du fluide dans un long espace, l'intensité qui eûi i té ssaire el qui esl subordonnéi à 1 1 lai de l'atmosphère, lui liiviii regarder sou projet de communication par le moyen de l'électricité comme chimérique.
s. mis perdre de vue son objet, il lit de uouve tux • s- ds, en prenant les couleurs pour agent. Mais il reconnu) bientôt que ce système u'étail rien moins que sur. par la difficulté de les rendre sensibles à certaines distances, el que les résultats étaient entravés et rendus à chaque instant incertains par les diverses dispositions de l'atmosphère, En conséquence, il chercha à atteindre d'une autre manière le but qu'il s 'était
propose.
i ,e micromètre, appliqué à la lunette ou au télescope, lui parul pou voir fournit n» moyen de correspondance. Il en lii établir un, donl le
cadrau présentail diverses divisions ou valeurs conventionnelles c s-
I danl a un même nombre de points déterminés sur un petil espace de
terrain dispose à une grande distance cel essai réussit Mais comme ce
mode de communication ne pouvait avoir lieu que pour un peut n bre
de postes, il passa à de nouvelles recherches.
« Il s'attacha a la forme des corps, comme susceptible de se prononcer dans l'atmosphère d'une manii ista qu'en li saut affecter diverses positions, il en tirerait un moyen sûr decorrespon-
1 1 premier essai de ce genre eut lieu dans le d< l de la
Saillie, au mois de mars 1701 \ . s. Dans cel essai, l'application des
L n' usées fui '• binée avec la formedes corps,
Quelque temps, après, la même expérience fut répétée à Paris avec
divers changemens. Enfin, après avoir médité sur h perfectii smenl
leur i sécution mécanique, le citoyen Chappe en Dt,
en 1792, l image à l'Assemblée tive, qui les accueilli!
cun fruil pour les sciences el pour li - arts Plus zélée pour toul ce qui intéresse leur gloire, la Convention nationale, par son décret du 27 avril
dernier, nous a chargés de suivre le procédé présenté par le citoyen Chappe pour correspondre rapidement à de grandes distances.
■ \v;mt de vous soumettre le résultat de nos opérations, il est nécessaire de se former une idée exacte de l'appareil dout se sert l'inventeur de celle importante découverte.
" Le télégraphe est composé d'un châssis ou régulateur qui forme un parallélogramme très allongé. 11 est garni de lames à la manière des përsiennes. Ces lames sont en enivre sur-argenté et bruni. Elles sontinclinées de manière à pouvoir réfléchir horizontalement la lumière de l'atmosphère.
« Le régulateur est ajusté par son centre sur un axe dont les deux extrémités reposent sur des coussins en cuivre fixés au bout de deux montans.
« Ce régulateur, mobile sur son axe, supporte deux ailes dont le développement s'effectue en différens sens.
« Quatre fanaux sont suspendus aux extrémités, et y sont fixés et lestés de manière à affecter toujours la perpendiculaire.
" Ces fanaux servent à la correspondance de nuit. Le mécanisme est tel que la manœuvre s'en fait sans peine et avec célérité, au moyen de certains moulinets établis à des distances convenables.
« Un petit télégraphe, ou répétiteur, placé sous les yeux des manipulateurs, exécute tous les mouvemens de la grande machine.
« Le télégraphe ambulant est établi sur un chariot; sou mécanisme est, à quelque chose près, celui du télégraphe stationnaire; il en diffère dans les dimensions et dans la manière dont s'exécute la manœuvre; le répétiteur qui sert à indiquer les divers mouvemens et les différentes positions du télégraphe, y est remplacé par une disposition particulière du levier, qui rend la manœuvre très facile, et permet à un seul agent de manipuler et d'observer tout à la fois.
■ L'analyse des différentes positions du télégraphe que nous venons de décrire présente un certain nombre de signaux parfaitement prononcés.
« Le tableau représentatif des caractères qui les distinguent, compose une méthode tachygraphique que je ne pourrais développer ici sans ravir à son auteur une propriété, fruit de ses longues et pénibles méditations.
« La découverte que je vous annonce n'est pas seulement une spéculation iugéuieuse; ses résultats ne laissent aucune équivoque sur la transmission littérale des différens caractères propres au langage des signes.
« Pour obtenir des résultats concluans, vos commissaires, accompagnés de plusieurs savans et artistes célèbres, ont fait l'expérience du procédé sur une ligne de correspondance de huit à neuf lieues de longueur.
i> Les vedettes étaient placées, la première dans le parc de Pelletier- Saint-Fargeau, à Ménilmontant ; la deuxième sur les hauteurs d'Écouen, et la troisième à Saint-Martin du Thertre.
o 'voici le résultat de l'expérience faite le 12 de ce mois :
« Nous occupions, le citoyen Arbogast et moi, le poste de Saint- Martin du Thertre ; notre collègue Daunou était place a celui du parc de Saint-Fargeau, qui en est distant de huit lieues et demie.
« A quatre heures vingt-six minutes, nous arborâmes le signal d'activité; le poste de Saint-Fargeau nous transmit en onze minutes, avec une grande fidélité, la dépêche suivante :
« Daunou est arrivé ici : il annonce que la Convention nationale vient " d'autoriser son comité de sûreté générale à apposer les scellés sur les « papiers des représentai du peuple. »
« Le poste de Saint-Fargeau reçut de nous, en neuf minutes, la étire suivante :
« Les habitans de cette belle contrée sont dignes de la libertt . par <• leur amour pour elle et leur respect pour la Convention nationale et » ses lois. ■>
« Nous continuâmes long-temps cette correspondance avec un plein succès.
« Dans les dépêches, il se glisse quelquefois des fautes partielles, par le peu d'attention ou l'inexpérience de quelques ageus. La méthode tachygraphique de Chappe offre un moyen sûr et rapide de rectifier ces erreurs.
« Il est souvent essentiel de cacher aux observateurs intermédiaires , placés sur la ligne de correspondance, le sens des dépêches. Le citoyen Chappe est parvenu à n'initier dans le secret de l'opération que les stationnants placés aux deux extrémités de la ligue.
« Le temps employé pour la transmission et la révision de chaque signal d'un poste à l'autre, peut être estimé, en prenant le terme moyen, à l'o secondes; ainsi, dans 13 minutes 40 secondes, la transmission d'une dépêche ordinaire pourrait se faire de Valencieunes à Paris.
« Le prix de chaque machine, en y comprenant les appareils de nuit, pourront monter à 0,000 livres ; d'où il résulte qu'avec une somme de 90,000 livres, on peut réaliser cet établissement d'ici aux frontières du Nord ; et en déduisant de cette somme le montant des télescopes et pendules à secondes que la nation n'a pas besoin d'acquérir, elle est réduite à 08,400 livres.
« Vos commissaires ont pensé que vous vous empresseriez de nationaliser cette iutéressante découverte, et que vous préféreriez à des moyens lents et dispendieux un procédé propre à communiquer rapidement a de grandes distances tout ce qui peut faire le sujet d'une correspondance.
« Ils pensent que vous ne négligerez pas cette occasion d'encourager les sciences utiles ; si leur foule, épouvantée, s'éloignait jamais de vous, le fanatisme relèverait bientôt ses autels, et la servitude couvrirait la terre. Rien en effet ne travaille plus puissamment pour les intérêts de la tyrannie que l'ignorance.
« Voici le projet de décret que je vous propose, au nom de votre commission réunie au comité d'instruction publique :
« La Convention nationale accorde au citoyen Chappe le titre d'ingénieur-télégraphe, aux appointemens de lieutenant de génie ;
•' Charge son comité de salut public d'examiner quelles sont les lignes de correspondance qu'il importe à la République d'établir dans les circonstances présentes. »
Ce projet est décrété dans la séance du 25 juillet.
L'adoption du projet du télégraphe éprouva beaucoup de difficultés dans le sein du comité d'instruction et de la commission d'examen, et donna lieu à une longue correspondance entre Chappe et le rapporteur.
Chappejécrivait à Lakanal, le ô avril.
« J'apprends de divers représentais et de quelques employés du comité que le citoyen Daunou ne veut pas de mon projet, et que le citoyen Arbogast ne témoigne aucun empressement pour son adoption ; comment ne voient-ils pas que le télégraphe abrège les distances, et réunit, en* quelque sorte, une immense population sur un seul point? Il y a long-temps que, rebuté de toutes parts, j'aurais abandonné mon projet, si vous ne l'aviez pris sous votre patronage.
On compte a Paris cinq télégraphes : 1° le télégraphe central, établi sur les bâlimens de l'hôtel de l'administration.
2° Un télégraphe établi sur le comble de l'édifice du ministère de la marine : il sert a la ligne télégraphique de Brest.
3° Le télégraphe de l'église des Petits-Pères, qui sert à la ligne de Lille.
4° et 5° Deux télégraphes sur les deux tours de l'église de Saiut-Sulpice; celui de la tour du nord communique à Strasbourg, et celui de la tour du sud communique à Lyon et en Italie.
On reçoit à Paris, point central, des nouvelles en 3 minutes de Calais par le moyen d'une ligne composée de 27 télégraphes.
En 2 minutes de Lille, par 22 télégraphes.
En G minutes et demie de Strasbourg, par 46 télégraphes.
En 8 minutes de Lyon, par 00 télégraphes.
En 8 inimités de Brest, par 80 télégraphes.
Les télégraphes, inventés pour les intérêts de la liberté, servent aujourd'hui les gouvernemens libres comme ceux qui ne If sont [as; quant au rapporteur, il n'en a tiré ni honneur ni profil : sic vos iwii.
pgbis,
(Le T.eiHjn.)
LETTRES COCHINCHINOISXS.
(Extraits. î
De tous les hais de la saison, le plus remarquable, sans contredit, « t celui qui a eu lieu chez un avoué de Paris, M. C...
Voici le programme de cette soir.',', tel qu'il a été envoyé à trois ou quatre cents personnes. Nous le publions mu exlement, — dût le notaire (> en mourir de jalous
Monsieur et madame ('....., Monsieur et madame C... ont' l'honneur de vous adresser le programme de haute prévoyance qui a été arrêté pour le maintien de l'ordre et des bonnes moeurs dans la grrrrrrande soirée costumée.
Les VOITUBES et chaises à porteur devront arriver par l'une des i xtremités de la rueJ.-J. Rousseau, et prendre immédiatement la fuite de l'autre côté, sans aller aux BOl ts pour éviter la crotte.
Personne ne sera reçu sans être costume. — La plus grande latitude est laissée sur le choix des costumes. — Ceux D' \l> VM et i>'l.\ F. sont seuls prohibés,
Il est indispensable pour être admis, d'avoir été îwiu.. — Comme les in\ itations sont individuelles, les personnes devront se présenter ellesmêmes. — Autrement elles n'entreraient pas.
On devra laisser en dehors les airs boldeubs, les figures maussades, ainsi que les sabots, cannes et parapluies. — Il n'y aura donc dans les salons que des visages rians, des corps beaux et des esprits bien faits.
A la porte les DAMES ne RECE\ RONT pas de BOl Ql ETS. — Les maris pourraient trouver mauvais qu'on leur ùtat l'occasion d'être galans.
On ne se fâchera de bien. — On rira de tout. — Ces deux prescriptions sont de rigueur comme le costume.
Chaque individu costi ué recevra, en entrant, un numéro pour un GRRRRRR USDISSIME TOMBOLA : doue il y aura des numéros pour tout le monde.
Il est expressément défendu de fumer cigabes, pipes ou cigabettes. — On espère que personne ne sera assez coktbabiam oucontbabus pour trouver une autre manière de n meh.
On écartera tous les amusemens ennuyeux. — Il n'y aura ni qi ituob ni yi i m i 1 1 E.
Ces CANCAN et CACHUCH \ seront dansés avec toute la di qui caractérise ces sortes de divi rtisseraens.
Pendant toute la soirée, on devra observer le plus PBOFOXD SILB.NCE .... au wsik.
Le roMBOL» sera tiré PASSÉ MINUIT. —Tous les nuhébos ne
G MINERONT pas.
On ne délivrera pasde contremarques. — Une fois entré, on ne pourra
plus s'en aller.
Conformément aux prescriptions d'un célèbre do< ceub, el dans l'intérêt des estomacs de ton.-, les invités, A rROIS lll.l RES pré IL'n'l Al RA pas de GB USD SOI PEB Toutefois les précautioi • ront prises pour que personne ne meine d'inanition ni du mal contraire. — Il ne sera permis de mourir que de rire.
(1; La livraison d'avril vient de paraître chez Martinet, éditeur, rue do l p S int-Honoré, 4. Prix 1 fr.
L'ORCHESTRE composé de moins de 500 ARTISTES, dont 500
costumes, sera conduit par un cé'èbre piston de la capitale.
Connu i ne se ^> parera qu' u joi r, les voitures, s'il y en a. ne seront pas tenu, s d'avoir leurs i.v\ hum.-, vi li mées
l-'.lles suivront au départ le même ordre que pour l'arrivée.
Nous epro .. le i de répéi r à nos lecteurs que nous d
pas changé une syllabe à ce programme.
La prose qu'on vient de lire est bien réellement celle de monsieur et
de madame G...., de monsieur et de madame C avoue.
V Ce matin, comme il faisait un temps superbe, notre cicérone est entré dans notre chambre de bonne heure, el nous a dit :
— Nous allons, si nous voulez, commencer aujourd'hui à visiter les environs de Paris. — \ oici la saison des lilas qui s'avance puions poulies près Saint-Gervais, — cel oasis fleuri de la banlieue parisienne.
Immédiatement nous nous sommes levés et nous sommes partis pour
les près Saint-Ci nais.
Apres deux heures et demie de coucou, —torture dont nous ne nous l'aisionspas une idée — nous nous sommes arrêtés dans une basse-cour pavée de cai
— oh ! s'est écrié notre cicérone... oh! la campagne!... nous ne sommes qu'arrivés, 1 1 je si us déj
— .Nous aussi, nous sentons..., avons-nous dit en nous bouchant hermétiquement le nez.
Notre cicérone est sorti le premier du coucou pour nous montrer le chemin ; mais avant mal calcule ses distances, il a posé le pied dans une mue fétide; sa jambe a disparu jusqu'au genou
On l'a entraîné sur la route, et nous avons cherché à nous orienter. — A notre droite, il y avait une auberg ne, un carré de choux
s'étendait à perte de vue. Nos deux autres points cardinaux étaient occupes par une lande inculte où se montraient, de loin en loin, des arbustes rabougris.
En ce moment, une ignoble laveuse de vaisselle s'étanl montrée sur le seuil de l'auberge, nous lui avons demande :
— Les prés Saint-Gervais, mademoiselle?
— VOUS y êtes, messieurs.
— Notre cicérone a failli tomber a la renverse.
— Ca? les [ires Saint-Gervais, a-t-i) fait avec angoisse.
— Comme vous dites,
— Mais OÙ sont donc les lilas?
— Ils ne sont pas encore arrivi
— Vous Miniez dire qu'ils n'ont pas encore fleuri?
— .Non, m'sieu, ils ne sont pas encore arrives de Paris.
— De Paris '
— Oui, m'sieu, du marche aux fleurs.
Le claquement d'un fouel s'étant fait entendre, nous nous sommes n tournés, el nous avons aperçu, venant vers nous, plusieurs charrettes
toutes pleines de hranch. s de lilas.
El le conducteur nous a appris que, tous les matins, la même quantité
de Heurs est expédiée de Paris .aux prés Saint-Gervais; — qu'on les
mit les arbustes rabougris dont nous avon déjà parle;- el que
les commis marchands el les grisettes qui viennent les cueillir ne se
sont pas encore aperçus de la supercherie
V Précédemment nous avons défini les lions des jeunes ..'eus de quaranti --ix ans. — ornés d'une Heur h la boutonnière. ■
Si nous revenons sur notre définition, ce n'esl point que nous ne la
trouvions 1res piste, mus n ius la trouvot té
Parlons dom em i ire i le fo - di u aussi bien c'est à présent l'un des sujets les plus habituels de la conversation parisienne, — la conversation la plus creuse qui -
Qu'est-ce que représente un lion? — l u lion représi nte une paire de gants jaunes.
Que repn sente une p -Une paire de gants jaunes n pu sente cinquante-cinq sols.
Cinquante-cinq sols ! telle est donc la valeur intrinsèque du lion, réduit à sa plus simple expression.
Les lions prennent leur nourriture dans les salles du café de Paris, de tous les restaurons celui dont la carte est chiffrée aux taux les plus élevés, — ce qui n'a pas peu contribué à leur donner, dans le public, le renom de grands viveurs et de belles fourchettes.
Mais ce que le public ignore, c'est qu'il y a deux cartes différentes au café de Paris, — l'une couverte de plats recherchés et de mets impossibles, à l'usage de la foule qui , du reste, n'en use guère; — l'autre pour les habitués, pour les lions, et celle-là est des plus simples, des plus bourgeoises : le fricandeau, l'aloyau et le haricot de mouton en sont la base fondamentale.
Donc les lions dépensent une moyenne de quatre francs à leur dîner. — Le plus souvent ils dînent trois ensemble, parce qu'alors on ne prend que pour deux, — ce qui est une économie notable.
Si nous ne nous occupons des lions qu'à partir de leur dîner, c'est qu'alors seulement ils entrent dans la circulation publique. Toutes les matinées et toutes les après-midi ils les passent dans une profonde obscurité. — On n'est pas même très sûr qu'ils existent avant cinq heures du soir, — moment où ils apparaissent sur le bitume des Italiens, fumant leur premier cigare.
Le fricandeau achevé, les lions prennent, en guise de dessert, un curedent qu'ils mâchonnent ostensiblement , pendant un quart d'heure, sur le perron du café de Paris; — après quoi ils se rendent à l'Opéra. — Presque toujours ils choisissent, pour entrer, l'instant où il se fait, dans la salle, un grand silence. Alors ils ouvrent et ferment, la porte de leur loge avec beaucoup de bruit, de façon à ce que le parterre impatient élève les yeu* et dise : <• Ah ! bon... voilà les lions qui arrivent; en ont-ils donc bu de ce vin de Champagne ! » — En fait de vin de Champagne, les lions ne boivent que de l'eau de Seltz. — Ça coûte moins cher et ça mousse autant.
Les lions occupent une loge qu'ils louent en société; c'est le système économique du dîner appliqué au spectacle. Ils se mettent sept ou huit de la partie, et l'on tire au sort à qui se placera sur le devant de la loge.
Les lions assistent à toutes les représentations, même à celle du dimanche. — Que ce soit Duprez ou M. Altairac qui chante , peu leur importe. — Ils vont aux pirouettes voluptueuses de Carlotta Grisi, comme aux entrechats de Mme Carrez. Ce qui leur faut avant tout, à eux, c'est un spectacle. — Guillaume Tell ou la Fille mal gardée, tout leur est bon.
Il n'est guère que Mmc Aguado et le chef de claque Auguste qui puissent rivaliser d'assiduité avec les lions. — Encore Auguste se fait-il remplacer quelquefois, ce qui n'arrive jamais à ces messieurs.
Les lions, — en tant qu'abonnés de l'Opéra, — ont droit à leurs entrées dans les coulisses, mais seulement pendant les entr'actes. — Aussi, dès que la toile est tombée, on les voit quitter processionnellement leur loge, se diriger vers la petite porte qui communique de la salle à la scène et disparaître bientôt dans le sanctuaire.
Comme ils ont tous dîné très sobrement, les lions retroussent leurs moustaches, inclinent leur chapeau sur l'oreille, débraillent le jabot de leurs chemises, et se donnent les allures cavalières d'aimables gentilshommes pris deviu. Les daines des chœurs les trouvent charmans; les figurantes déclarent qu'ils exhument Faublas et qu'ils enfoncent Richelieu.
La conversation des lions avec ces dames n'est guère variée ; mais elle n'est pas spirituelle.
Dis donc, Alice?
— Plaît-il?
— Tu fais de la fausse monnaie, toi?
— Cte question?
— Dieu me pardonne, ton bracelet est contrôlé par la Monnaie?
— Un peu qu'il l'est.
-— Où diable as-tu/a it ce bijou-la?
— C'est un cadeau de mon prince russe, donc! (C'est inoui ce que la Russie exporte de princes russes.)
— 11 est donc millionnaire, ton prince?
— Non! mais il a tant de bonheur au jeu!
— Sais-tu qu'est-ce qui est avec Léonie, à cette heure?
— Eugène, — mais ça ne durera pas, Eugène lui fait des traits.
— On ne voit plus Louise ?
— Je le crois bien : le baron de L. vient de la mettre dans ses meubles.
— Bah !
— Oh! elle est très heureuse! le baron lui a retiré toutes ses affaires du mont-de-piété.
— Vraiment !
— A preuve qu'il lui a promis six couverts d'argent.
— Soupes-tu avec moi, ce soir?
— Impossible; je suis attendue chez Guillaume après l'Opéra. — Il y aura nopees et festins.
Mais déjà l'entr'acte est terminé; le lion s'arrache avec efforts aux charmes de ce tète-à-tête, et regagne tristement le chemin de sa loge.
Minuit sonne ; la toile vient de se baisser pour la dernière fois. — Le lion allume un cigare dans le passage de l'Opéra ; puis il va se coucher comme le dernier bourgeois venu.
Et le lendemain il recommence.
Pour mener cette existence pleine de luxe et de délices, il ne faut pas avoir moiDS de quatre mille livres de rentes !
V Tous les ans, à époque fixe, les membres du jockei's club éprouvent un violent désir de se casser une jambe et de se rompre un bras.
C'est pourquoi ils organisent un steeple-chase à la Croix de Berny.
Le steeple-chase, — prononcez course au clocher, — est une agréable plaisanterie qui consiste à franchir à cheval un mur, deux murs, trois murs; — une rivière, deux rivières, trois rivières; — un fossé, dix fossés, cent fossés.
Le vainqueur de la lutte est couronné. — Inutile d'ajouter que tous les chevaux qui y ont pris part sont comme le vainqueur.
En Angleterre, les amateurs de steeple-chase ont reçu le nom de gentlemen riders.
En France, on les appelle des gentilshommes ridés, — ce qui leur convient mieux, à cause de leur âge.
Le dernier steeple-chase avait attiré tout Paris à la Croix de Berny. Tout Paris était bien aise de savoir par lui-même le chiffre des morts et des blessés.
Il y avait quatre chevaux engagés.
Les deux premiers ne sont pas arrivés ;
Les deux autres sont restés en chemin;
La lutte a été des plus intéressantes.
L'importation en France des courses au clocher, — écrivez steeplechase, — a eu un grand résultat.
Elle a modifie la physionomie d'un proverbe. Autrefois on disait:
Au bout du fossé, — la culbute.
A présent on dit :
Au bout du fossé, — un gentilhomme ridé.
Encore s'ils pouvaient tous y tomber ! — et ne jamais en sortir.
V Ou nous avait fait un grand étalage de la solennité de Longchamps.
— Allez à Longchamps, nous avait-on dit ; c'est là que règne, dans toute sa splendeur, la mode parisienne. — Là se donnent rendez-vous les plus jolies femmes et les plus charmans chevaux. Là seulement vous rencontrerez la fleur des pois de l'aristocatie moderne.
Or, nous sommes allés à Long-champs; — et voici les impressions que nous en avons rapportées, — toutes fraîches, nous pouvons le dire, car nous avons été trempés jusqu'aux os.
La solennité de Longchamps dure trois jours.
Le premier jour, il a plu,
il a plu le seeond jour.
Le troisième jour a beaucoup ressemblé aux deux premiers.
11 n'y avait qu'un petit nombre d'équipages à Longchamps. — Ces équipages, plus connus sous Le nom de Gacres, cabriolets el citadines, nous ont semblé être incommodes, — mais disgracieux.
Cette année, — s'il faut s'en rapporter aux modes de Longchamps , les hommes porteront des habits, îles gilets, des redingotes et des pantalons. Ils se chausseront avec des bottes et se coifferonl avec des chapeaux.
— Un monsieur, — fleur des pois, — sans doute, — s'est montre avec un habit boutonnant par derrière. — Cette innovation qui a été jugée hardie, ne nous semble pas apppelée à un brillant succès
.". Depuis un mois, le Musée est ouvert à la foule. — .Nous avons fait comme la foule, et nous avons visité le Musée.
\ ce qu'il nous a semble, les peintres français se divisent en deux écoles.
L'une de ces écoles sacrifie tout à la couleur; — l'autre sacrifie tout au dessin,
La première peint trop et ne dessine pas assez; — la seconde dessine trop et ne peint pas du tout
Ceuvci peignent leurs tableaux avec un balai barbouille de bleu et de rouge; — ceux-là se servent d'une pointe d'aiguille trempée dans un peu de blanc d'Espagne délayé.
M Delacroix el M. Ingres sont les chefs de ces deux écoles. — Ils font des élevés, lesquels, — comme cela arrive de . teut temps, — n'ont point les qualités de leurs maîtres et exagèrent leurs défauts.
,% .Nous avons fait une remarque singulière.
Les tableaux les plus distingués qui soient, cette année, à l'exposition
de peinture française, sont dus a MM. Calame et Diday, de Genève;
à MM. W yld et W iékeraberg, deux allemands, — et a M \ erboeckhoven, de Bruxelles.
Albéiuc Second,
TRIBUNAUX