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EMANCIPATION DE LA FEMME

On entend répéter tous les jours, comme un axiome incontestable, que le christianisme a émancipé la femme, et l'a faite, la compagne et légale de l'homme. A Dieu ne plaise que j'attaque la vérité ni la justice de cette émancipation: il est îles puissances qu'il faut respecter. Mais qu'il me suit permis de dire, dans l'intérêt seul de la vérité, que si la femme est devenue, i : influence des idées catholiques, l'égale

époux, ce ne lui pas du premier coup que s'introduisit cette doctrine; et qu'au contraire les premii rs pères de l'Eglise, plus tard les canonistes, et enfin uos vieux jurisconsultes, héritiers peu galans des traditions canoniques, n'admettaient nullement l'égalité des filles d'Eve el des fils d'Adam.

quelle était la doctrine des premiers pères doctrine que nous ont conservé l\es de Chartres dans sa Pannormie et le moine Gratien dans son Décret, doctrine que tous deux attribuaient a saint Augustin, quoique les paroles qu'ils eitent soient du diacre llilaire. qui \ivait vers la lin du quatrième siècle :

i. image de Dieu parait dans l'homme, et l'homme a été créé seul. comme le seigneur et le maître d'où devait dépendre tout le reste: l'est lui qui a l'empire de Dieu dont il est en quelque façon le représentant. ear tout roi i U Vimagi de Dieu , aussi la femme n'est point faite a l'ide Dieu. Car voici ce que dit la tours.' Et Dieu /il l'homme « son image; d'où l'apôtre: L'homme ne doit jias voiler sa face, car il est l'image et la gloire de Dieu; mais la femme doit voiler sa face, car elle n'est ni l'image m. la gloire de Dieu.

i i pour montrer qu'elle est sujette, el parce que le mal et la prévain ont commencé par elle, elle doit, eu signe de sa dépendance, se tenir voilée devant l'évêque, et n'a point la permisssion de prendre la parole, car l'évêque représente Jésus-Christ ; et a cuise du pèche originel, elle doit paraître en état de soumission devant l'évêque, vicaire de Jésus-Christ, comme devant son juge

\dam. dit saint Ambroise, a été ii pé par l >■ • i p is Eve par

Adam. Il est juste que la femme ait pour maître celui qu'elle a entraîné danssa chute, pour que sa faiblesse ne la rende pas une seconde fois criminelle

Dan- i dans la haute idée que l'église

chrétienne attache a la virginité, on peut voir les deux motifs qm devaient long-temps empêcher de mettre la femme au même rang que l'homme. Aussi ne devons-nous pas no au concile de

Màcon. tenu sous le ri [ue plus logicien que

raisonnable, discuter sérieusement si les I I usaient réellement

ce humaine Dicebat, dil sainl Grégoire de Tours, qui conservé ce fait curieux dans le huitième livre de son hi ehap. XX, dicebat mulierem hominem no t. Cette singu-

pinion fut rejetée par de ti

il est m moins fort singulier qu'elle ait pu se faire jour. I.. i dit sainl Grégoire, liri i ci tte disi

nt le sain» livre du vieus I écrit qu'au com-

mencement, quaud Dieu créa l'honim

■un \<l,lli> qitOd I ■' hom \insi. Dieu a 'I' - S par le nom d'homo les di d'ailleurs Noire Seigneur Jésus-Chrisl n'est-il pis appelé Fils de

l'homme précisément parce qu'il est lils d'une vierge, c'est-à-dire d'une i. 11,11

Il \ eut encore une foule d'autres témoignages (pu assoupirent comj, [élément ce différend

Les jurisconsultes du moyen-âge ne furent pas plus favoral prétentions féminines que n'avait été les canonistes, el ils eurent soin de recueillir dans les lois romaines el le décrel toutes les dispositions contraires aux femmes, De ces dispositions ils Qrenl en quelque façon un corps de doctrine qui se retrouve dans presque tous les écrits de jurisprudence publiés du treizième au seizième siècle. En voici le plus complet résume : je l'emprunte au i 12° chapitre du premier ii\ re du Songe du Verger, un des plus curieux mnnumens qui nous soient restés des idées juridiques d yen-ôge celui surtout où perce le plus fréquemment l'influence dn droit canonique

Dieu ne repu la poinl les femmes être vraie semence de pr< ision

ni eue- i nui . selon raison . la lignée des femmes n'est pas ré-

putée suffisante ni ydoine a la perpétuation de lignée mâle; et pour ce. voyonS-nOUS que si tous les mâles d'une lignée détaillent, ja soit ci' qu'il en demeure plusieurs femmes routes t'ois les armes de eeiie lignée périssent, ci n'y a nul qui les porte, comme nous avons plusieurs exemples en France, en baronnies et autres dignités. Et de rechef, selon la loj

aie au gouvernement du peuple el conseiller la chose publique, le

meilleur et le plus constant doit cire élu, comme il esl écrit au décrel octava quœst. 1 cap. Kcet. Or, est certain que femme de sa nature esl inconstante, el pour ce, disait un versificateur:

Quid venlo l<iiu$, quid muliere, nihil.

Il ,,. iose plus légère à muer ni à tourner qui

femme.

Et entre les autres mauvaises condii s que les femmes ont, je

trouve en droit qu'elles onl neuf mauvaises conditions.

Premièrement, l ne femme, de sa propre nature, procure son dom- ,, i comme il est écril en la loj quatrième. C. de Sponsatibus.

Secondement. Les femmes de leur propre nature, sont très avares f. de Douai, unie nuplias. Lcg< sin.sponso.

riercemenl Leurs volontés si sonl très soudaines, t. <h inoff. testant. Lege Filia.

Quartement. Femmes, de leur propre volonté,sonl mauvaises. Dig de l >j onsulis cllegali. LegeObservatur.

Quintement. Elles sonl jongleresses de leur propre nature, /.. prima sexum, l>. île postulando, qui parle d'une femme, laquelle étail appelée Calphurnia, à laquelli la habillée ' pourrail esse/ cire cm

parce.

De rechef, femmi i ci pource, selon

droil civil, une femim il pas être reçue en témoin au testament.

:. tam Testes,

De rechef, une femme fait toujours li r< de ce qu'on lui

commande faire, juxla illud. S K.ii. de Malrim. conl. interd. ecclesiœ contrai

De rechef, les femmes si allèguent volontiers el racontenl leur propre vitupère et honte. Exlr. de Divorciis, ■

De rechef, elles s,. , i malicieu ir ce. dit une loi

que chacun doit cire contenl s'il peul di , l"'1 '•

et sai - lin /' jui D Hum. !.. Quolies in fine.

El pourtant, Monseigneur sainl lugu li i di iil que femme esl ins- !ia , amabite olium

lilium, et m' omne scelus ca ' - Femme i

le; elle esl I son mary, elle esl nourrissante de mau ' mmi nci menl

.: chemin de toute

iuiqui

le ne dis pas toutefois qu'il ne soil aucune lionne femme m liselles sont cl; qu'un nedoil

bonnes femmes, » car Ioy se doit faire des choses qui advienuem communément, comme il est écrit i\ aitiiem-., sine prohibit maires § quia rem; et lege nem. ad eaff: de legibxis. «

Le sang-froid grotesque avec lequel le compilateur du Songe du Verger entasse l'une sur l'autre toutes les malédictions que les lois romaines ont pu prononcer «-outre les femmes, prouve assez qu'il n'y a dans son fait ni indignation, ni colère, et qu'il est seulement l'écho des doctrines régnantes. Et Lieu avant le quinzième siècle, nous retrouvons dans les jurisconsultes canonistes et coutumiers les mêmes injurieuses réflexions. Dans les coutumesdu moyen-âge, par exemple , les femmes sont toujours traitées par la loi avec une espèce de dédain des plus singuliers; Fcmina, dit Bracton, dicilur habere plenam cela/cm, cum XV annos cornplcvcrit, quia magis est dolicapax quant masculus; l'idée du jurisconsulte anglais se retrouve presque en mêmes termes dans la très aueienne coutume de Bretagne, au chapitre NO. « Femme est en âge à douze ans, parce que toutes malices peuvent être plus tôt en femme qu'en homme. » Et sur ce chapitre, l'ancien commentateur fait les remarques suivantes, qui sont encore moins gracieuses que le texte.

femme, mauvaise herbe croit toujours vite. Cod. d. hit qui reniant (rlatis, l. -2. El cilius es! subdola mu/ier cl avara, l. Si cno. D. ad S. C. ecll.

malice. Ifola quod malitia supplel (rlatew. Cod. si adv. de/ict.

En Allemagne, le Miroir de Saxe, fidèle aux mêmes idées,]n'attribue « la femme qu'un Werhgeld inférieur de moitié à celui de l'homme, et cette disposition est d'autant plus singulière qu'en général les lois barbares donnent à la femme un Werhgeld égal a celui de l'homme, hormis la loi des Wisigoths, celle de toutes les] lois germaniques ou l'influence du clergé est la plus visible.

Que conclure de tout ceci? C'est que les plaisanteries perpétuelles de nos pères sur la malice des femmes avaient, dans les idées du temps, une racine beaucoup plus profonde qu'on ne le suppose. Quand nos aïeux se raillent sans pitié des prétentions féminines, il ne faut pas voir seulement dans leurs mordantes satires ce dérir de fronder, qui fait le fond du génie français, de ce génie malin qui s'attaque à tout pouvoir; que ce pouvoir règne brutalement parla force, ou adroitement par la finesse et ;iar l'esprit. Il faut voir encore, dans ces trop justes représailles, la jalousie d'un sexe, à qui, dès son jeune âge, on a promis la puissance, et qui toujours vaincu et toujours joue par la ruse féminine, en appelle aux anciennes coutumes, et réalise, au moins dans des chansons et des epigrammes, cette supériorité dont on a bercé son enfance. Arnolphe, ;ar exemple, ce bon Arnolphe qui aime tant, est le fidèle écho des idées >'.a moyen-âge quand il professe à Agnès, qui ne l'écoute guère, la saine doctrine des anciens jours :

Votre sexe n'est là que pour la dépendance :

Un côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu'on soit deux moitiés de la société,

Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité ;

L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne,

L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ;

En ce que le soldat dans son devoir instruit,

Montre d'obéissance au chef qui le conduit,

Le valet à son maître, un enfant à son père,

A son supérieur le moindre petit frère,

N'approche point encor delà docilité,

Et de l'obéissance, et de l'humilité,

Et du profond respect où la femme doit être

Peur son mari, son chef, son seigneur et son moitié. ^ Mai:-, hélas! pauvre Arnolphe, tout siècle dégénèrent tandis qu'Agnès s'effraie de vos maximes sévères, vous ne vous douiez pas que, malgré to ite sotre rigueur, vous n'êtes cependant qu'une copie effacée des moeurs antiques; quatre siècles avant vous, Philippe de Beaumanoir a c isayé a\.< olus de hardiesse, mais sans plus de sucées, de donner aux hommes une a \ aulc réelle, en leur mettant le sceptre à la main :

« En plusieurs cas peuvent les hommes être excusés des griefs qu'ils font à leur femme, ni ne s'en doit la justice entremettre, car il loist (licet) bien a l'homme battre sa femme sans mort et sans mehaing fblessure'i quand elle le meffait; si comme quand elle est en voie de faire folie de son corps, ou quand elle dément son niary, ou maudit, ou quand elle ne veut obéir à ses raisonnables commandemens, que prude femme doit faire ; en tous tels cas, el en semblables, est-il bien métier que le mari doit chastierres de sa femme raisonnablement... et selon le vice, le mari la doit chastier et reprendre selon toutes les manières qu'il verra que bon sera pour l'osier de ce vice, e Ecepté mort ou mehaing. »

Ed. Laboulayk.

{Droit.)

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