‹ Le cabinet de lectureChapitre 16 sur 249 · BATAILLE NAVALE BU 13 PRAIRIAL · texte numérisé non relu

BATAILLE NAVALE BU 13 PRAIRIAL

Tandis que la fatalité poussaii les Français et les Anglais vers un autre champ de bataille , un voile humide s'était répandu sur la mer. Depuis la souée du 10. l'air avait pris cette lourde i onsistance el < ctte teinte blafarde qui le rendent impénétrable à l'œil du marin. A bord de chaque vaisseau on ne < plus rien au-delà ûu cercle étroit dans lequel on se mouvaii , tant la brume était épaisse , tant la nuit était noire. Les fanaux de notre < scadre, comme ceux de la Hotte ennemie, avaient entièrement disparu dans l'obscurité. Nos matelots imaginèrent alors de sillonner l'air de coi tpoursc meure en communication avec leurs camarades et poui conserver leurs eaux. C'était quelque chose d'extraordinaire que celle marche isol i incertaine, qui se fa saii à la lueur et au

bruit de la mousquelcric. I. a brume continua pendant trente sa heures à

iper les escadres ennemies ; el celles-ci ne purent s'a| linctcmcnt qu'à la lin de la journée du 12 , quand lj brise vint a s'élever cl .1 1 claircii l'atmosphère.

Le 13, la richesse d ; tons vifs et tranchés, qui rougirent et illuminèrent 1 ciel, au momcnl où le soleil paru! au-d< ssus de l'horizon, annonça aux deux i <;ur ma mifique journée.

Villarct avait reconnu, aux préparatifs des Anglais, qu'ils se disposaient àraliaquer. il donna lui -même le igoal de branle-bas général par-

tout. Cependant, ses forces étaient de beaucoup inférieures à celles qu'il allait combattre. Outre le Bellérophon et le Léviathan, qui l'avaient rejoint, l'escadre de lord Howe avait été ralliée par une division de six vaissecux. Cet amiral pouvait mettre en ligne trente-trois bâtimens de guerre, parmi lesquels il y en avait huit à trois ponts ; au contraire, les faibles renforts reçus par Villaret n'avaient servi qu'à réparer les pertes des dernières journées. Son escadre se composait de vingt- six vaisseaux, comme le jour où elle avait appareillé de Brest; et, sur ce nombre, trois seulement étaient des navires à trois ponts. Les quatre bâtimens de la division Nielly, quoique disposés à se battre aussi intrépidement que le reste de la Hotte, se ressentaient malheureusement des fatigues récentes d'une croisière d'hiver sur l'Atlantique. Il est bon de rappeler encore que les Anglais avaient puisé dans une vieille habitude de la mer une connaissance parfaite fc l'ait du marin, et que leurs pièces d'artillerie étaient en général mieux confectionnées pour la manœuvre et d'un calibre plus élevé que celles de la marine française. Notre armée ne pouvait suppléer à l'évidente infériorité de ses ressources et de son instruction que par des prodiges de valeur.

Un avantage d'une importance capitale venait d'ailleurs de nous échapper : pendant la brume, lord Howe était parvenu à se rendre maître du vent.;

Les marins et les soldats de l'escadre républicaine, malgré les auspices peu favorables sous lesquels se présentait le combat, avaient répondu au signal de branle-bas général partout, par un de ces cris d'enthousiasme qui sont chez les Français le langage de fortes résolutions et de grands dévouemens. C'avait été, d'un bout de la ligne à l'autre, une magailiqueexplosion, un sublime mouvement de joie. Encore tout chauds de la lutte des journées précédentes, ces braves se félicitaient de la part qu'ils allaient prendre à une action plus décisive. Ils s'excitaient à bien faire, en se proposant pour exemple les glorieuses victoires que l'armée de terre avait successivement remportées sur les forces réunies de toutes les puissances de l'Europe. Des pavillons bleus, portant ces mots: La victoire ou la mort ! flottaient à la tète des mâts, à côté des couleurs nationales. Les ordres transmis par Villaret-Joyeuse avaient été promptement exécutés, et chaque homme se tenait à son poste, prêt à recevoir les Anglais ou à fondre sur eux. Ce fut alors que la Hotte entière entonna la Marseillaise, dont les mâles et patriotiques accens résonnèrent au loin sur la mer houleuse, comme un appel aux armes, une prière à la patrie et une invocation à la liberté.

Le représentant du peuple Jean Bon-Saint-André, qui était toujours à bord de la Montagne, avait approuvé les disposiiions de Villaret. Chargé de tout observer par le comité de salut public, il allait assister, en homme d'Etat, au grand drame d'une bataille maritime. Plus tard, il pourra donc apprendre à la Convention nationale comment les marins improvisés de la république ont combattu pour le salut de ses enfans et pour la gloire de ses armes.

A huit heures du malin, l'escadre anglaise, favorisée par le vent, se porta sur nous dans un ordre admirable. Ses vaisseaux furent accueillis par un feu roulant des plus vifs. Ils longèrent les nôtres de si près, en défilant devant notre arrière-garde pour aller prendre une. position plus avancée, qu'on se battit à une portée de pistolet dès le commencement de l'action. On pouvait espérer que l'attaque s'étendrait peu à peu sur toute la ligne; dans ce cas, la bataille se fût transformée en un duel de bord à bord très avantageux pour l'impétuosité française. Mais lord Howe avait résolu d'user de sa supériorité dans la manœuvre pour détruire notre plan de défense et jeter le désordre dans nos rangs. A un signal parfaitement compris et exécuté par les siens, toutes les forces de l'armée britannique sont dirigées contre l'arrièrc-garde et le centre de notre escadre. Les vaisseaux se joignent, la mêlée devient générale, le feu terrible. Ça et là, plusieurs bâtimens anglais c ntourent et assaillent un seul des nôtres. Il y a des deux côtés une haine poussée jusqu'à l'acharnement , un courage porté jusqu'à l'exaltation. A voir la vivacité et l'intensité des décharges de l'artillerie et de la mousqueterie, on serait tenté de croire que les hommes

ont communiqné à leurs armes la fougueuse et implacable ardeur [de leurs pa-sions : les boulets, les balles, lancés de tous les points, frappent dans toutes les directions. Des volées de mitraille étendent, éparpillent, complètent l'œuvre de destruction. Les murailles, les bastingages, la mâture, les vergues, la voilure, les agrès des bâtimens, tout est meurtri, entamé, déchiré, troué, rompu ou rasé. Les pavillons, ces nobles points de mire, sont criblés de coups, mis en lambeaux, relevés et cloués aux mâts ; chaque vaisseau est un double ou un triple champ de carnage; car à tous ses ponts, les blessés ne se comptent plus, les morts sont nombreux et le rang ruisselle. Enfin, la voûte de fumée qui couvre cette fournaise ardente est si épaisse et si noire, que les artilleurs, en tirant sur l'ennemi, sont obligés de donner beaucoup au hasard.

Il y a même des momens de confusion où les coups des Anglais sont dirigés contre les Anglais, et où des balles françaises vont frapper des poitrines françaises.

Le Bellérophon , monté par le contre-amiral Pasley, avait déployé une grande résolution. Une demi-heure avant la bataille, son impatience l'ayant porté bien au-delà de l'avant garde britannique, il avait été obligé de ralentir sa marche pour lui donner le temps de le rejoindre. Les chances de la guerre l'avaient mis en présence de VÈole, qui était, comme lui, percé de soixante-quatorze sabords. L'attaque, engagée pour ainsi dire à brûlepourpoint, avait provoqué la plus terrible riposte, et bientôt, à ce qu'assurent les relations anglaises, un autre vaisseau de notre escadre était venu appuyer avec ses canons les bordées destructives de VÈole. tes Français, selon un usage beaucoup trop suivi parmi eux, avaient tiré principalement dans les mâts et les vo'nes de l'ennemi ; ils s'étaient pli tôt appliqués à le mettre hors d'étal de manœuvrer qu'à balayer ses ponts. Cependant , vers les dix heures, le contre-amiral Thomas Pasley avait eu la jambe emportée par un boulet, et le capitaine William Hope lui avait succédé dans le commandement.

A midi, le Bellérophon, horriblement fracassé, était presque incapable de se mouvoir. Son grand mât, broyé par les batteries républicaines, menaçait à chaque instant de s'abattre ; déjà il avait perdu son grand-mât de hune et son mât de nvsaine. La plupart de ses manœuvres courantes et dormantes étaient hachées et toutes ses embarcations percées à jour. Dans ses batteries, d'autres ravages avaient réduit une partie de ses canons à l'impuissance. Incapable de soutenir plus long-temps le feu, le Bellérophon fait des signaux de détresse à lord Howe. L'amiral ordonne à la Latona d'aller au secours du vaisseau mutilé. Celle-ci, en pénétrant au milieu des combattais, essuie un feu très meurtrier avec une rare assurance, et, grâce à elle, le Bellérophon opère sa retraite et échappe à une complète destruction (1).

Parmi nos adversaires les plus déterminés, au centre de la ligne, on distingue le vaisseau amiral la Reine-Charlotte, qui est aux prises avec la Montagne.

Lord Howe, secondé par quelques-uns de ses vaisseaux, s'est attaché de préférence au bâtiment sur lequel il a remarqué le pavillon du chef de l'escadre française. Mais Villaret-Joyeuse , énergiqueincnt soutenu par ses matelots d'avant et d'arrière (2), a lutté avec tant d'avantage contre l'ennemi, qu'il l'a contraint plusieurs l'ois à reculer. L'amiral anglais, excité pai l'extrême vigueur de la défense, a redoublé en vain le feu de tes batteries. Il songe peut-être à se retirer, quand une fausse manœuvre Au Jacobin, le matelot d'arrière de Villaret, met celui-ci à découvert. Lord Howe aperçoit le vide qui s'est fait dans nos rangs, s'y jette avec le César, le Léviathan, et coupe aussitôt notre ligne. Ce malheur va donner une impulsion nouvelle à l'attaque, et rendre la position de Villaret vraiment périlleuse. La Reine-Charlotte, le Léviathan, et quatre autres vaisseaux de différentes forces qui l'entourent, le canonnent et le battent en brèche. La Montagne disparaît, avec sa haute mâture, au mi-

(1) United service Journal and naval and military Magazine. N° CXI,. Inly, 18'iO. P. 36i et 365.

(2) Les marins donnent les noms de matelot d'arrière ou d'avant aux vaisseaux qui précèdent ou suivent un autre vaisseau.

lieu d'un tourbillon de fumée, et pendant deux heures les bàtimens français ne l'aperçoivent plus. Lord Howe veut tenter l'abordage : Villaret conçoit h l'instant la même pensée . et tous deux font un mouvement pour se rapprocher. Les deux vaisseaux à trois ponts, eu se heurtant de tout le poids de leur masse colossale , craquent comme s'ils allaient s'entr'ouvrir : leurs vergues se croisent, leurs murailles se touchent , l'espace manque pour faire manœuvrer les pièces des batteries . et les artilleurs , d'un sabord à l'autre, se provoquent, se frappent et se brisent la tête à coups d'écouvillons. Mais l'amiral anglais renonce à l'idée d'un combat corps à corps, en voyant avec quelle résolution les Français se préparent à le saisir avec leurs grapios et à se jeter sur son bord. Il s'éloigne de plusieurs encablures, et la canonnade et la mousqueterie recommencent avec un surcroit de fureur.

Les pertes des Anglais sont grandes, les nôtres sont affreuses. Le brave capitaine de pavillon Bazire, et tous les lieutenans de Villaret, sont tués on blessés à ses côtés : plusieurs, à l'exemple de Cordier et d'Angot, continuent à se battre, malgré la gravité de leurs blessures. L'amiral lui-même est renversé de son banc de quart, qu'un boulet brise sous ses pieds : il se relève, fait rétablir le banc de quart, et y reprend si place. A quelques pas iln conventionnel Jean-Bon-St-André, deux novices sont frappés mortellement et le couvrent de sang. Les pièces de chasse, à tribord et à bâbord, sont devenues depuis quelque temps le poste le plus dangereux et le plus envié : quand leurs premiers artilleurs ont été atteints par le plomb ou balayés par le fer, il s'est présenté jusqu'à cinq fois des braves pour remplacer les morts et les blessés; puis, les hommes se faisant rares , des enfans de dix ans, employés à la distribution des gergousscs, ont saisi hardiment le boute-feu. Le bâtiment n'a pas moins souffert que son valeureux équipage. 11 est tellement percé à jour en quelques endroits, qu'on le prendrait pour une ruine flottante; à son seul tribord, il a reçu, à (leur d'eau, plus de de deux cent cinquante boulets. Son gouvernail, si prodigieusement fort et massif, a été brisé et arraché de ses gonds. Deux des sabords de la sainte- b irbe, élargis et confondus par la destruction de leur charpente intermédiaire, ne présentent plus qu'une large et profonde ouverture. La seconde et la troisième batterie sont silencieuses; des canons sont démontés, d'antres ont eu la bouche fendue par des boulets ennemis. C'est un spectacle d'horreur et de carnage, tel qu'on n'en voit point sur le continent dans les combats les plus meurtriers des troupes de ligne.

Et cependant le vaisseau républicain continue de résister et de riposter aux six bàtimens anglais acharnés ù sa perte. Il est comme un homme couvert de blessures, qui se soutient d'une main f t se défend de l'autre, /.'explosion de plusieurs caisses de cartouches sur la dunette est sur le point de le livrer à l'ennemi : la moitié des limonniers sont tués par cet accident, à côté de leur chef Demay cf du sous-lieutenant James. De là un ralentissement dans le feu des Français, dont lord Howe profite pour se rapprocher de la Montagne. A cet instant suprême, où il y va du salut du vaisseau amiral de l'escadre républicaine, le dévouement sublime d'un enfant change la face du combat. Le jeune Bouvet de Crcssé offre à Villaret-Joyeuse d'aller mettre le feu à une caronnade de 36, pointée contre le gaillard d'arrière de la Reine-Charlotte, sur lequel est réuni l'élat-major de ce vaisseau. « Tu as là une noble idée, enfant, " lui dit l'amiral en lui serrant la main, par un sentiment d'admiration et de pitié : « Surtout , saisis bien le mouvement de la lame , et prends garde de le faire tuer ! » Les Anglais devinant le projet de Bouvet de Cressé, qui déjà porte un bras en écharpe et a reçu trois blessures , tirent sur lui du haut des hunes, avec des espingoles. Ses habits, son chapeau, sont troués par une pluie de balles , il reçoit cinq non es; mais il avance , ou

plutôt il rampe toujours, vers la caronnade, entourée de nions et de sang, l'atteint, et y met le feu par un prodige de ceui a

L'effet de ce coup est meurtrier, prompt . di t isil .1 bord de la U' ine Charlotte. Lord Howe, décourage, s'éloigne avec sa division, laissant, au moins, les Français maîtres de cette partie du champ de bataille.

Il y a des luttes désespérées , où la gloire d'une armée consiste non

pomt à triompher, mais à vendre chè emenl sa défaite. Ces combats sans espoir sont incontestablement ceux Jans lesquels la nature généreuse , grande et énergique de l'homme pa rait avec le plus d'avantage; car là, n'étant soutenu ni par la conscience de sa supériorité, ni par la perspective d'une victoire , il ne combat . il ne se di roue que par un acte et on sentiment héroïque de sa volonté e t de sou devoir. L'escadre française i peu près dans cette position vis à vis de la Hotte anglaise , à la bataille du 13 prairial. Si elle succom lia, ce fut avec l'honneur et la distinction qui s'attachent ordinairement 1 la victoire. Sur ce sinistre sanglant , sur cet admirable dévouement de l otite une escadre, un souvenir impérissable plane encore aujourd'hui, 1 online hii phare lumineux au milieu d'une nier couverte de naufrage s : nous voulons parler de l'action du vaisseau le Vengeur, qui sera to ajours pour nous le plus noble symbole du courage malheureux.

Dès le premier choc des escadi 'es, le Brunswick avait attaqué le Vcna\er une grande vivacité ; 1 mis deux autres bàtimens anglais étaient venus un peu plus tard se môle r à ce combat. Comme le vaisseau amiral, le Vengeur avait donc été en butte au feu croisé de l'ennemi, et, comme la Montagne, il s'était di ifendu avec une résolution à toute épreuve. On n'aurait pas soupçonné, tant la riposte était sire et pressée, que les batteries anglaises avaient tu é la moitié de son équipage. Ses intrépides marins s'étaient fait un devi >ir de suppléer par uu redoublement d'énergie et d'activité à la perte de leurs camarades : leur temps et leurs forces étaient même devenus t rop précieux pour qu'ils songeassent à enlever les morts et à les jeter à la mer. Ils manœuvraient à côté îles corps mutilés de leurs frères, ils se battaient sur des débris humains, ils piétinaient dans le sang.

Les ardentes bordées du V encreur avaient enfin forcé le Brunswit < à se retirer. Mais les deux part' jnaires du vaisseau anglais avaient continué de foudroyer les Français. Lue partie des canons du Vengeur étaient crevés ou démontés ; ses ma ts croulaient les uns après les autres avec un sinistre fracas; ses murailles, défoncées par les boulets, offraient de larges ouvertures au Ilot, qui péné trait en bouillonnant dans la cale; et la coque chancelante s'affaissait peu à peu sous son propre poids et sous celui de la surcharge occasionée pa r l'invasion de l'eau. Que vont devenir nos marins et nos soldats, à I 1 fois assiégés par tous les dangers et menacés par toutes les morts ? Croj ant avoir assez fait pour l'honneur, se rendront-ils et appelleront-ils l'ennemi à leur aide ? Non ! ils défendront le / 1 ngeur jusqu'au dernier moment , et ils périront presque tous avec lui. Voyez, comme ils disputer t pied à pied le terrain aux Anglais et à la nier, ces deux ennemis ligués c outre eux : quand la vague, qui monte toujours, a éteint les canons de la I jatterie, ceux des gaillards tirent encore! Voyez quelle est la principale p réoccupation de ces braves que la mort va réunir dans une tombe corn mune : ils clouent leur pavillon tout déchiré à un tronçon de mât , afin d' être plus sûrs de l'emporter avec eux au fond de l'abîme ! Les Anglais n gardent t n pâlissant les préparatifs de ce magnifique suicide ; ils parviennent même à, recueillir une quarantaine d'hommes qui se sont jetés dans les chaloupes. Mais la plupart des marins et .des soldats d a Vengeur se pressent sur son tillac, en agitant I - chapeaux et leiu -s bonnets rouges dans les airs. T. ml qu'ils peuvent élever la voix , 0 a les entend crier avec une indomptable énergie : / la liberté ! vive ta l'eau ' , ! Enfin, la mer ar-

rive jusqu'à eux, les e ngloutit, et lej couvre de cet éternel linceul qu'aucune main ne viendra jamais soulever.

Dn autre bâtiment de notre escadre , le 7< rrible, fut également coulé bas, en envoyant à Pc nnemi ses dernières bordées. Le Scipion, plus heureux, dut son salut au prompt rétablissement de sa mâture et de ses voiles, avoir soutenu une lutte acharnée contre sepl vaisseaux anglais, il parvint à doubler la tète de la colonne britannique et à effectuer sa retraite. Les canons di ses battet ies et de ses gaillards (c'était un trois-ponts) ni lancé dix-hu it cents boulets pendant I" combat. Le plomb n'avait pas été plus épargn é que le fer par son équipage : aussi, vers la lin de

celte vive cl chaude action, ses bon unes et son artillerie étaient-ils dans un déploralile état de mutilation, (le fa iblesse et d'épuisement.

Six vaisseaux de notre arrière-g w&cïAmërica, le Jute, \AcluUe, le Sans-PareU . le Northumberlm ut et Umpétueux tombèrent au pouvoir des Anglais. Au moment où il s se rendirent, ils Étaient ras comme des pontons et mornes comme de s tombeaux : de celle loret de mats ou'ils portaient encore au lever du s bleil, tout chargés de voiles et da- BPès pas un seul n'était debout. Cela ent des masses inertes, n'ayant prèsque plus ligure de vaisseau, et se sou; enaut ave : peine tir une tuer parsemée dedébris et rouge de sang. Tôt ts leurs équipages, redutts de mmi.c , s'étaient défendus jusqu'à la dernière < sirémité : officiers, marins, soldats, avaient rivalisé de courage, d'énergie, dedévoùnient. La flotte angla se, qui avait perdu elle-même plusieurs bàlimens , n'était guère dans une meilleure condition. Ses vaisseaux, dis perses sur le champ de bâtai le, étaient , pour la plupart, démâtés et cr (bits de coups. Deux de nos frênaies envovées par Villaret-Joyeuse a « secours ùaJemmapcs et du Mucius, purent les prendre l'un et l'autre à la remorque, sans rencontrer aucune opposition de la part de l'ennen ti. Lord Howe en bit Im-môme l'aveu dans sa relation du combat : « P l'ayant alors auprès de mot, dit-il, que deux vaisseaux cruellement mutilés, le BelLéropkon et le Léoiatkan, je ne pus .n'opposer à cette opération de 5 Français (1). »

Peut-être aurait-il été possible au ( hef de l'escadre républicaine de prévenir la perte des six vaisseaux de s. m arrière-garde par un prompt retour sur les Anglais ; peut-être, dans la position de L'ennemi, un mouvement de cette nature aurait-il exercé un e influence décisive sur le sort de la journée, et donné la victoire aux Fr. »>çais. Villaret avait songé, en effet à se porter au secours des siens, qui lui faisaient des signes de dé tresse. En présence des matelots de la Moi «agne. tous animés du meilleur esprit, et prêts à recommencer une 1 utte désespérée, un conseil de guerre fut assemblé sur l'arrière de ce vais seau : là. après une courte discussion, la plupart des ofliciers, partageant l'enthousiasme et la confiance de l'équipage, se prononcèrent pou, le pa Ni le plus hardi. Ma>s le conventionnel Jean-Bon-Saint-André combattit u ne résolution qui, selon in, pouvait amener la destruction du petit nomb re de bâtimens délabrés alors groupés autour de la Montagne. Ne valait-il ! pas mieux, ayant désengager dans une tentative si hasardeuse, rallier les vaisseaux de notre avantcarde qu'on apercevait à une demi-lieue du champ de bataille ?

Cet' avis prévalut, non parce qu'il était . «été par la prudence , mais parce qu'il était un ordre. Villaret-Joyeuse, a' rec une extrême répugnance grand regret de ses marins, Ct arborer U | signal de la retraite.

re arrière-garde était irré-

autre journée du mois de juin, non moins fameuse dans nos annales. L'armée de Napoléon, à Waterloo, était, comme celle de Villaret, presque-entièrement composée de nouvelles recrues : dans l'une comme dans l'autre bataille, l'inaction ou l'éloigncment d'une division française assura le triomphe de nos ennemis. Cependant, une différence capitale se présente ici à l'avantage de la Dotte républicaine : quand elle reparut à Brest, elle y trouva le convoi américain, qui était entré dans ce port, quelques jours auparavant, au milieu des acclamations publiques. Le sacrifice de huit de nos vaisseaux et la période plusieurs milliers de braves n'avaient donc pas été sans résultat ni sans compensation. « Peut-être verrez-vous comme • moi, une grande victoire politique dans ce revers militaire, disait Jean- » Bon-Saint- André à la convention nationale , le U juillet 17'Ji; car le but «des deux armées étant le convoi, c'est assurément celle qui l'a garanti de »la dent rapacc du léopard anglais qui a le mieux répondu à la confiance »de son gouvernement. La marine de la république, encore à son ber- »ceau, a fait des prodiges de valeur. Soignez son éducation, favorisez son "instruction par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, et bientôt «elle se montrera avec un éclat qui intimidera nos ennemis. »

La convention nationale s'associa aux généreux sentimens et à la pensée politique de Jean-Bon-Saint-André : elle décréta sur la motion de Ban ère, « que l'armée navale de Brest avait bien mérité de la patrie; » et, pour mieux glorifier le courage de ncs marins, elle ajouta, * qu'un modèle du vaisseau le Vengeur serait suspendu aux voûtes du Panthéon, n

ARISTIDE GUILBERT. — (National.)

et au |

Quand les deux divisions fuient réunies, noi xorablement perdue. 11 ne s'agissait plus de di sputer, mais de reprendre nos bâtimens à l'ennemi. Villaret n'en eût pas i aoins tenté quelque chose pour réparer les malheurs de la journée, si un aviso n'était venu lui apprendre qu'on avait rencontré onze vaisseaux an glais croisant dans le sud. On réunit un autre conseil, dans lequel Jcan-Bo n-Saint-André opposa encore la raison d'un homme d'état à l'ardeur des officiers. « Si, en renouvelant le combat, leur disait-il, vous provoquez la destruction complète de l'armée navale de la république, qui protège, ra la Boitille américaine, toujours menacée par les Anglais? » Il n'y avait r ien à répondre a cet argument puisque l'escadre de Villaret-Joyeuse a vail exclusivement pour objet de sauver 1. s grains nécessaires à la subsistt mec du pays. On se résigna donc, non sans un sentiment de douleur et (, e deuil, à reprendre la route des côtes de la Bretagne. Chemin faisant, o n découvrit la division anglaise; dont l'aviso avait signalé la récente appar Mon, et on éprouva au moins quelque consolation en lui donnant rudemen, t la chasse et en l'obligeant à prendre la fuite.

la postérité mettra la bataille navale du 1" juin faits d'armes les plus glorieux de notre histoire. Il j ' a eu plus d'un point de ressemblance entre les malheurs de celte journée : elles désastres d'une

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