au nombre des
(1) Lettre de lord Uovveà M SUphcns, Annual Régi fter,\. XXXVI, année
LES GUEPES on jFAxriEaa mh-mê.
RETOUR DE JVAPOLÉOX.
Je ne parlerai pas de tous les vers auxquels cette fête impériale a servi de prétexte. — Il y a de belles strophes et de belles pensées dans ceux que M. Hugo a bien voulu me donner. — Ceux de M. Casimir Delavigne ont été reconnus les plus mauvais de tous; — et en lisant la strophe qui se termine ainsi :
La France reconnut sa face respectée, Même par le ver du tombeau ,
on a regretté généralement que les vers de M. Delavigne n'aient pas pris exemple sur ce ver mieux appris.
Pour moi, me rappelant qu'il y avait dans ce peuple, si empressé à aller au devant de l'empereur mort, — bien des gens encore qui, en 1815,— il y a vingt-cinq ans, — ont accompagné son départ d'insultes et de menaces de mort, je me suis senti profondément attristé, — j'ai songé à ce qu'on appelle la gloire,— seul pri<. des corvées que s'imposent les héros et les grands hommes, j'ai songé à la mobilité des passions du peuple, — qui se réjouit avec un égal enthousiasme, — du retour de l'empereur, parce que c'est un spectacle — ct de son départ, parce que c'est du tapage, et je suis resté seul dans ma chambre, — seul dans ma maison, — seul dans ma rue, à me rappeler les grandes actions et les grandes douleurs de l'empereur Napoléon.
Et à regarder ce que sont les hommes qui se prétendent sérieux, — et qui me disent d'un air protecteur : Quand deviendrez-vous sérieux? — Parce que je suis libre, indépendant, rêveur et insouciant.
Us sacrifient leur vie, leur douce paresse, leurs amours pour avoir, après de longs travaux, le droit d'attacher un nœud à la boutonnière de leur habit d'un ruban d'un certain rouge. Arrivés à ce succès, ils recommencent de nouveaux et de plus grands efforts ; il ne faut pas s'arrêter en si beau chemin. — (Juel bonheur, en effet, si vous aviez le droit, — dût-il vous en coûter un bras et une jambe ; — quel bonheur si vous pouviez
LE CABINET DE LECTUREj
faire une roscltc à voue ruban. — On n'épargne pour cela ni soins, ni sacrifices, et, un jour, vous obtenez celle Oalleusc récompense.
i ne rosette! grand Dieu! quelle supériorité cela vous donne sur ceux qui n'ont qu'un nœud !
On se rappelle cependant, avec plaisir, le moment où on n'avait qu'un nœud ; le moment où, si vous aviez eu l'audace de faire une rosette à voire cordon, la gendarmerie, la garde nationale , l'art» e ornière eussent Ole occupées à punir votre forfait. — On se dit : et moi aussi, cependant, il y a eu un letnps où je n'avais qu'un simple nœud!
Mais cequi est encore plus loin de vous, ce que vous n'osez pas e . ce que vous placez au nombre des désirs ridicules, — ù l'égal de l'envie qu'aurait une femme d'un bracelet d'étoiles. — C'est... je n'ose le dire... c'est... Ô comble de bonheur! Ô gloire ! ô grandeur! c'est de nouer le cordon autour du cou, — mais n'en parlons pas, c'est impossible...
Eh bien! si vous êtes un homme heureux, si les circonstances vous favorisent, si vous n'êtes pj> trop scrupuleux sur certains points,
I n jour, ipiand vous êtes vieux, quand vos CDCVC ;\ simt blancs, il vous arrive ce bonheur inespéré. Vos yeux laissent échapper des larmes de joie, et vous mourrez en disant : O mon Dieu, peut-on penser qu' 1 y a des hommes assez aimés du ci< 1 pour porter le ruban en bandoulière, .de droite à gauche !
Et cela, ô hommes graves et sérieux ; tandis cjne les femmes se couvrent, à leur gré, de rubans de toutes couleurs, en nœuds, en rosettes, en ceintures,—voilà des rubans sérieux, voilà une affaire véritablement grave, — car cela les rend jolies.
Le prince de Joinville, chargé d'aller chercher à Sainte-Hélène et de ramener en France les restes de Napoléon, a accompli la mission avec beaucoup de convenance et de dignité. — Ayant appris en mer la rupture des relations entre la France et l'Angleterre, et craignant d'être attaqué, il était disposé au combat et av ail annoncé qu'il ne se rendrait pas et se ferait couler.
Le prince de Joinville est fort à la mode,- cl on parle d'une anglaise, — lady ***, qui en a la tôle tournée.
L'invention du cheval de bataille était du mélodrame ridicule dés l'instant qu'il n'existait plus de cheval qui eût été monté par Napoléon. — Aussi s'enquit-on d'abord d'un vrai cheval de bataille.
On en connaissait trois.
Un à M. ***, écuyer , qui devait le conduire par la bride, m sis— il était, depuis trois mois, empaillé au Jardin-des-Flantes.
i n autre à m. le duc de Vicence , — c'était un cheval bai du Melieraut, — qui avait été donné à Urne de Vicence par l'impératrice Marie- Louise, dont elle était dame d'honneur, — mais il était mort huit mois auparavant, à l'âge de trente-cinq ans, — après une vieillesse entourée des plus grands soins.
Dn troisième à Vire, en Normandie, — appartenant à un rennur; — mais, lors de son dernier voyage, le roi Louis Philippe l'a monté. — De quoi, le cheval, qui ne travaillait plus depuis long-ici , — était mort, peut-être aussi de honte d'être monté ;iar un simple roi.
On s'adressa alors an manège de M. Kausman, qui avait offert Je prêter, — pour rim, — un cheval blanc assez joli, — appelé Aboukir, — et qui passe pour fils d'un des chevaux de Napoléon.
Mais cette intention ne fut pas exécutée,— et les pompes funèbres, livrées à leurs propres ressources, —prirent un vieux cheval allemand-blanc qui, depuis dix ans, porte les vieillis filles aux cimetières. — Un le laissa un peu se reposer.— on lui lit les crins, -0:1 I ,i cira les sabots, —puis on le revêtit d'un équipage ayant réellement appai tenu à l'Empereur, et qui est conservé aux menns- plaisirs.
Aboukir fut monté, à la cérémonie, parle généra! Saint-Michel.
Le lendemain de la cérémonie, — quatre Anglais, dont un peintre, se présentèrent à l'administration des pompes funèbres, — et demande] eut avoir le cheval de bataille de l'empereur .Napoléon.
f.c cheval, rentré dans la vie privée, était sorti pour affaires. Attelé avec un autre, — il conduisait ait cimetière de l'Ouï 'st une vierge sexagénaire qui prenait par là pour ail ir ch rch t au ciel la récompense de sa vieille vertu.
On rép indit aux étrangers que le cheval, fatigué et peut-être ému de la cérémonie de la veille, ne recevait pas ce jour-là ; - - mais qu'ils pouvaient revenir le lendemain.
Le lendemain on le leur montra tout enveloppé de flanelle. — Ils le dessinèrent de côté, de face, - par derrière, de trois quarts, — de toutes li s manières p 1 siblcs, — puis ils partirent pour Londres, -- 00 ils vont faire un ouvrage sur les funérailles de l'empereur. où figurera le cheval de bataille.
SI '. M UTTÉRAT1 RE.
Décidément, ii l'Académie, — le parti de MM. Elienn ■ 1 ( c impagnie, le parti Joconde est vaincu. — M. Hugo sera élu ainsi que M. 1/- Sainttulaire.
Ils auront pour compétiteurs MM. Ancelot, A/fre, Guyon, vu-.
M. Bonjour se relire pour revenir avec de meilleures cl anches lorsqu'il .s'agira du troisième fauteuii vacant.
Il n'y aura probablement que trente-deux votans, — niiiis beaucoup de tours de scrutin, parce qu'il faudra dix-sept voix pour l'élociion, — et que ceux d'entre les candidats qui en ont le plus ne comptent que sur quatorze.
M. Sébastiani veut, dit-on,— se présenter à l'Académie, parce que le maréchal Richelieu en était.
M. Thiers a été nommé rapporteur pour l'affaire des fortificaiions, par
la négligence do M. de Lamartine qui est arrivé trop fard. —Ah ! monsieur, c'était bon, quand vous étiez poète, d'oublier les heures et de les laisser iusoucieusement vous échapper.
Le même jour, M. Thiers a été nommé, à l'Institut, membre de la classe des sciences morales et politiques. - Or, M. Mignct dispose du plus grand nombre des voix.— M. Mignet est ami de M. Thiers, et lui a donné sa voix à l'unanimité.
Le but de M.'/rhiers, en se faisant recevoir dans cette section < raie, — n'est autre chose que d'abuser les gens de bonne foi au moyen d'un jeu de mots, et de leur faire croire que M. Thiers est entre là pour ses vertus, — cequi repon Irait bien avantageusement à M. Desmousseaux de Givré, et ferait croire que si on nuise généralement que M. Dosnc est beau-père de M. Thiers, c'est un bruit que ses ennemis font courir.
M. I dit eu parlant de cette élection de M. rhiers : — Je serai enchanté de le voir vice-présidcnl de la vertu.
CHOSES QCELCOSIQI BS.
Dans la Favorite, représentée sur le théâtre de l'Opéra, -il y a encore une église. — il 5 en a maintenant dans tous les opéras : — ce qui doit écarter naturellement deux sortes de personnes, — d'abord les personnes pieuses, qui n'aiment pas qu'i 11 pi 1 mette à des acteurs de semblables représentations, lit celles qui, n'allani pas à la messe, ne veulent pas non plus la irouver sur des p'anches, où ils viennent chercher autre 1 hosc.
Les premiers aiment mieux aller .'1 la messe, — les seconds préfèrent le bal Musard.
Mais tout se mêle , toul se confond dans un étrange lobu bohu. Si l'Opéra, ii certains jours, a l'air d'une église, - - nous avons l . Notre-Dame- Ic-Loretle, qui a bien l'air d'une salle de spectacle ou de bal, et qu'on a juste;. ! une é [lise Mu
q'CSi -,. lima 11 lies le rc idi 1 ver- de beaucoup tl 1 - cl d
toutes les lillcs entretenues du quartier. — Aussi y renconirc-l-ou une foule de jeunes gens, moins as idus autrefoisaux offices divins.
1 1 i probablement à cause que cette . ;li c n'csi pas très bien composée,— qu'on y met beaucoup de sergens de ville en uniforme, — probant pour empocher les danses inconvenantes. On annonce un grand bal a Noire-Dame de Paris.
\ propos de tes danses inconvenantes et dçs sergens de ville, garde
municipaux, etc., — < jui sont chargés de réprimer, dans les établissemens publics, les cachucha s populaires et les fandangos exagérés, — ne peuvent-ils pas comiuett re de graves erreurs. — Dernièrement un homme arrêté par eux pour se mblable délit, développait devant la sixième chambre des théories embarr; issantes. — Nous avons, disait-il :
Le cancan gracif ux, — la saint-Simonienne, — le demi-cancan, — le cancan, —le cancan et demi, — et la chahut, — cette dernière danse est la seule prohibée. J e dansais le cancan gracieux.
Ne serait il pas opportun d'ouvrir en faveur de MM. les sergens de ville et gardes niun icipaux une école spéciale de danses bizarres, — où on leur apprendrai! . à discerner parfaitement les caractères particuliers de ces danses qui en ont trop.
Dans le monde,, quand un homme a invité à danser une femme qui ne peut accepter à cause d'une invitation antérieure, il s'adresse h une autre, ei me paraît faire une impertinence aux deux femmes. A la première, cela veut dire : Jn m'adressais à vous par hasard, sans choix, sans préférence ; je ne danse pas avec vous, eh bien ! je danse rai avec une autre. A la seconde : Je vous prends faute de mieux; si la femme que j'ai invitée d'abord eût été libre, je n'aurais jamais pensé à vous ; e!l e est plus jolie, plus élégante, plus spirituelle que vous.
Quelques-uns , pour éviter cela, ne dansent pas quand la femme dont ils ont fait choix n'est pas libre, — mais il peut alors arriver que l'on passe la nuit sans danser, quelque envie que l'on en ait.
Voici ce qu'on fait dans plusieurs villes du midi : — chaque homme, en entrant, choisit dans une corbejlle une Heur artificielle, — et quand il va engager une femme à danser , — au lieu de cette formule peu variée : Madame veut-elle me faire l'honneur de danser avec moi. 11 offre la fleur, — qu'elle garde à sa ceinture jusqu'à ce qu'elle ait dansé la contredanse promise, — puis, la contredanse finie, elle lui rend le bouquet qu'il va offrir à une autre. — Par ce moyen , on ne s'expose pas à inviter une femme déjà engagée, puisque chaque femme qui n'a pas de fleur est libre et attend un danseur.
M. Kalkbruncr, le célèbre pianiste, a un enfant prodigieux, qu'il aime à faire travailler en public. — Dernièrement , l'enfant s'arrêta subitement au milieu d'une brillante improvisation :
— Eh bien ! va donc.
— Mais papa... c'est que... je ne me rappelle pas.
Voici un mot de la reine Christine à Espartero , —quelques personnes le connaissent, — mais celles-là l'entendront deux fois; il est digne de Corneille :
« Je t'ai fait duc de la Victoire, — marquis de ***,— comte de*** ; — mais jamais je n'ai pu te faire gentilhomme. »
Un monsieur m'envoie de Liège une lettre de papier blanc : sa plaisanterie consiste à me faire payer vingt sous de .port.
Je reçois chaque mois pour 150 fr. d'injures anonymes. — Je trouve cela décidément un luxe au-dessus de mes moyens. J'ai résolu de mettre à l'avenir ces braves gens à l'amende du port de leur lettre, et je ne recevrai plus que les lettres affranchies.
ALPHONSE KAUR.
PI
aux.
JUSTICE DE PAIX
5° arrondissement. — Les meilleurs cliens.
Jalochard est le type du courtier en vins, cette joyeuse personnification du Champagne fait homme. Jalochard est arrivé de Bordeaux il y a un an, il s'est installé avec ses échantillons dans un modeste appartement de la rue de la Iluchette, et malgré les 18,000 confrères qui arpentent journellement Paris pour lui faire concurrence, répaudant sur leurs pas le cognac brûlant, l'aï mousseux, le Bourgogne spiritueux et le Lalhtte parfumé,
Jalochard a "gagné plus de 50,000 francs !... Comment a-t-il fait pour arriver à ce résultat dans un métier où quelques incrédules prétendent qu'il n'y a pas de l'eau à boire .'... C'est ce que la cause nous apprendra.
Le juge. — Que réclamez-vous, M. Jalochard.
Jalochard.— Oh ! une niaiserie, une puérilité, je n'en parlerais même pas si ce n'était pour la régularité de mes écritures... mais il faut être en règle... ce n'est pas moi qui l'exige, mais ce gredin de Code de commerce... Ce n'est pas l'embarras, c'est encore des soins superflus, je ne suis pas encore assez riche pour faire faillite. (Rire général.)
Le juge. — Enfin, encore faut-il savoir ce que vous exigez ?
Jalochard. — Je demande à M. Godfroy le paiement de C00 fr. pour fourniture de vins.
Une vieille gouvernante.— Du vin à M. Godfroy? il est mort le pauvre cher homme.
Jalochard.— J'ai appris qu'il avait eu cette contrariété, je le regrette vivement... c'était un excellent homme, brave homme, bon père....
La gouvernante.— Il n'avait jamais été marié.
Jalochard, sans se troubler. — C'est égal, madame, il était tout de même bon père... anonymement... (Rire prolongé.) La patrie perd en lui un citoyen accompli, un bon Français.
La gouvernante. — Français?... il était Suisse...
Jalochard. — Qu'importe, s'il n'était p3s Français, il aurait pu l'être (Longue hilarité.), la vertu est cosmopolite... et il en avait de la vertu... comme personne n'en eut au monde, y compris Geneviève de Brabant et Lucrèce, ne pas confondre avec la Borgia du même nom.
La gouvernante. — Tout cela, c'est bel et bon, mais je vous dis que vous n'avez pas le droit de réclamer le prix de vins fournis à mon maître.
Jalochard.— Mais si... mais si... c'était un gourmet que le papa Godfroy , et un peu sur son bec, le cher homme... Dieu! l'était-il sur son bec!!...
La gouvernante. — Si l'on peut dire !
Jalochard. — Je me souviens qu'il venait dans mon entrepôt, il y venait souvent et il voulait tout goûter... oh ! il pintait sec, le gaillard ; il aimait surtout les vins d'Espagne, le madère... il m'en doit cinquante bouteilles au moins, plus cinquante de Château-Margaux, car il ne professait pas de haine pour les liquides du pays... une affection n'excluait pas l'autre.
La gouvernante. — C'est une indignité!... il ne vous doit rien, il n'a pas bu un verre de vin depuis cinq ans.
Jalochard. — Ah ! bah !..
La gouvernante. — Un homme qui ne mangeait qu'une panade par semaine.
Jalochard. — Une panade par semaine!., ce régime est peu nourrissant, j'aimerais autant manger autre chose. (Hilarité générale.)
Le juge. — Si le défunt ne consommait pas de vin, il est difficile de prouver comment il a pu vous faire demander les bouteilles dont vous réclamez le prix.
Jalochard. — Il est venu chez moi quelques jours avant son décès.
La gouvernante.— Si l'on peut dire !... Il y avait quinze mois qu'il n'avait mis un pied à terre, il avait les nerfs tout retirés.
Jalochard très sérieusement. — Ça devait considérablement le gêner (Rires prolongés.) C'est égal, c'est que je l'aurai pris pour un autre; ce sera son père qui sera venu me faire la commande.
La gouvernante. — Il est le seul de sa famille.... Au reste, je dois le dire au juge : M. Jalochard n'envoie ses vins qu'aux morts. Dès qu'un homme est décédé, crac! il lui expédie un panier de Sauterue ou de Rivesaltcs, comme si le pauvre enterré l'avait demandé ! Les héritiers paient, pour ne pas contrarier les derniers vœux de leur parent, et le marchand a fait une bonne affaire.
Jalochard, ébahi de se voir deviné. — Ah ça ! la mère, vous m'avez donc tenu sur les fonds de baptême que vous connaissez si bien mes noms et prénoms?...
Le juge, attendu que le demandeur ne peut prouver que la commande
dont il réclame le prix lui ait été faite; qu'an contraire le mandataire des héritiers prouve l'impossibilité de cette commande, ordonne que le sieur Jalochard reprendra son panier de vin et le condamne au\ dépens.
Le juge. Maintenant, monsieur, ne fournissez plus de vins ,mv morts.
Jalochard. — Ce sont pourtant les meilleurs cliens ! ils ne se plaignent jamais de la qualité ? [Audience.)
ThcViïres.
RENAISSANCE, — Par ordre , l'ouverture de ce malheureux théâtre est suspendue, et indéfiniment ajournée. La censure, après avoir autorisé, défendu, autorisé de nouveau la représentation du drame de" M. Léou Gozlan, assez bizarement intitulé: II y avait une fois un Roi et une Reine; la censure, disons-nous, est venue arracher les affiches samedi dernier, à l'heure où s'illuminait la salle, où par un horrible froid, la foule accourait de tous côtés au tin litre. Nous ne pouvons expliquer d'une manière satisfaisante ces variations de la censure.
Quoiqu'il s'agisse ici des intérêts de la littérature, nous ne prétendons pas entrer dans l'examen des motifs qui ont déterminé Messieurs les Censeurs à empêcher ce qu'ils avaient d'abord permis. Ces motifs sont puisés dans l'ordre politique auquel nous sommes complètement étrangers; mais nous regrettons qu'on n'ait pas évité ces tergiversations ruineuses pour le théâtre..
VAt DEVILLE. — Le Tailleur de la Cité, comédie-vaudeville en deux actes, par MM. Laffitti , \ wit.n et Masson.
Daniel est un tailleur très renommé à Londres pour l'élégance et la sûreté de sa coupe. Cet habile homme commence par faire un habit trop élroit. et finit par prendre mieux ses mesures.., pour faire enfin une déclaration d'amour à son teneur de livres, douce et jolie jeune fille du nom d'Ennly, élevée par les soins de son prédécesseur. Daniel a pour pratique sir Uichard, jeune dandy criblé de dettes, qui, voulant échapper à ses nombreux créanciers, n'a rien trouvé de plus simple que de se réfugier dans la gueule du loup, en se faufilant chez son tailleur. Celui-ci lui accorde généreuseusement l'hospitalité. Sir Richard s'empresse de le payer., d'ingratitude, en s'efibrçant de séduire la petite Ennly; mais, grâce à la vertu du teneur de livrés, cet incident n'a pas de suites fâcheuses. Par le plus grand des hasards, ces trois personnages ainsi réunis sont tout simplement des enfans mystérieux de l'amour, qui n'ont jamais connu ni père ni mère. Plaignez-les ! mais ne désespérez pas de leur sort, car la recherche de la paternité n'est pas interdite au théâtre.
En effet, un vieux lord Glarendon, ex-gouverneur des Indes-Orientales, se trouve, d'un autre côté, à la recherche d'un malheureux enfant qu'il a eu la faiblesse d'abandonner en panant pour l'Asie, et qui reçut I a jour de miss Wdki&s, sœur du médecin du noble lord, séduite j e der-
nier. Cet enfant est Daniel, le tailleur de la Cité. Le docteur Wilkiss, qui ne cesse de le rechercher avec une louable persévérance, finit par découvrir sa trace et par établir ses droits d'une certaine.
Daniel retrouve donc un pire; le docteur retrouve un neveu ; lord Clarendon retrouve deux ou trois enfans ; mais le tailleur, pour ne pas perdre Ennly, s'empresse d'aller retrouver sa boutique , et le parterre est dans l'enchantement.
pièce est pétillante d'un bout à l'autre de jeux de mots les plus
piquans et des réparties les plus spirituelles. Le principal rôle, destiné
d'abord à Verne t, a été retouché pour Arnal , qui le remplit avec cette
e pleine d'aplomb et de naïveté dont lui seul a le secret. Aussi lesuc-
it-il été complet. Les noms de MM. Lallitte, Xavier et Masson ont
proclamés au milieu des plus bruyans applaudissement.
VARIÉTÉS. — L'Hospitalité, vaudeville en un acte, par MM. Cokmon
et Chabot or. Boum.
L'hospitalité est une belle vertu sans doute ; mais il peut être parfois dangereux, surtout aux grisettes, d'accorder l'hospitalité. C'est ce que pourrait bien apprendre à ses dépens M"' Valérie , jeune et honnête ou
vrière courtisée en même temps par M. Oscar, le coiffeur, et par M. Saturnin, le clerc d'avoué. M"e Valérie a donné refuge à son amie M11* Franchie, chassée de sa mansarde par iinfarouche propriétaire qui a eu l'indélicatesse de lui vouloir faire payeron terme, 'malgré ses beaux yeux et son joli minois.
M"c Francine sait toutes les misères, tous les chagrins et tous les petits bonheurs de la vie de grisette : l'amour a passé par-là. Aussi une fois installée chez son amie Valérie, soyez tranquille, la vertu de M"' Valérie est en sûreté; M"" Francine saura bien défriser les artifices de M. Oscar, le coiffeur, pour favoriser l'amour honnête de M. Saturnin , candide clerc d'avoué.
Par malheur Valérie aime ou croit aimer le blond et perfide Oscar. Mais c'est inutile; elle aimera en vain : Francine esl là, Francine est maîtresse chez son amie et maîtresse absolue comme une grisette qui a reçu l'hospitalité; Valérie ne s'appartient plus, ne possède plus rien chez elle. M"e Francine règle tout , conduit tout, dispose de tout , même du cœur et de la main de son amie; elle enlève donc le cœur à M. Oscar, et donne la main à M. Saturnin , qui passe de l'étude d'avoué à l'étude de notaire pour signer son contrat de mariage avec 11"* Valérie. Quant à M"c Francine, heureuse déjà du bonheur d'autrui, elle goûte en outre le plaisir des dieux ; elle s'est vengée des amoureux perfides sut le perfide Oscar, qui retourne humblement à ses tresses et à ses papillottes !
M lioisgontier est e.ne vraie grisette; vive , alerte , pimpante , elle se montre pleine de verve et d'esprit. Du reste, ce vaudeville, quoique un peu léger, ne manque ni d'entrain ni de galté.
CIRQUE OLYMPIQUE. — l.c Danier Vœu de l'Empereur, pièce en cinq tableaux et à grand spectacle.
Le théâtre du Cirque-Olympique vient de justifier son nom. Nous n'avons point connaissance d'un succès pareil à celui qu'il a obtenu. \ cette étonnante représentation, nous avons appris tout ce (pie peut l'art du mate et celui du décorateur.
Cela milite d'être vu.
Au premier tableau, le théâtre représente l'Ile Sie-llélène ; MM. Courgauil, Bertrand, de Las Cazes et Bertrand viennent au tombeau. Le cercueil est enlevé du caveau.
Au second tableau, on voit l'entrepont de la frégate et les cérémonies qui eurent lieu à bord quand on y reçut le cerceuil.
Le troisième tableau représente le voyage de la frégate à travers l'Océan, que sillonnent d'autres vaisseaux ; le voyage de la Houille entre les rives de la Seine, Cherbourg, le Havre, Kouen, i'arc de triomphe, le coret la marche du char funèbre jusqu'aux Invalides, Au quatrième tableau, on est transporté au milieu d'une chambre de l'hôte! des Invalides. On y entend de touehans propos, on \ voit le soldai centenaire qui réclame l'honneur de meure le feu à la première pièce de m dont l'explosion annoncera l'arrivée du cerceuil. Le cinquième tableau représente l'intérieur de l'église, la chapelle ardente. On apporte le cercueil, etc., etc.
cela fait illusion.— Les dépenses dépassent, dit-on, 600,000 fr. Nous le croyons sans peine. Nous nous étonnons seulement qu'on puisse nir de tels effets même avec une telle somme, et nous nous étonnerions bien davantage si la recette ne doublait pas les avances.