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PRESIDENCE DE M. DE GAUJAL. — AFFAIRE LAFAB.GE

Audience du 3 mot.

L'auditoire est rempli. Me Lacbaud s'asseoit au baDC de la défense ; Me Coraly occupe le siège de la partie civile. A 8 heures et demi le tribunal entre en séance. Marie Cappelle est introduite : elle est entièrement habillée de noir, et porte une élégante capote. Nonobstant l'indisposition qui a motivé la remise de la cause au 3 mai, sa sauté parait être excellente ; elle a même pris de l'embonpoint dans sa prison, et ne parait pas y avoir rien laissé de son assurance ordinaire.

M. le président prend la parole pour faire le rapport. — « Fixés déjà, comme vous l'êtes, sur les circonstances de cette affaire, je vais me borner à vous rendre compte des faits indispensables pour sa décision. Dans une instruction criminelle relative à un empoisonnement, quelques indices révélèrent que Marie Cappelle s'était rendue coupable d'un vol de diamans au préjudice de Mrae de Léotaud. 11 y eut une instruction séparée sur les deux affaires, et, après une involution assez longue de procédures, Marie Cappelle fut citée devant le tribunal de Brives pour repondre à la prévention de la soustraction frauduleuse des diamans.

« Là, deux questions préjudicielles furent soulevées : la première était relative à une demande en sursis à laquelle le tribunal ne crut pas devoir s'arrêter. Un appel fut fait immédiatement, et aussitôt les défenseurs, se fondant sur l'appel, s'opposèrent au jugement de la cause et soutinrent que l'appel était suspensif.

« Le tribunal rendit un autre jugement, qui ordonna qu'il serait passé outre, et Marie Cappelle déclara immédiatement faire défaut. L'autorisation de se retirer de l'audience lfii fut donnée, et, après l'audition des témoins, le tribunal de Brives rendit un jugement qui condamna Marie Cappelle a deux ans de prison et à la restitution des diamans. Il fut fait appel de ce troisième jugement.

« Ainsi, la cause se présenta d'abord sous une triple lace devant le tri-

bunal de Tulle. Vous aviez à juger sur trois appels. Le tribunal crut devoir statuer par un seul jugement sur les deux premiers appels, se réservant de statuer sur le tond par un seul jugement, s'il j avail lieu.

• Par un jugement, en date du mois d'août dernier, vous reformates le jugement rendu par le tribunal de limes sur la demande en suivis M. le procureur-général se pourvut contre cette décision, mais le jugement fut confirmé par la cour de cassation.

« Cependant l'instruction de la procédure criminelle était complète]; la cause fut portée devant la cour d'assises, et, par arrêt de cette cour, Marie Cappelle fut condamnée aux travaux forces à perpétuité et à l'exposition pour crime d'empoisonnement. La condamnée se pourvut en cassation, mais son pourvoi fut rejeté.

a Je parle de cette circonstance pour motiver le retard qu'a subi forcément l'affaire correctionnelle. Knlin il a de donné citation à Marie Cappelle et aux époux de Léotaud pour voir reprendre les poursuites et voir fixer contradictoirement le jour des débats.

" Vous avez à décider s'il y a lieu à répondre h cette instance; si la condamnation de Marie Cappelle par la cour d'assises, fait obstacle à la continuation des poursuites, et si la mort civile n'a pas éteint l'action publique.

M. Soubrebost, procureur du roi, déclare qu'il s'expliquera sur la question de droit , quand la défense aura développe son système et posé ses conclusions.

M- Lachaud représente Marie Cappelle comme innocente et victime de la baiue de ses ennemis. Il est rappelé à la question par M. le président. Arrivant à la question de droit, il décline la compétence, puis il soutient que sa cliente, dépouillée de toute sa fortune, en vertu de la condamnation qui lui inflige la mort civile, ne peut faire entendre aucun témoin. Il se plaint de ce que la famille de Léotaud ne se soit point contenté d'intenter une action civile ; et il termine en disant :

» Vous avez dit et fait imprimer que les lettres d' \lger étaient mensonge et fausseté; je vous somme de l'établir, car ici c'est un crime que vous nous imputez. « [Mouvement et rires.

« Attendez donc , le moment des explications viendra. Ne voyez-vous pas, à la préocupation du monde, que tout est encore doute et mystère dans les crimes que l'on reproche à Marie Cappelle; chaque jour les révélations marchent; nous arrivons à des découvertes précieuses et profondes. Oui, espérez, Madame Laffarge; votre ciel »st encore bien noir, les calomnies et les mensonges ont amassé de lourds et sombres nuages sur votre tète, mais le vent de votre innocence va souffler, croyez-en vos amis. Si la justice vous a frappée, elle saura guérir les blessures qu'elle a faites à votre vie. »

Me Coraly, prenant a son tour la parole, s'eleve contre les exagérations et les déclamations passionnées de son adversaire, puis il attaque le système de la défense.

« Aujourd'bui, dit-il, nous vous entendons répéter, tout est uni ; il n'y a plus d'action civile, il n'y a plus d'action publique. Tout est éteinl par la mort civile encourue, image de la mort naturelle. Il y aurait de L'inhumanité à ouvrir une tombe, à frapper une femme atteinte d'une condamnation mortelle; c'est trop tard Y Brives, que disiez-vous '< esl trop tôt? Il y a inhumanité a nous flétrir d'avance, a nous enlever la virginité de l'innocence , pour me servir de l'expression de notre adversaire. Marie Cappelle aura bientôt sa tête a défendre; ne venez pas en aide au bourreau ; attendez. Devant la cour d'assises, elle parlera, elle produira ses preuves, et vous pourrez, répondre. Singulière faveur que l'on faisait a M"" de Léotaud, lorsqu'on savait qu'a la cour d'assises toute intervention de sa part était impossible!

\ux assises, encore c'était trop tôt. il fallait attendre ; le moment

devait venir ; on ne voulait pas permettre que le > -tire public fit

une allusion même indirecte au vol des diamans, ce qui n'a pas empêché de produire les lettres d'Alger alors que nous n'étions pas I poui repondre.

aujourd'hui le tribunal . légalemenl saisi, et l'on dit aux

juges: Vous n'êtes pas compéteus; vous êtes des juges illégaux; vous seriez des juges inhumains ! ><

M Coraly s'attache à prouver que la conduite de M. le vicomte de Léotaud, dans toute cette affaire, a été pleine de convenance cl de modération, il abandonne au ministère public le soin de prouver la légalité des poursuites, il dit que l'impossibilité ou se trouve l'accusée, de payer la taxe des témoins, ne saurait faire une difficulté parce que le ministère public pourvoira ,i ces frais, dont, au besoin, M. de Léotaud se chargerait, 11 termine en disant que si, contre toute attente, le tribunal correctionnel se déclarait incompétent, M. de Léotaud n'hésiterait pas a poursuivre l'affaire civilement, et que M Laffarge recevrait la citation immédiatement.

.M. le procureur du roi commence son réquisitoire, dont la lin est renvovee au lendemain.

On s'entretient dans la foule du jeune homme qui a été atteint d'un accès de folie a l'audience du 20 avril; son état ne s'est point amélioré ; il crie à chaque instant: Elle est innocente: Ce jeune homme avait été admis à rendre plusieurs visites à Marie Capelle depuis sa condamnation aux travaux forces à perpétuité.

Audience du '< mai.

L'assistance est aussi nombreuse que la veille. Marie Cappelle parait fort satisfaite de la curiosité qu'elle excite: on voit .souvent le sourire errer sur ses lév res.

M. le procureur du roi achève son réquisitoire, dont le principal objet est d'édaircir la question de droit.

()u entend ensuite la réplique de M« Lachaud.

Il commence par répondre aux reproches qui ont ete dirigés contre le système de défense qu'a adopte sa cliente.

- On se plaint, dit-il, que les efforts de la défense de Marie Cappelle cherchent à faire sortir le déliât de votre tribunal; on lui fait un crime d'en appeler toujours au monde et de lui demander une absolution

«Eh quoi ! Messieurs, oubliez-vous donc la position de Marie ('.appelle? Le monde, l'opinion publique, mais n'est-ce pas tout pour elle aujourd'bui? Y otre justice, elle ne doute pas de son équité, mais elle croit plus encore à la justice du inonde.

«Il faut le lui pardonner. Messieurs, car si la défense de Marie Cappelle ne peut plus la dire innocente du crime pour lequel elle a été jugée, sa conscience, à elle, a le droit de crier son innocence et de demander aux liommes une réparation. Et ne sont-ce pas les sympathies publiques seules qui peuvent rendre a Marie ('.appelle ce qu'elle a perdu.' VOUS, messieurs, v jus ne pouvez lui donner une espérance; vous êtes impuissans à lui rendre sa liberté et son honneur I e monde, au contraire, peut, par une éclatante réhabilitation, l'arracher aux tortures qu'elle souffre si courageusement. Ne savez-vous pas que si ses forces ne sont pas épuisées encore, que si elle a survécu a son agonie, c'est que de toute

part il lui est arrive croyance et ile\ ient; c'est qu'enfin le monde lui

a dit de vivre, de vivre jusqu'au jour ou elle terrassera ses accusateurs. Ne blâmez donc plus cette femme si elle se tourne si souvent vers les seuls appuis qui lui restent pour leur demander encore secours contre I ignoble calomnie dont ou veut la souiller,

Puis il termine en disant :

.le prends acte. M1 Coraly, de vos paroles au sujet des lettres d' Vlger,

c'est une concession immense que vous ave/ faite a la défense de Marie

i appelle, el vainement vous viendriez i - dire que vous établirez l'impossibilité des faits qu'elle renferme, vous ne pourrez mettre en doute leur vente, et il faudra alors porter une accusation de taux contre des boinines honorables je vous défie il' t

« Nous ave/, de nouvelles preuves, famille de Léotaud, eh bien '.vienne le jour des débats, et nous saurons ce qu'elles valent songez surtout à ne plus continuer ce système d'ignobles ai donl vous souilli z toute

la vie de Marie Cappelle; rappelez-vous qu'il faudra bien enfin nous dire

où vous avez puisé toutes ces infamies, si vous ne voulez pas être flétrie par la plus basse calomnie, prenez garde que votre habileté ne nous justifie et ne vous déshonore. Je ne veux pas discuter; mais, en forme d'exemple, dirai-je au monde ce qu'il doit croire de vos paroles? N'avez-vous pas rapporté, avec grand éclat, que les soupçons que vous aviez eus sur Marie Cappelle tenaient au vol d'un billet de banque de 500 francs? qu'on vous aurait dit à la police qu'elle l'aurait soustrait

à M Carat, sa tante? savez-vous la vérité? La tante de Marie Cappelle

n'a jamais été volée; la propriétaire du billet de banque n'est pas sa parente, et au moment où le vol fut commis, Marie Cappelle n'habitait pas Paris.

Ainsi, au jour delà discussion, toutes vos misérables insultes s'évanouiront; il n'en restera que le mépris pour vous, la pitié pour elle! Iinprudens ! vous insultez aux jours passés de cette femme, et que pensera le monde qui, en lisant vos longues accusations, se dira que cette femme que vous saviez si coupable, si dégradée, vous l'appeliez dans l'intérieur de vos familles, vous lui disiez les tendres sentimens du creur Mensonge, voyez-vous, mensonge que toutes ces paroles de calomnie. Pour votre honneur à vous-mêmes, rétractez-les. »

M'- Coraly reprend la parole pour expliquer sa pensée, mal comprise, au sujet des lettres d'Alger,

« Je n'ai point prétendu, dit-il, que les lettres d'Alger fussent, fausses: ce n'était point dans ma pensée; cela ne s'est point trouvé dans mes paroles. Evidemment la lettre de M. le procureur-général n'est point Causse; les autres ne le sont pas davantage matériellement. J'ai dit et je répète textuellement mes paroles en les soulignant : « J'ai des preuves d'une nature telle, qu'elles démontreront à la fois la fausseté et l'impossibilité matérielle du fait allégué et des conséquences qu'on veut en tirer. »

<■ Quaud il s'agira, non de l'exception, mais du vol, il sera fait justice de cette lettre. Je me fais violence pour éloigner cette question du fond que la défense incorrigible de Marie Gapelle a*jite sans cesse. A quoi celle lettre vous servira-t-elle ? Quelle est la conséquence qu'on veut en tirer? Je le sais maintenant, parce qu'on a osé le dire aujourd'hui à plusieurs reprises, parce qu'on l'a imprimé dans les journaux : on songe moins à se défendre contre l'écrasante prévention du vol qu'à accabler Mm de Léotaud. »

M0 Lachaud. — L'article dont vous parlez ne dit pas cela.

M0 Corally. — 11 le dit; je l'ai lu avec plus d'attention que n'en ont mis à le faire ceux qui l'ont envoyé. D'ailleurs, vous l'avez dit vousmême • c'est que cette prévention du vol vous pèse; c'est que vos lettres, propres à l'éluder peut-être, sont impuissantes à la détruire. Eli bien ! en admettant que Mme de Léotaud ait entretenu une correspondance (ce qui est faux, cent fois faux, mille fois faux !), une correspondance avec un homme qui n'était pas en Afrique à l'époque indiquée, en résulterat il (pue les diamans n'aient pas été volés? que. Marie Cappelle ne soit pas l'auteur du vol? Cela expliquera-t-il ses premières fables devant le juge-instructeur sur l'origine de ces diamans?

« Cela expliquera-t-il ce prétendu dépôt de diamans pour les vendre, et qu'on ne vend pas; pour les donner, et qu'on ne donne pas? Cela expliquera-t-il le détournement qu'a fait Marie Capelle d'une partie de la parure pour son propre usage? Cela expliquera-t-il le, langage de Marie Cappelle à sa nouvelle famille, en les présentant comme un héritage mystérieux? Cela expliquera-t-il cette précaution suspecte de les cacher, de les enfouir, de les coudre dans un de ces élégans petits sachets qui ne sont pas destinés à contenir des diamans? Et les premières dénégations, et les versions subséquentes, et, au lieu de leur passage, temporaire dans ses mains, cette longue possession que l'intervention de la justice a pu seule faire cesser.

• Moi, je ne fais pas de vaines menaces, Marie Cappelle, je vous réduirai à vos dernières extrémités. Je prouverai, entendez-vous, je prouverai qu'au titre d'empoisonneuse vous joignez celui de voleuse, »

Pendant ces dernières phrases Marie Cappelle semble en proie à la plus vive irritation: ses yeux s'animent, ses traits se contractent.

Enfin aux derniers mots de Mc Coraly, elle se levé, et étendant la main :

<• M. le président, s'écrie-t-elle d'une voix altérée... M. le président... M. Coraly... cela n'est pas vrai... » (Mouvement prolongé.)

M8 Coraly. — Oui, celui de voleuse et de calomniatrice... C'est mon droit; j'en userai. (Nouveau mouvement.)

Marie Cappelle arrête fixement son regard sur Me Coraly: « Non,., ce n'est pas vrai, « dit-elle.

Me Lachaud engage Mme Laffarge à se calmer.

M. le président, agitant sa sonnette. — Les débats sont fermés.

M8 Lachaud, avec feu. — Je veux être entendu : la loi dit que le prévenu doit avoir la parole le dernier; je prendrai des conclusions si on refuse de m'entendre.

M. le président. — Parlez, M° Lachaud.

Vi Lachaud. — Je ne suis plus calme; les apostrophes irritantes de Me Coraly m'entraînent à une véhémence que je déplore ; honneur à vous, Me Coraly, vous venez de montrer un grand courage et une noble générosité!... C'est une voleuse et une calomniatrice, dites-vous... Qui vous l'a dit? Et moi, je le proclame, s'il y a une voleuse et une calomniatrice dans cette affaire, c'est Mme de Léotaud; c'est elle qui a volé son mari après l'avoir trompé; c'est elle qui a calomnié l'amie qu'elle s'était choisie! Mais je m'arrête , le moment viendra où nous vous rendrons avec le monde les injures que vous nous envoyez.

M. le président. — Les débats sont fermés.

Me Lachaud. — M. le président, nous sera-t-il permis, si le tribunal est compétent, de faire citer des témoins sur la moralité de M,ue de Léotaud: car toute la cause est là.

Me Coraly. — Restez donc, dans les convenances et la légalité.

Me Lachaud. — Vous en êtes sortis les premiers.

M. le président. — Huissiers , imposez silence à tout le monde. Il va en être délibéré en chambre du conseil.

Le tribunal se retire. Une assez vive émotion règne dans la salle, que quitte bientôt Marie Cappelle.

Au bout d'un quart d'heure, l'audience est reprise; la prévenue est de nouveau introduite.

Quand le silence s'est rétabli , M. le président prononce un jugement longuement motivé, par lequel le tribunal se déclare régulièrement saisi, ordonne la continuation des poursuites, fixe au jeudi 5 août l'audition des témoins et les débats de la cause.

Et , statuant sur les conclusions de la partie, civile , l'admet comme partie jointe, à la charge de régulariser son action, pendant le même délai, et réserve les dépens en fin de cause.

M0 Coraly. — M. le président, mon intention n'est pas de parler sur le jugement , permettez-moi une observation : parmi les témoins que nous souhaitons le plus entendre, se trouvent M. Pouthier et M. Clavet d'Alger; pour qu'ils ne puissent pas se dispenser de comparaître, nous désirons que M. le procureur du roi les fasse citer à sa requête, avec quelques autres témoins dont nous fournirons la liste.

M. le président. — Entendez-vous pour cela avec le ministère public.

M. le procureur du roi. — Le tribunal a fixé le jour oîi l'affaire sera de nouveau appelée. Il n'avait pas été conclu sur ce point. Il serait à désirer que M0 Lachaud déclarât si le délai lui paraît trop long ou trop court, et si l'on accepte de part et d'autre cette fixation.

M" Lachaud. — Je n'ai pas d'observation à faire.

M. le procureur .du roi. — Maison n'a pas conclu; le tribunal fixe donc le délai d'office.

M. le président. — Le tribunal maintient son jugement tel qu'il a été prononce.

L'audience est levée.

Ce résultat prévu ne paraît faire aucune sensation sur l'auditoire. Mais déjà des conversations animées s'engagent sur le débat qui , dans quel-

ques mois, va se ranimer avec plus d'ardeur et de violence que jamais. Marie Cappelle se retire sans manifester la moindre émotion : on dit quelle s* est pourvue en cassation.

THEATRES

ÀKBIGU-Cohiqub. — Réouverture. — Le Réveil de l'Ambigu, prologue en un acte, par M IH i EBTBE ; Jacqut s Cœur, drame en si\ tableaux, |>ar MM. Anilet Boueoeois et \i r.oi/K. — 11 y a deux mois, l'Ambigu fermait après un succès; Lazare-le-Pdlre n'avail pu arrêter

la ruine de la direction. Aujourd'hui, M. Antony Béraud ouvre avec un nouveau privilège, de nouveaux artistes, de nouvelles espérances ; puisse tout cela ne point s'évanouir encore une fois devant l'indifférence du public.

Comme il est ordinaire, dans toutes les solennités dramatiques, la salle était brillamment garnie : vaudevillistes à l'orchestre, journalistes aux premières, artistes partout; ces jours-la, le public payant, le vrai, le bon publie, est toujours en faible quantité. Et ce n'était pas fâcheux vraiment, car ou eut pu presque se croire loin îles boulevarts, dans une salle de bouton, si ce n'eût été quelques vestes populaires, parfois même quelques manches de chemises non revêtues de vestes, qui faisaient une triste opposition dans le tableau.

Le prologue est, comme sont tous les prologues, peu amusant. Nous ne savons pas pourquoi ces compositions - là sont encore en Quelle action, quelle intrigue, quel intérêt peut-on trouver dans une pièce où viennent tour a tour figurer le pâtissier du coin, le boulanger voisin, le cafetier, etc., pour demander à grands cris : L'n théâtre ou la mort? Parfois on a vu des prologues se sauver par l'entrain des acteurs, la gentillesse des actrices ; mais ces cas sont rares.

Jacques Cœur est ensuite arrivé. Le premier acte s'ouvre dans une abbaye. Jacques Cœur, argentier du roi Charles VU et protégé d' Vgnès Sorel, apprend que le Dauphiu, Louis XI, veut faire empoisonner sa protectrice, et, pour la sauver, il substitue au poison un flacon d'opium. Chacun est persuadé de la mort d'Agnès; Jacques Cœur lui-même se croit trahi, et pense l'avoir tuée. 11 est accuse de cet assassinat et con damné à mort.

Vingt ans s'écoulent et le troisième tableau commence, ^gnès Sorel n'est point morte , elle a même un (ils qui est frère du Dauphin et que ce prince, par un enchaînement de circonstances bizarres, amèneàla cour sans le reconnaître. Bientôt cependant cette fraternité esl ré\ futur Louis XI; celui-ci fait arrêter le lils d'Agnès et ordonne h frisl im de le mettre a mort. Alors reparait Agnès Sorel qui vienl se jeter aux genoux du vieux monarque fort étonné de cette résurrection; alors apparaît aussi Jacques Cceur que toute la cour croyait mort, ce qui ne laisse pas que d'ajouter à la stupéfaction de Charles VII. C'est vraiment la journée des résurrections. Tout s'arrange pour le mieux. Louis M. qui désirait depuis long-temps régner, voit son père mourir à tenu lui céder la place; le lils d'Agnès Sorel éj use une fille très mysb de Jacques Cœur. Seulement nous ne savons pas où les auteurs envoient inds parens; peut-être permettront-ils qu'enfin Agnès Sorel puisse mourir.

Ce drame ne se soutiendrait peut-être pis sans le luxe des décorations etsansla richesses des costumes lussi n'a-t-il obtenu qu'un demi-succès, Sont-Ernest et Chilly ont eu de beaux momens; les honneurs de la soirée leur reviennent,

TABLETTES DES CINQ JOURS

Fui* s divers.

j mai. — t ne nouvelle section du chemin de fer de Strasbourg vient d'être livrée à la circulation: c'esl celle de K.ccnigshoffen à Benfeld, d'une longueur de 25 kilomètres 6 lieues i i . \ partir du l" mai, il y a quatre convois de Strasbourg à Colmar et réciproquement; la distance est d'environ 70 kilom

Le roi Charles- Alberl esl parti de Cagliari le 24 avril au matin, se rendant par terre a Oristano, el de là à Porto-Torres , où le bateau à vapeur le Tripoli l'attendait pour la continuation du voyage. Le roi s'est . dans la journée m-Luri ,

fondé par jnie française sur le terrain desséché d'un vaste

étang, el dirigé par MM. Cullet de Monlanûer el Ferrand, deBelley, département de 1' Un. Le 20, ce princ isté aux courses de Ca-

gliari, o masqués, montés sur de bons chevaux, four-

nissent la carrière quatre par quatre, se tenant parle bras droit, sans se quitter. Le 21, au bal donné au théâtre delà ville, la bourgeoisie acte admise pour la première fois à une semblable solennité, el le roi, qui, dit-on, n'a pas manqué une contre-danse, a uni cette innovation

en dansant avec une bourgeoise. Le lendemain, il a distribué- des croix et des titres de no]

— Parmi les personnes arrêtées les armes à la main, lors de l'échauffourée d se trouvait un petit bambin qui, [lace près du prince, avait fait bravement le coup de pistolet. Ce jeune homme n'était autre que la DHe ' Bouchet, âgée de 22 ans et attachée à Londres .i la maison de Louis Bonaparte. Prise toul à coup d'une velléité d'héroïsme, elle avait voulu s'associer à l'entreprise et en partager les

Léopoldine fut mise en 1 i imp et ne parut d

la cour o ■ ; tirs que comme témoin.

Aujourd'hui Léopoldine compai i vant la police correctionnelle

sous la prévention de vol. Reconnue coupable de la soustraction d'une chemise seulement, elle a été condamnée à trois jours d'emprisonnement,

G. — L'Académie des Sciences avait, aujourd'hui, à élire un membre à la place vacante dans la section de physique générale par la mon de M. Savard. Au second tour de scrutin. M. Despretz a été élu par i's suffragesco us par M. Péclet. Il y a eu deux billets blancs. \u

premier tour, plusieurs voix avaient été partagées entre MM. Cogniard- Latour et Peltier,

— Dans le mois d'avril dernier, le chemin de fer de Paris à Corbeil a transporte C9,C03 voyageurs, 3) voitures de poste el 19 chevaux, qui ont produit une recette de 90,955 IV. 70 c. Le transport de l igages, articles

marchandises, a rapporte 6,282 fr. su c. — Recette toi île. 97,238 fr. 50 c.

— Nous trouvons dans le Nouv< i les détails d'un crime horrible que la justice a déjà du poursuivre.

. il v a dou/e ans, la fille d'un menuisier d'une commune de l'arronenl de Mézières fut recherchée en mariage par un jeune homme d'un village voisin. Les parties d'accord et les noces finii ■ uxallèrenl prendi ' dans la demeure du mari. \u bout de quelques

mois, la jeun:- femme donna quelques signes d'aliénation mentale; mais la maladie prit bientôt un caractère tel que le n a à la

conduire cl i il entrevoyait aj il plus de chances

de gui i

Celui-ci, en effet, reçut sa tilli du de ne pas subir les

, de celte nom- ion , il construit secrètement avec

quatre planches de chêne ut i ept à huit pieds de

long, ouverteà l'une desesextrén issujettit, dressée debout, dans

ble Ces appi ts I • s, il entraîne son enfant vers ce coffre,

I persuasii rei titrer et a clouer le

coffre, ■ qu'es quoi il se relire.

« L'infortunée reçoit par la partie supérieure de sa prison les alimens que son père laisse tomber sur sa tète , attendant d'heure en heure sa délivrance.

" Un jour s'écoule, puis deux, et elle est là dans son justaucorps de Lois, étreinte, froissée, meurtrie, pouvant tout au plus se dresser sur la pointe de ses pieds et porter la main à sa bouche à la faveur des angles auxquels le barbare n'avait pas avisé.

« Cette pauvre femme est restée douze ans dans son étroite prison; elle a été récemment délivrée; l'affaissement lui a fait perdre un pied de sa taille; ce n'est pas une femme, c'est quelque chose qui vit, mais qui n'a pas de nom; des os et de la peau qui bougent, des sons inarticulés empruntés aux bêtes, car pendant douze ans elle est restée dans la nuit et n'a pas entendu une voix humaine. »

7. — Un fait des plus extraordinaires, et peut-être sans exemple dans les annales de la médecine, vient de se passer dans la commune de Wolue-Saint-Lambert, près de Bruxelles; presque toute une famille, en moins de deux heures de temps, a été atteinte d'une violente alineation mentale. Les personnes frappées spontanément de cette triste maladie sont quatre frères, simples et pauvres cultivateurs, demeurant chez leur mère, veuve. L'aîné est âgé de 39 ans, et a pris la fuite, sans que l'on sache jusqu'à présent ce que ce malheureux est devenu. Les trois autres, âgés de 30, 29 et 27 ans , ont été conduits à l'hôpital Saint-Jean, à Bruxelles , où l'on a eu toutes les peines du monde à les maintenir' doués qu'ils sont d'une force prodigieuse.

— Le grand concert annoncé dans le programme des fêtes du baptême a été exécuté ce soir, dans la grande galerie du Louvre consacrée à l'exposition des ouvrages des artistes vivans.

C'est une idée qui a pu être très justement controversée que celle de placer une orchestre de quatre cents musiciens à l'extrémité d'une longue galerie, de manière que les auditeurs places au premier rang pouvaient courir le risque d'être étourdis par le bruit, tandis que les derniers venus auraient été à trois ou quatre cents mètres de distance. Mais ce qui répond à ces critiques, c'est que le concert du Louvre a parfaitement réussi. Le soin qu'on avait eu d'élever l'orchestre sur un amphithéâtre de quarante gradins , la puissance des moyens dont il disposait, l'éclat des voix et la force des chœurs, le choix habilement concerté des morceaux qui devaient être exécutés ou chantés, tout, en un mot, à concouru à ce succès. (Débats.)

— L' Audience raconte les détails d'une tentative d'évasion faite par Tragine dans son trajet de Foix au bagne de Toulon. Enfermé dans la voiture, Tragine avait les fers aux pieds. Jusqu'à Castelnaudary il dormit toujours ou feignit de dormir. Là il fut renfermé dans la prison de la ville. Là aussi Tragine médita une évasion. Voici comment il s'y prit :

Le garçon, chargé d'apporter à souper au prisonnier, étant entré dans sa prison avec ses provisions, recula épouvanté... Il vit Tragine renversé à terre, tombé sur les dalles du cachot; sa figure et sa chemise étaient rouges de sang !... Le garçon sortit immédiatement et avertit la sentinelle, qui, déposant son fusil, courut avertir le concierge et le principal employé de la prison. Sur ces entrefaites, le garçon s'avança vers le suicidé et chercha à le relever, pour voir si on pouvait le rappeler à la vie. Alors l'homme ensanglanté ressuscitant tout à coup saisit son approvisionneur par le cou, le terrassa et le bâillonna en un clin d'oeil; puis, le dépouillant avec la rapidité de l'éclair de sa casquette et de sa blouse, Tragine sortit de la prison en criant : Au secours! Encore quelques instans, et l'assassin Tragine était libre de nouveau... Heureusement que le sang, dont il s'était souillé à dessein pour faire croire qu'il était mort et désarmer la vigilance de ses gardiens, servit à le faire reconnaître. Tragine fut arrêté sur le seuil de la dernière porte de la prison et ramené dans son cachot. Le lendemain, Tragine continuait sa roule vers le bagne de Toulon, après s'être fait panser le bras gauche , où il s'était saigné lui-même, pour pouvoir ensanglanter ses habits.

8. — Mardi dernier deux domestiques de ferme de la commune de

Mathieu, de retour de la foire de Caen, où ils étaient allés conduire des' bestiaux, s'amusaient à l'envi à faire claquer leur fouet ; puis, échauffés fans doute par les libations qu'ils avaient faites sur la route, ils se rapprochèrent insensiblement l'un de l'autre, en se donnant ce qu'on appelle des pointes. Bientôt par l'effet des piqûres dont ils ressentaient les atteintes, un acharnement terrible succéda à cette lutte d'amour-propre, et ils se portèrent alors les plus vigoureux coups de fouet. Leur visage et leurs mains ensanglantés témoignaient de leur adresse, lorsque l'un d'eux fut atteint avec une telle force par le fouet de son adversaire, que son nez et sa joue furent entièrement coupés et qu'il alla tomber violemment sur une pierre anguleuse qui lui fractura le temporal. Transporté expirant dans une ferme, il est mort quelques instans après, au grand étonnement des nombreux spectateurs de ce duel de nouvelle espèce, qui, bien loin de croire qu'un pût faire de telles blessures à coups de fouet, mettaient sur le compte de l'ivresse l'évanouissement du moribond. Le malheureux vainqueur, nommé Pierre Mesnard, à peine âgé de 19 ans, a été conduit dans la prison de Caen. La douleur réelle, les vifs regrets qu'éprouve Mesnard, ont intéressé en sa faveur les habitans de la commune, dont la plupart ont été témoins de ce tragique événement. On espère que la justice se montrera moins sévère envers lui et qu'on reconnaîtra dans son action l'absence de toute préméditation.

9. — La commune de Bercu (Nord) vient d'être le théâtre d'un événement épouvantable : il y a deux ans environ, la femme d'un |cultivateur ayant vu rapporter son fils tout sanglant à la suite d'une chute qu'il avait faite, perdit la raison. Sa folie toutefois était iuoffensive ; la pauvre femme était douce et soumise ; le sentiment qu'elle inspirait à ceux qui l'approchaient était celui de la compassion et non celui de la crainte. Samedi dernier, elle monta dans une espèce de grenier situé au-dessus d'une grange, puis elle s'entortilla dans une forte quantité de paille à laquelle elle mit le feu.

Bientôt, aux cris que lui arrachent d'atroces douleurs, son fils accourt, se précipite et veut dégager sa mère des flammes qui l'enveloppent; mais le feu l'atteint lui-même. N'importe, le courageux jeune homme se laisse dévorer les membres plutôt que d'abandonner sa mère. Mais les branches écartées qui servaient de plancher au grenier de la grange cèdent, et la folle et son fils tombent tout enflammes sur des morceaux de paille qui s'allument aussitôt. Le père survient au moment de cette chute, il s'avance au milieu des flammes, mais il tombe asphyxié sur sa femme et son fils, qu'il voulait secourir.

Sa fille accourt à sou tour ; comme son père , elle se précipite , et, comme lui, elle va périr! Bientôt, avertie par les cris, les flammes et la fumée, la foule arrive sur le théâtre de cette scène horrible. Ace moment , le fils est parvenu , dans un dernier effort , à soulever sa mère, qu'il n'a point abandonnée un seul instant ; il sort de la grange éperdu, méconnaissable, et se jette avec son fardeau dans un fossé rempli d'eau, pour essaver de calmer la douleur qui le torture. Le père et la fille sortent ensuite dans le même état, et bientôt, tous les quatre, expirent au milieu des plus affreuses souffrances.

Modes. — Les magasins du Minaret, boulevart Poissonnière, n. 11, qui comptaient déjà au premier rang des mieux assortis de Paris, et où l'on trouvait, dès leur apparition, les étoffes les plus nouvelles, les dessins les plus originaux et du meilleur goût, viennent d'être considérablement agrandis. Les dames apprécieront les excellentes dispositions qui ont été adoptées pour la convenance des acheteurs. Nous ajouterons que les magasins du Minaret ont la primeur des plus gracieuses nouveautés, et que c'est de ces magasins que sortent les toilettes les plus élégantes.

Le Gérant, TAQUARD.

Paris. — Imprimerie et lithographie de Jl.U'LDE el RLNOU, rue Bailleul, 9 et 11, prés du Louvre.

12e Année. — N11 27.

Samedi 15 Mai 1841.

£ittcratuvi\

SCIENCES, BEAUX-ARTS, MŒURS

UÉU0IR1 - El VOl VC.ES.

HISTOIRES ET NOUVELLES

DEUX GIUYCRES de moue rr rs DESSIN r\r. mois.

Os s'aroxm j p.n i< , rue du nasard-Ricbclieu,

ii- les dépariemens, chez les Directeurs des

Posles, les Libraires, el aui bureau» des Message

>l des Messageries LaflUlc cl Caillard.

On ne i-cçoli que les lettres affraucUlc».

•ftctnir* bcô Peintes.

JOURNAUX, LIVRES, THÉÂTRE»

MODES ET MELANGES

CHRONIQUE DES TRIBUN U'X

rMUIH Ii'nlvr.M.l ■ INÉDITS ET NOUVEAUX.

i e Cabim i de Lecture parait louslcs iini| jour* j£ les '•, 10, 13, 30 . ÎS et 30 de chaque mois, l'i.iv :

13 rr. pour trois is, 23 lï. pour six mois cl ivir.

pour l'année. — Pour l'étranger, C fr, en sus par an.

Annonce* sur 'i colonne» : 7,'i cent" la ligue.

ET LE CERCLElRÉUNIS,

(iAZETTE DES FAMILLES.

SOMMAIRE

Pierre Landais sorte), par M. Emu e Soi wstue. — Une mystification. — Complainte de Richard H, par M Ernest \inv. — Histoire de l'habillement des femmes en France, par M. V.Raymoxd. — i Fables, par M. \ un set. — Tribunaux : Police municipale ; Justice de paix. — L'hôtel Castellane, par M. \ B. d'H. — Théâtres: Théâtre du Gymnase-Dramatique, le Conscrit de l'an VIII, par MM. \'>\\ ird et Gabriel; théâtre des Variétés, lu Vieil Ami, par MM. Dartois el ini:ui.n\ ; le 15 avant midi, par MM. Chaboi el Cormon; Deux Dames nu violon, par MM. S > i im.i iv et Cormos : théâtre de la Porte-Saint-Martin, les Farfadets, ballet par MM. Cooniard frères'et Laurençon, musique de M. Pilati ; M. Gribouiltet, par MM Paui di Kock el Lubise. — Modes. — Tablettes des cinq jours . Faits divers.

Au nrésenl numéro est jointe une gravure de Mode

PIERRE LANDAIS

Suite. — \ "ir le numéro du 30 avril.)

l\ LUTTE.

Un rrand nombre de seigneurs étaient réunis dans la principale salle du château ducal de .Nantes, attendant l'audience que François avait aer chaque jour. La plupart étaient revenus, avec le duc, de Redon où les états s'étaient tent i On voyait là les

meilleurs gentilshommes de Bretagne, el I' mtendail des noms connus dans toutes la chrétienté.

C'était d'abord le sire de llisson de cend i ; de ce fameux Olivier qui forgeait si rudement les ang une delà guerre; le vi-

de Rohan, célèbre par son aventureuse bravoure, toujoui

d'argent, selon l'habitude de ceux de sa maison, et eneore plus léger de prudence. Le maréchal de Rieux, esprit médiocre, habitué a prendre la turbulence pour l'action, et le bruil pour la gloire; les sires de Laval, iteauneuf, de la Hunaudais, de Châteaugel, de Sourdeac, de Sévigné et beaucoup d'autres dont le souvenir est reste dans les chroniques du pays.

Ils étaient formés en groupes, causant des démêlés du due avec la cour de France, lorsqu'entra un gentilhomme dont le costume avait quelque chose d'étranger.

— N'est-ce point ce capitaine qui arrive de France? demanda CUsson.

— Précisément, répondit le vicomte de Rohan; un brave de nos vieilles bandes, Guillaume de Trégus.

Kn s'entendant m ner, le nouveau venu s'approcha des gentilshommes et échangea avec eux un salut.

— Le duc ne s'est-il point encore montré ' di manda-t-il.

— Pas encore, répondit le vicomte; il s'entretient vraisemblablement avi c son trésorier, messire Landais.

Trégus lit un geste de curiosité.

— Par sainl Gilli ! quel esl donc cet homme ? dit-il ; depuis deux jours que je suis arrivé, je n'entends que son nom, et l'on ni

lui pour toute chose

— CYm que lui seul est maître désormais, répliqua Rohan; depuis \dani. ou ne \it jamais peut-être manant arriver si haut ni si promp-

[1 y a douze années à peine que Pierre Landais était valet delà garde-rbl e de monseigneur, et le voilà devenu son ministre tout-puissant.

— El qui l'a pousse là 1

— La<] ,,, de Villequier d'abord: haïe des gentilshommes qui re-

lit de voir la bonne duchesse Marguerite délaissée, elle a aidé a l'éléyation du tailleur, afin d'avoir dans les conseils du due une de si i créatures.

— Mais la dame Antoinette esl morte depuis longues années-, comment i tndais a-t-il pu se maintenir?

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