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X.ES ÂNCISNNES FRISOKT3 Bï PARIS

Les [irisons n'étaient pas plus communes dans le vieux Paris que dans les autres capitales de l'Europe ; mais Paris ayant successivement étendu son territoire depuis le règne de Philippe Auguste jusqu'au commencement du règne de Louis XIV, il arriva que des juridictions, des monastères, des villages entiers se trouvèrent englobés dans son enceinte et augmentèrent naturellement le nombre des édifices consacrés à la détention et à la captivité. Chaque juridiction, chaque seigneur, chaque abbaye avait sa prison: ces communautés politiques ou religieuses ne la détruisirent pas quand elles se virent enclavées dans Paris : elles conservèrent leurs privilèges, leurs bnmunités, leurs droits de haute et de basse justice, et l'autorité royale ne crut pas devoir abroger des pouvoirs exorbitans qu'elle était déterminée à extirper et à détruire radicalement plus tard. Les bases d'une liberté véritable ne s'improvisent pas, et la couronne montrait uue prévoyante sagesse en attirant d'abord dans l'enceinte d'une ville où les lumières de l'intelligence devaient briller et s'étendre à l'abri du trône, tout ce ramas des institutions féodales qui devait s'amoindrir et s'écrouler entièrement sous le frottement d'une suprême puissance et d'une population industrieuse, active et essentiellement intelligente.

i>> jetons-le donc encore, et donnons un éclatant démenti à ces historiens aveugles et partiaux qui ont voulu représenter la France et sa capitale comme un vaste nid de geôles et de cachots ; Paris ne devait ses nombreuses prisons qu'à ses agrandissemens successifs. Paris comme cité, Paris comme niunicipabté unitaire, ne comptait pas plus de lieux de détention que les autres grandes villes de l'Europe, beaucoup moins peut-être. Notre France, même sous le mauvais régime de la féodalité, n'était point une terre de servitude; l'air de la liberté se glissait entre les massives forteresses qui défendaient son sol plus qu'elles ne dominaient ses villages et ses bourgs, et notre Paris ne fut en aucun temps un hideux ; ssemblage de citadelles destinées à renfermer des captifs. Il y avait des prisons comme à Athènes, comme à Rome, comme à Carth,agç, parte qu'un peuple civilisé ne peut se passer de lois et de répression; mois les prisons étaient ce qu'elles devaient être, et la religion, qui veillait sous leurs sombres arceaux, comme elle veillait sous les voûtes des hôpitaux, en rendait le séjour supportable et quelquefois même consolant.

Commençons par la tour du Louvre.

Cette grosse tour était le plus beau lieuron delà couronne de France, comme disait Louis XI. C'était en effet dans cette redoutable enceinte que les grands vassaux de la couronne, oppresseurs du peuple, venaient recevoir le salaire sde leurs méfaits et souvent de leurs crimes. La tour du Louvre portait dans l'ame des puissans ducs et comtes qui régnaient sur lcs^provinces une salutaire frayeur. Et cette vérité était si bien appar le peuple, qu'un paysan du Quercy, menacé par son seigneur peur une légère infraction aux coutumes féodales, lui répondit fièrement : •> J'en appelle à la justice du roi et aux murailles de la tour du Louvre. »

Cette prison reçut dans ses vastes flancs, à diverses époques, Ferdinand, comte de Flandres; Thierry, comte de Valois, sous Phdippe-Auguste; Guy et Louis, comtes de Flandres; Jean, duc de Bretagne; Charles II, roi de Navarre; les ducs d'Alenron, de Mirepoix, de Hainaut, de Lorraine et de Périgord, sous les règnes suivans. Cette grosse tour, dont la base était baignée par les Ilots de la Seine, et qui avait été '.ic par Philippe-Auguste, fut abattue sous le règue de François Ier, lorsque ce i rince entreprit de réedilier le Louvre.

tis du Grand-Chdteletse divisaient, suivant Sauvai, en neuf parties ou cachots et cabanons. Sous le règne éphémère de Henri VI, roi de France et d'Angleterre, les prisons de cette forteresse furent portées au nombre de quinze. Dix d'entre elles étaient moins horribles, aussi les lits y etaient-ils payes plus cher : dans les cinq autres, les prisonniers lie pavaient qu'un denier par nuit, Au surplus, nous trouvons

20 sous

3 sous

!2 deniers.

12 deniers.

il sous

8 deniers.

dans les ordonnances du Louvre, tome 13, page 101, L'ordonnance qui régie les prix d'entrée et de sortie, d'après l'état des personnes :

Un eomte et une comtesse paieront 10 livres » sous • deniers. Un chevalier banneret ou une dame ban-

nerette. •

T'nsimple chevalier ou une simple dame, »

Un ccuyer ou simple demoiselle noble, »

Un Lombard ou une Lombarde. »

Un juif ou une juive, •

Toute autre personne, »

Pour apprécier ce tarif d'après la valeur relative des monnaies actuelles, on trouverait que les 10 livres de cette époque valaient 240 francs; 20 sous, 25 francs; S deniers. 2 francs 50 centimes.

Ce ne fut que sous Charles VI, en 13US, que les prisons du l'etit- Chdteltt furent annexées à celles du Grand-Chdtelet. L'augmentation de la population parisienne détermina le monarque à donner cette destination aui bâtimens demeurés jusqu'alors sans destination précise. Avant d'y loger des prisonniers, on lit de ces bâtimens une visite exacte, et la certitude fut acquise qu'ils étaient solides et parfaitement aères. En 1402, le même roi ordonna au prévôt de Paris d'aller résider dans cette forteresse, alin, dit l'ordonnance, depouvoir veiller déplus à la sûreté djsspritonniert, à leur bien-Ure et à leur enseignement. Cet expose des motifs, comme on dirait aujourd'hui, n'est pas, ce semble, en désaccord avec les philantropiques essais que nous teutons ; et cela se passait pourtant au quatorzième siècle.

La prison de la Conciergerie ne figure, pour la première fois, dans les registres de la Tournelle criminelle du Parlement qu'au 23 décembre 1301. La Conciergerie était la prison du Palais, ancien séjour des rois de la première et de la seconde race. Attenante à la demeure royale, elle était la demeure du comte des Cierges ou des Luminaires. Il y avait, comme on sait, outre le comte des Cierges uu eomte des Etahles; par contraction on a fait de ces deux titres ceux de connétable et de concierge.; Le comte des Cierges avait la charge de veiller à l'éclairage, à la propreté, à la sûreté des résidences royales, et fut remplace, lors de la transformation des dignitaires de la couronne, sous liuiaics-Capet, chef de la troisième race, par le bailli du palais, dont la juridiction s'étendit sur les alentours du Palais et sur le Palais lui-mên e. De grands privilèges étaient attachés à cette charge, et les baillis du Palais jouèrent souvent un rôle actif dans les drames et les péripéties politiques dont abonde notre histoire.

Le nom de bastilles ralement donné aux fortifications des

quatres portes de Paris; mais ce nom, au quatorzième siècle, devint l'appellation unique delà forteresse bâtie par Charles V h côté de la porte Saint-Antoine. Malgré les déclamations furibondes de quelques écrivains de la fin du denier siècle, la Bastille valait mieux que sa réputation. Sans nous faire les apologistes de cette citadel dans notre histoire, et seulement en rétablissant des faits, nous sommes en mesure de réfuter les contes absurdes qui obtinrent crédit parmi le peuple, lors de sa démolition en 89, et que. trop légèrement, des annalistes de Paris ont tenu de mettre au rang des vérités historiques.

La prison de Nés le était située dans l'hôtel de ce nom, bâti sur la rive gauche de la Seine. Aux treizième et quatorzième siècles, celte prison était destinée a la détention des nobles qui avaient commis des meurtres sur les grands chemins ou qui s'étaient associés à des bandes armées de voleurs. En 1295, Jérôme Lemardocher, gentilhomme picard, convaincu de s'être livre a des déprédations sur les routes de diverses provinces, y fut enfermé et y resta trente-cinq ans. En 1343, le chevalier Hugues de Crécj j fut détenue) ensuite condamné à mort, pour de» crimes de pillage, de vol et de meurtre.

Le prévôt des marchands »vait sa prison rue de l'Ecorehcrie (aujourd'hui rue de la Tannerie ; elle était fort petite, el presque toujours vide, c»r le prévôt des marchands n'était pas de sa nature uu homme fort

cruel. Quelques écrivains, pour ne pas perdre l'occasion de déverser le blâme sur les anciennes juridictions de la Capitale, ont cité, en parlant de cette prison, un certain Bernard Villet, coupable d'avoir prii» deux ou trois lapins dans une garenne, et qui fut plongé dans un cachdt si humide qu'il en perdit l'usage de ses deux - lecteurs pn

pés pourraient croire qu'il s'agit de la prison du prévôt des marchands; mais a\ec un peu d'attention ou voit que celte historiette, dont le tond du reste est yrai, a eu pour théâtre, non pas la prison de la me de II. corcherie, mais celle du château d'Ermenonville, située à plus de trois lieues de Paris.

Paris possédait un év.éché, i s et riches abbayes, des ci

opulens; il ne faut donc pas s'étonner que chacun de ces grands corps, composes en majeure partie de iv eussent à l'appui de leur juri-

diction particulière des prisons pour taire respecter des droits reconnus de tous. .Nous allons indiquer quelques unes de ces [irisons.

L'évcqtte de Paris était seigneur temporel i spirituel; il avait

deux prisons : l'une était celle du For-) I fêque , o i était établi I de la juridiction ,cette prison se trouve rue Saint-Germain-l'Auxi ri

utri i : il celle de l'oiiicialite. Le pr< x :'

damné à l'emprisonnement sous Charles VI el di livré lors de la révolte des Maillotins, subit une partie dé sa peine dans cette prison, <|' sista jusqu'en 1674, époque où la justice épiscopale fut remise au Chà-

telet. l?a prison de l'officialib nsislail en une haute tourenclayi

le bâtiment de la grande sacristie «le Notre-Dame il l'ancienne chapelle du palais épiscopal : elle fut démolie en l'année 1795.

Le chapitre de Notre-Dame de Paris avait aussi sa prison, située sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui une partie de la rue Massillon . elle l'ut démolie en l'année 1 T 7 1> et ne servait plusdepuis près desoixantç ans. La juridiction du chapitre était, du reste, exercée par un bailli, un lieutenant, un procureur-fiscal, et s'étendait sur le cloître Si tre-Danie et dans la rue d'Amis, près la rue Saiut-\ ictor.

Les moines militaires connus sous le nom de Templiers, avaient, par leurs immenses richesses, acquis une grande importance politique. Ils avaient acheté, cent trente ans avant leur abolition, toute celle partie de Paris qu'on appelle aujourd'hui le Marais. C'étaient de vastes terrains

jeux, remplis de reptiles et infectant l'air d'exhalaisc tielles. Les chevaliers du Templi d reut ces marais infects, con-

struisirent des canaux pour l'cpanchemcnt des eaux, changèrent en riantes cultures coutures, disait-on ali ce Dominâmes < élevèrent un splendidc palais au milieu des immenses camj vouées

jusqu'alors à la mort et à la destruction. Naturellement ils devinrent les seigneurs des lieux qu'ils avaient en quelque sorte une seconde foi Leur juridictiou s'étendit, en remontant diagoualement Paris, di supérieur de la Seine (où est le pont d'Auslcriit/. jusqu'à la porte des Poissonniers .rue Poisson,!

Les Templiers avaient un bailli, des officiers de justice et des prisons; toutefois la prison de ce ter I pas cette tour devenue depuis la-

ineuse on Louis Wl et sa famille furent enfermés La prison des Templiers existait dans l'enclos mên ir comraanderie el fut transformée lors de l'anéantissement de l'ordre Bel, eu

de monnayage. En 1601, ce bâtiment a^ restitués à

tiuation primitive., et ou y enchaînait les malfaiteurs condamnes aux galères.

Lemonasl Uartin-des-Cbamps, autrefois entouré de mu-

railles et de tours, avait dans son enclos une j ' qu'il conserva

presque j! poque de la Ré> ilulion. En i ; I .', > et la

furent démolis et rcci I titre la

, ordinaire de celte abbaye, el qui s'aj pelail la l eu existait

une autre située daus la tour du Vertboi ! nie qui po

encore aujourd'ui ce nom C'était dai ,. val, que les

religieux de Saint-Martin mettaient il de quelque

crime; c'était sous l rre tju d'eau, dans une basse-fosse ou on les laissait mourir misérablement. *

Dans lia compte de la prévoté de Paris, de 1471, se trouve mentionnée la prison de la Sainte-Chapelle. En lôG4, des écoliers ayant brisé le vitrail du porche de la Sainte-Chapelle, furent enfermés dans cette prison pendant cinq jours, au paiu et h l'eau, et ne sortirent que sur requête de l'Université et d'après l'ordre du Parlement.

La prison de Saint-Eloy était située à côté de l'ancienne église de Saint-Paul sur l'emplacement d'un bâtiment appelé Grange de Saiut- Éloy. Cette prison servait sous les reçues de Charles V et de Charles VI a détenir les pages et les valets insubordonnés du palais du roi (l'hôtel Saint-Paul.)

L'abbaye de Saint-Magloire (rue Saint-Denis), célèbre par la régularité de mœurs et la science de ses religieux, avait une prison. La juridiction de l'abbé de Saint-Magloire comprenait la paroisse Saint-Leu et une partie notable de la rue des Arcis.

La prison de l'abbaye de Saiut-Germain-des-Prés existe encore aujourd'hui sous le nom de prison de l'Abbaye. L'auteur anonyme du tableau moral des prisons de Paris s'exprime ainsi : « Le principal cachot de cette prison est plus terrible que ceux même de Bicêtre. Il est creusé à trente pieds de profondeur; la voûte en est si basse qu'un homme de taille moyenne ne peut s'y tenir debout, et l'humidité y est si grande que l'eau soulève la paille qui sert de lit aux malheureux prisonniers. D'après l'avis des médecins, ils n'y peuvent demeurer vingtquatre heures sans être exposés à périr. » #

La prison de Sainte-Geneviève ne servait guère qu'au temps de la neuvaine de la patronne de Paris. On y menait les malfaiteurs qui troublaient la tranquilité publique pendant l'espèce de foire qui se tenait en face de l'église ; mais plus souvent encore l'abbé de Sainte- Geneviève métamorphosait sa prison en hôtellerie où l'on hébergeait et logeait gratis les pieux pèlerins qui n'avaient pas d'argent ni d'asile.

L'abbaye de Saint-Victor avait, comme celle de Sainte-Geneviève, sa juridiction et sa prisou. La tour d'Alexandre, que le peuple appelait la Fontaine du Diable et qu'un arrêté municipal a fait détruire, il y a à peine une année, était particulièrement destinée aux religieux de cette communauté. Le nom d'Alexandredonné à cette prison venait d'un religieux visionnaire qui y|avait été renfermé pendant seize années. L'illustre poète Santeuil y fut détenu vingt-quatre jours et y composa deux de ses plus belles hymnes. f

Une petite prison destinée à enfermer les mendians, truands et malingreux, qui, les jours de fêtes solennelles, troublaient le service divin, existait daus le cloître Saint-Benoit, dont elle prenait le nom.

L'abbé de Tiron avait fait bâtir une grande et belle maison dans un terrain vague situé vers l'extrémité de la rue Saint-Antoine. Nombre de bourgeois se décidèrent h bâtir sur le même emplacement, et donnèrent le nom de Tiron à l'espèce de bourg qu'ils finirent par former. L'abbé ayant obtenu divers privilèges du bureau de ville pour le quartier qu'il venait de créer, celui de construire une prison dans une cour dépendant de sa maison se trouva du nombre. Cette prison, qui servait à détenir temporairement les ivrognes de l'Orme-Saint-Gervais qui troublaient alors régulièrement deux fois par semaine l'ordre et la tranquillité publique, figura dans le massacre du 12 juin 1413. En 1703, cette même maison fut le siège d'un comité révolutionnaire.

La prison de l'abbaye de Montmartre était située dans la rue de la Heaumerie, au fond d'une impasse qui tirait de là le nom du For-aux- Dames. Les religieuses de Montmartre qui y avaient leur auditoire et leur pénitentier, montraient aux curieux et aux pèlerins, dans un cachot fort obscur, une chaîne qui avait, disait-on, servi à lier saint Denis dans sa prison.

A cette énumération de prisons des seigneurs ecclésiastiques il faut joindre celles de l'abbaye de Saint-Antoine, du prieuré de Saint-Lazare consacrée aujourd'hui à la détention des femmes) ; celles du prieuré de Saint-Denis-de-la-Châtre, du chapitre de Saint-Marcel, du chapitre de Saint-Méry, etc. Ces prisons, au nombre de vingt-cinq, étaient toutes

reconnues pour légales. Paris en renfermait encore d'autres, telles que celles des ordres mendians, qui n'avaient pas ce caractère, mais qui étaient tolérées et souffertes.

Il était réservé à Louis XIV de porter dans cette partie si importante de l'administration le flambeau des améliorations et de la réforme. Par son ordonnance du 13 mai 1G75, ce monarque réduisit le nombre des prisons de Paris et ne conserva que les suivantes : la Conciergerie du Palais, le grand et le petit Châtelet, le For-1'Evêque; les prisons de Saint-Eloi, de Saint-Martin, de Saint-Germain-des-Prés, de la Ville- Keuve-sur-Gravier, pour les enfans en correction, et celle enfin de l'Officialité. La Bastille n'est pas citée dans cette nomenclature, parce que ce formidable édifice est plutôt considéré comme citadelle que comme prison.

(Gazette des Tribunaux).

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