‹ Le cabinet de lectureChapitre 204 sur 249 · FENDU RAPPELE A LA VIE · texte numérisé non relu

FENDU RAPPELE A LA VIE

Le 8 de ce mois, un individu nommé John White, condamné à mort pour crime d'assassinat, a été pendu à Louisville (Kentucky). Le jugement portait qu'il serait exécuté entre six heures du matin et trois heures de l'après-midi. Pour éviter l'aflluence qui se porte d'ordinaire à de pareils spectacles, le shériff lit préparer secrètement la potence, et le supplice eut lieu à six heures, en présence seulement des témoins requis par la loi et de quelques spectateurs dont la curiosité avait été matinale. Le nœud coulant ayant été mal ajusté, le cou du supplicié ne fut pas rompu au moment de la chute. L'agonie fut longue, cruelle ; mais pourtant les convulsions cessèrent enfin ; le cadavre ne donna plus aucun signe de vie. Après un délai de vingt-cinq minutes, un médecin, délégué à cet effet par le tribunal, constata la mort. La corde fut coupée et le corps fut porté dans une maison voisine où l'on avait préparé une puissante pile galvanique pour faire des expérience».

Le iluide électrique avait à peine commencé d'agir, que le cadavre fut agité d'un tremblement nerveux, et les spectateurs reculèrent avec un sentiment d'horreur en le voyant tout à coup se dresser sur la table où on l'avait étendu, s'asseoir, et porter, avec une vivacité convulsive, les mains à son cou, comme pour arracher la corde. Il renouvela plusieurs fois ses efforts, en manifestant une douloureuse impatience, et il se déchira le cou avec les ongles. Bientôt, pourtant, il sembla avoir reconnu que la corde n'était plus là et il cessa de la chercher. La pile galvanique fonctionnait toujours. Le cadavre se leva debout, étendit ses bras, ouvrit ses yeux horriblement gonflés de sang, et de sa bouche sortit un râlement affreux ; puis sa poitrine se souleva et respira bruyamment. Les témoins de cette étrange scène étaient muets d'étonnement et d'horreur. Tous les yeux étaient attachés sur ce corps qui s'agitait convulsivement. « Bon Dieu ! il vit ! » s'écria un des médecins présens.

Le Iluide électrique agissait de plus en plus puissamment. Tout à coup, le cadavre s'élança violemment de la table et alla tomber dans un coin de. la chambre, brisant les fils métalliques qui le mettaient en communication avec la pile galvanique. D'abord, il resta là sans mouvement, ne donnant aucun signe de vie; mais un médecin crut sentir un léger battement du pouls. On se hâtait de rajuster l'instrument électrique, lorsque le même médecin, qui se tenait toujours penché sur lui, s'écria : « Il vit! il vit! il respire! »

Il respira, en effet, pendant près de deux minutes, puis tout mouvement cessa dans la poitrine. Les membres étaient agités d'un léger tremblement, et le bras droit se souleva à plusieurs reprises. Un médecin consultait incessamment le pouls et, par momens, sentait de faibles pulsations. Un morceau de miroir, approché des narines, fut instantanément terni d'une légère vapeur. « Il respire! » s'écria-t-on encore. L'anxiété redoublait. Bientôt, le pouls devint plus fort et plus vif; les mouvemens respiratoires recommencèrent; les yeux se T'ouvrirent. C'était une chose horrible à voir, que ces prunelles sanglantes roulant lentement dans leurs orbites qui se fermaient de temps en temps par une sorte de crispation nerveuse. Au bout de cinq minutes, la respiration était devenue assez fréquente, peu à peu elle devint précipitée, haletante. Un médeeiu se hasarda alors à adresser quelques questions au cadavre, mais rien n'annonça qu'il eût compris ou même entendu. Il promenait ses regards autour de lui, sans les fixer sur rien, sans paraître rien voir. On lui piqua le pied avec une épingle; il retira le pied et poussa un cri pareil à un ricanement; Ses mouvemens redoublèrent de force et de rapidité; il porta de nouveau les mains à son cou, donnant des signes d'une violente souffrance. Un des spectateurs le saisit par les épaules; il se leva déboutait deux pas et s'assit sur un fauteuil. Cet effort parut l'avoir épuisé; il fit entendre un gémissement, ses muscles se détendirent; la respiration s'arrêta. On lui fit aspirer l'odeur de la corne de cerf linili e, et il se ranima, avec tous les symptômes de l'ivresse. Alors il parut vouloir parler, mais ne put articuler aucun son intelligible , et i! secoua la tôte avec impatience,

Les médecins l'examinèrent avec plus de soins qu'ils ne l'avaient l'ait encore ; ils constatèrent que tous ces symptômes n'étaienl pas seulement des convulsions galvaniques, mais bien la vie. L'un d'eux d'ailleurs, que cette vie ne se prolongerait que de quelques mi. parce (pie la congestion cérébrale faisait des progrès rapides. Les moyens les plus énergiques furent employés pour régulariser la circulation du sang. La résurrection de ee cadavre eilt été un beau triomphe pour la science; mais ce miracle devait rester inachevé.

Les veines de la tète se gonflaient peu a peu, les yeux n'étaient plus que deux affreuses tumeurs de sang. Enfin, après quelques minutes dune cruelle agonie, tout sisne de vie cessa.

De nouvelles expériences furent faites et produisirent de curieux phénomènes, dont il sera rendu compte dans un mémoire que doivent publier les médecins qui ont assiste a cet étrange drame.

TRIBUNAUX

GARDE NATIONALE SE PAHIS

CONSEIL DE DISCIPLINE DE LA 3e LhGlON.

Walson s'avance vers le Conseil "d'un air très réfléchi. Walson est roux, bourgeonné et fort laid. Cependant la légion réclame si Cette bonne légion n'est pas scrupuleuse.

Le président. — Êtes-vous M. Walson?

Le prévenu. — Je suis Walson , tu es Y\ alson , il est Walson , nous sommes walson, vous êtes Walson, ils sont Walson.

Le président. — Ne commettez pas d'incom I s-moi plutôt

pourquoi vous n'avez pas monté votre garde?

Le prévenu indécis. — Monté?

Le président. — Oui, monte.

Le prévenu . avec chaleur. — Je monte, tu montes , il monte . rions montons, vous montez, ils montent. (Rire général:)

Le président. — Votre intention est-elle d'insulter le Conseil?

Le prévenu. \h ! very gbog! j'insulte le Conseil , tu insultes i seil,il insultele Conseil, nous insultons I seil, ils insultent le Conseil. BiràrittS ptolotogê

Le capitaine-rapporteur. — C'est une mauvais: faire Monsieur.

Le prévenu, interrompant. — Je fais, tu fais, il fait...

Le capitaine-rapporteur. — Taisez-vous, et laissez-moi parler.

Le prévenu, interrompant toujours. — Je parles, tu pari nous parlons, vous parlez, ils parlent. (Longue hilarité.

Le rapporteur s'arrête au milieu d ■ son discours ne pouvant se servir d'aucun verbe sans exciter lés !|i comparant.

En ce moment un petit homme, riant aiu barre:

il étouffe et grève dan- s ,

Le p«tit homme. — Messieurs, al I ati ! ait '. je vais vous dj

l.e | rrvnu, interrompant. — J. dis, tu dis, il dit, nous disons, vous disez... B d dans toute la salb'.'

I.r petit homme. —Ali! ah: ah! M sieurs, S6 brave VI . quand...

Le provenu , interrompant. —Je trompe, ta Id e, nous

trompons, vous trompez, ils trompent.

A cet instant le petit homme en main sur la bouche, il finit par expliqi.

véritable délinquant. < >uant au \\ alson qui d par ses in-

terruptions , c'est un Ululais, un cousin à lu qui a reçu l'ordre |j Tesseur de

entendra nommer, afin de se familiariser avec la langue :

Qui a ri est désarmé. LeConseil, usant d'indulgence, renvoie les deux

UuU.

Le vi ' s'nvançant à la barre: — Je vous salue. Mes

qui a la bouche libre. — Tti te salues, il se salue, nous nous ■ut.

Et les deux cousins s'échappent au milieu des éclats de la gaîté générale.

(I Audience.)

THEATRES

Tui.vTîiE m: Palais-Royal, —Les Set * et, vaudeville en

deux actes. | Hélesville et Cvumoluie. — M. Ç,orndlet, coif-

feur à Paris, use trop amplement des privilèges de sa profession. Les maîtresses qu'il entretient, les lettres de change qu'il souscrit, aci sa ruine, sans altérer sa gaîté et sans le décider à renoncer à cette vie coupable. Sa femme se montre d'abord indulgente pour ses erreurs, puis viennent les plaintes timides, les reproches, les larmes, la révolte enfin. Indigm <\<^ trahisons conjugales de

millet, elle se détermine a quitter la France', de concerl . c lusine non moins malheureuse en ménagé, el elle laisse il son départ le sémillant coiffeur aux portes mêmes de Clii llj Le second acte nous transporte à Boston, dans l'état de Massaehusset. n nom véritable contre le nom de Zénobie Gaillard, sa cousine, qui a péri subitement a Nantes. 1. 'épouse du coiffeur, .-n effet, a, lors de l'inhumation de sa parente, remis ses propres papiers à l'autorité, en sorte que M"" Cornillèt, par suite de ee quiproquo, est morte légalement sur les registres de l'étal civil. La fortune au ent secondé là fugitive. Sa beauté, ses talens, sa qualité de Française, eh ' d'un établissement eonsidéi'able, lui ont donné pour adorateur un opulent mulâtre, personna

ut une de ces vertus inmi iît,'dans c publiques de

rjque du nord. Sur ce* entrefo débarque à Boston, et .se | ré-

illard, jadis M""1 CornUlei, Cejeune homme isien, i|ui a renoncé pour toujours aux lettres de. change, ans au vin de Champagne. Lesdei -

nus en présence, n'ont pas d txe; mais M 1: Cpruillet

s'obstine a irs mal

éteints d'un premier amour, la voix impérieuse du devoir, ies droits que l'hymen a donnés à < • le malheur

le voit, qui

■ ils ont

prouvé plusd'n. "C amusai

spiritu

■ uxdamol les ri'i

TABLETTES DES CINQ JOURS

Faits divers.

20 mai. —On écrit d'Ensisheim que dans la journée du 6 mai un orage épouvantable a éclaté sur cette contrée. La foudre est tombée à plusieurs reprises, et à Neuf-Brisach un malheureux militaire qui se trouvait en faction sur les remparts a été terrassé. Il paraîtrait que le fluide électrique, attiré par la pointe de la baïonnette, a traversé le métal conducteur pour aller frapper la victime.

2i. — On lit dans le Courrier des Etats-l'iiis :

Une pauvre femme de Southwark perdit son jeune enfant ; elle était daus la plus profonde douleur, aggravée du plus complet dénuement. Ses voisins charitables lui procurèrent, en se cotisant, un cercueil et un drap mortuaire dans lequel ils ensevelirent eux-mème l'enfant. Ils n'avaient pas plutôt quitté la maison, que la bonne mère retira l'enfant du cercueil , plia le drap et alla le mettre en gage, afin de noyer sa douleur dans une pinte de rhum.

— Le 14 de ce mois, la foule se pressait autour d'une voiture cellulaire qui stationnait sur le Cours à Marseille, et dont un des flancs présentait une large déchirure. C'est par là que s'était sauvé le nommé Max, ce forçat évadé de Toulon que la cour d'assises des Bouches-du- Rhône vient de condamner tout récemment pour blessures graves faites à un gendarme. On sait que les prisonniers renfermés dans les voitures cellulaires tournent le dos au chemin et la face vers le corridor où stationnent les gendarmes et agens. Max, à force de presser avec ses épaules la plaque de fer sur laquelle il s'appuyait, est parvenu à la crever comme il eût fait d'un carreau de vitre ; puis, agrandissant l'ouverture avec ses mains, il a réussi à se glisser au dehors et à monter sur l'impériale, d'où il s'est sans doute élancé sur le grand chemin. Max , après sa condamnation, avait déclaré que s'il retournait au bague, ce ne serait pas pour long-temps. Il a tenu sa parole.

— L'industrie contrebandière, si fertile en ruses de tous genres, vient de prendre une nouvelle extension sur la frontière suisse. On sait qu'une foule de moyens sont journellement mis en usage par les contrebandiers pour mettre en défaut la surveillance des douaniers; ainsi le sapin taraudé, le charbon de pierre creusé et rajusté avec du ciment, les doubles fonds de diligence, etc., ont été plus ou moins heureusement employés; mais le plus souvent la contrebande se faisait tout simplement au moyen de porteurs qui circulaient par des chemins à eux seuls connus de l'une à l'autre frontière. Ces moyens usés et dangereux viennent d'être remplacés par un autre qui a jusqu'à un certainpoint le mérite de la nouveauté.

Un voyageur du commerce nous écrit qu'il a vu, dans un hameau du territoire neutre entre la France et la Suisse, un énorme aérostat chargé de ballottins d'aiguilles, que l'on disposait pour lui faire franchir la frontière au dessus et hors de la portée des douaniers. Cet aérostat avait, dit notre correspondant, fait déjà deux heureuses traversées, chargé de la même marchandise, sur laquelle pèse un nouveaUdroit de 8 fr. 80 c. par kilogramme.

La manière de procéder des contrebandiers est bien simple. Vient-il un vent favorable, la nacelle est frétée de 80 à 100 kilog., et la machine ainsi lestée est menée en laisse par un conducteur, au moyen d'une forte ficelle, en même temps quelle est surveillée par des éclaireurs jusqu'à l'endroit désigné pour son entrepôt. Comme on le voit, ce genre de contrebande est susceptible de grands perfectionnemens, et le procédé pour la conduite des ballons, qu'une foule d'inventeurs se flattent d'avoir trouvé et pour lequel du moins de nombreux brevets d'invention ont été délivrés, ne doit pas peu contribuer u le rendre facile en

même temps qu'il doit amener de grandes impossibilités dans le service des douanes.

22. — Un des fils de M. le duc d'Orléans, le duc de Chartres, entré dans son septième mois depuis le 9 courant est indisposé, au point que les médecins ont jugé qu'il y avait du danger pour ses jours de lui faire prendre l'air de la campagne. C'est par suite de cette prescription que M. le duc et Mnl° la duchesse d'Orléans continuent de rester aux Tuileries,

— La veuve du duc d'Enghien, M'"1' la princesse Charlotte de Rohan- Rochefort, vient de succomber à une longue et douleureuse maladie.

— La frégate la Belle-Poule, commandé par M. le prince de Joinville, capitaine de vaissseau, et le brick le Cassard, commandé par M. Lugeol, capitaine de corvette, sont partis de Cherbourg le 19 mai, pour se rendre au Texel, et de là sur les côtes de Terre-Neuve.

— Pau est la ville natale de Bernadotte, roi de Suède. Bernadotte a conçu le projet d'acquérir la maison où il est né, et d'en faire don à la ville de Pau, à la condition de l'entretenir et d'y loger d'anciens militaires peu aisés. Un seul obstacle s'y oppose : les propriétaires actuels de la maison, qui est délabrée et tombe de vétusté , en demaudent la somme énorme de 80,000 lr.

23. — Le sieur Bar, de Macoux, prèsCondé (Nord), prétendait avoir découvert un remède infaillible pour guérir de la morve les chevaux , que jusqu'ici on était obligé d'abattre : il lit l'expérience sur trots chevaux morveux provenant du 21' régiment de lanciers, qu'on lui abandonna pour faire ses preuves. L'expérience a produit un résultat que l'inventeur n'avait certes pas prévu : elle n'a pu guérir les chevaux , mais elle a tué l'homme. Le malheureux Bar, en donnant ses soins aux animaux malades , a gagné un Jlegmon d'un nature si maligne, qu'il a été emporté en peu de temps.

— On écrit de Mazée (Belgique) :

« Un triste accident vient d'arriver au moulin de eette commune. Le beau-père du meunier, vieillard de 102 ans, le nommé Joachim Misson, était aile, muni d'une houe, dégager les obstacle qui pouvait entraver le cours de l'eau. Il était perché sur une petite planche placée en guise de pont, quand tout à coup le pied lui manquant, il tomba dans le conduit qui mène l'eau au moulin. A l'instant, le courant l'entraîna sous la roue, où il demeura tout ramassé. Le moulin s'arrêta; le meunier en rechercha la cause, et trouva, à sa grande douleur, son beau-père presque entièrement engagé sous la roue du moulin. Transporté dans la maison et placé dans un lit, il a expiré au bout de quelques heures. Joachim Misson était encore fort et robuste et travaillait comme un jeune homme. Il avait fait les guerres de Hanovre. »

24. — Une personne qui arrive de Londres parle de la sensation affreuse qu'a produite la perte du vaisseau le Président. La duchesse de Ricbemond, dont le fils était sur ce bâtiment, est devenue folle de douleur; sa folie consiste à passer les jours et les nuits à sa fenêtre, attendant toujours l'enfant qu'elle ne reverra jamais.

— On vient d'ériger sous une des arcades du musée d'études de l'école des Beaux-Arts la statue de Pallas, qui a été trouvée dans les jardins de la Yilla-Médicis à Rome, et envoyée à Paris par les soins de M. Ingres.

— — ^ — — ^mm ^ — i^^— — — — — ^^w

M. Thénot ouvrira, le mardi 25 mai, rue de Yalois-Palais-Royal, n. 2, à quatre heures précises, un cours de perspective pratique (le seul qu'il fasse chaque année); huit leçons seront consacrées spécialement à l'explication, des principes et à la rectification des compositions, et quatre sont destinées au dessin d'après nature; ces dernières auront lieu au Jardin des Plantes et aux environs de Paris.

BOUCHEIX.

Paris. — Imprimerie et lithographie de MAUI.DK et nliîSOl',

rue nuillçul, y «ni. F*" liu^gum.

12e Année.

Lundi 31 Mai 1841.

fiittcratuvc.

SCIENCES, BEAUX-ARTS, MŒURS

MÉMOIRES ET V0YACES.

HISTOIRES EX NOl W.I.I.I.*.

»F.ix r.r.wL'r.i.s i>r. MODE r.T rs di^-in rvr. UOIS.

On s'abonne à P.iris, rut' du Hasard-Richelieu, ': ii •'. Dans le> départcmens, chet les Directeurs des p : . Libraires, et aux burcauxdcs Message* V- ;

ries royales, et des Messageries 1 Gaillard. e-

Ou ne reçoit que les lettres uilciucliles.

.ftctMCô bcô .ftclUtC*.

JOURNAUX, EIVRES, TKÉATHE9.

MODES ET MÉLANGES

CIlHOMdll; DIS TRIBUN VOS.

EXTRAITS D'OUTR.ICES INÉDITS ET NOUVEAUX,

ii C.vniNETDE I.F.-.nr.K paraît lonsles cinq jours

; les 5, 10, 13, 20 . -2'. el r,i) do chaque mois, l'un :

13 le pour Irois mois, -i:> li poui six moisel isfr.

pour l'année. — Pour l'étranger, (i fr. en mis |ur an.

Auuourcs'sur !i colouurii : 73 ccui" la lien».

ET LE CERCLE REIMS

GAZETTE DES FAMILLES

SOMMAIRE

Pierre Landais suite), par M. Emile Soi \ estee. — Huit Français, par M l Cochelet. — Les anciennes prisons de Paris : le grand Châtelet. — Nouvelles ;i la main. — Lettres de H. Horace Vernet sur h Syrie. — Théâtres : Académie royale de musique; Théâtre-Français, // Protectrice, comédie en un acte, par MM. K. Soi vestre et But ne. — Modes. — Tablettes des six jours : Faits divers.

Au présent numéro est jointe une gravure de Mod<

PIERRE LANDAIS

\ oir les numéros du 30 avril, du 15, du 20 et du 2ô mai.,

LE DÉSOl EMEXT..

l.a prédiction d'Ktienne Chauvin ne tarda pas à s'accomplir. Lano-

uleva tout entière; le da<\ île s 'ôté, réunit une ai il

la lutti i avec des chances divi rses, sur presque tous les points

du duché.

Il y avait déjà plus d'une année que duraient ces divisions, et rien cependant n'en pouvait taire prévoir le t 'rme. Les partisans de l'évêque «le Hennés, que Landais avait envoyé mourir dans l'exil, en juste punilion de ses crimes, se joignirent aux mécontens >' Etienne, qui réussit 1 ; ■ inl donni ri m relie impulsion aux i

roi tés en apportant parmi eu* le sanglant souvenir du chancelier.

D'un autre côté, la Régente de France, M"1 de Beaujeu, heureuse de tout ce qui pouvait affaiblir la Bretagne, entretenait ostensiblement la discorde entre le duc et les gentilshommes en fournissant à ces derniers de l'argent et des armes.

Landais ne se laissait ni effrayer ni surprendre. Abandonnant François à ses plaisirs frivoles, il gouvernait sous lui d'une main tyrannique niais ferme, et le due, qui n'avait jamais eu tant de loisir, trouvait que tout allait au mieux.

Quant au ministre, son ambition avait grandi avec sa puissance. Depuis la mort de la dame de \ illequier, il s'était constamment montré le protecteur de ses lils. dans la pensée que Marie avait leur âge et qu'il n'était point impossible que l'ancienne alliance politique desparens ne se ti insformât pour les enfans en une union plus douce.

dette idée, vague d'abord , devint bientôt plus arrêtée et finit par devenir un projet auquel il subordonna tout le reste Ce fut sur Antoine qu'il jeta de préférence les veux.

Il devait en effet se prêter avec d'autant moins de peine a ses inten, I ité de Marie l'avait charmé. Sûr de ne poiul trouver

des de ce côté, Landais ne lit p .<u\i empressement dan-

gereux; il attendit que l'amour d'Antoine grandit et devint assez fort pour lui servir d'auxiliaire près du duc, a qui une pareille alliance pouvait sembl t ■ u premier abord.

Quanl à sa lille, craignant quelque imprudence, il n'ajouta rien a ce qu'il lui avait dit dans une heure d'effusion, i Ile savait qu'un choix ' fait pour elle, c'était assez : une confidence plus complète n'eût pu que nuire a sa liberté et a ses grâces, lorsqu'elle rencontrait Antoine,

Le i:. conten i de lui ménager, sans affectation , des occa-

sions fréquentes de von- le prince, s'en Gant pour le reste a celte pente de tous les jeunes cieurs l'un vers l'autre.

M us un autre sentiment remplissait déjà celui de Marie.

lin s'attachanl Albert connu.' s icond secrétaire, Landais n'av,ui point soupçonne quel obstacle il élevait lui-même i si projets. Mme et ai. bert s'aimaient d' s le couvent et se l'étaient dit, < epend mt cet amour

n'avait point eu d'abord pour eux - mêmes d'avenir. Ils s'y étaient abandonnés comme à une de ces hallucinations volontaires qui nous sai- . dans un demi-sommeil et nous enchantent pour nous tromper. « l'était un désir sans possibilité, une espérance sans but, je ne sais quelle chimère dont on peut mourir, mais à laquelle pourtant on n'a jamais cru. L'habitude et le rapprochement changèrent insensiblement ces dispositions.

A force de se voir, de se parler, de vivre ensemble, ils sortirent forcément de ce domaine romanesque dans lequel se réfugient tous les jeunes amours ; leur rêve chercha à passer dans le fait, leur inspiration à se transformer en espoir. D'abord effrayée, la jeune fille se rassura. En voyant que son père gardait le silence, elle n'attendit plus la découverte qui devait faire d'Albert le descendant de quelque noble famille, mais elle compta sur l'autorité du ministre pour l'élever. Elle lui bâtit. en imagination, une de ces grandes fortunes dont Pierre avait donne luimême un si étonnant exemple ; elle alla jusqu'à se dire que le trésorier ne l'avait point peut-être sans dessein attiré à la cour et attaché à sa personne.

Quant à Albert, il subissait successivement toutes les impressions de la jeune fille. Son ame était comme à ces lacs transparens qui reçoivent du ciel leur lumière ou leur ombre; le ciel pour lui, c'étaient les yeux de Marie. La force ne lui manquait pas; mais jusqu'alors il n'en avait pas eu besoin ; il ne s'était jamais essayé lui-même. Pareil au lion élevé près d'un enfant, et qui n'a point senti les oncles lui pousser, il s'était toujours fait un bonheur de la soumission.

Cependant Landais n'avait encore rien découvert. Préoccupé de la guerre que lui faisaient les gentilshommes , il ne pouvait suivre tous ces détails de la vie intérieure qui lui eussent révélé l'amour de Marie et «l'Albert. Il ne voyait sa fille qu'en passant et pour lui prodiguer des marques de tendresse toujours interrompues par quelques réclamations ou quelques messages. Mais bien que les circonstances eussent proti jusqu'alors le secret des deux amans, il était difficile que l'imprudence ou le hasard ne finissent point par les trahir.

La lutte engagée entre la noblesse et le trésorier touchait à son dénoùment. L'armée ducale, commandée par le sire de Coetquen, venait de rejoindre les rebelles, qui étaient sortis d'Ancenis à sa rencontre, et l'on attendait, d'heure en heure, la nouvelle d'une bataille décisive. Tous les esprits étaient en éveil, et chacun formait à Nantes des prévisions ou des vœux selon son penchant.

La surveillance du trésorier avait redoublé. Nul ne pouvait plus sortir de la ville soit par terre , soit par la Loire , sans une passe, et quatre mille hommes de milice gardaient nuit et jour toutes les issues.

Par malheur, la fidélité de plusieurs était douteuse. Ceux même des gentilshommes qui n'avaient point voulu prendre le parti des révoltes contre le duc étaient ennemis secrets du ministre. Le peuple, trompé ou corrompu à prix d'or, le haïssait également, et quant aux bourgeois; constans dans leur étroit égoïsme , ils demandaient à grands cris la fin d'une guerre ruineuse, fallût-il pour cela donner la tête de leur ancien protecteur.

Celui-ci ne pouvait donc réellement compter sur personne; mais ce qu'il n'attendit ni de la fidélité ni de l'affection , il espérait l'obtenir par adresse, crainte ou intérêt. Il avait appris par une longue expérience que l'homme qui ne s'abandonne pas lui-même peut être plus fort que tous, car il a pour auxiliaires les irrésolutions elles lâchetés de chacun.

Restait toujours pourtant la crainte de ces subites trahisons auxquelles le courage ni l'habileté ne peuvent rien opposer. Il savait que de sourdes trames se formaient autour de lui. Ivon Cosquer avait fait secrètement plusieurs voyages à Nantes sans que les ordres donnés pour l'aivu r eussent pu être exécutés. Soudoyé par la noblesse il courait la Bretagne sous mille déguisemens, échappant à toutes les poursuites , et travaillant la perte de son ancien compère avec la double persistance de la ran-

cune et de l'avarice. En se contentant de le punir au lieu de l'écraser, le trésorier s'était, en effet, départi de sa prudence ordinaire. Il avait oublié que si l'ennemi auquel on a pardonné est le plus souvent un ami douteux, l'ennemi châtié est toujours un adversaire implacable. Il avait d'ailleurs frappé Ivon dans sa plus vivante passion, et le besoin de vengeance avait rendu celui-ci plus hardi. Etienne Chauvin, qui était un des chefs de la révolte, l'avait pris à ses gages, et ils travaillaient tous deux avec une ténacité ardente à la chute de Landais.

Quant au duc, il était demeuré étranger, comme nous l'avons déjà dit, à tout ce qui se passait. L'ardeur au plaisir, qui d'habitude s'éteint avec l'âge, n'avait fait que s'accroître chez lui; il avait en quelque sorte abdiqué le pouvoir entre le; mains de Landais, pour ne plus songer qu'aux. promenades, aux joules et aux divertissemens.

Depuis quelques jours surtout il était sérieusement occupé des préparatifs d'un bal masqué, le premier qui eût été donné en Bretagne. Il attendait pour cette fête des baladins de Provence qui devaient danser des courantes de leur pays, singulièrement légères et courantes, au dire de ceux qui les avaient vues.

C'était là sa grande affaire, la seule dont il voulut entendre parler; et tandis que le moindre bourgeois attendait avec anxiété des nouvelles des deux camps, il ne songeait, lui, qu'à l'arrivée de ses gentils sauteurs, dont le retard l'inquiétait de plus en plus.

Il venait d'exprimer pour la dixième fois son impatience à sa fille Anne et aux daines qui l'entouraient, lorsque le trésorier entra.

— Eh bien ! quelles nouvelles, maître ? demauda-t-il avec empressement.

— Les armées sont toujours en présence, Monseigneur, répondit Landais.

— Au diable ! s'écria le duc avec un geste de mauvaise humeur ; je vous parle de mes danseurs , qui devraient être arrivés d'hier et ne seront point ici pour le bal. Certainement il faut qu'il leur soit arrivé malheur.

— Les routes sont couvertes de révoltés qui, sous prétexte de guerre, assassinent jusque dans nos faubourgs, observa une dame.

— Qu'ils pillent et brillent les manans ou bourgeois, c'est un méfait dont les sénéchaux leur demanderont compte, reprit le duc; mais malheur à eux s'ils oi>t osé mettre la main sur mes plaisirs ! Aussi vrai que Jésus a été crucifié pour nous, je vengerai la mort de mes amés baladins aussi terriblement que si c'était des gens de race royale.

— Ne pourrait-on envoyer à leur recherche? demanda Anne.

— Ainsi ai-je voulu faire, répondit le due, mais les plus hardis archers et gens d'armes se sont excusés ; alors j'ai offert une grâce à son choix pour qui m'apporterait des nouvelles des danseurs de Provence, et, voyez, la merveille, un scribe s'est offert.

— Qui donc, monseigneur ?

— Le jeune secrétaire de maître Landais.

— Albert ! s'écria Marie épouvantée.

— C'est peut-être son nom, répondit François avec indifférence; un visage d'enterrement, avec l'air demi- affolé... Après tout, si je dois perdre un de mes serviteurs, j'aime mieux que ce soit celui-là qu'un autre ; les figures tristes me rendent malade.

Landais, qui, au nom d'Albert, si vivement prononcé par sa fille, s'était détourné, fut frappé comme d'un trait de lumière en voyant la pâleur de la jeune fille. Il ne put retenir un geste d'étonnement irrité et fit un pas vers elle.

Dans ce moment un bruit de voix retentit à l'entrée ; Marie se redressa vivement.

— C'est lui, dit-elle.

— Qui donc ? demanda le duc en se retournant.

Le jeune secrétaire venait d'entrer; François lit une exclamation de surprise.

— Eh ! vive Dieu ! les routiers ne l'ont pas tué, s'écria-t-il. Et les baladins, maître ?

I !•: CALlKEr" DE LECTURE.

— Il me suivent.

— Est-ce vrai? Par mon saint patron, lu mérites d'être reçu comme

la colombe de l'arche.

Et se tournant vers Landais:

— Jeté le recommande, mattre, ajouta-t-il; donne-lui ce qu'il demandera. Je vais voir mes nouveaux h

Il sortit précipitamment, suivi de ses pages. Le trésorier s'approcha d'Albert.

— Vous m'aviez averti que vous étiez ambitieux, messire, dit-il avec un regard fixe; mais vous prenez un route périlleuse.

— Qu'importe', si elle est la plus courte.

— Vous êtes clone bien pressé d'arriver?

\lliert ne répondit pas. mus ses yeux cherchèrent instinctivement Marie; Landais tressaillit légèrement.

— Venez, reprit-il d'un ton sérieux; il faut que je vous entretienne,

Ubert échangea de aouveau un regard avec la jeune fille et suivit le trésorier.

Dès qu'il se trouvèrent seuls :

— Vous cherchez l'occasion d'une fortune rapide? dit Landais; je vous l'ai trouvée.

— A moi !

— Il s'.v.'it de dépêches secrètes pour le roi d" Angleterre ; la perte ou le salut de la Bretagne peut dépendre de leur réception; le duc consent à \ous les confn r. Vous remonterez la Loire et vous gagnerez Rouen, où un navin mdra. Toutes vos instructions et toutes les précautions convenues sont inscrites dans ces notes que vous allez lire avec attention.

— Et quand partirai-je ?

— Demain.

\lhert ne put retenir une exclamation de douloureuse surprise ; le minisire ne parut point y prendre garde,

— Voici un sauf-conduit, ajouta-t-il; mais point d'adieux! Nul ne doit remarquer votre absence, ni le but de votre voyage; Il ne vous reste d'ailleurs que quelques heures, et il faut que vous lisiez ces uotes pour

s rendre avant votre départ. Enfermez-vous dans voire retrait. Cette nuit, pendant que le bal masque réunira la foule dans les appartenons de monseigneur, je viendrai vous porter les dépêches. Ulez, maître, c'est la boule de fortune que Je vous mets à la main; mais le gain ne reste qu'aux joueurs prudens, A ces mots il congédia du geste le jeune secrétaire.

Albert se retira étourdi de l'imporl ion qui lui était confiée

d'une manière si inattendue, mais bien loin de deviner la cai qui l'avait fait choisir de préférence à tout autre.

Le qu'une année entière n'avait pu révéler au trésorier, un seul cri de sa fille venait de le lui apprendre. Elle aimait Albert , et le regard que lui avait jeté le jei ne prouvait assez qu'elle était payéi de ri oui

La décision de Landais fui prise à l'instant. Tout effort visible pour briser cet amour n'eût rail I roitre; car les attachent

comme lesreligions, que la persécution fait grandir; il résolut deséparer les amans sans éclat , te à l'inconstance de tout

humaine. Ubert parti-, l'intérêt q rtail sa fille ne pouvait man-

quer de s'amoindrir, même à son insu. C'était substituer \\n souvenir a un être, faire repasser, pour ainsi dire, l'amour du monde n ■ I des chimères, et le trésorier avait une connaissance trop profonde dis hommes pour ne ] as savoir combien les plus sincères attachent besoin de communication et d'espoir. D'ailleurs, que le jeune secrétaire ou non dans sa mission, il était sûr de pouvoir le retenir loin de la cour autant de temps qu'il en fjilaii pour dénouer insensntous les liens de ce jeune amour,

ii ne soupçonna rien de ce plan. La détermination, subite du ministre l'avait saisi par cela seul qu ce dout il ne prévoyait point le terme: mais, d'un autre côté, il ne pouvait songer ,i repousser une marque de confiance qui, dans sa pensée, prouvait le l'un vouloir toujours croissant de Landais et lui préparait peut-être ui/vi position plus rapprochée de celle de Marie.

Cependant partir sans la voir était horrible ;i penser; cl Comment par venir maintenant jusqu'à la jeune lille, occupée des apprêts île la fêle et entourée de ses femmes? Comment la rejoindre plus tard dans cette salle de bal , dont l'entrée était i ix clercs >i varlets? Écrire était

eux et probablement inutile. Ubert, le cœur plein d'angoisses s'abandonna ii Dieu, auquel il recommanda mentalement sou amour, et voulant se débarrasser d'abord de sa tâche, il se mita étudier les notes remises par le trésorier.

Mais il y avait un autre cour aussi triste et non moins tourmenté; celui de Marie, il frissonnait encore du choc qu'il avait reçu.

La jeune lille comprenait trop bien la cause de celle avide ambition il' Albert pour s'en étonner; mais, en voyant dans quels périls le désir de s'élever jusqu'à elle pouvait le jeter, elle se sentit glacée et résolu! de le voir pour exiger de lui plus de prudence

Or, elle ne pouvait espérer de Long?temps pour cette entrevue une meilleure occasion que celle qui s'offrait le soir même: son père u'était point là; les seigneurs masques arrivaient déjà au château, et sonabe pouvait être remarquée pendant le premier tumulte de la fête. Elle avait d'ailleurs cel leul des cœurs troublés, pour qui tout

retard semble un péril, S'enbardissant doue de ses craintes pour celui aimait, elle gagna furtivement l'escalier de la tourelle, et, haletante, le pied chancelant, les deux mains pressées sur son cœur pour en étouffer les batteuiens, elle monta jusqu'il la chambre haute occupée par le jeune secrétaire.

\ la vu,- de Marie, Albert se leva avec un cri; la jeune lille, effrayée, lui imposa siler.ee.

— Vous ici? dil-il d'une voix pleine d'émotion.

— Ne peut-on nous entendre? demanda-t-elle.

— Je suis seul.

Elle promena les yeux autour d'elle, laissa retomber la portière qu'elle tenait encore soûl regardanl le jeune homme , elle joiguit les

mains avec uiw expression de douloureux reproche.

— Vous voulez doue me faire mourir? dit-elle.

— Moi? s'écria Ubert, que voulez-vous dire, Marie, et qu'avez-

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