JOURNAUX, LIVRES, TKÉAÏRE- MODES 1 I MÉLANGES
CBRONIOI i Dl s TRIBUNAUX.
I XTRAITS D'OOVRACI S [NI DITS 1 I S IDV1 II S
i : i \ inetdi Lectcri para» lousles cinq ji SSgL les ■'■• "'• '"• -'" ■ -' '•' r'" d» cliaquc mois. Pnix : -,• ' 13 fr. pour trois mois, ■-'.. fr. pour su mois cl Ksi pour l'année,. —Pour l'étranger, G rr. en sua par an!
Auuonce»Ssur U colonne» : ~j' ccut" lu ligue.
ET LE CERCLE REIMS
GAZETTE DES FAMILLES
SOMMAIRE
Pierre Landais (suite et lin , par M. Emile Souvestre. —Souvenirs de l'Inde, par M. Charles Ci rat. — Un duel de Napoléon Bonaparte, par M. Horace Raisson. — Les Guêpes, par M. Alphonse K vrr. Tribunaux : Justice de paix; Garde nationale. — Théâtres: Porte- Saint-Martin, les Deux Serruriers, par M.Félix Pyat. — Bibliographie Dissertation critique sur la charte d'Alaon, par M. le prime delà Cliataigneraye. —Tablettes des cinq jours; Faits divers.
PIERRE LANDAIS
J in. —Voir les numéros du 30 avril, des 15, 20, 25 et 31 mai.)
Cependant niessire Chauvin et [von avaient quitté la chambre du secrétaire avec des sentimens bien différens. Le tailleur ne songeait qu'à ineiire, le plus promptement possible, la Loire entre lui et sou ancien
i père, tandis que le gentilhomme se retirai! a regret et comme un
lion qui s'éloigne en rugissanl de la bergerie où il avait réussi El | éni • i La découverte qu'il venait de faire de l'amour d'Albert, jointe à ! d'une entreprise qu'il avait cru assurée, excitait en lui une rage qu'il contenait à pi
Arrivé au bas de l'escalier de la tourelle, il s'arrêta comme s'il n'eût pu se résoudre a passer outre.
— Encore une occasion masquée, dit-il, la tête basse et les bris pendons.
— Demandons à Dieu qu'il ne nous arrive pas de plus grand malheur, répliqua Ivon en montrant le chemin qu'il fallait prendre.
— Mais d'où vient que l'on a changé le gardien de cette maudite poterne ?
— C'est ce dont nous nous informerons une autre t'ois, niessire; pour le moment, il ne s'agit que de mettre nos pourpoints en sûreté. Mais, au nom du Sauveur ! ne perdons point de temps, si nous ne voulons être mis en suc el envoyés à la mer par dessous les ponts, comme moulure gâtée.
— Allons, dit Chauvin avec un soupir, reprenons la route d'Ancenis.
— Ce n'est ni le plus facile ni le plus sur, observa Ivon
— Pourquoi cela ?
— Parce que les deux armées, qui, à noire départ, étaient à une portée de sifflet l'une de l'autre, peuvent avoir joue des mains en notre absence, et que si bs gentilshommes ont eu le dessous, nous rencontrerons justement la-bas ce que nous fuyons ici. Le plus prudent est de gagner l'autre rive, où nous trouverons niessire Trèvecar avec
les siens.
— Soit, dit Etienne en restant toujours immobile. Puis, se reprenant tout à coup :
— Mais l'homme d'armes? demanda-t-il.
— Il nous attend à quelques pas, près du Passage,
Messire Chauvin soupira et regarda autour de lui comme s'il cherchai! quelque prétexte pour demeurer.
— L'occasion de rentrer ici ne se présentera pasde long-temps, dit-il •
si je pouvais joindre au milieu de la fête les gentilshommes avec lesquels nous entretenons correspondance... qui sait s'ils ne tenteraient point quelque coup de main? Ces moins prémédités sont souvent les plus heureux.
— Et quel moyen de reconnaître sous le masque ceux qui tiennent pour vous, niessire ? dit Ivon. Par votre saint patron! ne songeons qu'à gagner la porte qui donne du côté de la Loire.
Etienne leva les deux poings avec ra i
— Il y a une malédiction sur nous, dit-il. Des précautions si bien
prises!... et partir sans avoir fait aucun mal au tailleur ; sans qu'il sache même que nous sommes venus !
— Écoutez! interrompit Ivon en baissant la voix, on descend l'escalier.
— Albert sans doute.
Non, c'est le pas d'une femme... la lille du trésorier.
Sa tille ! répéta Etienne, saisi d'une terrible tentation.
— La voici.
— Elle est seule?
— Seule.
— Prends ce sauf-conduit.
— Moi!
— Et pas un mot, pas une hésitation, ou tu es mort.
En parlant ainsi, messire Chauvin s'était rangé dans l'ombre ; la jeune fille venait de franchir la dernière marche de l'escalier; elle allait tourner l'ancrle du porche... Tout à coup deux bras la saisirent... elle voulut crier, une main s'appuya sur ses lèvres; se débattre, les plis d'un manteau l'enveloppèrent. Elle essaya de résister encore, mais la lutte fut courte; raessire Chauvin l'avaient enlevée, et la tenait serrée contre la cuirasse d'acier que recouvraient ses vêtemens : suffoquée, elle s'évanouit.
A la poterne maintenant, et montre le sauf-conduit, dit Etienne
en poussant le tavernier devant lui.
Celui-ci était comme ivre de surprise et d'épouvante ; il se précipita vers l'entrée sans savoir où il allait, et montra machinalement sa
2)assc.
— Que porte là ton compagnon? demanda le sergent en Youlant
s'approcher.
Arrière! cria Etienne; laissez passer la justice du trésorier.
Les soldats s'écartèrent avec une sorte de terreur, et tous deux franchirent le pont-levis.
L'homme d'armes les attendait près du passage; Etienne courut à la barque et y déposa son fardeau.
Dans ce moment, la jeune fille, revenue de sa défaillance, fit un effort pour se dégager.
— Vite, cria Etienne.
Ivon et l'homme d'armes s'élancèrent dans la nef.
— Partez, reprit-il, rapidement ; moi, je reste. Vous remettrez cette jeune fille aux gentilshommes qui attendent sur l'autre rive, et surtout qu'ils ne se la laissent pas enlever , car c'est la vengeance et la paix qu'ils ont entre leurs mains. Allez; voas m'en répondez tous deux sur votre tète.
Il repoussa lui-même la barque, qui se détacha du rivage et se perdit bientôt dans la nuit.
— Et maintenant à l'autre ! murmura-t-il d'un ton joyeux en regardant le château; qui tient le petit est bien près de tenir le renard.
A peine eut-il disparu, que la claie fermant la cabane de roseaux du passage s'ouvrit doucement ; une ombre en sortit, se glissa avec précaution le long des saules et arriva jusqu'à l'escalier d'embarquement. C'était le batelier à qui sa nef venait d'être enlevée, et qui avait tout vu.
Cependant Albert était demeuré seul dans son retrait, sans pensée et comme anéanti. Tant que Marie avait été là, qu'il avait entendu sa voix, ru ses pleurs couler, son affliction l'avait soutenu ; mais elle partie, il lui sembla que tout devenait ténèbres, et il sentit la force l'abandonner comme un corps dont l'aine se fût envolée.
Bientôt une nouvelle agitation succéda à cet accablement. Les reproches de messire Chauvin commençaient à lui retentir au cœur. Nourri dans les idées d'honneur de son siècle, et habitué à regarder comme un devoir pieux, pour le fils, d'adopter toutes les haines du père, il éprouvait une sorte de remords de ne point désirer plus chaudement la vengeance. Il «'accusait d'impiété et se prenait en mépris. Puis, se raidissant tout à coup contre ce repentir, par un de ces retours naturels aux cœurs bourrelés, il cherchait à se justifier à ses propres yeux ; il s'indignait contre la méchanceté des hommes ; il détestait Etienne de lui avoir
appris le douloureux secret de sa naissance; il maudissait cette inimitié sans justice qui lui faisait poursuivre le crime du père jusque sur la fille.
Albert n'en pouvait douter: si messire Chauvin l'emportait, Marie avait tout à craindre. C'était en elle surtout qu'il chercherait à frapper le trésorier, comme en ce qu'il avait de plus cher. La jeune fille deviendrait entre ses mains un instrument de suppMce ; il l'avait promis, et sa haine répondait de sa promesse.
Cette idée fit naître une crainte subite chez Albert. La j)asse livrée à son oncle était générale; elle devait lui ouvrir toutes les portes, et, au lieu, d'en user pour fuir, il pouvait s'en servir pour introduire la troupe de révoltés à laquelle le hasard avait fermé l'entrée du château. Le j?une homme fut glacé de terreur à la pensée qu'il venait peut-être, à son insu, de commettre une sorte de trahison et d'exposer la vie de Marie. Il resta un instant effrayé et indécis : il ne pouvait prévenir le ministre, et il ne voulait pas le laisser surprendre ; parler ou se taire était également une perfidie. Ne sachant à quoi se résoudre et voulant au moins s'assurer si ses craintes étaient fondées, il descendit rapidement vers la Loire.
En arrivant au passage, il trouva le batelier, une lanterne à la main, et qui semblait chercher à terre.
— Où est ta nef ? demanda-t-il vivement en apercevant la lune qui scintillait, sur l'eau, à la place vide de la barque.
— Partie, répondit le marin.
— Sans toi ?
— Ils s'en sont emparés, messire.
— Qui ?
— Des hommes masqués qui enlevaient une femme.
— Tu les as donc vus ?
— De ma cabane ; mais ils étaient armés.
— Tu as craint de te montrer?
— Et j'ai bien fait, ils ne me cherchaient point, ajouta le batelier en baissant la voix; vu que d'habitude ou ne souhaite pas de témoin quand on enlève une femme.
— Une femme ! répéta Albert.
— Évanouie ou morte, car elle ne bougeait.
— Et d'où sortaient ces hommes?
— Du château.
Le secrétaire tressaillit .
— Mais la femme, dit-il, tu l'as vue ?
— Non, messire, j'ai seulement trouvé ce bracelet.
Le jeune homme le prit vivement, et poussa un cri en reconnaissant l'écusson de Landais.
— Vous savez son nom? dit le marin étonné.
— Une barque , malheureux ! une barque !
— Il y a la celle de Pierre.
Albert y courut, et brisant la chaîne qui retenait la nef:
— A ta rame ! cria-t-il au batelier, et tout ce que je possède est à toi si tu les atteins.
Pendant ce temps, le joyeux tumulte de la fête donnée par le duc allait toujours grossissant. Un bal masqué n'était point alors!, comme de nos jours, une sorte de bibliothèque géographique reproduisant les costumes de tous les peuples et connue d'avance par tout le monde ; chacun s'y donnait libre carrière, saisissant l'occasiou de produire ses plus bizarres caprices, et s'habillant pour ainsi dire de son rêva* noble ou hideux, grotesque ou terrible. Aussi pouvait-on deviner en voyant la forme adoptée par chacun, quelle était sa fantaisie la plus ordiuaire ; ce n'était point, à vrai dire, une mascarade, mais plutôt une confession. Ce qui d'habitude se cachait an-dedans, paraissait ce jour-là au-dehors ; tandis que l'homme caché était l'homme que le monde façonnait à ses exigen-
ces, l'homme apparent était l'individu même dans sa personnelle inspiration ; le véritable visage mentait; c'était le masque qui disait la vérité.
Ainsi, qui pourrait dire les innombrables formes sous lesqu (luisaient la les intimes penchans ! Quels étranges contrastes : Quelles folles alliances ! Cette feule n'avait plus rien d'humain. On y retrouvait toutes les inventions effrénées de l'art au moyen-âge, tous ces caprices adorables ou monstrueux sculptes aux murs d liédrales. \ voir
ce chaos d'anges ailés, de démons cornus, de génies couronnés, de dammes, de dragons, de chimères et de déesses antiques , on eût dit je ne sais quelle irruption confuse du monde imaginaire dans celui de la r, alité;une sorte de députation de tous les paradis et de tous les enfers réunie là par une suprême fantaisie.
Le duc, déguisé en Apoïïo, avait fait son entrée au milieu de neuf demoiselles merveilleusement belles et aussi légèrement vêtues que les nuises. Mais l'éclat des lumières, le son des reliées et l'air tout chaud de parfums et d'haleines, n'avaient point tardé à le jeter dans une sorte d'enivrement. Il regarda un instant passer ces dieux antiques condi des femmes demi-n ribauds pour lesDianescli
ces démons obscènes entraînant des ailles ; et, emporté par une de délire contagieux, il s'élança lui-même au milieu de cette folle mêlée.
T.e trésorier entra dans ce moment. Son premier regard chercli rie au milieu de la fouir l'apercevant point, il la demanda au
héraut qui gardait la porte. Celui-ci ne l'avait point vue.
Landais parcourut lentement les salles sans pouvo montrer.
mné, il chai tien de continuer a chercli dans
le bal, et il allait lui-même se rendre à son retrait, 1< I [uesGuibé
parut pâle et effaré.
Le trésorier le lit entrer promptement dans une pièce à l'écart,
— ><>us avons perdu la bataille? demanda-t-il isse.
— >on, répondit Jacques haletant.
— Quelles nouvelles de l'armée, alors ?
— I! n'y a plus d'armée, messire.
— Commi
— \u moment d'eu venir aux coups, nos soldais ont tendu la aux révoltés et se sont joints à eux.
— Qui t'a dit c
— Les fuyards qui viennent d'arriver. Au moment où ils sont partis, les deux années se préparaient à marcher sur .Nantes.
Landais demeura sans mouvement, sans parole et sans pensée.
I! avait prévu la possibilité d'une défaite et pris ses mesures pour y remédier, mais le coup qui le frappait était trop décisif et trop inattendu; ce n'était plus un échec, c'était une ruine ; c'était la destruction sub complète de tous ses plans.
irce d'adn i il avait cru pouvoir
ter la lutte contre les seigneurs; il la petite no-
sse, armé la boi >yé les manans, donné des cou
démens à tout roturier capab l'épée; vains efforts! A la pre-
mière épreuve • truit pendant qi
années s'était écroulé. Les i Hier, n'a\
replacer sous le fouet la tête basse.
tiré deboul
les nouveau. -, <|Ue luj
de! au milieu de
suivi.
11 sortit pourtant de sa préoccupation, lo demanda ee qu'il fal
I/idiv de sa responsabilité lui revint, et l'orgueil le ranima à d'espérance.
— Amène -moi d'abord un des fuyards, dit-il, l'inter-
l.e capitaine sortit .
l'es i aie , son :
mis, avi
plus l' [ue. Landais
tenter la di tude et
lui donner, au moins, la distrayante péripétie du
Puis, comme il arrivi , . j| ,|u
desespoir lui parut une chance de salut ; il n'avait d'abord élu relié qu'un moyen de retarder sa chute, il lui ! ientôt qu'il n'était pi
possible de la prévenir.
Il comprit les d irda mieux et de plus près; le difficile
après tout, était di dans le premier instant. La nouvelle de la
fusion des deux armées était dan craindre que no-
par l'exemple, ne se tournassent contre lui aussitôt ; car les foules ressemblent aux oiseaux de proie: pari
i la mort,elli eedescris d Mais, aussi,
s'il ne succombai était cer-
taine. En le reviendraient à lui, et les lâches
rentreraient dans le silence.
Quant aux deux armées réunies dans un moment d'enthousiasn s'y trouvait trop d'orgueils égaux et de droits contraires pour que la disne se mit pas entre les Idats. Incapables, d'ailleurs,
Ire un sieL'e, elles ne pouvaient par la
ou le bon vouloir des habitons ; et pour re furieuse et intrépide, il suffisait de lui perle de ses pri-
marchandi 'l'ouïes ces réflexions rassurèrent ndais, ei lorsque Guibé re-
ivec le fuyard, il avait déjà arrêté une partie des dispositions qu'il
devait prend-
Jacques lui apprit ave deux
bal.
— Le due en est-il instruit
— \ni n'ose le lui annnoncer, répliqua Guibé, el Monseigneur conti-
— Qu'il danse, dit Landais, pendant ce temps nous sauverons sa couronne.
Il se mit alors à inl int les réponse achevèrent de
il al] ail donner des ordres à son neveu, lorsque Guéguen, leeipitamn
— Qu'y a-t-il encore? demanda le trésorier.
— \ otre Glle... balbutia I
— Eh bien, ma I
— Elle a disparu.., Le ministre i
— Que dis-tu. malheureux? On ne l'a donc point cherchée?
— Pari i ire !
— Mais ses femmi
il pu la trouver.
— C'est impossible : qu'on l'appelle, qu'on inti monde,
un !
— Ile moi
Landais se détourna. M Cl
ntilhomme
— Di
— i 'l'on nous I
Guibé, le soldat el Ja tirèrent.
— I ii bien ? demanda-t-il plein il ngo
— Re<*arde-moi d'abord, tlit-ï 1 avec un sourire sinistre. Est-ce que ma
fait pas peur? Ne devines-tu pas qu'elle t'annonce quelque
terrible nouvelle?
je ne te comprends point, dit Pierre plus troublé tu devais me parler de ma fille ; s'il est vrai que tu l'aies vue , réponds, où
est-elle ?
— Enlevée.
— Tu mens !
— Enlevée par moi cette nuit même, au moyen d'un sauf-conduit sitjné de ta main! et si tu doutes encore, fais-la chercher; je ne désire point abréger l'agonie qui commence pour toi, car elle réjouit trop mon cnu.\ Attends et espère.
La joie cruelle qui accompagnait ces mots ne permettait point le doute; landais se sentit froid jusqu'au cœur.
— Et où l'as-tu envoyée? demanda-t-il d'une voix tremblante. Au camp des révoltés.
— Alors c'est une rançon que tu veux ?
— C'est une expiation.
— Une expiation?... mais ma fille... tu me la rendras.
— Quand tu m'auras rendu mon frère.
Landais lit un geste d'épouvante.
Vous n'êtes point assez lâche pour tuer une enfant ! s'écria-t-il.
— Tu as bien tué un vieillard, toi, répondit Etienne, Pierre s'approcha, pâle et la voix altérée.
Prenez garde, messire, vous aussi vous êtes en mon pouvoir, et le
mal fait a Marie, je puis vous le rendre au centuple.
Essaie, dit le gentilhomme avec un calme souriant, j'accepte la
partie a ces conditions. Nous verrons qui succombera le plus tôt de ta lille ou de moi.
Landais frémit.
— Ne perdons point le temps en inutiles menaces, messire, dit-il rapidement, vous ne pouvez vous venger de moi sur une enfant, car ce serait une honte et une lâcheté. L'avoir enlevée est trop déjà; mais vous avez bien choisi où me frapper, vous me tenez par le cœur ; aussi n'emploieraije point de détours, réglez vous-même le prix du rachat, et dites-moi à quelles conditions ma fille me sera rendue.
É'ienne ne répondit rien ; depuis quelques instans sa tête s'était penchée, et il semblait prêter l'oreille. Son silence épouvanta le trésorier. Il savait que tout était à craindre de cet homme, fou dans sa haine comme il l'avait ete autrefois dans sa douleur, et qu'un crime ne l'effraierait point s'il tournait au profit de sa vengeance. L'amour paternel était la seule passion tendre de Landais; il y avait mis toutes ses consolations el tous ses élans. L'idée que le sort de Marie s'accomplissait peut-être dans ce moment le jeta dans une sorte de délire : il courut à Etienne, et lui saisissant la main :
— Rendez-moi ma fille, messire, s'écria-t-il, rendez-la moi, et je souscris à tout ce que vous voudrez... Le mal que j'ai fait à votre famille, je puis le réparer; je lui rendrai ses biens, ses emplois, ses armes; je vous ferai plus puissant que votre frère ne l'a jamais été ! mais dites-moi où est Marie; un gentilhomme ne peut frapper une femme; on ne frappe que ceux qui se défendent.... Épargnez-la , messire!... Vous avez dû aimer quelqu'un aussi, dans votre vie.' Par son souvenir et au nom du Dieu tout-puissant, rendez-moi ma fille !
Et comme Etienne ('coûtait, toujours muet :
— \e restez pas ainsi, messire! s'écria Landais hors de lui; qu'attendez-vous, et pourquoi ne rien dire? Ma fille court-elle quelque danger? oh ! répondez, si vous croyez en Dieu, répondez ! Que faut-il donc pour vous toucher? des prières? j'ai les niions jointes; des larmes? je pleure! N'est-ce pas assez pour que vous ayez pitié? Faut-il vous parler comme a Lieu lui-même, je suis prêt, voyez.
Landais, éperdu et tremblant, s'était courbé devant le fou; celui-ci l'écrasa d'un regard.
— Enfin, tu pries, dit-il.
— Pour ma fille, répondit Landais d'un air noblement suppliant. Dans ce moment, l'horloge sonna deux heures; messire Chauvin tressaillit, et un éclair de joie illumina tous ses traits.
— Prie pour toi-même! s'écria-t-il en étendant la main avec menace vers le ministre.
Celui-ci leva les yeux avec étonnement.
— As-tu donc cru que je venais ici sans but ou pour traiter avec toi ? reprit Chauvin. Le seul accommodement possible entre nous est celui que scellera la hache, et nous le conclurons bientôt, car tu n'as plus d'armée.
— Je le sais, répondit Pierre.
— Et sais-tu aussi que l'avanl-garde des révoltés est déjà sous les murs de Nantes? sais-tu que les gentilshommes, qui viennent de l'apprendre au bal, ont couru aux armes afin de les seconder?
— Est-ce vrai?
— Je suis venu parce qu'il fallait t'empêcher d'être averti et de prendre tes mesures; occupé de ta fille, tuas oublié tout le reste; et maintenant, la ville est livrée.
— Livrée ! répéta Landais.
Il voulut s'élancer vers la porte, mais Chauvin abattit vivement la barre qui la fermait en dedans, et tirant son épée :
— J'ai promis que tu ne sortirais point, dit-il résolument.
— Place, messire, ou j'appelle! s'écria Landais.
— Tes gardes ont quitté la galerie.
— Ils sont ici près.
— Moins prés que ce fer de ta poitrine; et si tu pousses un cri, ce sera le dernier.
Le trésorier recula pâle et hésitant. Il sembla mesurer l'espace qui le séparait de la porte, puis promena les yeux autour de lui comme s'il eût cherché une arme ou une issue , mais il n'y avait nul moyen de se défendre ni de, fuir.
Etienne, qui avait suivi ses regards, sourit.
— Tu cherches en vain, dit-il lentement; tu es bien en ma puissance; toi et ta race, je vous écraserai aujourd'hui sous mon talon, comme une nichée de vipères; cette fois, tu ne m'échapperas point !
— Que Dieu fasse selon son désir, dit Landais d'une voix sombre. El il s'assit avec une sorte de calme terrible.
Il y eut un moment de silence; tous deux attendaient, et pour tous deux chaque minute était un siècle d'angoisses.
Tout à coup un bruit de voix se fit entendre, des pas précipités retentirent dans la galerie.
— Landais! s'écria Etienne, voici la mort qui vient !
— La mort, répéta Pierre en se relevant, je la recevrai debout.
Le gentilhomme avait retiré la barre ; la porte s'ouvrit vivement, et Albert parut tenant Marie par la main.
Trois cris partirent en même temps,' la jeune fille s'était élancée dans les bras de son père; Etienne, immobile et muet, ne pouvait en croire ses yeux ; Albert s'avança vers lui.
— Ah! c'est toi qui l'a remenée, dit le vieillard en l'apercevant.
— C'est moi! répondit froidement Albert.
— Misérable ! cria Chauvin avec un geste violent. Les yeux du jeune homme s'allumèrent.
— Les misérables , dit-il , sont ceux qui emploient la violence et la trahison contre une femme sans défense.
— Et ces lâches t'ont laissé la reprendre! continua Etienne sans l'écouter; ils ne l'ont pas plutôt percée de leurs épées! Ah ! j'aurais dû le prévoir et la conduire moi-même!
— Oui, interrompit vivement Pierre, mais tu ne l'as point fait, et ma fille est sauvée, et, grâce à toi, je sais tout! Dieu soit béni, j'ai retrouvé ma force et mon espérance!... Ui ! tu as raison, messire, le seul accommodement possible entre nous désormais est celui que scellera la hache, mais tu t'es vanté trop tôt, car c'est toi maintenant qui tiens le manche ; à toi le tranchant!
11 y a dans toute l'existence humaine des jours d'épreuve où les désastres se multiplient avec une smie de fatalité invincible, où chaque instant amène un changement nouveau, où tout se succède el se précipite comme dans un drame habilement préparé"; crises courtes, mais suprêmes, qui recèlent souvent plus d'événemens et d'émotions que tout le reste de la vie!
Landais était arrivé aune de ces heures décisives où notre destinée court de péripéties en péripéties à son dénoument. Au moment même où, par un bonheur inespéré, sa lille lui était rendue, les gentilshommes qui avaient quitté la fête ouvraient une porte aux révoltés, et leur livraient ainsi la ville.
Ceux-ci parurent bientôt devant le château, mais ils trouvèrent les herses levées el les remparts -amis d'archers; ils s'arrêtèrent à quelque distance des fusses pour délibérer.
Cependant le duc, qui avail été averti le dernier, venait d'accourir à la tourelle pour reconnaître la force <le l'ennemi ; il j trouva Landais.
— Combien sont-ils!' demanda François haletant.
— Assez pour que leur châtiment serve d'exemple, répondil le trésorier qui sentait le besoin de relever le courage du due par une teinte tranquillité.
Mais celui-ci s'approcha d'une meurtrière, et aperçut, aux premières lueurs du jour, la troupe des assiégeans qui occupait déjà tous les abords du château, et il recula en palissant :
— Miséricorde, c'est une armée ! dit-il d'une voix troublée. Landais allait répondre, lorsque Jacques Guibé annonça qu'un envoyé
de la noblesse demandait à parler à Monseigneur.
— Que veut-il? demanda le trésorier.
— 11 apporte di ions.
— Qu'on le chas
— Non, qu'il vienne! interrompit rapidement le duc.
— Il vous trompera, Monseigneur.
— J'y prendrai garde, maître.
Et, comme Guibé semblait hésiter :
— Amène-le, ajouta-t-il ; je le veux!
Jacques reparut bientôtavec un gentilhomme en costume de guerre, m. us désarmé: c'était le vicomte de Rohau.
Le vicomte s'inclina respectueusement à l'aspect de François; celui-ci salua légèrement du geste et s'assit, il y eut des deux i une pause; Landais, les bras croisés, observait le duc.
— Quelles [) les m'apportez-vous de la part des vô re demanda
enfin celui-ci d'un ton qu'il s'efforçait de rendre hautain.
— Toujours la mê Monseigneur, n pondit le vicomte; les gentilshommes sollicitent n , aration el justice.
— Dans cette supplique, Me
— Lisez.
lail a la main et obéit.
[u'il avail appeli n'était .mire chose qu'un I
par li quel la nobl , plus anciens privili
l'acte déjà proposé à la uredel il s'était trouvé un
lier des genti additions
que le temps, la réflexion ci le succi s Le duc écouta celte longu de co-
daient qu'on leur livrai !
— Cela ne peut être, :
s, ce serai; me I ne, car il i
torité.
— Que Moj de commun n'existera plus entre lui et cet hou
— Le duché et moi, nous lui devons trop pour l'abandonner aux mains de ses ennemis.
— Songez, Monseigneur, que, quoi qu'il arrive, il y tombera, reprit le \ icomte avec une fermeté soumise ; nous sommes maîtres de la ville, et nous le serons du château aussitôt qu'il nous plaira Li bout
lieraient eux-mêmes à l'assaut, de peur de nourrir trop longtemps nos hommes de pierre, et, pour rouvrir plus tôt leurs boutiques, ils pendraient maître Landais de leurs propres mains. Tout secours esl donc impossible, toute n sistance vaine et sans profil i 'oyez-moi, Monseigneur, rende/, la paix au duché eu séparant votre i u de celle d'un mauvais sen iteur qui maintes fois vous a trahi vous-t
— C'est ce qu'il faudrail prouver, dit le duc, dont la résolution devenait moins terme à mesure qu'on lui montrait plus elairemci
— Qu'à cela ne tienne i pi ua le vicomte; nous ne voulons que l'équité, ci si Monseigneur doute des ci il le i de m litre Landais, nous consentons à ce qu'il lui donne des juges.
François se tourna vers le ministre comme pour l'interroger du regard. Il était évident qu ion làcl édail déjà, et qu'il edl sortir de péril en livrant son favori; mais il n'osait s'avouer à lui-même son désir. Domine malgré toui par le énie de Pierre, il attendait, avec cei insiinci des égoïstes pour deviner les fortes aines, que landais lui accordât lui-même la permission île le trahir.
\l.us Landais demeura muet.
Un travail terrible s'achevait m ro moment d ril Vpn :
avoir attentivement écouté tout ce que venait de duc le vicomte, après avoir suivi les impressions du due el s'être senti abandonné par lui, il avait rapidement repassé dans sa pensée tous les moyens d lui restaient, et avait n connu leur impuissance. Alors, voyant s certaine, il s'y était résigné avec la promptitude d et n'avait plus songi qu'à sauver sa fille, s'il était possible, de cet inévitable naufrage.
Sa résolution fut aussitôt prise; il lit un pas vers le due, inquiet de son silence, el qui baissa les yeux sous son regard.
— Les propositions de messire «le Rohan peuvent être acceptées, ditil, s'il accepte également les nôtres.
— Quelles sont-elles ? demanda le vicomte attentif.
— Les voici, messire. Je veux, quel que soit l'arrêt des juges , que tous mes biens soient conserves a ma lille, qui demeurera libl tresse de ses volontés et à l'ai i i de toute poursuite.
— Ceci peut vous être accord i, dil le vicomte.
— Je demande qu'aucun empêche m ne soit appi
avec celui que je lui cil li-même.
— Qu'il sud encore fail en cela selon vos di >irs, maître,
— Je veux enfin que vous juriez d'être fidèle à i
de la noblesse entière ; que v personnellement votre hon-
r et le salut de votre an
— Je l'engage, dit le vicomte, • rueifix suspendu au mur.
— Et moi, ajouta le di
h u i du i ui lié ti c : • >'c'-
— Dieu voi récompense i ... d\.boi
embras i
nom du in
lille et a l'instruire du
retenir ne firent qu couri
— Ali ! que se passe-t-il, et que vous veut-on, mon père? demandât-elle épouvantée.
— Tu le sauras, entant, dit Pierre ; mais je te cherchais, il faut que je te parle.
— Oli ! dites-moi d'abord que vous ne courez aucun danger.
— Les morts seuîs pourraient parler ainsi, ma fille.
— Ainsi vous craignez?
— Rien : du calme, Marie, du calme, et écoute-moi, les momeris sont précieux.
— Ali ! parlez, mon père.
Landais prit les mains de la jeune fille, et Albert voulut s'éloigner, il l'arrêta d'un signe.
— Reste, dit-il, tu peux, tu dois tout entendre. Et, rapprochant Marie de son cœur :
— Réponds-moi, continua-t-il, et réponds sans détour, car il y va de tout mon bonheur : est-il vrai, comme tu me l'as dit un jour, que tu n'aies jamais désiré l'éclat ni la puissance;'
— Ah ! vrai, vrai, mon père.
— Et maintenant, comme autrefois, tu ne demanderais qu'un manoir entouré d'arbres et la paix dans l'obscurité ?
— Ah ! n'est-ce point assez pour aimer à vivre? Landais soupira.
— Tout est Lien alors, reprit-il. Ce que tu désirais, je te l'ai obtenu! Peu importe que nies ennemis renversent l'édifice de fortune que j'avais mis quinze années à (lever pour toi ; puisque tu n'eu voulais pas, il eût toujours fallu le détruire. Dieu fait ce qu'il faut.
Et serrant contre sa poitrine la jeune fille qui le regardait avec une vive anxiété.
— Ne crains rien, enfant, continua-t-il ; je viens d'assurer ta paix.
— Mais la vôtre, mou père ? s'écria Marie.
Landais détourna les yeux ; elle saisit ses mains avec une brusque épouvante.
— La vôtre ! répétait-elle, vous ne m'en parlez pas. Est-il sûr que vous n'ayez plus rien ù craindre ? Oh ! répondez, au nom de Dieu ! ne savez-vous point que je ne veux être sauvée qu'avec vous? que sans vous je ne puis être heureuse ?
— Tu te trompes, dit Landais eu souriant mélancoliquement ; je ne suis que ion père, moi.
— Ah! que dites-vous?
— '- s, cela doit être ainsi; je ne puis, moi, que te préparer la vie; c'est à un autre de te la faire joyeuse, et cet autre... tu l'as trot
Lajt- avait suivi toute celte scène
avec une émotion croissante, tressaillit embarrassé. Landais se pencha vers Marie, et d'une voix plus basse :
— Réponds, dit-il; me suis-je trompé? celui qui t'a an-aehée aux mains de tes- ravisseurs n'est-il pour toi rien de plus qu'un libérateur? N'est-ce pas avec lui que tu voudrais le manoir solitaire et la paix dans l'obscurité ?
— Mon père !... murmura la jeui ; cachant si sur le
Landais.
i, dit Pierre avec dom
é confus et attendri :
— Promets-tu d , cryjitre tous?demanda-t-il.
— Ah ! jusqu'au d uffle démo
— Alors emmèi ;ria Landais d'm Je puis mourir mt, car je la laisse heureuse et pi
— Tu t.: trompes, Landais, dit Chauvin en p. lorte du
s, répéta Etienne'. E» souscrivant toi-même à tjc perte,
tu crois avoir assuré à ta fille un doux avenir et un fidèle protecteur ! eh bien ! ton espérance est vaine, car il y a entre elle et lui un obstacle invincible.
— Lequel?... demanda Landais.
— La tombe du chancelier, dont Albert est le fils ! Pierre recula en poussant un cri.
— Ainsi, reprit Etienne avec un sourire sauvage, le bonheur de ta fille est impossible, et c'est toi qui en est cause ! Ainsi ton sacrifice aura été inutile, car, eu mourant, tu la laisseras seule et le cœur brisé!... Bénis donc encore Dieu qui s'est joué de toutes tes espérances. Ah ! je t'avais averti que le jour des représailles viendrait, Landais ; trouves-tu enfin que je sois vengé?
Aux premières paroles d'Ktienne, Marie s'était caché le visage, et le jeune secrétaire était devenu pâle. Landais demeura un instant égaré; ses deux mains se portèrent à sou front comme s'il eût craint de devenir fou.
— Albert fils du chancelier... répéta-t-il; cela ne peut être... tous deux sont morts...
— Tu l'as cru, répondit Etienne; mais celui-ci fut sauvé par moi.
— Tu mens !
— J'en ai la preuve.
— Tu mens !
— La voici.
— LTn acte ! s'écria Albert.
— Signé des moines oui le reeurent.
— Ainsi... c'est la vérité?
— Regarde.
Le jeune homme saisit le parchemin :
— Et c'est là le seul témoignage de ma naissance, reprit-il après l'avoir parcouru ; c'est là le titre qui m'assure un héritage de sang pour lequel il faudrait renoncer à la pitié et au bonheur!... Je le refuse!...
— Rends-moi cet acte ! s'écria Etienne.
— 11 m'appartient, dit le jeune homme ; moi seul ai droit de m'en servir.
— Et qu'en comptes-tu faire?
Pour toute réponse, Albert courut au foyer et jeta le parchemin dans les flammes.
— Malheureux! s'écria Chauvin.
— Qu'un autre réclame maintenant votre noble nom, messire, reprit le jeune homme avec calme ; moi je ne suis qu'un orphelin abandonné, le fils d'un mendiant, et je n'ai d'outre famille que cette femme et ce vieillard.
Landais leva au ciel ses yeux mouillés, et embrassant Marie :
— Maintenant, je te quitterai sans crainte, ma fille, dit-il d'une voix profonde; tu as quelqu'un qui t'aime autant que moi!
Quelques mois s'étaient écoulés depuis les événemeus racontés aux chapitri is. La noblesse, rassemblée dani -aile de
vue, entourait le duc qui se montrait pour la fois depuis plusieurs jours et dont le pâle visage por-
tait c: maladie.
A dei is un fauteuil, les mains jointes et les jambes
, l'autre, il écoutait une histoire qui occupait alors tout le due! ait de rien moins que d'une riche et belle bour-
geoise i s livrée d'amour à un ble avait re-
tard pour Satan lui-même. La justice i Le venait d'évo-
quer l'affaire, et il u'était bruit que des effrayantes dépositions de la belle hi tdes exorcismes et purifications employés par messircs
lesji' iastiques.
Le due prêtait l'oreille à ce récit, agréablement assaisonné par le vide ilohan, de louange : pour sa seigneurie et d'épigramnies contre
messire Satan ; mais son air restait froid, et le sourire n'avait point entr'ouvért une seule fois ses lèvres pâlies.
La foule, les yeux fixés sur ceux du due, n'osait s'amuser sans qu'il en donnât l'exemple et demeurait également sérieuse.
Le vicomte, déconcerté du peu d'effet de son histoire, coupa court en abrégeant les derniers détails.
— .Nous vivons dans des jours tristes, messire, dit gravement le due lorsqu'il eut achevé, je n'entends plus parler que de crimes, de prodiges ou dejugemens.
Et comme si ee dernier mot eût réveillé en lui un souvenir :
— T.e procès de messire Landais n'avance-t-il point, demanda-t-il? que je n'en entends plus dire mot ?
— Si je ne me trompe, les juges ont fini leur office, répondit Rohan avec quelque contrainte.
— Quoi qu'ils décident, interrompit le du Landais a ma parole et doit obtenir grâce. T.a clémence est cl mte aux vieillards, car Dieu ne pardonne qu'à ceux qui ont pardonné.
Les gentilshommes se regardèrent d'un air embarrassé, et il y eut un assez long silence.
II fut interrompu par un bruit de voix qui se querellaient dan lerie voisine. Le due demanda la cause de ce débat ; mais avant qu'on eut pu lui repondre, la portière se leva brusquement, et ilbi ; avec Marie.
A leur aspect, tous les seigneurs firent un mouvement.
Le jeune homme n'avait point d'épee et la jeune femme portait la coiffe de deuil des bou tous deux liaient vêtus de ni
s'avancèrent ensemble vers le du >UX.
— An : je comprends, dit François, maître Landais a cte condamné.
— Il est \rai, murmura Albert.
— Et vous venez solliciter sa gi
Le jeune homme et la jeune fille relevèrent la tête avec un étonnement douloureux.
— Il serait trop tard! répliqua Albert d'une voix sombre.
— Que veux-tu dire? interrompit le duc. Le ci
— Est mort depuis trois jours de la main du :
François se leva d'un bond, en poussant un cri si terrible que les gentilshommes reculèrent.
— .Mort ! repeta-t-il avec une sorte d'égarement, sans que je l'aie su... Mort de la main du bourreau, maigre ma promesse, malgré ma volonté! Qui donc a ordonné le suppli
— Nous tous, Monseigneur, répondit Etienne; il fallait faire ji nous avons exécute l'arrêt sans rien dire, afin de ne point être f< vous désobéir.
— Et personne ne m'a prévenu ! reprit François avec rage.
— Personne ne l'a pu . M r, observa Ubert ; tous nos pour parvenir jusqu'à vous ont été inutiles; aujourd'hui mêl
a fallu entrer par surprise et violence pour demander le droit cl scr h- corps du trésorier dans ui inte.
Fraii' aa sur les
— Ainsi je suis votre ,
la main
rous pourrez plus facilemi
liment. \ « idant, vous deviendn cl
royaume. On se rira a la cour devoir du paradis i joie... Dieu vous maudisse, fous et médians '■
\ ces mois, le due chancela et tomba renversé dans son fauteuil, Il était évanoui.
Emile Soi vr.suu. i .
R< vue de Paris.)