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SOUVENIRS DE L'INDE

UNE C\SF. DE COLON, LA COI LEt'VBE DE LA PAGODE ET LE CniUS ni X M I.T \\ DE BORNÉO.

Lorsque la véril l

Din :

On a souvent remarqué, sans pouvoir se l'expliquer d'une manière e, l'influence qu'exercent sur notre des unes choses,

dont l'existence ne semble avoir aucune connexion intime ci nécessaire nôtre. Beaucoup d'hommes qui ne sont nullement enclins à ia superstition ne contestent point la possibilité de celte influence i criai,. irts sourient de pitié quand on i et la traitent

de paradoxe, peut-être ne les verra-t-on pas moins empress le jeu de caries qui les aura fait perdre, ou a quitti r la place qui leur aura porte malheur, pour en prendre une autre plus favorable. Celui qui nierait tout ce que : i ns humains présentent de mer.

verrait s'éle\ lui les témoignages de l'iiis

autorités.

Napoléon avait coniiar.ee en .son étoi énie;la toi

de Jules César en sa fortune lui fit franchir le Rubicon; Henri l\

, son assassinat et du jour auquel il devait avoir lieu ; le fameux Ruyter, a la vue du vaisseau la

pavillon, annonça sa fin bel uis, nous pourrions citer un autre

brave amiral, notre contemporain, qui crut a l'importance d'un certain jour du mois pour le

\ 28 ans, je fus mis a la retraite par M. :

ers mon pays , puisque je me trouvais au nombre des immolés ..c'est ainsi qu'on désignait alors, dans la marine, les victimes du ministre .je fis voile pour l'Inde sur un petit bâtiment queji mandais. Après avoir parcouru les côtes d'Orixa et de Coroman vins à Pondichéi i mis en charge pour Maui

Deux ou trois jours avant celui où nous devions partir. visite d'un 1 l orme, M., de la P..., qui l

mon bord.

— il m'est impossible de vous prendre, lui dis- 1 abines sont occupées et mon i nbré.

— Oh: que je suis à plaindre, s'ec ria-t-il douiourea- u moi quittais Cal

jambe, et je tus I tandis que

embarq

fr,

que vais-je devenir, mon Dieu!... J'ai épuisé mes ressources et les secours que de généreux habitans m'ont procurés; de grâce, capitaine, ayez pitié de moi , je nie trouverai bien partout où vous pourrez me loger... encore une fois n'abandonnez pas un Français en détresse; enlevez-moi d'ici, ou je mourrai de désespoir!

La compassion que m'inspira M. de la P... l'emporta sur tout autre considération : je l'embarquai.

Nous laissâmes la rade de Pondichéry avec un vent favorable; mais, des le lendemain , commença pour nous une série de contrariétés et de mauvais temps qui ne cessa que le jour de notre arrivée au port Louis. Nous fûmes assaillis par une horrible tempête sous laquelle le navire s'ouvrit de toutes parts. Personne n'osait parler, mais chacun, livré à ses pensées, attendait le moment où nous allions être abîmés sous les Ilots, et accusait intérieurement M. de la P... de nos malheurs. Forcés de dévier de notre route pour soulager le brick, nous fûmes jetés dans l'est où des calmes profonds , qu'occasionnait le voisinage de Sumatra , nous arrêtèrent long-temps. Si le retard qu'il nous firent éprouver se fût prolongé seulement de quelques jours, nous aurions subi les horreurs de la famine , parce que toutes les provisions que nous avions placées sur le pont, au départ , comme on eu a l'habitude dans cette navigation qui s'effectue à l'aide des moussons , avaient été enlevées par les vagues; nous n'avions donc fait que changer de péril, et l'aspect de celui-ci nous effrayait plus que tout autre.

Je fus contraint maintes fois d'employer mon autorité pour arrêter l'expression d'une malveillance qui s'exhalait à chaque instant contre M. de la P..., dont il eût pu devenir victime. Enfin, par une coïncidence remarquable, ce périlleux voyage, qui eût du s'accomplir en un'mois, et qui en dura deux, se termina le jour même où M. de la P... complétait ses deux années de route , entre sou départ de Calcutta et son arrivé? à Maurice. Quant au brick la Nancy, dont le capitaine avait refusé mon malencontreux passager, parti seulement vingt -quatre heures avant nous, il était arrivé en vingt-huit jours; le vent et la mer l'avaient favorisé.

Peu de temps après l'époque à laquelle je rendis M. de la P... à sa famille et à ses amis; je me trouvais de nouveau à Pondichéry, ma ville de prédilection, oii j'avais été retenu dix-huit mois prisonniers durant la guerre de l'Empire. Va soir que je prenais une collation dans un jardin situé près de la jolie rivière d'Arian-Coupan , les domestiques de mon hôte accoururent tout consternés en disant que le jardinier venait d'être mordu par une couleuvre et se mourait. Nous nous élançâmes aussitôt à la poursuite du reptile. Les Indiens nous indiquèrent la route qu'il avait prise; mais ce fut avec une répugnance manifeste, qui provenait de ce que cet animal avait établi son domicile dans le mur d'une petite pagode de l'Aidée (1 ) voisine. Cette pagode, qu'abritait de son feuillage un énorme alo-maram (2), n'était séparée de la haie de la propriété que par un chemin étroit. Nous rejoignîmes le fuyard au moment ou il allait regagner son asile sacré : nous lui barrâmes la route, et nous engageâmes avec lui une lutte dans laquelle il ne tarda pas à succomber. Je traînai sa dépouille au logis, ou , en l'examinant, on reconnut une très belle couleuvre-cape'Je. Il appartenait a l'une des plus dangereuses espèces. Je le mis dans un flacon \ ide de conserves pour l'emporter à la ville. Quand je fus arrivé chez moi, je remplis le bocal d'esprit de vin, et après l'avoir bouché hermétiquement je l'envoyai à bord.

Mais, avant de quitter la maison de campagne, nous avions assisté à l'agonie du pauvre jardinier, sans qu'il nous eut été possible de le secourir. Nous avions eu ensuite beaucoup de peine à nous éloigner de l'Aidée, dont les habitans s'étaient ameutés autour de notre voiture. Ces pauvres gens voyaient dans cette couleuvre un être inviolable et sacré, et, dans l'action toute philanthropique que nous avions accomplie, un sacrilège envers la divinité de la pagode.

(1) Village indien.

(2) Le multipliant ou le lijjuitr des Indes.

Mon hôte, qui jouissait par sa position sociale d'une certaine considération, parlait fort heureusement avec une grande facilité la langue du pays ; il parvint à les calmer et à nous débarrasser de leurs importuuités. A la ville, les indigènes recommencèrent le lendemain leurs tracasseries; mon vieux daubachy (1), Nallétamby, m'engageait vivement à brider la couleuvre :

— Renoncez, capitaine, à l'emporter à Maurice, disait-il, sinon Chiva (le dieu outragé), accompagnera votre retour d'événemens désastreux, tels qu'un naufrage ou la perte de votre fortune.

Malgré ma funeste traversée avec le malheureux M. de la P... et les avis officieux de Nallétamby, je restai inaccessible à la crainte des influences étrangères. Riant de la crédulité de ce pauvre indou et me moquant de sa prédiction, je conservai la couleuvre eu dépit de l'opinion populaire, qui est, que quiconque détruit et s'empare d'im reptile provenant d'un temple , se trouve tôt ou tard puni par la divinité qu'on y adore.

Nous étions dans les premiers jours de mai, le coup de vent précurseur du changement de mousson avait eu lieu le 31 mars, et je croyais n'avoir rien à redouter de l'inconstance du temps pendant mon séjour sur la côte et dans les mers de l'Inde. Devant arriver en juin à Maurice, époque des grandes brises de S.-E. qui conjurent les ouragans, j'étais rassuré pour mon attérage et même surina traversée, dont l'issue devait naturellement être prompte et exempte d'orages. Ce fut donc avec une parfaite sécurité en l'avenir, malgré la couleuvre et les pronostics indiens, que j'appareillai de la rade de Pondichéry. Favorisé d'une belle brise de terre, je gagnai le large, le cap en route, voguant sous toutes voiles vers ma destination.

A midi le ciel se couvrit tout à coup, et de légers grains vinrent tomber a bord ; tourmenté d'une vague inquiétude, je pressai mon maître d'équipage de calfater et de condamner les panneaux ; il avait beau me montrer la pluie contrariant son travail, j'étais sourd à ses observations qui tendaient à le suspendre : un instinct de danger me portait à rejeer les raisons qu'il me donnait et qui étaient justes dans le fond. Nous avions rentré les bonnettes et serré les perroquets ; au moment de nie mettre à table je prescrivis au second de faire prendre deux ris, car le ciel s'assombrissait de plus en plus. Tout à coup, au bruit que firent les voiles en fouettant les mâts, je remontai sur le pout, et par une inspiration dont je dois rendre grâce à la Providence, j'ordonnai, sans qu'il y ciit pourtant une absolue nécessité, de suspendre, l'opération commencée, pour serrer toutes les voiles, la misaine seule exceptée. Il était temps pour notre salut que cet ordre fût donné, car la grande voile ne put jamais être rabanée, par la rapidité et la violence avec lesquelles survint la tempête.

Emporté comme une flèche , mon navire vogua dans d'épaisses ténèbres, tantôt suspendu au sommet des lames roulantes, tantôt précipité dans les vastes sillons qu'elles formaient en fuyant ; nous avions sans cesse la mort en perspective, puisque chaque fois que nous descendions au fond d'un de ces abîmes de l'Océan, nous nous attendions à ce qu'il nous engloutit en se refermant sur nos tètes. La misaine, notre seule voile, fut enlevée par l'ouragan , et nous restâmes à sec de toile. Les coups de nier balayaient le pont, enlevant tout ce qui était saisi, malgré les doubles amarrages placées à l'avance. Dans cette confusion du ciel et de la mer, il était impossible de prévoir ce qui nous était réservé ; nos pompes, notre dernier espoir, jouaient sans cesse, mais les bras se fatiguaient , et le découragement commençait à gagner mou équipage.

M. G..., médecin de Pondichéry, que je conduisais aux îles où il espérait rétablir sa santé délabrée, rompait le morne silence qui régnait dans toutes les parties du navire. Sa tète , déjà affaiblie par la maladie, ayant achevé de se détraquer à l'aspect du danger, il se livrait au désespoir, et s'écriait qu'assailli par une tempête fort extraordinaire, eu égard

(t) Serviteur, homme d'affaires,

à la saison où nous nous trouvions, notre bâtiment était vouéà une Go sinistre, et que nous allions indubitablement périr. La peur est contagieuse. Celle de M. G... gagna les autres passagers qui répétèrent en ehœur : « Nous allons indubitablement périr, et Grent, pour la plupart, retentir leurs cabines des éclats de leur douleur. C'était un spectacle tout à la fois risible et lamentable.

J'avais pour domestique un topas de la'côte de Coromandel, garçon très crédule de sou naturel ; quoique chrétien, il mêlait a ses croyances toutes les idées superstitieuses de la religion de Brahma, et confondait le culte des indous avec nos dogmes saints. 11 raconta l'histoire de la couleuvre qu'il avait apportée lui-même à bord par mon ordre, a l'insu del'équipage, et les funestes présages que les Malabares avaient tires au sujet de notre traversée. A peine eiit-il achevé son récit, que les passagers poussèrent d'incessantes clameurs qui arrivèrent sur le pont jusqu'aux oreilles des larcars déjà effrayés et découragés, Il fallut toute mon autorite et ma présence permanente parmi eu\ pour que l'abandon des pompes n'eût pas lieu immédiatement. J'étais contrarie d'avoir embarqué la bête, mais la jeter à la nier eut ete un acte de faibb sse qui n'eut servi a rien, et je la conservai à bord, malgré les pressantes sollicitations de tous.

Le jour revint au milieu des convulsions de la nature : nul i nul oiseau qui animât de sa présence la solitude de l'Océan. Je contemplais avec tristesse la scène de désolation qui s'offrait à mes regards; nies pertes étaient considérables, tout ce que j'avais la veil'e sur le pont, avait été entraîné par les flots, et mes voiles arrachées par la furie de l'ouragan, ne laissaient à leur place que des lambeaux de toile que le vent agitait encore en s'apaisant. Le soleil se leva, mais sans éclat et illé 'ii- >' s rayons; des nuages épais voilaient encore son disque; cependant a mesure qu'il montait au dessus de l'horizon les vapeurs épaisses qui couvraient les eaux se dissipaient, et la tempête se calmait graduellement.

Je m'empressai, malgré la fatigue de la nuit, de réparer Us avai gréement et d'enverguer de nouvelles voiles; je voulais m'avancer rapidement vers l'équateur. Cependant mes pièces à eau. les balles de paille, des caisses de meubles, un jeune taureau et un cheval arabe que j'avais pris à la côte, fuient retrouvés avec uns cages à poules flottant sur la nier. Ces divers objets reconnus donnèrent à penser que j'avais péri corps et biens : à Pondichérv on n'en doutait pas, et les ini y voyaient le juste châtiment dû a un acte sacrili -

Je coupai la ligne équinoxiale le dixième jour, mais au lieu de trouver les vents généraux a peu de distance au sud, je lus contraint, par une révolution rare dans le cours des saisons, de m'élever jusqu'au huitième degré, ce qui demanda beaucoup de temps en raison des calmes qui nous accompagnaient et des courants contraires; manquant d'eau , nous fûmes obliges de mettre pass matelots a une ration bien sévère: la couleuvre qui, disait-on, nous valait toul udite bien

des fois, on ne cessai, intre elle.

Enfin, après une travi l'arme-

ment, nous arrivâmes à Maurice ; le lendemain j'offris à mon ami M. P..., grand amateur d'objets d'histoire naturelle , l'ophidii et sa pernicieuse influence. Je racontai eu riant ce qui m'était la suite des pronostics fâcheux di inta beaui

accepta avec l'enthousiasme d'un p inaisseur la

qu'il étendit des le lendemain sur une | venue.

peu de jours après celui-là, 1' malheureuse, acheta une forte partie de vins et d'eau-i spéculations jusqu'à ce jour av., étrangèi

faire ou il é| rouva du d mente sa mise dans l'espoir de n tiplia SCS entreprises qui eurent di

':s chargé à mou d' part un viril agent de n ■.'■'■ con-

naîtrait a vendre une case pouvant me convenir ; contrarié que d'avoir été obligé de quitter celle que j'occupai près du Champs-de- Mars , je voulais absolument me loger chez moi.

— J'ai trouve la maison qu'il vous tant, me dit un matin mon dateur; a la vérité elle est un peu éloignée du port ; mais vous eu s jeune,

nbes sonl bonnes et vous serez amplement dédommagé de la trop grande distance | ar les agrémens du site

En me conduisant a l'habitation que je voulais acquérir, mon courtier me prouvait clairement que mon argent serait place a seize pour cent : enlin nous arriv il case qu'un gardien noir nous montra et

i[ue je trouvai a ma convenance. Je demandai un délai de vingt-quatre heures pour rendre une réponse définitive.

I.e son- de ce jour-là, je reçus la visite d'un de nus parens que je croyais à la camp;

— Nous allons décidément nous caser <i demeure, lui dis-je; je me détermine àai ne jolie habitation que le vieux D... m'a montré aujourd'hui, et qui plaît beaucoup a ma femme.

— Je sais tout cela, me répondit-il, et ces! ce qui m'amène ici cette circonstance je serais parti pour les Pamplet Écoute, contmua-t-il en me prenant par le bras et en m'attiraiit a part, tu n

nais de longue date et tu es convaincu que je ne donne guère dans la superstition, ni dans tout ce qui nie parait surnaturel. Eh bien je t'engage très fort à renoncer a la case que tu es aile voir.

— Eh! pourquoi, s'il vous plaît?

— l'arec qu'elle pourrait bien te devenir fatale; on a remarqui tous ceux qui l'ont possédée jusqu'à ce jour ont eu une lin prématurée ou oni éprouvé des accidens extraordinaires et imprévus. Si .

pas pour toi-même un motif suffisant d,' renoncer à l'acquéri

moins à ta femme, qui apprendrait bit ou tard ce qu'on débite sur cette

maison ri qui pourrait s'en alarmer.

Et il me raconta tant d'événemens effrayai. s . il i ita avec tant de précision les noms et l.s dates, i! parla avec tant d'assui te, plein Gance d'ailleurs dans sa bonne loi , je dus abando r mon

Ce lui dans cette disposition (pie nie trouva le vieux I).... qui croyait fermement tenir sa double commission; lorsque je lui rus rapporte ce que j'avais appris la veille, il se mil à plaisanter, sans toutefois articuler aucune dénégation formelle et se retira brusquement en me disant (pie je ne tarderais pas a regretter la faute que je faisais. C'était un habile leur : il linit par trouver un acheteur plus hardi, et jamais, depuis lois, il ne me rencontrait sans me lâcher quelques sarcasmes sur la peur que j'avais téi ri r en même [ue mon

remplaçant se félicitait de son acquisition.

Sur ces entrefaites, je lis un nouveau voyage dans l'Inde; a Pondichérv,

je vis avi c une poignante émotion mourir le jeune hou c lequel

evé la couleuvre à la pagode de l'Aidée; il était

Nallétai -' l'effet <i céleste

à laquel miraculeusement : quant a nous, nous ne

voulûmes reconnaître qu'ui | ar un

ritueuses sous le climat brillant de la

i romandel. \ mon retour à Maurice. P... n'avait plus la ca-

in rhris malais, qu'un capitaine hollan-

ectte arme

et de l'éi ...

du roi

ux (pu t'ur. e traite

lie isi .

ce bâtiment ne put résister aux ii qu'il essuya,

mvrit de ii . ■ \ qui le com-

mandait, à venir se jeter sur file de Di ues environ

dans le nord-ouest de Maurice. Une goélette anglaise, qui y prenait une charge d'huile de coco et de tortues de mer, porta au gouverneur des possessions britanniques la nouvelle du naufrage du vaisseau néerlandais, et une demande de bàtimeiis caboteurs en quantité suffisante pour recueillir le nombreux équipage qui le montai!.

Le capitaine \ ... était un aimable homme, qui, quelques années auparavant, sous l'Empire, avait servi a bord de nos bàtimens. 11 était doué d'une physionomie ouverte qui annonçait un de ces êtres privilégiés sur lesquels le malheur glisse sans les endommager. Ce brave officier, ayant lait la connaissance de P... pendant sou séjour dans la colonie anglaise, où on lui préparait un grand trois-mâts pour le transporter en Hollande avec son monde, pria instamment mou ami de lui céder sa belle couleuvre qu'il desirait offrir au cabinet d'histoire naturelle d'Amsterdam : en échange, il lui proposait un superbe Chris qui avait appartenu à l'un des sultans de Bornéo , tué durant la dernière guerre des Hollandais contre des peuplades insurgées de celte grande ile.

— Je me séparerai d'autant plus volontiers de mon riche poignard, dit le marin batave avec un air de crédulité équivoque, qu'il m'a été contraire comme à tous ceux qui l'ont eu avant moi.

Et il raconta que cette arme avait été, suivant l'usage superstitieux des naturels dans certaines contrées de Bornéo, cousacrée au dieu du mal par un prêtre du pays, et appartenait à l'un des princes de cette iie, contre lesquels les Hollandais furent obliges de combattre lorsqu'ils recouvrèrent leurs colonies à la suite du traité de 1S14 déjà cite. Le monarque indien blesse mortellement par un officier d'infanterie belge; qui l'avait abattu à ses pieds dans une mêlée, voyant son chris passer aux mains de son vainqueur, dit en expirant : « Puisse mon arme vouée à la fatalité, devenir nuisible à ceux qui la posséderont, comme elle l'a été pour moi. »

L'officier ne prit point pour un oracle les paroles du moribond et conserva comme un trophée le poignard du vaincu, mais il périt luimême quelques jours après, et le chris devint la propriété d'un de ses camarades. Celui-ci fut blessé à son tour et vint rendre le dernier soupir à bord d'une corvette où on l'avait transporté, laissant ses armes au premier lieutenant qui l'avait soigne. Arrive à Batavia, ce marin mourut de la fièvre, et légua son matériel de guerre au capitaine V... qui se trouva de la sorte nanti du fameux poignard.

Ce récit n'effraya nullement P..., le troc se fit et le Hollandais vogua bientôt après vers sa patrie, emportant avec lui le terrible serpent. Le Français devenu héritier du chris malais continua à entreprendre des spéculations étrangères a ses habitudes et à sa primitive profession : un génie malfaisant semblait le pousser à sa ruine. Un jour, emportant son arme, il quitta la colonie et ses amis pour aller en d'autres lieux chercher d'autres destins; mais le malheur le poursuivit sans relâche, et il perdit en très peu de temps deux cents mille francs. Maigre son courage, malgré ses travaux, et quoique depuis lors il se soit dessaisi du poignard, il n'a pu encore aujourd'hui réparer les désastres de sa fortune.

Apres une nouvelle absence qui s'était prolongée au delà du terme que j'avais assigna , j'ai ai à Maurice ; '.aie ibis je revenais de France ou j avais transporte mes pé lates. Le pavillon blanc qui flottait à la poupe de mon navire, avait attiré sur le quai une foule de colons qui ' nt s'informe! j'apportais de l'Europe. Au milieu

d'eux j'aperçu le vieil a tl d faires !>....

— Hommi Lsi qui flairez les sinistres un an d'à) jour et bonne fortune, me dit-il, en me serrant la main.

— Jevousren lis que voulez-vous dii

— Que vous aviez, parbleu, bien rai: ;: maison que je vous proposais; votre remplaçant, ce pauvre D..., s'i

un très beau temps en traversant la baie du Tombeau dans une pirogue qui le portait au Mapou où il était attendu pour une partie de plaisir.

— Et son habitation, qu'est-elle devenue ? demandais-je,

— Elle est encore à vendre , répondit-il.

Le souvenir du capitaine V... me revint alors à l'esprit.

Après tant de malheurs arrivés aux divers propriétaires du chris et de la case, ainsi qu'aux destructeurs de la couleuvre, il devenait assez intéressant pour moi de savoir des nouvelles du marin hollandais, et, j'en demandai à ce même parent qui s'était opposé à l'acquisition de l'immeuble.

Il m'apprit que le capitaine V..., en retournant dans son pays avec le serpent, avait été assailli des plus terribles tempêtes et n'avait échappé à la mort qu'en éprouvant de grandes perles.

Arrivée en Hollande la couleuvre vint prendre place parmi les richesses zoologiques du cabinet d'histoire naturelle d'Amsterdam.

Elle changea ainsi de maître pour la troisième fois, trois ans avant que la révolution de Belgique vint ravir au roi Guillaume la plus belle partie de ses étals el les deux tiers de ses sujets.

Ch. Cunax.

UST DUEL DE IJAPOLEOP; BONAPARTE.

Dans un des derniers jours du mois d'octobre de 1800, Napoléon s'entretenait de la situation des affaires religieuses avec Fouché, ministre de la police générale et M. Mathieu, ex-membre du Conseil des anciens.

— 11 est fâcheux, disait ce dernier, que l'on n'ait pas, dans le temps, accordé une protection plus efficace aux théophilanthropes ; les doctrines de ces honnêtes utopistes étaient du moins dégagées de. toute superstitii n.

— Mais qu'est-ce donc que vos théophilantropes ? demanda le premier consul ; connaît-on bien seulement leurs dogmes ? Est-ce là une religion ?

— Oui, s.. ns doute, c'est une religion, répartit M. Mathieu, et la plus belle, et la plus pure de toute : sa doctrine a pour base les précepte de la loi naturelle ; pour but, la pratique des vertus et le respect des devoirs. C'est, eu un mot, une religion purement morale et sociale.

— Oh ! reprit vivement Napoléon, ne me parlez pas d'une religion qui ne me prends qu'à ma vie, sans m'enseignër d'où je viens et où je vais. En t'ait de religion, l'enthousiasme sera toujours préférable à la raison ; c'est l'enthousiasme qui fait les grands hommes et les grandes choses. Il n'y a pas de superstition qui n'ait un côté sublime.

— A la bonne heure, dit Fouché ; mais ne serait-ce pas là surtout que le sublime toucherait au ridicule.

— C'est une question que vous n'avez peut-être pas assez creusée, Monsieur, répondit Napoléon. Certes, de notre temps, il faudrait autre chose qu'une croix de bois pour faire la conquête du monde ; mais voyez cependant ce que cette religion a fait récemment encore des paysans vendéens ! Les sentimens religieux ne sont pas encore éteints en France, et cela est fut heureux. 11 serait au reste assez facile d'évaluer la somme de toutes les croyances, eu dressant une sorte d'inventaire général de l'esprit religieux, superstitieux el mystique en France. Il ne s'agirait pour cela qr.e de recueillir dans chaque localité des renseignemens exnets non seulement sur ce qui reste d'attachement aux choses de la religion,

tir lous les genres de superstition, de préjugés, de coutumes, de croyances populaires ayant trait au spiritualisme. C'est un travail qu je ous saurai gré de faire exécuter, monsieur le Ministre, cela amè-

:ment des rapprochemens singuliers et des découvertes fort

Le ii. , et il y eut matière à recherchas et à renseigne-

Iravail fut confié a un employé du ministère de la police du nom de Jlasset, homme de beaucoup de niéiitc, qui, plus lard, passa au ministère de» cultes, sous M, liigotde Préamencux.

meus, depuis les prodiges, les pieuses jongleries et les pèlerinages, jusqu'aux soreieri, aux jeteurs de sorts et aux tireurs de cartes. Dans un des rapports présentés au consul sur les phases diverses el Us résultats de cette enquête, il fut longuement question d'un nommé Capiou , paysan bas-normand du département de l'Orne, qui se mêlait de prédire l'avenir et jouissait d'un grand crédit, non seulement dans son canton, mais encore dans toute l'étendue de sa province. L'influence « de cet homme est telle, disait le rapport, que. lors de la dernière « insurrection, les trois quarts des insurges du département n'ont pris <> les armes contre la république ou ne se sont portes à des tentatives « criminelles contre les personnes et les propriétés qu'après avoir con- « suite Capiou. »

.Napoléon jugea tout d'abord le parti qu'il pourrait tirer de ce person- II entrait d'ailleurs dans sa nature de vouloir connaître tous les hommes qui avaient quitté les sentiers battus, et qui, n'importe par quel moyeu, avaient acquis une influence sur les masses à l'aide de celte longue crise politique qui s'achevait.

— Je veux voir ce Capiou, dit-il à Fouché, il faut le faire venir a

— C'est la chose du monde la plus facile, répondit le ministre : dans trois jours il sera venu ici ; mais je crains que nous n'en soyons pour les lais de voyage de ce rustaud.

Napoléon ne répliqua pas, et passant à un autre ordre d'idées, s'occupa d'affaires plus sérieuses. Les jours suivans, il ne parla plus du bas-normand, et Fouché, croyant qu'il avait mis en oubli l'ordre qu'il avait donné de le mander, s'attendait a voir le premier consul tér quelque surprise, lorsqu'un matin il vint lui annoncer gravement que le sorcier du département de l'Orne était en bas el attendait ses ordres, qu'il venait lui demander.

— Qu'on le tasse entrer, répondit Napoléon sans adresser nulle question à son ministre, et sans lui recommander de prendre aucun autre soin.

u fut introduit : c'était, au premier aspect, un paysan grossier et stupide; mais, en l'examinant avec attention, il n'était pas diliieile de de deviner sous cette grossière enveloppe une intelligence supérieure : le front lari'e et élevé de cet homme révélait la volonté et la puissance ; son nez proéminent, ses larges narines annonçaient la sensualiti profondeur excessive de son regard dénotait à la fois la réflexion, la perspicacité et la linesse.

— (.'est donc vous, citoyen, qui vous ingérez de prédire l'avenir .'^demanda Napoléon

— Oui da ! Monseigneur le premier consul, répondit Capiou avec l'accent bas-normand le plus prononcé, j'ous fait la chose, et je n' m'en détendons point, dam vair !

— Il in a i ependant pas de quoi se vauter, reprit le premier consul

— \ air ! je n' me vantons point d' tout !

— \ oici un drôle bien effronté, dit u voix basse Napoléon a 1 « cela, du reste, ne me surprend pas. et je m'attendais à trouver autre. Mais laissez-nous seuls, afin que j'aie le plaisir de le forcer dans ses derniers retran

retira, et Naj niand '

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