BOSSUET ET MADEMOISELLE- DESVIEIJX
Bossuet avait achevé de lionne heure une éducation dont tous les pas avaient été marqués #ar de brillans succès. L'étendue et la variété de ses connaissances, la mise en œuvre de ses études passées et la préparation des travaux qui lui restaient à accomplir, occupaient sa vigoureuse et énergique imagination, sans calmer les vivacités et modérer les emportemens de son jeune cœur. Sensible comme Dieu a voulu que tojt homme le fût, impressionnable comme les organisations d'élite, Bossuet, à l'âge de seize ans, s'éprit d'amour pour la belle M"' Desvieux. Les mémoires de l'époque mentionnent ce fait en courant. Voltaire en dit quelques mots dans son Siècle de Louis XIV; des pièces inédites, que nocs avons eues sous les yeux, ne nous permettent à cet égard aucun doute.
M"0 Desvieux avait pour Bossuet une affection égale à celle dont elle était l'objet. Cette affection était de part et d'autre loyale, chaste, immatérielle à ses débuts, et plus tard un peu terrestre, comme il arrive ton jours, mais accessoirement et sans préméditation. Toutefois, un contrat de mariage fut convenu, rédigé et signé; deux anneaux d'alliance furent échangés; il ne manquait plus à l'engagement que la parole sacramentelle d'un prêtre.
Mais lui-même, Bossuet, pouvait être un jour un des plus illustres serviteurs de l'Eglise, un des propagateurs les plus éloquens de la foi chrétienne ! Nul n'avait mieux approfondi les livres saints, mieux médité et commenté les Pères! C'était un puits de science et une bouche d'or ! Naguère à l'hôtel de Rambouillet, devant l'auditoire le plus difficile au monde, il avait improvisé un sermon dont ia cour et la ville s'entretenaient encore !
Quelques âmes pieuses représentèrent à M"e Desvieux, déjà parée pour la célébration de son mariage, qu'elle allait priver la chaire de son plus grand orateur, le catholicisme de son plus savant apôtre et Bossuet luimême de la plus haute gloire à laquelle un homme puisse prétendre. Ces considérations, ia dernière surtout, ne devaient pas être sans effet sur une femme dont l'amour était assez noble pour placer sa première satisfaction dans le bonheur de la personne aimée ; et cependant ce ne fut pas sans une certaine hésitation que M"c Desvieux commença la lettre suivante : i
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cl Cue.l , de Cipi-A'ol-el-iiider-cl-DjcUli, à Bid-c'.-OuoJ , de Gidi-'Moliamraed , dms le quartier de Hhammad, elle ajoute à sa toilette d'inlérieur un large et hng pantalon hlaac à la m un douck, qui est de rouleuf si colle >]ui le porte n'oit pis encore nubile. Elle jette sur ses épaule;, en minière de tunique flottante, un kh éi [ ei élo'ïo claire qui dissimule un peu la trausparanec habituelle de lachembe; elle ceint le fomali, noue I3 cuijar ou mouchoir qui doit cacher son visage. Enlin, elle se couvre la tfite et presque tout lï corps d'une longue et large pièce de 1 olon blanc dont la par ie supérieure descen 1 sur le front, ne laissant cn're e'h et le cudjard qu'a , éroit espace libre p ur les yeux.
roule la coqu.lterie des daines de ce pays se dcpl n dans les mouvemens qu'elles impriment à ce vêtement; celles qui, par un motif quelconque, désirentêlre vues, écirlentsuhitemenl les mains et tiennent le takhelilah et les gardent éloignées de la lê:e à U hauteur du l'ront. Celle bruque manoeuvre laisse à découvert la partie du visage que le cuitj ir ne c ache pas, et offre un échantillon par 1 quel un observateur peul voir de ce qu'il n'est pis permis d'apercevoir, Elle met en évidence la riche parure, I2 corsage ctégamraeut brodé, que la tu^i [ue Iranspa-enle ue peut dérober coaitlctemeut aux regards.
Nous avons annoncé la lin primai-urée de M. de Labourdonnais, célèbre joueur d'échecs.
« M. de Labourdonnais, dit une notice à laquelle nous empruntons les curieux détails qui vont suivre, a hâté sa fin par un tour de force prodigieux, qui depuis Philidor ne s'était plus renouvelé ; le dos tourné à la table du jeu, il gagnait une parlie d'échîçs, sans autre ressource que cel'e de reproduire dans sa léte l'échiquier invisible sur lequel il faisait manœuvrer ses pièces sans les regarder et battait celles de son adversaire. Après une partie gagnée iinsi, grâce à des efforts de mémoire, il eu jouait un; seconde, et puis deux à la fois, ce qu' est la dernière expression de la puissance du calcul. »
M. Méry a chanté M. de Labourdonnais dans un poème. A ce sujet il ne sera pas sans inlérét de rappeler ici le fragment d'un article que M. de Labourdonnais a écrit lui même et signé de son nom dans un recueil intitulé le Palamide. « Vers la fia du mais dernier (janvier I83G), je montrai (c'est M. de Labourdonnais qui parle) au club des Panoramas une partie que j'avais gagnée à M. Macdonnel ; M. Méry était présent et il avait suivi cette parlie avec cet intorét qu'il porte à tout. Voila un sujet de poème, dis-jc à M. Méry ; malheureusement la pojsie ne peut se plier à la démonstration technique de.' cin quante coups d'u ne partie. — La poésie se prèle à tout ce que l'on veut, me répondit-il. — Pcr- ,01111c encore n'a pourtant osé aborder ces difficultés, ajoulai-je ; on a déjà beaucoup de peine à les aplanir en prise et à les rendre claires. — Eh bien ! M. de la Bourdonnais, je mettrai voire belle partie en vers. — il vous faudra du temps lui dis-je en riant. — Demain matin elle sera a l'impression.
• Eu ciïet, M. Méry prit sur-le-champ une plume et du papier, s'enferma dans un cabinet avec moi, et il écrivit son poème, comme s'il eût fait une lettre a un ami. J'indiquais les coups sur l'échiquier, et lui, tout en causant avec moi, les traduisait en vers. L'abbé Deliile a fait quelques vers sur les échecs , mais il a jugé impossible la démonstration dune partie. L'abbé Roman en a écrit une : elle est en vers de dis pieds, mais on ne peut la suivre ; c'est une mêlée dans laquelle on ne dislingue rien. La partie traitée par M. Méry, indépendamment de son merveilleux mérite poétique, est écrite avec tant de clarté qu'il suflit, pour la jouer, de connaître la marche do jeu. »
Ace témoignage venu de M. de la Bourdonnais , nuus ajouterons une petite citation dans laquelle M. Méry a décrit la marche technique du jeu :
Le champ clos a croisé soixante-quatre cases;
Aux deux extrémités , les tours posent leurs bases ,
Ces formidables tours , ces tours qu'un doigt savant
Comme aux sièges romains fait rouler en avant :
Sur îles chevaux sans mors, des cavaliers fidèles,
Lestes et meneçans, se placent auprès d'elles ;
Ouand ils ont fait deux bonds, ils brisent leurs élans,
Et tombent de colé sur les noirs ou les blancs.
Ces pièces vont ainsi : l'amitié les a jniules
Aux fous, sages guerriers, qui partout font des pointes.
Vins la dame se place et garde sa couleur ;
Nul combattant du jeu ne l'égale en valeur ;
Elle vole d'un bond de l'une à l'autre zone ;
C'est Camille, au pied leste, invincible amazone;
Elle veille et défend les pièces d'alentour
Par la force du fou, réunie à la lour ;
Près d'elle le roi siège : héla, ! il garde un (rône
Que mine le complot, que l'astuce environne;
Ce monarque, toujours menacé du trépas,
pour tromper l'ennemi ne peut faire qu'un pas.
Toutefois, quand sa force est enfin abatlue,
i'.ir respect pour son nom personne ne le lue ;
Il est échec et mat : son dernier jour a lui.
Et tous ses son i, cors sont morts auprès île lui !
Huit modestes pions, soldats de même taille.
Cardent l'étal-major sur un front de bataille :
Un pas leur- est permis ; un ou deux : jamais trois ;
Troupe vile, immolée au caprice des rois !
Ils ne prennent qu'en pointe, et pourtant il arrive
Ou'un d'eux, soldat heureux, aborde l'autre rive;
Alors il se grandit; ce soldat parvenu
Des dépouilles d'un chcT habille son corps nu ;
Il se métamorphose en tour ; il devient reine ;
Il choisit dans les morts, étendus sur l'arène,
Un chef tic sa couleur par sa force cité,
L'heureux pion le touche, il l'a ressuscité!
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