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LES ANCIENNES PRISONS DE PARIS

L4 CO>,CIEBGEBIE.

Nos rois, dit un vieil historien de Paris, quand ils séjournaient dans leur capitale, étaient presque toujours logés au Palais, qui était situé au milieu de la ville. Ce palais aboutissait de trois cotes il la rivière; savoir : du côté du quai des Morfondus, du cote de la rue Neuve-Sainte-Anne, tirant sur le quai des Orfèvres, et du côté du Pont-Neuf, où était autrefois le jardin dont on a fait ensuite la cour Neuve du Palais et la place Dauphine. Nos rois accordèrent de très larges privilèges à celui qui avait sjin de celte demeure. Entre autres droits, il eût celui de justice moyenne et basse dans toute l'étendue du Palais, aussi bien que dans ie Marché-Neuf, dans l'île du Palais et dans le bourg Saint-Jacques, •• à cause que les gardes-du-corps et autres officiers du roi y demeuraient. ■ Par une restriction, assez judicieuse du reste, lorsqu'il s'agissait de peines corporelles, en exécution de ses jugemens dans ces divers lieux, il était obligé de remettre le criminel entre les mains du prévôt de Paris, s'il était séculier, ce qui se pratiquait hors du palais, sur la chaussée; et, si le criminel était clerc ou ecclésiastique, entre les mains de l'official ou autres juges ordinaires, ce qui fut confirmé par arrêt du l:! mars 1.3G2.

On ne devra pas s'étonner des pouvoirs exorbitans du gouverneur du Palais, quand on réfléchira que le bailli du Palais, ainsi qu'on l'appelait encore en 177G, était revêtu des fonctions concordantes avec celles du comte des Cierges (ou du Luminaire:, qui, 'avec le comte des Elables (plus tard connétable) remplissaient sous la deuxième et la troisième race de nos rois les charges les plus importantes de la Couronne. L'importance politique de l'un et de l'autre s'accrut même considérablement à l'avènement de Hugues Capet, lorsque ce chef de la troisième race supprima la dangereuse appellation de comte de Paris qui n'était en realite qu'une émanation de la prodigieuse influence des Maires du Palais de la race carlovingienne.

L'historien Lacroix du Maine et Pierre de Miraulemont, savant chronologiste, assurent que le bailli du Palais avait le droit de prendre le profit des bancs qui étaient au Palais et de louer les boutiques aux marchands. 11 connaissait de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans sou ressort, et tenait sa chaml re dans la Grand'Salle.

La Concierger e, prison de la résidence royale, ne changea pas de nom lorsque furent supprimés le privilège et le titre de gouverneur ou bailli du Palais. Bâtie ou plutôt reconstruite et agrandie dès l'année 1 ! 7«'i, cette prison ne ligure pour la première fois cependant dans les registres de la Tournelle criminelle du Parlement qu'au 23 décembre 139!, à l'occasion de quelques habitans du Nivernais qui y furent incarcérés pour avoir voulu se soustraire a la tyrannie féodale de l'évêque et des chanoines de Nevers.

La Conciergerie est située dans les bâtimens du Palais, en la Cité, à l'étage inférieur et a l'ouest de l'emplacement de la Grand'Salle. Les fondations de cet édifice sont sur pilotis. Le préau présente un emplacement, ou espèce de cour, de vingt-cinq à trente toises de longueur sur dix environ de largeur. Autour de ce préau s'ouvrent une galerie, des loges qui servent aux prisonniers, et des escaliers qui aboutissent aux étapes supérieurs. Deux tours dominent l'édifice, et servaient jadis de prison pour les criminels de qualité, de phare et d'observatoire dans les temps de séditions, e; de magasins ou dépôts d'armes en temps de

guerre. Avant la fatale campagne d'Italie qui se termina par le désastre de Pavie. François Ier avait placé dans les tours de la Conciergerie toutes sortes d'engins de guerre, six mille piques, quatorze cents hallebardes, et un nombre considérable d'épées et d'estramaoons pour sa gendarmerie.

La Conciergerie a souvent été le théâtre de scènes hideuses. Au mois d'août 1548, il se manifesta dans cette prison une contagion qu'on nomma la pcsle. On fut obligé de transférer les malades à l'Hôtel-Dieu. Cens qui habitaient le préau, ou qui n'étaient détenus que pour des causes civiles, et que la contagion n'avait pas encore atteints, furent placés dans la maison des huissiers, sergens ou commissaires du Cbàtelet, et confiés ii leur garde. D'autres furent distribués dans les prisons du For-1'Évèque, de Saint-Magloire, de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Germain-des- Prés, de Sainte-Geneviève, etc. Enfin, le parlement ordonna que les immondices de ces prisons fussent enlevés, et que le préau, les cellules et les cachots fussent nettoyés et assainis. La peste cessa alors, et les prisonniers furent réintégrés. Pour la première fois, le 15 juillet 1.343, sur le rapport de deux conseillers, il fut ordonné que, dans la chambre appelée l'Infirmerie, on placerait des lits pour les prisonniers malades.

Le mercredi 7 mars 1618, sur les deux heures après minuit, le feu prit dans la Grand'Salle du Palais par la faute d'une servante qui y avait laissé un réchaud plein de feu. L'embrasement fut si grand, dit un témoin oculaire, qu'en très peu de temps la première chambre des enquêtes, celle des requêtes de l'hôtel, la chambre du trésor, le greffe, le parquet des huissiers et la voûte de la Grand'Salle furent entièrement brûles. Les statues des rois, depuis Pharamond jusqu'à François Ier, furent toutes rompues et leurs inscriptions disparurent calcinées; le grand cerf de bronze fut réduit en fusion ; la chapelle, les boutiques furent aussi brûlées, la table de marbre brisée et mise en pièces. Dans cette circonstance, les malheureux prisonniers de la Conciergerie, effrayés des craquemens affreux qui se faisaient entendre au dessus de leurs tètes et des nappes de flammes qui s'étendaient jusque sur le préau, suppliaient à mains jointes les geôliers de ne point les laisser périr étouffés par la fumée. On lit descendre une compagnie de gardes suisses dans les galeries, et les prisonniers furent entassés pêle-mêle dans une des tours, où ils demeurèrent jusqu'à ce que l'incendie fut terminé.

Le régime de cette prison était des plus sévères, et il paraîtrait que les geôliers maltraitaient gravement les prisonniers, puisque, au seizième siècle, on trouve dans les registres criminels du parlement de fréquentes injonctions aux geôliers de se conduire avec moins de rigueur envers les détenus, « de bien doulcement et humainement traiter les prisonniers, leur bailler paille et eau, leur pourvoir de gens d'église, etc., etc. »

Le 17 mai IG40, deux laquais ayant été condamnés à mort par sentence du prévôt de Paris, confirmée par arrêt de la Cour, pour meurtre et assassinat, furent pendus, à neuf heures du soir, au may de la Cour du Palais. Cette exécution insolite était justifiée par le rassemblement de trois ou quatre cents laquais armés d'épées et de pistolets, qui s'était fermé sur la place de Grève afin de sauver leurs camarades: déjà même les mutins avaient jeté l'échelle et la potence dans la rivière. Les clercs de la bazoche, irrités de l'affront fait a l'arbre symbolique de leur association,arrachèrent le mai, et jetèrent les cadavres des deux scélérats dans la Seine. Le failli du Palais lit informer contre eux, et vingt-six clercs furent enfermés dans les cachots de la Conciergerie. Niais le lendemain, les confrères de la bazoche et les écoliers s'etant réunis au nombre de plus de huit mille, inondèrent les alentours du Palais en vociférant des menaces contre ie bailli : force fut de rendre les captifs. On exigea d'eux seulement de relever le mai abattu, ce qu'ils firent d'assez mauvaise grâce et en protestant contre l'abus de pouvoir du bailli du Palais.

La tour carne de la Conciergerie a renfermé plusieurs prisonniers puissans. Guillaume de llareneourt, évêque de \ erdun, y fut temporairement détenu en 1 !7ô, par ordre de Louis XI, jusqu'à ce que la fameuse cage de bois qu'on lui faisait construire à la Bastille fût achevée. L'historien Philippe de Commines y fut également incarcéré pendant plu-

sieurs mois. Cet homme illustre s'amusait, durant sa captivité, à graver des pensées latines sur les murs de sa prison. On Usai! encore, vers le milieu du dix-septième siècle, quelques unes de ces légendes, qui témoignaient de la forée d'aine autant cpie de l'érudition de leur auteur.

Dans un de ces cachots qui se trouvent au dessous du préau habita pendant quelques jours le jeune et imprudent chevalier de La liane, condamné au dernier supplice pour crime de sacrilège. Il fut extrait de ce cachot pour aller à Péronne subir le châtiment bien rigoureux de sa folie ou de son ivresse.

Pendant nos troubles civils, la Conciergerie devint un des lugubres dépôts du tribunal révolutionnaire. Chaque jour de nombreuses victimes descendaient dans ce gouffre d'où elles ne devaient sortir que pour comparaître devant le tribunal et marcher le plus souvent à l'échafaud. Marie- Antoinette fut ainsi amenée à la Conciergerie quelques jours avant son procès . et en sortit le 8 octobre 1793 pour aller au supplice. Sous la Restauration, on avait établi dans le cachot de cette reine infortunée un autel expiatoire. Ce cachot était une petite pièce basse et humide qui ne recevait le jour qu'a travers une étroite fenêtre garnie d'épais barreaux de 1er: un lit de paille, une chaise et une petite table de bois blanc composaient tout l'ameublement de cette chambre où la (Lie de Marie- Thérèse devait tracer d'une main terme ses dernières volontés cour ses enfans, ses derniers et nobles adieux pour la France

1 1 v deux tours de la Conciergerie s'appelaient . l'une la tour du Diamant, l'autre la tour de l'Eperon. Cette dernière a changé de nom depuis qu'elle a reçu Gabriel de Lorges , comte de Montgommery, innocent meurtrier du roi Henri II \'ù I

Apres la mort tragique du monarque, Montgommery s'était retire en Angleterre. Mais dune d'une activité dévorante, et courageux jusqu'à la folie, il prêta l'oreille aux propositions séduisante- il, s calvinistes, embrassa ouvertement leur parti, et se mit à la tète d'une petite armée qui porta le trouble et la stupeur dans quelques provinces Cependant Malignon , depuis maréchal de France, qu'on lui opposa , sut si bien tirer avantage du terrain, et exploita avec tant d'adresse les mécontemi as que l'armée de Montgommery excitait sur son passage, qu'il parvint à le battre en détail et finit par le faire prisonnier lui-même dans la petite ville de Domfront en Normandie. Le loyal Matignon voulait que son captif eût au moins la vie sauve, mais la vindicative Catherine de Médicis exigea de son général la remise du prisonnier sans condition, et Matignon fut contraint d'obéir. Montgommery fut amené a Taris, il fut écrouéà la Conciergerie, et son procès s'instruisit sans désemparer. Le 25 pou 1574, Montgommery fut condamne a avoir la tète tranchée en place de Creve,et sa postérité dégradée de noblesse. Il entendit la lecture de son arrêt avec un imp, -froid , et un vieux serviteui qu'il avait

auprès de lui s'etant écrie . Comment peut-on dégrader oeuf braves el

intrépides gentilshi nés pour le crime de leur père! Montgommery

avait neuf lils. Le comte se retourna vi. mie ;

S'ils n'ont pas la valeur des nobles pour s'en relever, dit-il, je con de urand cœur à leur dégradation

La veille du jour désigné pour L'exécution du comte de Montgommery . le 26 juin 157 I. a dix heures du soir, une femme, montée sur un palefroi et accompagnée d'un seul écuyer, s'arrêta a la petite poterne du l'alais qui donnait sur le quai des Morfondus. Elle descend.! assez lourdement de sa monture et frappa.

Deux hommes tenant chacun a la main un flambeau vinrent lui ouvrir. Ces deuv hommes étaient Claude de La| eyrade, prévôl de Paris, et Michel de Gabaille, bailli du Palais. I.a tardive visiti U e était Catherine de Médicis, la reine de France

— Avez-vous exécuté mes ordres? dit-elle i paules l'é| lis eamail de taffetas noir qui lui voilait la figure

— Les ordres de \otre Majesté ont été Gdèlem ml accomplis, rej ondil Michel de Gabaille. Si Votre Majesté *eut se donner la nous suivre, nous allons la conduire dans la prison de M. de S erj

— 11 est enchaîné? demanda Catherine en lixani un indéfinissable regard sur le prévôt de Paris.

Les fers ne lui seront ôtés que pour marcher au supplice, a moins que Votre Majesté n'en ordonne autrement.

— Conduisez-moi donc, dit Catherine, les niomens sont précieux, les Guise sont encore au Louvre; ils m'y croient aussi... marchons!

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