‹ Le cabinet de lectureChapitre 219 sur 249 · HISTOIRE AMERICAINE · texte numérisé non relu

HISTOIRE AMERICAINE

I vi CON-NoiR, ni i; mit. i in i m s Su ivs.

Fin. — \ oir le dernier numéro .

Ou a attribué à l'absence de Blaek-Hawk la facilité avec laquelle les uns mit. en cette occasion, fail admettre leurs prétentions; et il est avéré qu'il j a eu beaucoup d'intrij ues pour empêcher ce chef el la grande masse de .ses adhérens de prendre pari aux conférences de la du Chien, Mais la véritable cause des succès diplomatiques de l'Union, el celle de l'ai enci même de Black-Hawk se trouve dans les divisions intestines des tribus sauvages l ertain de rencontrer parmi les indigènes de nombreux contradicteur s, di terminé 'I ailleurs a ne jamais sanctionner le résultat des conférences, s'il était contraire a ses VI

-le qu'il faudrait tôt ou tard recourir aux armes pour arrêter les envahissemens des américains, le grand chef ne crut pas de compromettre dans une lutte de paroles ou son triomphe n'ciait pas n îstiré.

MM. Clark et Cass avaient rencontré 'de puissans auxiliaires dans les Sioux toujours prêts à seconder toute entreprise tendanl à diminuer la

puissance des Sauks ; le temps n'était plus ou ceux-ci dominaient toutes

les opinions par l'éclat de leurs victoires : le traité de 1816 leur avait porte un coup fatal. A la faveur de cette convention le fort Irmstrong s'était enfla élevé dans Rock-Island, à quelques milles du village natal de Faucon-Noir. Or, non seulement Rock-Island était, de l'aveu de ions

les sauvages, la plus belle des îles du Mississipi, cl celle dont la possession leur paraissait la plus digne d'envie à cause de l'excellent poisson qu'on y pèche; mais encore les traditions religieuses en avaient fait un lieu inviolable ci sacre, les sauvages croyaient que le Grand-Esprit résidait dans les rochers qui la couronnent. Ils assuraient même que plusieurs fois il s'était manifesté à Faucon-Noir; enfin c'était une opinion non contestée parmi eux que, quand ces mêmes rochers furent occupes par les blancs et taillés en parapet pour servir de hases au fort Armstrong, le Grand-Esprit indigné étendit ses ailes de cygne et s'envola pour ne plus revenir. L'érection de cette forteresse avait donc tout a la fois porté une atteinte profonde a la force militaire des SauKs. cl détruit le prestige (pie le séjour du Grand-Esprit dons un de leurs domaines avait attache a leur nom.

(> funeste événement dont Black-Haw lv comprit toute la portée, et la mort subite de ses deux plus jeunes enfans, qui survint a la même époque 1817), le plongèrent dans une sombre et terrible douleur.

Il noircit son visage, scion la coutume observée par les Chippeways

quand ils sont frappes de semblables mal le tirs, el se renferma dans sa

le prenant pour toute nourriture qu'une calehasse d'eau a midi el

un peu de mais bouilli le soir. Il refusa, la même année, de se joindre

aux tribus Sauks qui firent une campa ne contre les Sioux, campagne dont l'attitude hostile des deux nations a la Prairie du Chien fut le résultat. Mais, en revanche, toujours poursuivi par sa haine contre la ri publique, M se rendit au fort Malden, possession britannique du Hautrecul du gouvernement anglais la médaille d'honneur que le rai Dixon lui avait promis en récompense de sa conduite a Détroit. 1 et vi nues n'échappaient point à II nion.

Aux griefs que nous connaissons, d'autres griefs moins appareils, mais non moins sensibles, se joignirent pour exalter le besoin de la vengeance dans le cœur de Faucon-Noir.

Depuis que le gouvernement des États-Unis étend ses frontières à l'ouest, il s'est formé, sur les limites flottantes que les Américains et les Indiens se disputent pied à pied, une population qui n'a rien à perdre el au contraire qui gagne beaucoup dans leur perpétuel conflit. Le grand romancier de l'Amérique du Nord a parfaitement esquissé les traits qui la distinguent dans les Pionniers. Elle se compose d'hommes énergiquement surnommés: Indians Hatcrs, gens qui haïssent les Indiens. On trouve aussi sur ces étranges champs de bataille un 'autre variété féroce du pourfendeur d'Indiens, c'est le squatter, ou guetteur. Vient ensuite le spéculateur en territoire. Tous indistinctement ont intérêt à prolonger la guerre ; le premier satisfait sa haine qui est une véritable maladie chronique, le second chasse à l'affût les Indiens comme des bètes fauves, le troisième profite des combats pour s'arrondir dans sa métairie.

Celle population se recrute de ces rebuts de l'Europe qui affluent continuellement aux États-Unis, et que les Etats-Unis, à leur tour, attachent à la colonisation de l'ouest, leur grand exutoire. A peine le fort Armstrong eut-il dressé ses batteries dans P.ock-Island, qu'on vit les Indians Ilaters accourir de toutes parts comme des loups affamés dans les environs du village sauk, et les fermes s'y multiplier avec une étonnante rapidité. Les rives du fleuve étaient encore telles qu'elles nous ont été décrites dans les récits du voyageur James Hall, et dans les immortels poèmes de Chateaubriand ; niais on y rencontrait une peuplade inoffensive, palpitant sous les premières étreintes de la cupidité américaine, et s'attachant à ce lambeau du sol de la patrie comme un homme qui roule dans un précipice se cramponne à la dernière racine , à la dernière touffe d'herbe qui puisse arrêter sa chute.

Bâtie sur une langue de terre, à trois milles du fort, mais plus rapprochée de la source de Rock-River, la métropole des derniers Chippeways avait pris l'aspect sinistre des huttes désertes, éparses en senlitinelles perdues au bord du Mississipi, et introduites en guise de repoussoir dans le tableau de M. Hall. C'était alors des ruines; mais sur ces ruines des demeures de ses pères, les ruines du peuple Sauk voulaient mourir. En vain de l'autre côté du fleuve les savannesdu Missouri déroulaient-elles leurs solitudes franches encore de la domination étrangère et si pleines d'attraits pour les sauvages, ces infortunés oubliaient le désert et la liberté même sur les tombeaux de leurs parens et de leurs amis, parce que, suivant la magnifique expression du poète, les os chéris ne se levaient pas pour les accompagner dans l'exil. Chaque jour on voyait quelques uns d'entre eux succomber à leur douleur, et le village entier devenait comme le cimetière incessamment agrandi de la tribu.

Au lieu de retourner la surface de la terre avec la houe, de cultiver la patate et le giraumon, de tailler des fourches de cèdre dans les bois pour étayer leurs cabanes d'éeoree, et de ceindre leurs champs de hautes palissades, tandis que leurs maris chassaient le buffle, les femmes passaient le temps à nettoyer les sépultures que les herbes parasites avaient envahies, à préparer des alimens qu'elles devaient laisser en partant aux âmes errantes des morts, et à questionner avec anxiété ces tristes objets d'une impérissable tendresse sur l'embarras où ils se trouveraient quand l'heure toujours incertaine et toujours menaçante de l'évacuation du village viendrait les priver de leurs mères, de leurs épouses, de leurs filles et de leurs sœurs.

C'est au milieu de ces scènes douloureuses qu'il faut se représenter Blak-IIawk, déjà vieux, la figure noircie, serrant d'une main contre son cœur la poche aux remèdes , cet insigne héréditaire qui lui valut l'empire, et de l'autre aiguisant sou casse-tête devant ses guerriers silencieux et frémissans, non loin des vedettes américaines.

A tant d'infortunes noblement supportées, les Indians Ilaters m

: lignirenl pas de Joindre l'outrage, Un jour, ils !«• renoontrèrwit dan»

les bois, lui arrachèrent son fusil, et l'accusa d'avoir massacré leurs porcs, lui assénèrent tant de coups de bâton qu'il resta dans sa butte plusieurs nuits sans sommeil, tout sauvage qu'il était, en proie aux plus cuisantes douleurs.

Cette situation précaire et pleine d'angoisse se prolongea jusqu'à l'été de 1823, où les Sauks furent sommés, par l'agent américain résidant au fort Armstrong , d'évacuer, aux termes du traité du 3 novembre 1804, le territoire qu'ils occupaient sur la rive orientale du Mississipi , et de se retirer sur le bord opposé, dans le pays des Joways.

Faucon-Noir, qui, par un louable sentiment d'abnégation personnelle, semhait être devenu, depuis plusieurs années, insensible à l'attrait de la gloire , se réveilla en apprenant cette violation manifeste du contrat de Saint-Louis, et sou réveil fut terrible. Cependant il sut se modérer et voulut que la tribu exprimât, avant lui, son opinion sur la résolution qu'il convenait d'adopter. Les Sauks entièrement dévoués à Faucon- Noir, et plus particulièrement désignés par les Américains sous le nom de Itritish-Band, connaissant la haine toujours vivace de leur chef, et d'ailleurs puisant leur énergie dans son caractère indomptable, s'opposèrent au départ. Ils prétendaient que le traité même invoqué par l'agent leur garantissait la jouissance du village. Rien n'était plus juste que cette assertion. La convention de Saint -Louis porte textuellement, article 7 :

« As long as the lands which are noxv ceded to the Unised-States remain their property, the Indians helonging to the said trihes shall engoy the privilège oi living and hunling upon them. »

' Tant que les terres maintenant cédées aux États-Unis resteront propriétés de la république, les Indiens appartenant aux tribus qui ont traité de la cession, garderont le droit d'y vivre cl d'y chasser. »

Mais le gouvernement américain , jouant sur les mots, répliquait, à l'égard de la chasse, que les environs du village sauk , déboisés par les colons, n'étaient plus dans les ternies du contrat, et qu'il remplissait au contraire son engagement, puisque la terre des Joways n'avait point encore perdu ses forêts. Quanta l'expression living, elle devait, suivant lui, s'entendre de l'individu et non pas de l'habitation; séjourner dans un pays n'étant pas rigoureusement s'y loger. Ce système d'argumentation manquait de loyauté; d'ailleurs, le gouvernement américain croyait si peu, alors, posséder déjà complètement le territoire de Rock-River, bien qu'il fût limitrophe de l'Ilinois, qu'en 1829, le président en fit l'objet précis d'un nouveau marché avec les sauvages. On avait vendu le droit de propriété, on s'était réservé l'usufruit; telle était réellement la lettre équitable du traité de 1804.

Tout ce qu'on pouvait dire pour excuser les prétentions actuelles du gouvernement américain, c'est que les habitans de la frontière molestant les Indiens et les contraignant à des représailles, l'Union dut enfin intervenir pour se faire respecter de ceux même qu'elle dépouillait. On ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en ajoutant que le congrès de Washington cherchait impatiemment un moyen quelconque de rompre la convention et de rejeter les sauvages au delà des sources du Mississipi.

Le machiavélisme du congrès fit éclater un grave dissentiment au sein de la peuplade. L'indignation de la Brilish-liand trouva de l'opposition parmi les Renards, alliés naguère fidèles, mais que la guerre avait lassés; et surtout dans leur chef, Kéokuk, the walchfull Fox (le Renard vigilant). C'était un Chippeway, dont le nom commençait à grandir, qui aspirait aussi à la puissance de Ponthiak, et qui, pour y parvenir, avait conçu le projet fort adroit de se constituer arbitre entre la république insatiable et les tribus exaltées. Il conseillait aux Sauks de céder à des prétentions qui, pour être souverainement injustes, n'en étaient pas moins soutenues par une puissance irrésistible.

Ce sont ces dissentimens déplorables entre les diverses fractions de la nation chippewaye, qui induisirent Faucon-Noir à s'abstenir de toute participation dans les délibérations de la Prairie du Chien. Kéokuk , au contraire, parut dans cette assemblée, dans tout l'éclat d'une popularité pal note, Hé on jrao, sur h? tord occidental da la rMèw du Rocher»

vis-à-vis de la patrie de Blaek-Hawk,il avait alors qu

delà force et de la maturité intellectuelle. Ses ' que fort tard, et quand la domination de Faucon-Noir avail :> Tandis que le Sauk battait les Chéroki obscurément contre les terribles Sioux .nu ; sources militaires, développées dans vin de l'indifférence de sa tribu. On lui dut bientôt une m giquedont les américains comme premières épreuves.

Les Indiens foxes de Kéokuk étaient cavaliers. Leur chef les rangeait ordinairement en demi-cercle, leur ordonnait île m se poster en ligne derrière les chevaux et d'attendre l'ennemi. Les Sioux, poussant leurs aboiemens de guerre, se précipitaient sut franchement ; mais i «vait à bout porl

queterie d'autant plus meurtrier que, par horreur pour la civil is américaine, ils s'en tenaient encore aux flèches. Les chevaux survivant aux attaques ne remuaient pas, car leurs yeux éta it bar che-

vaux tués formaient de leurs cadavres un rempart inexpugnable.

La témérité et le sang-froid de Kéokuk étaient admirables. Un jour, chassant avec un petit nombre de guerriers, il tomba seul dans un camp sioux; voyant que les Indiens peignaient leurs cor; ni autour

du mât de bataille, il comprit qu'ils préparaient une attaque contr village. Vprès avoir caché sa troupe, il se présenta seul au i danse et dit au chef sioux : — Je suis venu t'apprendre qu'il y a des

I traîtres dans I ils m'ont dit que tu préparais en mon al

attaque contre mon village, et que tu et les enfans que nous y avons laissés; mais • per-

fidie. Les dénonciateurs ont menti. Tu as fumé la pipe d'alliance avec moi et tu ne voudrais pas agir comme ui

Les Sioux ['écoutèrent d'à!" rd d'un air stupéfait ; puis, revenant de r surprise, ils jetèrent des hurlemens et brandit — Les dénonciateurs ont dit vrai! s'écria Kéokuk; vous préparez une

trahison ; mais les Sauks et les Foxes vous prépai I

excitant son cheval, il disparut à leurs yeux.

C'est un trait digne des héros de Flutarque. De pareils actes de bravoure, joints à une grande sagacité et à un véritable I lièrent à Kéokuk u une autre occasion il a\ nebagoes

Dans les demi: fut lui qui

détermina les positions di :ains.

il conclu, les Indians II"' devoir d'en presser ttaienl le feu au maïs

planté par les San!,

battaient. : mrs fcmmi

saient les tombeaux pour en morts. D'

part, abusant de la passion d américains leur do leurs chasses, des !

livrer du poi

et | nent. Un jo

d'un de

fonça à coup de haches ; pandit le résister, tant >

I roduisit une nement de l'Union résoh dations pour o Noir à reconnaître les limais le |

léricains adr u chef des Sauks une sommation

sur la rive occidentale du Mississipi. Celait sur

Deux nt encore en i t en luttes de toute es-

1 onde la craignait.

■7; flnnd pour les bords de Rock-Biver était si mps elle revenait du pays des Joways camper sur I iheaux desSauks, on du fort \rni ' rage qu'en ressemaient : ird jusqu'à Saint-Louis, était extrême. I!- iation pour s'emparer de la personne l n mi n crimes où la destruction n pn mière ligne . fut solennellement ■ six cents hommes luisit une terreur panique parmi li leurs familles sur l'Illinois , comme si la répi ! à la veille d'une invasion formidable En-

its hommes, commandés par le général ■i leur jonc le fort ^rmslrong avec quatre compa-

gnies venues île la prairie du Chien, et un conseil extraordinaire fut tenu -Islam!. On invita Black-Hawk, Kéokuk, Wapello et les autres jauksqui : lest du Mississipi. C'est en leurpré-

aouveau 1 aucon PsToir d'évacuer

icillard répi qu'il n'avait jamais vendu sa pa>

consi quent il ne leur céderait pas un énéral Gaines impatienté répliqua d'un ton moqueur :

— Mais qui est-ce clone que Black-Hawk ? est-il vraiment un chef? au nom «le quel peuple parle-t-il, et pourquoi se trouve-t-il ici?

\ i i ; Fauc loir se leva en silence, s'enveloppa dans sa

couverture et sortit lentement du conseil. Kéokuk lui-même l'ut épouvanté.

Toutefois la rupture qui semblait inévitable n'eut pas lieu immédiatement. ! e vieux chef, pour sauver les femmes et les enfans de sa tribu, fui obi 'l d'arl i drapeau blanc et de signer une capitulation provisoire. Mais il prit ses dernières dispositions pour faire aux Américains '■ mce.

Iation de 1831 , la vie de Black-Hawk devint ex*

ement mystérieuse. Le secret était indispensable au succès de ses

ilcraft parle d'un message belliqueux adressé, à

puis 1830 jusqu'à la grande guerre, par le

Indiens Au lac de la Torche, et aux tribus de l'Illiuvent, pendant la nuit, il passait le fleuve et

I Island, les Indiens Roue pas faute de ma ' troupe de Sioux. et de Ménominies. Prairie invoquèrent contre les nieurvk ne daigna pas leur faire justli n ers dans ul de se joindre à ■ il du Mississipi ai remontant jusqu'au fort 18 ■- au rciour de Ni aluprès de l'a- |ue de M liai qua solennellement a

i Ohioetd ms l'Illinois,

tiraient

Clotti iuvagi qui

de ca-

avec les reliques de leurs aïeux, avec les chevelures île leurs ennemis, avec leurs étendards, leurs effets de campement, leurs provisions de bouche et leurs bestiaux. Dans les plus grandes barques se tenaient Jes braves de Faucon-Noir, montés sur de jeunes chevaux, armés de pied eu cap, et peints en guerre. Tous observaient un profond silence: le grand chef n'avait jamais paru plus terrible. A la sinistre ardeur de ses regards on jugeait qu'il cherchait moins la victoire que la vengeance; et pourtant il était impossible de se défendre d'un* sorte d'attendrissement en pensant à ce noble amour de la patrie qui inspirait à ces sauvages une résolution aussi héroïque qu'insensée.

Quand les canots parurent à la hauteur de Rock -River, les embrasures du fort Armstong se couvrirent d'artilleurs. 1 <e général Atkinson, commandant à Rick-lslaud, échelonna des postes avancés sur les rives du fleuve; mais Faucon-Noir le prévint en débarquant au dessous de Rock-River, sur le territoire ^\ innebago, et en s'enfonçant aussitôt dans L'intérieur du pays. La violation du bord oriental du fleuve étant accomplie, le général Atkinson, !e gouverneur Reynolds et le major Stillman proclamèrent que Faucon-Noir envahissait, pour la seconde fois, les états de la république. Un exprès fut envoyé à Black-Hawk, portant sommation de se retirer. Le vieux chef répondit sans s'émouvoir que les Indiens ne reculeraient pas, qu'ils avaient le droit de traverser un pays qu'ils n'avaient pas cède, mais qu'ils s'abstiendraient d'ouvrir les hostilités; qu'ils resteraient en un mot sur la défensive; qu'ils réclamaient leur patrie, rien autre que leur patrie. Le Sauk joignit à sa réponse uu drapeau blanc, signe de concorde, qu'il chargea trois jeunes guerriers de remettre au général Atkinson. Mais il comptait peu sur le succès de cette démarche. L'un des trois guerriers étant rentré au camp avec la nouvelle que l'ennemi avait menacé les deux autres, Faucon-Noir invita les AYiunebagoes et les Pottavatomies, dont il occupait temporairement le domaine, à manger officiellement un chien avec lui, et ce repas fut le signal officiel de l'ouverture de la guerre.

Les Sauks avaient pris position à la crique du Sycomore, sur le bord oriental de Rock-River, dans l'Illinois. Treize cents hommes d'infanterie régulière, treize cents hommes de milice et douze cent soixante-dix cavaliers aux ordres du major Stillman, ayant passé la rivière entre Roek- Island et le camp de Black-Hawk, au bac de Dixon, attaquèrent le vieux chef dans ses lignes. Il parait que le combat commença par des hostilités commises contre deux guerriers porteurs d'un drapeau blanc qui, malgré ce signe de concorde, eurent à se défendre contre les tirailleurs américains.

Quoi qu'il en soit, le major Stillman ayant aperçu une cinquantaine de Sauks qui faisaient partie de Pavant-garde des sauvages et qui occupaient dans les broussailles un excellent poste, il eut l'imprudence de les faire charger par sa cavalerie. Le feu meurtrier des Indiens mit le désordre dans ses escadrons qui se rejetèrent sur l'infanterie. Faucon- Noir profita habilement de ce premier avantage et il lit attaquer les Américains avec la plus grande vigueur. Une terreur panique s'empara des troupes de l'I nion. Nulle part elles ne résistèrent au choc des Indiens. Leur déroute fut complète; ils ne s'arrêtèrent qu'au delà du bac de Dixon, a cinq milles du champ de bataille. Trois cent cinquante-deux miliciens manquèrent le lendemain à l'appel ; Faucon-Noir n'avait pas perdu un seul homme.

Cette journée eut d'heureux résultats pour les Sauks. Tous les bagages de l'armée républicaine tombèrent en leur pouvoir, et les \\ innebagoes, qui avaient d'abord hésité à prendre les armes, rejoignirent en foule Blak-Hawk.

Ce chef, qui venait de cueillir la plus belle palme à laquelle un sauvage puisse prétendre, ne se montra point ébloui de sa victoire. Prévoyant la possibilité d'un revers de fortune, il donna l'ordre d.'envoyer les femmes et les eufans au haut pays de Roch- River, dans la région des Quatre- Lacs, pour les mettre à l'abri des représailles des colons. Bientôt les massacres signalèrent l'animosité des deux partis. Il nous en coûte de l'écrire, mais les troupes de l'Union ;-.ux ordres du général Dodge . qui

avaient rejoint M. Atkinson, débutèrent par imiter des Sauks l'usage cruel de scalper les morts pour emporter leurs chevelures, et les officiers américains approuvèrent leur conduite ; c'est ce qui résulte clairement du rapport de l'adjudant ou aide-major VA oodhridge au secrétaire du bureau de la guerre. En pareil cas, l'imitation annonce toujours plus de férocité que la tradition.

Les événemens se succédèrent avec rapidité. Une nouvelle rencontre eut lieu le 24 juin au fort Buffalo, à vingt milles au nord du bac de Dixon. On combattit avec un acharnement effroyable. Les sauvages firent des prodiges de valeur, et Blak-Hawk eut l'insigne honneur de tenir tête à des troupes régulières avec assez de succès pour que la victoire restât indécise, et que chacun des deux partis pût se l'attribuer également.

Cependant le manque de vivres et la supériorité de la stratégie adoptée par les nations civilisées, le forcèrent à se retirer vers le haut pays de Rock-River, sur le lac Coshconong. Les généraux Atkinson, Dodge et Scott, qui comptaient dans leur armée deux mille volontaires à cheval , surent tirer de cette troupe tous les avantages qu'ils étaient en droit d'en attendre. Harcelant continuellement les sauvages, ils les acculèrent insensiblement sur les bords du Visconsin , sans leur laisser la possibilité d'engager de nouveau une bataille, rangée. Arrivés à cette rivière , les Sauks et leurs allies retrouvèrent les femmes et les enfaus que Faucon- Noir avait renvoyés de l'armée. Ce fut pour eux la cause des plus funestes embarras. Il fallut les faire passer à l'autre rive. Cette opération eu vue de l'ennemi ne pouvait s'effectuer sans qu'il en résultât de grands malheurs. Elle nécessitait d'ailleurs de pénibles manœuvres. Privées de nourriture, épuisées par la fatigue et pourtant obligées de suivre les guerriers dans toutes leurs évolutions, de traîner leurs corps nus et de porter leurs petits enfans et les malades à travers les marais et les bois, ces malheureuses femmes présentaient le plus lamentable spectacle qu'on puisse imaginer. Une multitude d'entre elles jonchèrent de leurs cadavres les routes inexplorées par lesquelles elles étaient obligées de passer. Tandis que les guerriers , exténués eux-mêmes de faim et de fatigue , repoussaient à coups de fusils les Américains, elles arrachaient en grande hâte a la terre des racines, aux arbres leur écorce; elles découpaient, au milieu des balles, la chair des chevaux. Le général Dodge les chargea sans pitié. Cinquante sauvages moururent au dessous du fort A\ innebago, en protégeant leur embarquement.

La plus grande partie des familles, en descendant la rivière sur des radeaux, jusqu'il la Prairie du Chien, espéraient franchir le Mississipi à la faveur du drapeau blanc et des droits de l'humanité, tandis que Black- Hawk , sauvant le reste avec ses guerriers, devait, tout en suivant les bords du Visconsin , contenir l'ennemi; mais le résultat de cette manœuvre, inspirée par le désespoir, dépendait de la loyauté des sauvages riverains, que le malheur de Faucon -Noir éloignait déjà de sa bande. Elle ne fut qu'un long carnage.

La moitié des radeaux, trop chargés, sombra en route avant de parvenir au fleuve; l'autre, en échouant contre les parapets du fort Crawfort , ne laissa voir que des corps livides où les ravages de la faim se lisaient encore; les coups de feu dont ils étaient criblés prouvaient d'une manière irrécusable que les Américains avaient tiré sur des femmes et des enfans comme sur des bisons. Cependant le gros de l'armée sauvage, convoyant les familles qui n'avaient pu s'embarquer sur les radeaux, incapable de se maintenir sur le bord oriental du Visconsin, avait traversé eette rivière dans un desordre épouvantable, et battait en retraite vers \\ apeshaws , village situé sur le Mississipi , à cent vingt milles au dessus de la Prairie du Chien. C'était là un territoire chippewaj neutre. Les armes de la république ne devaient pas y atteindre. Les Indiens, toujours affamés et toujours poursuivis, marchèrent pendant huit jours pour y arriver. Encore une balte, et ils allaient se trouver en mesure de passer sur la rive occidentale du Mississipi ; mais un bateau à vapeur américain, Ihe Warrior, remonta le fleuve et vhrl s'embosser au confluent de Itad-axe Jtii'er, au moment où un corps de Sauks débouchaient,

refoules sur le rivage par les Sioux au nord , et par les généraux Ytkin- 5<iii. Dodge et Posej à l'est. Le -nierai Dodge surtout était parvenu à les traquer dans une fondière où il les lit canarder avec la plus grande impasslbilité par ses sharps ' ' < >. a mesure que les infortunés chercliaienl a lui échapper en se jetant à la nage.

Quant aux guerriers (jui entouraient Faucon- Noir, resserrés entre le canon du bateau et les tomahav ks de leurs ennemis de race, ils ne songèrent [dus qu'à sauver les femmes et les enfans.

Black -Hawk arbora le drapeau de paix, mais le commandant du Warrior, dont nous sommes heureux de ne pas savoir le nom, lui répondit par une volée de ses caronnades chargées à mitraille Le feu de cette artillerie lit un cruel ravage parmi les sauvages Les plus braves de leurs guerriers tombaient ainsi misérablement , sans même avoir la consolation devendre chèrement leur vie, car le bateau tirait a distance, et ils n'avaient plus de poudre. Trente-neuf femmes seulement furent prises par les Américains: tout le reste périt, et M. Atkit dans son rapport au major Macomb, déclare naïvement que le chiffre des femmes tuées est inconnu, parce que le plus grand nombre se nova. La r e I il extrême des deux cotes. I ne femme sauke. Na-ni-Sa, se haitit au plus fort de la mêlée, portant sur son dos son enfant emmaillotté dans une couverture. Jetée par les Uncrioains dans le Mississipi . elle saisit l'enfant par son maillot avi c II s dents, plongea, s'attacha à la queue d'un cheval et gagna la rive opposée. I ne jeune mère avait profité d'un moment de répit dans le combat, pour allaiter son enfant sur l'herbe; une balle tua la mère et fracassa l'épaule de l'enfant, qu'un chirurgien de d désarticula quelques minutes après avec la plus grande adresse.

• in peut lire dv* détails plus étranges encore dans une lettre du e, unmandant du Warrior, citée par le même auteur et écrite avec un badiroce qui donue une triste opinion du caractère de la civilisation des l'.lats-l ois

Deux Uin i livrer Black-Hawk, dans la Prairie des

Chiens, au général Street, le 27 aoûl 1832. Ainsi cette campagne entreprise par un chef de tribu sauvage contre des troupes réglées dirigées par cinq généraux américains, pourvues d'artillerie et d'abondantes munitions et soutenues parmi bateau a vapeur armé en guerre, dura quatre mois et demi. Le choit ra-raorbus acheva de détruire les restes disperses de la malheureuse tribu des Sauks de Rock-River. Le G septembre, Blackliawk et son lieutenant Kaopopc furent conduits à Rock- Island où ils prouvèrent facilementau général Scott qui les interrogea, que l'arn éede l,i République avait deux fois viole à leur égard le droit des -eus en tuant sur leurs parlementaires, en premier heu à la baie des Sycomores, el plus tard au massacre de Rad-axe-River. 11 est à regretter que dans son rapport au congrès, M. Lewis • iss, secrétaire du bureau de la guerre, n'ait pas rendu justice a la cause des vaincus : quand on di | ouille un peuple, il ,i reux ei habile de le plaindre.

La capture de Faucon-Noir fut suivie d'un nouveau traite. Le 21 sep tembre ls:!2, le général Seoti el le j ls liront une

dernière convention avec les Sauk li Renards, aux t<

quelle six milli . par le gouverne-

inciii des l me de viic.'i mille

dollars par an, durant cinq ans, ou ci ni mi

,'ieiuii ni loul II du Mississi| i, depuis I i

On réserva un espace de quarante milles, en faveur de Keukiil. lui constituer un majorât, i smpense de sa (idélité a l't nion.

(.'est la qu'il vit étouffanl ds et embellissant avec l'or des

ennemis de sa | atrie i licte la

survh

ux, six femiii i visite chez

me lui : i.. I de cinqu; .

suit partout daus ses v<

eliems qui voient avec indignation le crime récompense dans la pet de ce traître.

Faucon-Noir, au contraire, en perdant sa puissance, n'a i du respect qu'on lui portait. Retenu comme otage par le congrès après la si -uai urc du traite du 21 septembre 1832, il fui coud mi avec ses deux lils au fort JefferSOD. Là, le lieutenant Davis lui lit mettre les fers aux mains el le boulet aux pieds. Cette cruauté ridicule exaspéra le vieillard. Mais c'était un hommage indirect rendu à ses hauts faits et une preuve nouvelle de L'effroi qu'il avait su répandre. I.cs Américains de tous les <lais limitrophes se portèrent eu foule à la prison pour le voir. I i captifs drapes dans leurs couvertures a la manière ^\'> slalui i ai excitèrent une admiration générale. Les femmes ne pouvaient s de contempler Nasinew iskuk, le plus jeune des lils de Faucon-Noir, tant il était beau, écrit M. Samuel Drake de Boston.

Doués d'une grâce singulière qui s'alliail parfaitement à une force peu commune et à une taille giganti que, peints en vermillon, zébrés de noir et coiffés de plumes éclatantes, ces jeunes -eus contrastaient. avec leur père que l'âge, les fatigues el le chagrin avait ren lu gre, comme la lueur sanglante des éclairs avec les ténèbres d'm\ ciel d'orage. Tous trois ils gardaient une attitude dédaigneuse el nu lique. \aopope, Wapello et les plus considérables tic la tribu parlaeaienl leur captivité.

M. Catlin, peintre, avait pénétré dans le fort Jefferson pour taire le portrait des captifs ; il avait commencé par celui de Naopope. Quand le sauvage eut compris le but de sa visite, il releva par la chaîne le boulet rive a sa jambe, le prit a la main, et, le montrant à l'artiste, lui dit avec, un sourire de mépris ;

— Peins moi avec ce boulet, el envoie mon image ainsi faite au Président.

M. Catlin avant refusé, Naopope varia ses postures el ses grimaces à un tel point que l'artiste fut obligé de renoncer a taire le portrait.

Quoique la tribu de Rock-Rivi r lui détruite cl que lui-même fui prisonnier, Black-Hawk ne perdit pis de vue les intérêts généraux de la nation des Sauks. Il s'offrit pour garant de leur soumission définitive au président Jackson dans l'entrevue qu'il eut avec lui à Washington en 1833, et où en abordant le libérateur de la Xouvelie-Orléans, il lui dit ces lieres paroles:

Je suis un homme cl vi us . u êtes mi autre.

La forteresse Monroc lui fui assignée pour demeure, jusqu .• la complète pacification de la frontière Le 20 avril, Jackson ordonna qu'on lui rendit la libelle Faucon-Noir avait été reçu avec beaucoup d'égard ; i M. le colonol l.ustis, commandant de la forteresse. Lu sortant de prison. Black-Hawk lui adressa ce discours d'une simplicité si touchante :

— Frère, je suis venu avec mes compagnons de captivité poui li adieu. Notre grand pin' Jackson nous a permis de retourner dans notre patrie. Frère, tu as tri i Ilot ivec humai

leur uni donni es | u leur a do i ail

i uvcmr de la conduite restera dans mon coein ju

liant) r mou i liant de rt I i s

,■ I Mil ,

mu

de saille I ni. ., p , Il I e

P.ollgC à | .1 porte un

de l'Ilomi ■ tel irand-Ksprit nous

u cl liii i que i m qui pi ' au Grand-Es- ■ de biches el di

li i lai i i lav. k.

: et ces plumes, tu nie

[onroi • 'u fil a

Faucon-Noir la politesse intéressée de l'embarquer dans la baie de Chésopeake, sur la Delaware, vaisseau de 7-1, et une courte promenade en mer acheva de lui donner une haute idée de la puissance de l'Union. C'est aussi un peu dans ce but que l'on lit de la remise des captifs à la tribu des Sauks, l'objet d'une solennité diplomatique dans Rock-Island. Après avoir visité Baltimore, Philadelphie, New- York, Norfolk, Washington, Albany, Buffalo et Détroit, où l'on poussa l'oubli du respect du au malheur jusqu'à briller ces malheureuxen effigie, Blacket ses compagnons furent conduits au fort Armstrong, et le ci passa sur les ruines du village dévasté de Rock-River avec intention. La grande aine de Faucon-Noir parut ébranlée, mais il exprima ses regrets, avec une modération qui déjoua les projets qu'on avait coin us de l'humilier. Les traditions religieuses qui se rattachent au séjour du Grand- Esprit dans les grottes de Rock-Island devaient évidemment rendre plus douloursuse pour les Sauks la dernière scène du long drame de 1833. Le major Garland et ses captifs y arrivèrent le 2 août. Le lendemain, à la pointe du jour, le tambour indien battit et des chants sauvages annoncèrent l'arrivée du grand seigneur Keekuk. Il vint mollement échouer sous le fort Armstrong. Il était à demi couché au milieu d'un groupe de femmes, dans un canot pavoisé aux couleurs de l'Union et surmonté du drapeau américain, \ vaut de monter chez le major il passa plusieurs heures à faire sa toilette. I ne llottille couvrait le Mississipi ; elle transportait sur la rive orientale du fleuve les Sauks ace .. pour cette triste cérémonie de leur expulsion officielle. On ne saurait imaginer d'ailleurs rieu de plus triste que l'entrevue de M. Garland et des deux chefs. Elle présenta le spectacle nouveau pour les Indiens d'un guerrier contraint par un peuple étranger à reconnaître la suzeraineté de son riva) , et à déchoir du rang ou il s'était long-temps soutenu. L'abattement de Faucon-Noir était visible ; cependant il prit la main de Kéokuk qui parla presque seul avei i ce habituelle: une émotion profonde dominait l'assemblée, même les Américains. Les clauses principales de la remise de Blaek-Hawk étaient (pie dorénavant il suivrait les conseils de Renard- Vigilant. Lorsque l'interprète eut traduit au vieillard ces douloureuses conditions, on le vit pâlir sous sa peau noircie et s'envelopper la tête dans sa couverture. Il fallut que le i Davenport du fort Armstrong, le seul blanc dont Black-Hawk eût à se louer après M. Enstis, usai de l'influence qu'il avait sur le chef pour que la conférence ne fût pas rompue. On s'eniendit enfin sur l'autorité exhorbitaute de Kéokuk, et le major Garland fit servir du vin de Champagne. Le lendemain, 4 août 1833, Faucon-Noir traversa le Mississipi.

Ainsi, jusqu'au dernier moment, les sen uéreux de

vage de l'Amérique du nord ne se sont pas démentis, et c'est en dératiou de la reconnaissance qu'il vouait à uu ci i, qu'il

accepta ce qui blessait le plus sa fierté, la suprématie de Kéokuk, son rival.

Black-Hawk est un homme de cinq pieds dix épaules sont larges et osseuses; les mu; ■ ses membres sonl ralement peu prononces ; s: : e s'allonge î

aquilin et pointu; ses yeux sont d'un fauve de noisi :;e foncé ; on y voit briller une légère expr<

son caractère, caries actes ( ; i qu'on lui attribue sont de véritables calomnies: il a eu sans don. Idat, mais jamais la

barbarie qu'on prête en Europe trop La forme de

sa tète est très remarquable rét aux phrénologistes de Baltimore et de

irréprochable; ses mœurs feraient honneur au plus pur disciple de Guillaume Penn; enfin, chose assez extraordin

Faucon-Noir, Indieu farouche, homme primitif, n'a qu'une

seule femme. 11 semble que sa vie entière doive présc aussi amère que juste de la- civilisation.

COSIBAT SES TRENTE.

Avant de parler du combat des Trente, il convient de dire quelque chose de la maison de Beaumanoir qui y puisa son illustration.

C'est seulement au commencement du treizième siècle qu'on voit le nom de Beaumanoir figurer dans les fastes de la Bretagne. Le premier seigneur de ce nom est i fut présent aux étals de Bretagne, te-

nus a Vannes, en 1202, pour avoir réparation du meurtre du jeune Artus, duc de celte province, assassiné par l'exécrable Jeau-sans-Terre. Geoffroy son fils, qui assista à l'assemblée de ia noblesse bretonne, réunie à Nantes, la veille de la Pentecôte de l'année 1225, pour approuver les j riviléges accordes par Pierre de Mauclerc aux babitaus du Cormier et de Saint-Aubin, Robert, père de Jean Ier, connu par son duel à outrance avec le vicomte de Rohan.

Les . es à ce combat sont trop vagues ou trop contra-

dictoires pour être recueillies par l'histoire; elles montrent seulement par les armes des deux champions, que l'armure d'un chevalier, au quatorzième siècle, se composait de cuissards, de bragonnières, d'un hocquetou, d'un armet à visière, avec collerette d'acier, de bottines garnies de fer ou d'acier auxquelles étaient attachés des éperons, d'uu camail lies, d'une tunique ou cotte d'armes, de gantelets de fer, d'un bouclier, d'une épée et d'un poignard long et tranchant, appelé niùêricorclc, qui pendait sur la cuisse droite du chevalier, et qui servait pour achever les vau i L'époque a laquelle remonte ce duel était féconde en combats du genre. Les ordonnances des rois depuis Charlemagne, et les anciens décrets de l'église gallicane n'avaient pu extirper des mœurs nationales cette iare. On se battait pour les motifs les plus futiles, et il coulait plus de sang noble dans les querelles particulières que sur les champs de bataille. Cet esprit pointilleux et guerroyeur avait envahi jusqu urne cela est prouvé par les actes du concile de Normandie : Philippe-Auguste, où il est dit que les i ne pourront se battre en duel sans la permission de leur de cette tendance toujours croissante , Philippe-le-Hardi voulant spécifier, sous forme de traité, les cas où le duel pouvait être légalement auti risé, chargea de ce travail messire Philippe parent de J illi du comté dé CfermOnt et l'un s sa vans jurisconsultes de son temps. Ce code du duel parut, en 12-13, dans les coutumes du Beauvoisis, et forma la matière du soixante lième chapitre de cet ouvr; Jean III, fils de J le Dinan, est une des plus grandes figures chevaleresques d'un siècle qui enfanta le roi Edouard III, le son, Jean Chandos et nuGuesclin.il embrassa le Charles de Blois, époux dé Jeanne de Penthièvre, nièce n-le-Bon, contre son compétiteur Jean de IMontfort, quatrième I re du duc décédé. La Bretagne était, a cette époque, li\i> : u multitui le corpsd'armée épars. Chaque baron, ain sous sa bannière, disposait à sou gré de ses soldats, portait i où lion lui semblait, et aggravait par le pillage et les exactions les ma;: erre civile. Les Anglais, enflés parleur récent succès de Crécy, pillaient et saccageaient la meilleure partie du duché. Les richesses des villes de la Br< s ornemens de ses églises 1 :;sons de ses vallées, ne lui apextermination, famine, tel était province.

e anglais, sir Robert Bembroug, qui commandait pour ri i i de Ploi . tel, voisine de celle de Josselin oii Jean îil de Beau: cait pour Charles de Blois, s'était ter entre tous ses s exactions plus' dignes d'un cl: ands que d'un capitaine de troupes disciplinées, Indibarbaries, le chef breton alla au camp anglais, muni d'un sauf-conduit, demander sùreic contre ces désordres; mais combien sou

indignation s'accrut-elle en voyant, prisonniers des Anglais, une foule de paysans des deux sexes attachés par les pouces et accouplés deux par deux, trois par trois, comme des chiens de chasse I Beaumanoir ne put contenir sa colère, et, s'adressant à Bembroug, il lui reprocha sa conduite en termes énergiques.

Le capitaine anglais répondit qu'il ne prisait les sermons que dans une église. La querelle s'échauffent à ce propos. Beaumanoir offrit à Bembroug de jouter de 1er et de glaive un contre un, dix contre <!ix. trente contre trente pour l'honneur respectif de leurs soin crains et l'amour de leurs mies, car à cette époque de chevalerie, une espèce de culte religieux pour les dames se mêlait à l'esprit guerrier, et, mobiles ou prétexte, il fallait qu'elles entrassent pour quelque chose dans toutes les querelles.

Beaumanoir termina son discours en jetant à terre son gantelet : Bembroug s empressa de le ramasser :

« Gentil chevalier, lui dit-il, vous ne pouviez me faire proposition plus agréable. Ulons en un bel champ, là où on ne puisse nous empescher ni des tomber, et commandons sur la hart à nos compagnons de part et d'autre et à tous ceux qui nous regarderons, que nul ne fasse à homme combattant ni comfort ni aide, et faisons tant qu'on en parle au temps avenir en salle, en palais, en place, et en autres lieux par le monde. »

Les conditions de la lutte furent aussitôt réglées. On convint qu'on amènerait des deux côtés trente champions, qu'on combattrait à cheval, chaque chevalier portant les armes de son choix ; enfin, qu'on se réunirait au chêne demi-voie, entre Ploërmel et Josselin, le samedi avant le dimanche de Lœlare.

Au jour indiqué, les chevaliers des deux partis, armes de lances, de dagues, de miséricordes, de haches, de maillets, de grandes épées à lames plates, nommées faucharls, se trouvèrent au lieu du rendez-vous, occupé depuis le matin par une foule immense et barioler de laboureurs, de marchands, de petits bourgeois, et par un grand nombre de gentilshommes porteurs de saufs-conduits. Un prêtre bénit leurs armes, et on leur lut ensuite les faits pour lesquels ils allaient combattre, qu'ils ratilierent les mains eutrelacées les unes dans les autres. Ils jurèrent que leur cause était juste, que leurs armes n'étaient point enchantées, qu'Us se conduiraient en preux chevaliers, et ils défendirent aux spectateurs de s'entremettre pour choses ni meschefs.

Ces préliminaires achevés, et comme on se disposait de chaque côté i prendre champ, Bembroug sortit des rangs anglais, et s'adressant à Beaumanoir, prétendit qu'un combat livré sans l'agrément de leurs souverains respeetiefs n'était pas régulier. Beaumanoir repondit que cette reflexion était trop tardive, et qu'il ne s'en retournerait certainement pas sans mener les mains. Cette réponse décida le combat. Les \nglais s'ébranlèrent aux cris de saint Georges cl de Mon/fort! les Bretons a ceux de Brctagnc-Malo au riche duc !

« Ils tirent, dit Froissard, tous leurs L'eus traire en sus de la place

bien loin. Puis fit l'un d'eux un siL'ne, et tantôt se coururent sus et se

combattirent moult vassement, aussi bien que tous fussent Roland et

Olivier. «

Le choc fut si rude qu'au plus fort de la mêlée les champions des

deux partis s'arrêtèrent d'un commun accord, haletans el épuisés I f-

froj de l.i Roche, simple écuyer, qui venait de donner des preuves éclatantes de courage aux iules de Beaumanoir, profita de ce moment de trêve pour s'agenouiller devant lui et lui demander la chevalerie, distinction qui, presque toujours, se conterait sur la brèche, dans la tranchée ou sur le champ de bataille. Beaumanoir ne crut pas devoir la refuser à sa valeur et lui donna l'accolade, en disant :

« Beau fils , BOUV ions-loi des exploits de tes ancêtres a Constantiiiople et en Grèce, et fais payer tes éperons aux Anglais. >•

La bataille recommença ardente et terrible Les lances s'entre-choquent, les rangs s'éclaircissent, les chevaliers tombent les uns a| autres, comme les arbres de la forêt sous !a cognée des bûcherons ; eu

instant, l'arène est jonchée de casques brises, de boui lit rs épars, d'ecussons mutiles.

Épuisé de fatigue, tourmenté par là soif, affaibli par le sang de ses blessures, Beaumanoir se retirait de la lice et demandait à boire, lorsque Geoffroy Dubois l'apostropha par ces mots qui devinrent le cri de guerre de sa maison : Beaumanoir, bois ton sang '

Bembroug, pendant ce temps,- parcourait les rangs des anglais, leut promettant la victoire au nom de Merlin ; mais il en est, dit un chroniqueur, dé ces prophéties comme de toutes celles qui n'ont pas Dieu pour auteur; on y voit ce qu'on veut. Les deux chefs, qui se cherchaient . se .rencontrèrent dans la mêlée, et Bembroug, saisissant Beaumanoir, lui eriait déjà de se rendre, lorsque Alain de Keranrais le renversa d'un coup de làncê. Geoffroy Dubois, qui ftirvint, Pdctieta en le perçant d'outre en outre de son épée

Là mort de leur chef étonna les Viciais, mais un chevalier allemand, nommé Cfoquart, s'étanl mis à leur tête en s'écrianl : Seigneurs, broug vient de succomber : tous les livres de Merlin, qu'il aimai; consulter, ne lui ont pas valu deux deniers; au nom du l>ieu vivant, comportez-vous en '-'eus de cœur. S ■ ■ '.eue/ ferme dans les

étriers et combattez comme mol ! Us reprirent courage, et la victoire Qôlta plus incertaine que jamais.

Ce fut à ce moment que Guillaume de Montauban, écuyer de bonne et antique maison, abandonnant le champ de bataille, gagna un endrOil de la plaine OÙ se trouvait un page avec un clîéval frais et des armes. échangea son fauchart contre une lance fraîchement émoussée, revint dans la lice et fit semblant de fuir :

— Faux et mauvais écuyer, lui eria Beaumanoir, cette couardise et cette honte te seront reprochées à toi el à toute ta race.

Mais Montauban. continuant de s'éloigner, se contenta de répondre ;

— Ouvre bien de ta part, Beaumanoir, et je ferai tout mon devoir de mon côti

En effet, il alla se placer à une trentaine de pas du lieu du ci enfoni a ses éperons dans le ventre de son cheval, et donnant tête I aissée dans le liane des anglais, étroitement serrés les uns contre les autres, il en renversa sept au premier choc et trois au retour. Les rangs rompus ouvrirent un chemin facile aux Bretons qui s'y précipitèrent, Ceux des Anglais, qui échappèrent aux dagui s el aux maillets di queurs, se rendirent a Beaumanoir, qui les conduisit dans son de Josselin, d'où ils ne sortirent qu'en payant rançon courtoise, et loisqu-, dit Froissard. ils furent tous resanés, car il n'y en avait nul qui ne fut fort blesse

Telle fut l'issue du combat des Trente. Si elle n'influa pas directement sur les destinées de la Bretagne, elle releva le courage des partisans de Charles dé Blois, modéral'orgueilànglaisel pn serva cette partie de la province d'exactions qui, si elles eussent continué, n'auraient pas laissé une pierre à ses églises, ni un habitant à ses campagnes. Son r ment en Europe fut immense. Long-temps âpre, l'i poque .1 laquelle elle avait été livrée, on disait en France, en Vjigleterre et en Ulen pour exprimer qu'un combat avait été terrible . <• Un a combattu comme à la bataille des Trente. ■

Pour perj 'tuer le souvenir de ce tournois célèbre, une Croix fut plan tée au lieu où si trouvait le chêne demi-voie, tombé de vétusté depuis deux cents ans. La révolution qui ne respecta rien pas même la gloire, abattit la croix el efl iça 1 inscription. L'empire i inplaccr

par un monument, mais les désastres publics empêchèrenl toujours la réalisation de cette peu ;ée patriotique.

ni seulement sous le règne de Louis XVIII, qui pieque

l'on von aujourd'hui sur la route de PU i rmel

u centre d'une étoile plantée d'arbres. Sur une pierre, placée dans sou enceinte, on lit :

\ i levant, du i

de L m- XMli, roi de i ran Navarre, le comei

< . uvral du Mm Il i i ce monument a la gloire des Trente. >

Au couchant, du coté de Josselin :

La même inscription eu langue celtique.

Au midi :

Le nom des Trente.

Et au nord, du côté de Paris, à l'orient :

« 27 mars 1351. >

Les blessures que Beaumanoir avait reçues au combat des Trente ne l'empêchèrent pas de se trouver, l'année suivante, à la bataille de Mauron. Sestaleus reconnus dans les affaires d'état le firent appeler ensuite à 1 ambassade d'Angleterre. Mêlé à tous les événemens importans qui signalèrentt le siècle agité où il vécut, il reçut, en 1357, en qualité de gouverneur de la province de Bretagne, des mains du duc de Laucastre, les elefs de la ville de Vannes. Beaumanoir était prisonnier lors de la célèbre affaire d'Auray. Il obtint du comte de Montfort la permission de combattre, à la condition de n'accepter aucun commandement. Fidèle à cet engagement, il s'attacha à la suite de DuGuescliu, cette (leur de la chevalerie, « ame forte, nourrie dans le fer et pétrie sous les palmes, « suivant l'expression pittoresque d'un historien.

Tous deux Orent pour la cause de Charles des prouesses incroyables, et, sans doute, dit l'auteur de la vie de Du Guesclin, le succès aurait couronné leurs efforts, s'ils n'eussent été chargés par derrière par cinq cents lances, que Courlay tenait cachées dans les genêts et les buissons, et qui les attaquèrent quand la chaleur du combat commençait à se ralentir. Dans l'espèce de déroute qui suivit cette attaque imprévue, Beaumanoir ayant aperçu un chevalier nommé Gauthier Huet, espèce de géant, qui portait la mort et l'effroi parmi les Bretons, il s'élança à sa rencontre, le renversa et l'eût tué infailliblement, si le célèbre Olivier de Clisson ne se fut porté à son secours en s'écriant : « Beaumanoir, rendez-vous! « Mais le chef breton répondit à cette injonction à coups d'épée, cherchant à vendre chèrement sa vie, plutôt qu'à décider une victoire devenue impossible.

Tandis que ces choses se passaient, Charles de Blois couvert de vingt blessures et combattant encore, se trouva tout à coup environné d'une FouTe d'ennemis qui s'acharnaient à le tuer. Un Anglais lui traversa la gorge d'outre en outre avec son épée, l'héroïque prince tomba sur les genoux, et levant les mains au ciel :

« Grand Dieu ! s'écria-t-il, pardonnez-moi le trépas de tant de braves gens qui meurent ici pour moi. J'ai guerroyé long-temps contre ma volonté et par le conseil de ma femme, qui m'a toujours assuré que ma cause était juste. »

11 expira en disant ces mots.

Cette mort décida Beaumanoir a se rendre. Il remit sa vaillante épée à Jean Chandos.

Le traité de paix de Guérande, conclu, eu 1365, entre le comte de Montfort et Jeanne de Penthièvre, tira Beaumanoir de la captivité. Il mourut peu de temps après, laissant pour héritage à ses deux fils, Jean IV et Robert, un nom illustré par une des plus loyales et des plus glorieuses carrières que jamais gentilhomme ait parcourues, car nul mieux que lui n'avait compris qu'une naissance illustre est un lourd fardeau et ne s'était plus particulièrement appliqué à justifier ce vieil adage des hérauts d'armes et des maîtres eu blason du moyeu -âge : « Noblesse oblige. «

Jean IV, sou fils aîné , prit une part très active à la guerre entre Charles V et Edouard III, et ayant accompagné le connétable du Guesclin dans ses expéditions, il l'aida à reprendre, sur les Anglais, la Guyenne, le Poitou et la Saintonge et une partie du Limousin. Il partagea, en 1377, avec le célèbre Olivier de Clisson l'honneur de la reddition de la ville d'Auray. Fidèle à Jean de Monfort, il ne l'abandonna ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune. Charles V, qui se défiait des dispositions du duc de Bretagne et qui avait à venger sur lui des griefs particuliers, convoqua un lit de justice au Parlement, et somma le duc d'y comparaître pour y répondre :

1° De plusieurs excès commis contre les barons de Bretagne, et notamment contre le sire Olivier de Clisson.

2° Du meurtre d'un prêtre porteur de lettres d'ajournement.

3° D'avoir appelé l'Anglais en Bretagne.

Un huissier appela Jean de Montfort à la porte de la chambre, à la table de marbre, au perron et à la porte du palais, et le comte n'ayant répondu à aucun de ces quatre appels, fut déclaré coupable du crime de félonie et lèse-majesté. Un arrêt de mort fut en conséquence porté contre lui, et sou domaine confisqué au profit du roi.

Jean de Montfort protesta contre cet arrêt, réclama les secours de l'Angleterre et l'appui de ses barons. Jean de Beaumanoir fut le plus ardent promoteur de la ligue qui se forma, en 1379, en faveur de ce prince, parmi la noblesse bretonne. Il entra en INormandie à la tête de deux cents lances, ravagea cette province, battit les corps d'armée royaux, et revint en Bretagne chargé de butin. On le vit ensuite, de concert avec le duc d'Anjou, le seigneur de Laval et le vicomte de Rolian, être l'un des arbitres de la paix proposée au roi de France.

Envoyé, en 1380, eu Angleterre , en qualité d'Ambassadeur, il est traité d'ami1 cousin dans l'acte de cette députa tion. Cette importante mission accomplie, il part pour la Flandre avec la fleur du duché, se trouve à la fameuse bataille de Rosebug , gagnée par les Flamands révoltés contre leur comte, et meurt, à son retour en Bretagne, dans une intrigue obscure.

Il était de notoriété publique que Jean III entretenait la fille d'un de ses fermiers, nommé Roland Moysan. Un jour, ce dernier revenant du château de Beaumanoir, rencontra le sire de Tournemine, ennemi personnel de Jean et amoureux de sa femme, dame Duplessis-Bertrand :

•< Homme sans cœur, vilain, détestable lâche, dit le chevalier au paysan, comment n'as-tu pas su défendre ta fille contre les séductions de ce Beaumanoir, qui affiche ta honte partout? »

Là dessus le métayer devint tout pâle , et serrant la main du sire de Tournemine avec une énergie farouche :

» Merci, messire ! » répondit-il.

Ces deux mots contenaient un arrêt de mort. En effet, depuis ce moment, Roland ne cessa de veiller sur le comte comme le tigre sur sa proie, et le soir du mardi-gras, Beaumanoir s'étant rendu à la ferme, monté sur sa haquenée, Roland, aux aguets, courut aussitôt chercher un jeune homme borgne, nommé Geoffroy Robin, puis, assisté de ce complice, revint à la métairie, et y ayant trouvé Beaumanoir, il l'assomma à coup de cognée; mais ce meurtre ne resta pas impuni. Ni les retraites profondes des forêts, ni les sables mouvans des laudes bretonnes, ne purent soustraire les coupables à la justice. Roland et Geoffroy furent arrêtés. Le fermier eut le poing coupé et fut pendu, après avoir confessé son crime, mais sans qu'un mot fût sorti de ses lèvres dans ses différens interrogatoires, pour accuser le sire de Tournemine. Il se borna a affirmer qu'il avait été envoyé par Robert pour assassiner son frère, et les tourmens de la torture ue purent jamais lui arracher d'autres aveux.

Sous le coup d'un malheur cruel et d'une épouvantable calomnie, Robert, dont les soupçons contre le seigneur de Tournemine s'étaient tournés en certitude depuis que ce dernier avait épousé la veuve de Jean de Beaumanoir, n'hésita pas à accuser publiquement ce seigneur de complicité avec les assassins. Il se rendit le lundi après la Saint-Michel au Parlement de Vannes, où siégeait le duc de Bretagne, renouvela son accusation suivant les formes usitées en ce temps-là, et demanda le combat à outrance. Le seigneur de Tournemine ayant répondu par un démenti formel aux allégations de son accusateur, et donné son gage, le duc de Bretagne fixa le duel au mardi suivant, la Noël (13S6), et indiqua pour champ clos le Bouffai de Nantes. Au jour convenu, il s'y rendit luimême avec ses gentilshommes et ses conseillers. Beaumanoir se présenta le premier en lice, à cheval et armé, portant sur son bouclier ses armes d'azur à onze billettes d'argent, accompagnées de la devise de sa maison : « J'aime qui m'aime-, » et comme sou adversaire tardait à pa-

raître, il pria le héraut de faire l'appel, et aussitôt celui-ci s'approcha des barrières et cria à haute voix :

■ Messire Pierre de Tournemine, venez a votre journée contre le sire de Beaumanoir!

\ la troisième sommation, Pierre parut. Les deux champions d< scendirent de cheval, on mesura les épées, puis on les conduisit dans un champ ou étaient places les reliques ei le missel. Là le président de Bretagne, prenant la parole, dit à Beaumanoir:

Monsieur de Beaumanoir. vous jurez à l>ieu et aux saints Evangiles que vous n'entendez faire preuve contre le sire de Tournemine que par votre épée et votre bon droit sans recourir à aucun charme, sorcellerie ni armes cachéi S

Beaumanoir, les mains étendues sur les reliques et le missel, repondit:

Je le jure !

Le président s'adressant ensuite .1 rournernine. Et vous, monsieur Pierre de Tournemine. jurez à Dieu et aux saints Evangiles que vous avez bon droit dans votre défense envers monsieur de Beaumanoir, suivant les termes de la bataille convenue entre vous.

Pierre, les mains étendues sur 1<> reliques et le missel, ri ,

0 Je le jure!

Les deux champions remontèrent ,1 cheval, et le maréchal ayant crié par trois t'ois : Laissez aller! ils s'élancèrent l'un sur l'autre avec fureur.

Ce fut le combat acharné de deux hommes qui sentent que la mort est au bout de leurs lances, et que l'honni ur de l'un des deux doit rester sur le champ de bataille. Beaumanoir ayant presse le seigneur de Tournemine. avec autant de résolution que de vigueur, le blessa dès l'abord, le désarçonna après des efforts désespères, lui mit le pied sur la poitrine, la misi 1 i, ord* sur la gorge, et le somma de lui dire la vérité : - rournernine, tout en s'avouanl vaincu, répondit que sur Dieu et 1 de son aine, il n'avait oneques commis le crime dont on le chargeait, et on l'emporta du champ de bataille a demi mort. Ce fut avec beaucoup de peine que Beaumanoir obtint du duc de Bretagne qu'il ne serait ni pendu, ni attache sur la claie, en dépit de la coutume alors en vigueur en Bretagne et dans toute la Fi ince, qui voulait que lorsqu'un chevalier, accusé d'un crime capital, était vaincu dans le duel a outrance ou jugement de Dieu, vivant, on le livrât au bourreau, mort, aux fourches patibulaires.

[Illustrations de la Noblesse Europi I

Page 1