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JOURNAL D'UN VOTAGZ AU CHELIF

Depuis la reprise des hostilités un grand non il ri d'1 : ipéens sont tombés entre les mains des Vrabes. Tous n'ont pas trouvé la mort chez nos farouches ennemis, et beaucoup d'entre eux sont retenus ca| Taza, Tekcdempt et autres localités qui se trouvent sur les coulins du désert.

Invite a prendre pari, de concert avec MM. l'abbé O'sballer, lecomle de Franclieu et A. Berbrugger, aux négociations qui amèneront la délivrance de nos compatriotes, je quitte Uger le 29 mars, à midi.

A dix heures du soir, j'entre à Blida.

Le 30, je quitte cette ville avec mes compagnons, et munis d'un amane de kalifa Sidi-Mohammed-ben-Allah Sidi-M'baruch , nous cheminons seuls vers le pays des Badjoutes.

\u bout d'une demi-heure de marche, nous tombons dans une embuscade compo iliers de cette tribu. Leurs premiers 1

(ly Cet important ouvrage se public par livraisons mensuel! - rue gogne, B" 12. Il est imprimé avec un lusc tout a fait remarquable et contient des armoiries magnifiquement gravées.

sont d'abord hostiles et nous donnent des craintes sérieuses. L'un d'eux surtout s'acharne et braque s, m- a fusil sur l'un de nous en

huilant en arabe dépouille-toi ! Notre amane bien et dûment examiné par ces bandits finit par les adoucir et nous en sommes quittes pour notre provision de tabac entre leurs mains ( ependant de toutes île nouveaux cavaliers arrivent au galop. Il n'est point de brous-

s.iille. d'arbre qui n'en cache deux ou in 11s, ils viennent du us l'es] de

partager nos dépouilles, et lorsqu'on les met au t'ait de notre m ils retournent .. leur poste en jetant un regard d'envie sur nos chevaux et en murmurant : Quel dommage! Je suis étonne de la discipline qui règne parmi ces brigands. L'un d'eux, quoique sans aucun signe extérieur de commandement, leur assigne différens postes qu'ils s'empressent d'aller occuper, et nous invite ,i le Suivre.

(•1 homme nous t'ait traverser la pi. une en nous dirigeant vers le Kabour-lloumia Tombeau de la Chrétienne Nous passons la Chiffa, le Bou-Roumi et l'Oued-jer. Vais trouvons un grand nombre de troupeaux sur in lire route. 1. espèce hn\ me s'est considérablement améliorée depuis la guerre. Je \ms peu de eulturi s Les arabes que nous rencontrons paraissent surpris de nous voir. Les enl'ans seuls nous insultent.

A trois heures du soir, mais arrivons au bois du khrari/af. 1 ne tente a été dressée auprès de celle du caïd pour nous recevoir. Ce élut est absent. Sou khrodja, Sid-Ahmed-el-Gbroul, VJgérien emigréque j'ai beaucoup connu, nous fait un très bon accueil. I n repas confortable nous est servi par ses soins.

A six heures, le caïd arrive. Les liadjoutes l'entourent, de grandes marques de respei t. car il -.-st aussi marabout, ils se précipitent sur son passage et lui baisent la main. .Nous lui faisons nutie visite suis l'informer de l'objet de notre mission. Ils nous reçoit très froidement et met a notre disposition un chaouche pour nous conduire le lendemain auprès du khalifa.

Je retrouve ici uu ;rand nombre d'Arabes que j'ai autrefois

connus dans les tribus de ISui-M011s.tr. h'hrachenn, etc , etc. La plupart d'entre eux ne paraissent pas fort enchantés de leur nouveau sort, et, de fait, ils font un service extrêmement pénible Leurs courses dans le massif d'Alger sont le beau côté du métier. Chargés de la correspondance depuis nos avant-postes jusqu'au point ou se trouve l'émir, ils usent leurs chevaux et perdent leur temps pour porter à celui-ci une nouvelle insignifiante.

llamed et Ghrout, et plusieurs liadjoutes de nouvelle d.ile s'excusent auprès de moi, chacun en particulier et en me prenant .1 part, d'avoir quitté Uger. Le khrodja me raconte for) longuement les tracasseries auxquelles il était en butte, les préventions que l'on faisaient peser sur

lui pour de prétendus rapports avec l'ennemi.

Le :.i nous prenons congé du caïd ; il n'est pas plus gracieux qu'hier,

et donne devant nous des ordres de service. Uu uns il indique un uper : aux autres il présent de tendre une embuscade sur telle route; à ceux-ci de tenter un 1 ■ \insi

...qualité h itre (.oie. 1I1 . 1 I iimcr.i ; I lelhv -Ibrahim

sera probablement attaque, roui se fait militairement. On obéil s pliquer, et si, par hasard, quelque réclamation s'élève, le bûton la fait

cesser.

Bien (pie le caïd ne paraisse pas très bien disposé en notre fa nous nous plaignons de différens vols que, malgré le factionnaire placé à l'entrcc de notre tente, on a opérés cette nuit dans l'intérieur de cette habitation. \ chacun de nous on a soustrait quel. pies objets; àmo ma chachïa de Tunis calotti rou - qui pendant mon sommeil m'a été

enlevée île I,. 1. 1.- Le chel des Uadjouti s parail méco ni que ses gens

aient méconnu les droits de l'hospitalité. 11 ordonne à un Uachchaouch qui ont disparu. Celui-ci s'arme alors d'un

énorme bat. .11. et ci ins de dix minutes fait déposeï à mi ; 11

guerriers de sa tribu les objets donl ils nous avalent 1 1 ne tabatière seule ne put être retrouvée, malgré l'activité du Uach cltauuch.

Nous moutons à cheval, et nous nous dirigeons vers les montagnes du Bni-Mad. A 9 heures, nous les laissons à notre droite et nous entrons dans la vallée de l'Oued-Djer. Elle rot très boisée, et le gibier y pullule. Quelques grabac (habitations), que l'on aperçoit partout où les fourrés deviennent moins épais, indiquent que la localité est plus populeuse qu'on ne le croirait d'abord.

La rivière de l'Oued-Djer fait beaucoup de tours. Nous la traversons quatorze fois en deux heures. Pendant les pluies elle se change eu torrent et rend impraticable la route que nous suivons.

A midi, nous sortons de la vallée. Le Bou-Halouan est devant nous. C'est un immense Outhan qui prend tout le revers de l'Atlas. Un poste de Kabyles en défend l'entrée. Je n'y vois point d'arbres. Tout au contraire est d'une nudité que les épais fourrés de l'Oued-Djer rendent plus frappante. Les terres du Bou-Halouan sont en revanche les plus fertiles du pays. Les pâturages sont excellens et les moissons abondantes. Cette année rien n'a ete cultivé.

A une heure et demie, nous nous arrêtons sur le bord de la rivière de Bou-Halouan près de l'ancien fort qui donne son nom a la localité. Bâti par les Turcs sur un des mamelons les plus élevés, cet ouvrage commandait tout le pays. Il tombe en ruine aujourd'hui. Je regrette de n'avoir pu le visiter. Nous nous mettons en marche. Sur notre route, nous rencontrons des marchands du Gltrarb (de l'Ouest). Ils vont porter du blé et de l'orge dans les tribus que la guerre a empêchées de faire leurs récoltes. Ils viennent de fort loin, et conduisent chacun plusieurs bêtes de somme.

La charge du chameau vaut 19 sultanis pour le blé, 10 pour l'orge.

Depuis quelque temps nous suivons une pente extrêmement douce. A cinq heures et demie nous arrivons au sommet de l'Atlas. Nous continuons à monter sur un plateau très étendu, formé par un océan de petits mouticules tous du même niveau, et dont les pentes comme l'élévation sont insensibles. C'est le Gonlas.

Comme nous devons camper dans un des douars qui y sont établis, notre chaouch avise la Gourbi de meilleure apparence et en fait déloger les pauvres diables qui s'y trouvent. Les coups de bâton qu'il distribue nous procurent en un clin d'œil vingt serviteurs pour tenir nos chevaux, décharger notre bête de somme, et pourvoir à tous nos besoins. On nous apporte un énorme sahfa , (espèce de baquet) de couseoussous grossier dans lequel un agneau rôti est enfoui tout entier. On nous offre aussi du lait excellent, des galettes fort médiocres et des oranges.

L'air est vif au Contas, et nous mourons de froid pendant la nuit.

Le 1" avril done, nous prenons congé de nos hôtes à la pointe du jour. Ils ne nous laissent partir qu'après nous avoir bourré de couscoussous.

Les habitans du Contas sont fort doux. Ils sont pauvres et paraissent beaucoup souffrir de la guerre. Le bon accueil que nous recevons d'eux prouve combien Va soupirent après la paix. Leur obéissance passive aux ordres d'un simple chaouch hadjoute ne démontre-t-elle pas aussi combien l'autorité d'Abd-el-Kader est respectée dans ces contrées ?

Nous ne tardons pas à descendre le revers méridional de l'Atlas qui est assez rapide et couvert de ravines. A neuf heures nous sommes près d'Aïn-Sultnn.

A nos pieds nous apercevons alors l'immense plaine du Chélif et plus loin la deuxième chaîne de l'Atlas. A droite, tout près de nous, se dresse le mont Zaccar, pic le plus élevé de la première chaîne. Jlilianah y est coquettement perchée à mi-côte, et les mille ruisseaux qui arrosent le pays vont y chercher leur source. Les teintes sombres de la montagne font ressortir les gracieux minarets de la Médina ensevelie pour ainsi dire dans des flots de verdure.

Le coup d'œil dont nous jouissons est admirable. On ne peut rien '.naginer de plus grandiose et de plus pittoresque à la fois.

A dix heures nous sommes dans la plaine. Nous arrivons sur la route d'Orau que nous suivons.

Le grand nombre d'Arabes que nous voyons sur la route nous donne à penser que nous approchons d'un lieu où la population est agglomérée. En effet, après une heure de marche, nous apercevons le camp du Caïdel-Aarab. Les chefs qui s'y trouvent montent à cheval et viennent au devant de notre petite caravane. Ils jettent sur nous des regards de dédain, ne répondent pas à nos saluts et s'entretiennent avec notre chaouch. A midi, nous sommes en vue du camp de l'aga. Nous avons laissé derrière nous celui du caïd qui est composé de cavalerie irrégulière.

Le camp de l'aga contient plusieurs compagnies d'infanterie régulière et des irrréguliers. Quelques officiers s'en détachent et viennent grossir notre escorte composée surtout de curieux et de flâneurs, car il y en a partout.

De jeunes Arabes fort bien montés caracolent auprès de nous. Ils tiennent beaucoup à ce que nous regardions leurs chevaux. La manière donl leur djérid est placé sous le zeghrdhani me fait reconnaître que ce sont les fashionables de l'endroit. L'un d'eux ne perd pas des yeux le beau coursier anglais de M. le comte de Franclieu, et pousse des exclamations de surprise toutes les fois qu'il franchit un ruisseau. Il me demande si nous avons beaucoup de chevaux comme celui-là à Alger. Je lui réponds que nous en avons de bien plus beaux encore et en grande quantité. Il s'éloigne alors en murmurant un terme injurieux pour nous, très commun dans la bouche de ces messieurs , et que l'envie surtout leur fait proférer.

Cependant notre su te grossit à chaque instant. Plus de quatre cents cavaliers nous entourent et beaucoup d'entre eux ne cachent pas le sentiment de haine, le mépris que nous leur inspirons. Les principaux personnages de la bande s'en aperçoivent et ils se hâtent, afin de prévenir tout accidi nt, d'éloigner ceux que leur service n'oblige pas à rester auprès de nous.

C'est alors un moment de confusion pendant lequel le bâton figure dans tout son éclat. Comme nous sommes la cause du rôle important qu'on lui fait jouer, chaque coup bien appliqué augmente bien certainement l'aversion dont nous sommes l'objet de la part de quelques uns.

Vers les trois heures, nous arrivons à Zaron, où sont établis les grabas des anciens habitans de Milianah. Les troupes du khalifa sont aussi campées daus cette localité qui se trouve conséquemment en ce moment le point central et le plus important du Chélif.

Zaron est dans une grande agitation. On ne juge pas convenable de nous y faire entrer maintenant; nous nous arrêtons donc près des dernières tentes et nous attendons de nouveaux ordres sans mettre pied à terre. Un officieux s'empresse de nous faire connaître que la rumeur est causée par l'exécution de deux de nos espions indigènes surpris hier chez les Uni-Salah.

Chez nous, un profond silence nous eut annoncé le moment où le bourreau va accomplir son couvre; ici, on injurie le patient, et c'est quand les tètes vout voler que les vociférations de la multitude deviennent plus forcenées.

Je ne sais si mes compagnons éprouvent de l'émotion ; mais quand à moi, ces cris, cette attente quand tout est mouvement autour de nous, font battre mou cœur plus fort que de coutume.

Quelques minutes se sont écoulés et l'exécution est terminée. Nous contii uous à chevaucher ; seulement, au lieu d'entrer dans le. camp où p'i' suite de l'état d'exaspération des Arabes, on aurait pu nous faire un mauvais parti, nous le tournons et allons descendre du côté opposé.

Uue centaine de chaouches, à pied et à cheval, sont occupés à contenir la foule que la curiosité pousse à se jetter vers nous. C'est avec le bâton, toujours le bâton, qu'ils parviennent à rétablir l'ordre, à disperser les groupes. Plus d'un bras a sans doute été cassé ; mais ici c'est la moindre des choses.

Notre tente est assez vaste. Elle est doublée en laine. Elle est à uue portée de fusil du camp dans un endroit très boisé et assez bien arrosé. Le petit marabout Sidi Abd-el-kader uous reste à l'Quest-Noid-Ouest,

et le sommet du Zaccai à l'Est un quart Nord-Est. Quatre ou cinq tapis de Tlemseu, quelques coussins, quelques nattes composent nuire moî-ilier.

Un niaiiie d'Alger, qui j a été inspecteur de police dans le temps, nous est attaché comme interprète. Trois jeunes arabes soni <— .ilciiicnt mis à notre disposition pour nous servir, et un régulier sera notre cuisinier.

Au maintien de ce dernier je reconnais facilement un Français. Notre homme m'avoue en effet être déserteur d'un dos bataillons d'Afrique. Outre sa profession de cuisinier, et une douzaine d'autres, il exerce celle de médecin. On m'assure qu'il a une nombreuse clientèle quoiqu'il traite tous ses malades avec du diachyllum de sa façon.

Comme on nous avait annonces de loin, nous trouvons tout prêt un excellent dîner: viandes choisies, volailles, gibier, œufs, légumes, poisson d'eau douce, fruits, ciïine. rien ne manque. Si les plats n'étaient posés par terre, si nous avions des fourchettes, si nous ne mangions à la gamelle, nous nous croirions transportes en Europe.

I n poste de trente réguliers, commandé par un sïaf esl placé auprès de noire tente, c'est tambour en tête qu'Us prennent leur position, [.es réguliers son! vêtus d'un pantalon > i d'un espèce de capuchon en étoffe de laine iirise ; mais j'entends dire que le sultan attend de l'Europe d'autres uniformes confectionnés pour ses troupes, lis sont tous armes de fusils français ou de. fabrique anglaise. Le reste de leur habillement et surtout de leur armement n'a point d'uniformité. Les uns portent des turbans, d'autres de simples calottes; ceux-là oui de magnifiques pistolets .1 la ceinture, un riche yatagan au côté et de mauvaises pantoulles de .Maroc aux pieds; d'autres n'ont qu'un méchant coutelas pour arme défensive. Les officiers ont le même costume que nos zouaves ; les marques distinelives de leur grade consistent eu petites plaques en argenl attachées au bras; de petites plaques aussi en argent, mais d'une forme différente, accrochées au turban, indiquent que le portail! s'est distingué dans les combats.

les réguliers mettent beaucoup d'amour-propre à bien manœuvrer devant nous. Les commandemens de l'officier sont les mêmes que les nôtres. Quoiqu'ils soient faits en langue arabe, ce sont les mêmes intonations de voix, les mêmes abréviations.

Les réguliers sont tous fort jeunes; la plupart d'entre eux n'ont pas vingt ans. Ce sont d'anciens kabayles, d'anciens habitans des villes de l'intérieur aujourd'hui occupées par nous, ou des jeunes gens des tribus pauvres. Quoiqu'ils soient assujettis à faire l'exercice trois fois par semaine, et que leurs instructeurs soient des déserteurs, ils ne sont pas très forts sur le maniement des armes.

Ils jouissent du droit d'insolence qu'a partout dans les états barbaresques Vaskri soldai sur les indigènes. Ainsi quelques chefsarabes, parmi lesquels je remarque le vieux Bo i Clt ■ >ur, marabout très vénéré, s approchant de notre tente pour nous regarder, notre factionnaire, gamin de seize ans, les éloigne à coups de pierre en les injuriant de la re la plus grossière, lis chantent îles kadrias obcènes, et fument, inouïe ici, où l'usage de la pipe est interdit sous les pei plus sévères; mais l'askri a pour lui l'impunité, et il eu profite largement.

res ici et conservés avec soiu par les Arabes. Les rs se croient des lors obligés de les détruire. Le bel olivier près

duquel notre poste est établi ne tarde pas a être coupé h m !tri

de terre, i n trou pratiqué dans le tronc qui reste debout sert de fourneau pour la ma ces messieurs Leur ordinaire n'est pourtant pas assez copieux pour exigerungra Usn rent chaque jour, pour toute

mx cuillerées de blé cru qu'ils fonl bouillir et qu'ils assaisonnent d'un peu de sel et de quelques gouttes d'huile. On nomme chica cette esj kg de pâtée ; de la viande, ils n'en ri lie tous les quinze

jours et en petite quantité, ce qui m'étonne. Leur solde s'élève a trois douros d'Espagne, tous les deux mois.

A Cinq heures, le kalifa nous l'ail dire qu'il esl disposé à nous recevoi) . Une tente en poil de chameau a été dressée (ires de la nôtre et doit servir à mare entrevue,

Sidi-Mohamet-ben-Allab y est déjà, son aga, Sid-el-Arbi, est à sa droite, et son khrodja, cl-llaj-llanied-hen-si-M'llained chérif, descendant du laineux maralioul de ce nom, est a sa gauche. Quatre chaouebes, après nous avoir introduits, se tiennent en dehors.

Le kalifa que j'ai déjà eu l'occasion de voir à Al.i;cr i s reçoit très

poliment. Il m'adresse en particulier quelques questions sur la position que j'y occupe maintenant. Il s'excuse de Qe pouvoir nous donner une hospitalité plus conforme à nos moeurs , plus en rapport avec nos habitudes Nous autres Irabes, ajoute-t-il, nous n'avons que trois choses un cheval, un fusil et du lait; c'est toul ce que nous pouvons offrir aux étrangers, car une tente, c'esl du luxe pour nous Nous parlons quelques instans de l'objet de notre mission, et il se montre tout dispose à applanir les difficultés qui pourraient en entraver le succès; mais c'est le milan qui doil décider.

«oui quittons le kalifa, enchantes de l'accueil qu'il nous a l'ait.

\ neuf heures du soir, i'aga v leiil nous trouver. I. 'année française, nous dit-il, se dispose à quitter Blida; mon maître vous prévient qu'il partira cette nuit avec toutes ses forces pour aller à sa rencontre. Ne craignez rien, il donne des ordres pour que vais soyez protégi s, et sou khrodja, qui reste ici, veillera sur vous. Nous lui faisons observi r alors que la colonne française va simplement faire un ravitaillement à Médéah, et que cette opération peut, s'il se tient tranquille, n'entraîner avec elle aucune hostilité. Qu'importe, réplique l'aga d'un ton énergique, mais dans lequel je crois voir beaucoup plus de ri n que de fierté : Il

faut '/««' nous fassions feu.

I n instant après le sou des tambour.-, et des clairons annonce le départ des troupes. On croirait être dans un camp français. Le poste que l'on nous avait donné tantôt nous quitte , il nous mais disposons à prendre du repos, non sans réfléchir sur la singularité de noire position.

Le 2 , le khrodja nous fait une visite. Il prétend m'avoir vu à Alger chez plusieurs Maures qu'il me nomme. Je ne nu 5 pas de lui.

Apres m'avoir fait beaucoup d'amitiés, il m'invite i aller prendre ducale dans sa lente. Lorsque nous sommes seuls, il m'entretient de Mozaghrann nom primitif d'Alger avec beaucoup d'émotion, des douceurs qu'un ouled el nos homme bien élevé peut s'j procurer, des barbiers chez !- on se réunit desbains, des fondouks... lia delà peine a s habituera la vienomade des Irabes. Il me parle du séquestre dont ses biens viennent d'être frappes , des délations, des tracasseries qui l'ont poussé a se rendre près de l'émir.

Je suis étonné de touti - ifidi 1 1 mais attendu que j'en ignore

le but , je me borne à mettre, connue fonl les vieilles femmi s d Uger, sur le compte du diable les déboires qu'a éprouvés mon ami le l Je répète donc sans cesse indl cgitan qu'il soitmaudil . el il répond par de gros soupirs en continuant ses doléances.

\ midi, on exécute encore plusieurs espions qui | ortaienl des proclamations dans les tribus. Nous apprenons que le j le notre dépari de

Blida, le gouverneur a lancé ces proclamations. Sous craignons que - 11 constance ne complique noire position que la sortie de nos Irou-

\, î,od ipprend que l'armée française a passé le col Les Irabes, craignant qu'elle se dirige de ..■ au lieu d'aller à Mi

plient les tentes, rallient les bestiaux, metti enfans

et les bagages sur des bêtes de somme, el quitteni Zanou. Nous suivons naturellement le mouvemen el nous cheminons vers :

olle>t.

|U( 1 d< s 1 uropéensa bien rarement, qu'une levée de camp arabe peu suite de 1 approche de

l'ennemi. C'est une confusion, un désordre dont chacun profite pour s'enrichir aux dépens de son voisin.

Nous marchons pendant cinq ou six heures, et nous allons établir nos pénates sur le bord du Chélif, près de Kont'ra. Le pays des Uni Zegteg nous reste dans le sud, le Kont'ra à l'ouest.

Comme le khrodja a très peu de troupes avec lui, il fait placer notre tente près de la sienne, et le khrasnadar (comptable) établit ses magasins à deux pas de nous. Cet employé est aussi un Algérien émigré.

La monnaie française n'ayant point cours ici, il nous change des pièces de cinq francs contre des mouhhamadincs; c'est le nom de la secca .monnaie) d'Abd-el-Kader. Sa valeur conventionnelle est au moins six fois plus élevée que réelle. Par extension, ou appelle mouhhamadincs les indigènes qui sont sous la domination d'Abd-el-Kader, et souardas (sous) ceux qui vivent sous la nôtre.

Le 4, voici trois jours que nous sommes arrivés et nous n'avons aucune nouvelle d'Abd-el-Kader : les uns le croient à Tekedempt, d'autres le disent à Aïn-Fadda. On parle de nous envoyer vers lui, ce dont nous serions enchantés, car l'inaction dans laquelle nous sommes est insupportable.

Le .3, nous apprenons qu'on s'était battu au col de Mouzaïa. Les Arabes ont éprouvé des pertes. On nous fait bonne mine. Abd-el-Kader ne nous fait rien dire. V trois heures, on exécute plusieurs criminels. On est expéditif ici : arrêtés ce matin, condamnés sans être entendus après la prière du dohor; ils ont cessé de vivre à celle de Vaassar.

Un soldat du bataillon d'Afrique arrive de Miliana. C'est un déserteur. On en compte deux ou trois cents chez les Arabes. On lui donne une gratification et on lui demande s'il veut se faire musulman ou rester chrétien. Notre homme embrasse la religion de Mahomet, et répète entre les mains d'un iman, la formule : « Il n'y a pas de Dieu, si ce n'est Dieu, Mahomet est son prophète. » Comme il ne connaît aucun métier, il est incorporé dans la compagnie d'Heuldjy (Européens) du bataillon du khalifa. S'il avait exercé une profession industrielle, on l'aurait dirigé sur une des fabriques de l'intérieur.

LTn grand marché doit se tenir demain auprès du camp. Déjà aujourd'hui plus de mille Arabes arrivent de tous cotés pour y assister. Ils ont presque tous des bestiaux. Ce voisinage nous donne de grandes inquiétudes. Nous craignons que pendant la nuit ou ne se venge sur nous des malheurs de la guerre. Le khrodja partage, à ce qu'il parait, nos appréhensions, car je vois à l'entrée de la nuit deux factionnaires prendre place, par son ordre, près de notre tente. Cette précaution ne nous paraissant pas suffisante, ces messieurs et moi prenons des mesures pour que l'un de nous ne reste point endormi.

Pendant mon quart, je vais voir nos factionnaires. Ils sont étendus à terre et ont posé leurs fusils sur leurs burnous afin que ce vêtement ne soit pas enlevé par le vent. Ils ronflent tous les deux. Heureusement la nuit se passe tranquillement.

Le C, le marché a lieu. Il est très animé. Trois ou quatre cents Arabes environ y assistent. ÎNous pensions pouvoir nous y rendre avec quelques chaouches pour chasser l'ennui qui commence à nous atteindre; mais on nous défend de sortir de notre tente, sous le prétexte que notre présence pourrait occasionner du trouble. On a beaucoup moins d'égards pour nous. Notre interprète devient d'une insolence qui nous donne à penser.

Je recueille la mercuriale du marché. La voici :

Blé, -45 fr. le saà .décalitre-, orge, :i7 IV. id.; bœuf, 12 lï.; mouton, 1 fr. 20 c; chevaux, 200 fr.; chameaux, 120 fr.; tabac, 20 fr. le kilog.; cale, 12 fr.; fusil de munition, 25 fr.; poudre, '> IV. -lit c. le kilog.

Lesobjets manufacturés ont en général une valeur quinze ou vingt luis plus forte qu'à Alger. Les ventes se font au comptant, et souvent par voie d'échange. Les fusils et la poudre sont de fabrique anglaise. Les bestiaux, quoiqu'à un vil prix, n'ont pas d'écoulement.

Le 7 au matin, nous apprenons le combat de Âïn-Zébaudji-el-Âzarer, Les Arabes ont l'ait de grandes pertes. L'aga du bey Barkani et sou

bach ebaouch ont été tués. Le caïd Arbi a été grièvement blessé. Ces événemens ne nous mettent pas en odeur de sainteté dans le camp, et nous désirons plus que jamais voir cesser le provisoire daus lequel ou nous tient.

Vers le midi , un nuage qui s'élève dans l'ouest nous annonce le sullan , c'est le titre que prend l'émir. Il est accompagné de, deux ou trois mille cavaliers, et vient camper à deux ou trois portées de fusil de nous.

On nous fait savoir qu'il daignera nous admettre devant son auguste personne après la prière de l'aassar. Au moment indiqué pour l'entrevue, contre ordre. Ce n'est que demain, à neuf heures, que nous serons reçus; mais on nous fait demander les lettres dont nous sommes porteurs. A cinq heures, Miloud-ben-Arach , aga, entre dans notre tente et nous dit que son souverain a pris connaissance de nos dépêches, qu'il ne s'occupera pas de notre affaire, et qu'il donne plein pouvoir à son khalifa de la traiter. •< Vous pourrez donc partir d'ici quand vous voudrez, ajoutet-il d'un ton impertinent et en termes peu parlementaires. » Ce personnage que son voyage en France aurait dû rendre moins grossier, se lève alors sans nous saluer et nous laisse seuls. Nous nous consolons de ses mauvais procédés en songeant que nous aurons affaire au khalifa qui a toujours été très poli avec nous.

Le 8, nous faisons seller nos chevaux de bon matin ; mais c'est en vain que nous attendons le guide qui doit nous accompagner, on nous apprend que notre départ est remis à demain. Ce retard nous contrarie d'autant plus que, depuis huit jours, c'est au lendemain qu'on nous renvoie, et nous n'avons encore rien fait.

A quatre heures, Miloud-ben-Harach, l'ex-ambassadeur d'Abd-el-Kader près le roi des Français, nous fait dire, qu'il est daus la tente du Khraznader, et nous invite à nous y rendre.

Nous nous dirigeons donc vers lui, et nous prenons place sur des caisses qui doivent nous servir de sièges. Ben-Harack qui s'est accroupi dans l'intérieur de la tente, quoique nous soyons à l'extérieur, nous parle des hasards de la guerre, etc., etc. C'est maladroit de sa part, car, sous ce rapport, les Arabes sont plus souvent malheureux que nous. Je le lui fais sentir.

Le ton de Ben-Harack est pourtant moins impertinent qu'hier. Ils sent peut-être que des paroles ue sauraient augmenter l'offense. Ils nous congédie eu nous assurant que demain nous pourrons nous rendre près de Mohamed-ben Allah.

Le 9, à la pointe du jour, nous quittons le Kontra et prenons la direction de Médéah. Le khalifa doit être avec son corps d'armée dans les environs de cette ville. Nous sommes bien aise de partir, car nos hôtes, depuis plusieurs jours , ne montrent pas beaucoup de bonne volonté à notre égard, et notre ordinaire, si copieux, si choisi d'abord, s'est tellement modifié par suite de leur mauvaise humeur, que nous avons à peine de quoi manger ces jours-ci.

Nous traversons plusieurs petites tribus auxquelles la sortie de nos troupes a enlevé ses guerriers. Nous y voyons peu d'hommes ; encore moins de chevaux; les champs sont presque, sans culture.

A dix heures, nous apercevons devant nous, dans l'est, une grande quantité de cavaliers et, plus a gauche, un bataillon de fantassins. C'est Pavant-garde de la colonne du khalifa. Cette rencontre nous fait beaucoup de plaisir; car nous avons hâte d'accomplir la mission dont nous sommes chargés. Comme nous pressons le pas, et que, de leur côté, les Arabes marchent bon train, nous ne tardons pas à nous joindre.

L'armée s'arrête alors et le khalifa nous fait dire qu'il va nous entretenir.

Tout à coup ses cavaliers qui restaient immobiles prennent le galop dans diverses directions. Ils animent leurs chevaux par de grands cris, reviennent sur leurs pas, repartent de nouveau comme l'éclair, font en l'air de nombreuses décharges de mousqueterie , et simulent des combats a l'arme blanche. Les cris de guerre qu'ils poussent, les houras des chefs, le cliquetis des armes , les détonations d'armes à feu , les

hennissemens des chevaux m' inébm -m..! l'.ml un l-nnt

infernal.

On appelle en Afrique fantasia cette espèce de petite guerre, c'esl un des plus grands plaisirs des trabes. Le khalifa a ordonné celle-ci, qui est la plus belle que j'ai vue, pour nous faire honneur.

Quoique les Crabes viennent de combattre pendant trois ou quatre jours, je remarque avec surprise qu'ils ont des paquets entiers de cartouches.

Parmi les trois ou quatre mille cavaliers qui prennent part à l\ fantasia, il se trouve de mauvais tireurs. Plusieurs halles nous sitïlent aux oreilles, et une vient s'enfoncer en terre à dix pas de nous. L'i alors immédiatement cesser le feu qui aurait pu devenir funeste pour nous si un maladroit OU un mal intentionné avail persiste a nous prendre pour but. La fantasia a duré un quart d'heure à peu près; huit à dix mille cartouches ont été brûlées. Je croyais nos ennemis plus avares de poudre.

Le khalifa est descendu de cheval, et s'est accroup sur le gazon dans le lit du Cliélif. Nous allons prendre place vis-a-vis de lui. et enfin nous pouvons parler de l'affaire qui nous amené.

Les troupes suivent au dessus de nous le cours de la rivière I ne vingtaine de nègres de la carde d'Abd-el-Kader restent seuls avec nous.

.le me souviendrai tonte ma vie de l'impression que j'éprouve en ce moment. Tout est si grandiose ici!... L'immense plaine du Cliélif qui nous sert de tapis... Les deux Atlas où son horizon va se briser... et sur nos tètes mille gros nuages pleins de tempêtes...

L'orage éclate sur nous. Il coupe court aux discussions futiles, hésitations auxquelles donne toujours lieu le traite de la moindre importance avec les Arabes. J'en suis heureux pour ma part, car ces mess eurs ne connaissent pas très bien l'arabe, je suis le principal orateur, l'.n moins de vingt minutes nous avons termine, et un khrodja, au dessus duquel trois Vrabes étendent leur hurnou pour garantir les papiers de la pluie qui tombe par torrens, dresse en double expédition un acte de nos conventions.

Nous faisons alors nos adieux au Khalifa . non sans le remercier des bons procédés qu'il n'a pas cessé d'avoir pour nous Nous nous remettons eu route, et cette fois, c'est pour retourner a Vlger. Nous rencontrons en grand nombre des bandes de cavaliers des tribus, fous viennent de se battre ces jours-ci contre nos troupes.

Comme nos chevaux sont d'un bon pied, malgré la pluie, nous arrivons à minuit chez le caïd des Hadjoutes ; nous ne nous sommes pas arrêtés un sel instant. et ni nous, ni nos chevaux n'ont pris de nourriture depuis hier. On nous fait assez bon accueil.

Le 11, nous continuâmes notre marche. Avant de partir, le bach chraoub nous offre du tabac et nous présente la tabatière volée. C'est lui qui est le coupable. Il nous explique qu'ayant été chargé de distribuer iups de bâton aux autres larrons, il s'était donne garde de s'en réserver. Aujourd'hui il y a prescription , aussi remet-il gravement la tabatière dans sa poche.

\ deux heures nous arrivons à portée d< canon de Bouffarick où notre guide nous laisse parce qu'il craint les boulets. Nous entroi après dans le ca mpel de là repartons pour Alger, où nous arrivons à onze heures du soir.

Chabi l - Dl TOI vi vl\.

il/ nager

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