BÊCHE A LA BALEINE
On connaît le fameux distique :
Qtiid leviiis phimù? Pulvis. Quidpulvere? Ventus. Quidvcno? Mulier. Quid mulicre? Nihil.
Si rien n'est plus léger que la femme, quoi de plus trompeur que l'onde? Quelle magicienne des temps passés ou présens a jamais eu de moyens de séduction plus puissans, de sourires plus faux, de caresses plus dangereuses? Voyez la met, lorsqu'aucun souffle ne la ride, c'est le miroir des cieux! limpide et .aime, sou sein aux éclatans reflets d'azur est l'image du repos. Quel sourire doucereux , quelle attitude molle! comme elle est engageante ! Cependant, quoi de plus mobile que sa physionomie? Oh ! malheur à l'imprudent qui, ne sachant pas tout ce que ce calme apparent cache de tempêtes , court, follement épris, se jeter sur le sein tranquille d»; cette capricieuse amante; bientôt tous les élémens conviés aux noces n'auront pas d'accens assez énergiques, d'horreurs assez infernales pour célébrer ce déplorable hymen. Voyez l'épousée alors! la reconnaîtriez- vous? elle si douce, si paisible, la voilà comme une bacchante furieuse et échevelée , le regard terrible , la voix forte et menaçante, en proie à d'horribles convulsions; elle bondit, hurle, se tord, écume de rtge. Si vous l'aimez encore malgré son inconstance, ses caprices terribles, son cynisnie extravagant , ses mouvemens désordonnés et ses étreintes mortelles, restez avec elle, et puissiez-vous être heureux : vous méritiez de naître triton.
Quel habitant des côtes n'a , assis sur un rocher que battait la mer, passé des heures entières à suivre des yeux le mouvement ondulatoire des vagues ! Il y a dans ce spectacle un charme, une puissance de fascination vraiment indicible. Ne voulez-vous que rêver? vous y trouverez de quoi défrayer mille et un contes à la façon d'Hoffmann : rien ne pousse mieux à la mélancolie. Sous une pareille influence, pour peu qu'on lâche la bride à son imagination , on ne tarde pas à trouver dans le clapotement et le murmure sourd et continu des flots, une analogie frappante avec le bruit, les efforts, les derniers soupirs d'une personne qui se noie; puis on croit entendre un concert de ràlemens. Mais aussi que d'existences étouffées sous ces eaux! que de sublimes dévoûmens, de luttes désespérées, de drames terribles se sont passés là et doivent rester éternellement ignorés !
Là, point d'écho. L'Océan s'ouvre pour engloutir la victime , l'envelopper dans son humide suaire, puis il se referme, et tout est dit! Point d'épita-i.hes sur ce tombeau mouvant ; il est muet comme le ciel , et rien n'est changé; pas la plus légère trace du sinistre; les vagues roulent comme toujours, et le voyageur qui les sillonne n'a garde de soupçonner qu'il ) : lisse sur un immeuse tombeau. Il profane à son insu la demeure des morts, mais cette pensée ne lui vient même pas. Tel est le marin : conficLït dans sa destinée, détaché généralement, des affections du cœur, insensible aux scènes de la nature , méprisant le danger par habitude quand ce n'est pas par courage, quelquefois crédule, plus souvent sceptique, il suit comme machinalement l'impulsion du hasard, et rien ne l'arrête, si ce n'est la mort.
Mais parmi les homme qui font métier de lutter contre les vents et les flots , il n'en est pas dont l'existence soit plus souvent menacée que celte du baleinier, Tout ce qu'il souffre, tout ce qu'il supporte de priva-
tions pour aller traquer et combattre dans ses retraites lointaines le monstrueux eétaree dont l'huile doit être son salaire , n'est rien auprès des dangers qui l'entourent sans resse. Qu'on ne s'étonne donc pas qu'il soit d'une intrépidité a toute épreuve, qu'il joue avec le trépas comme un entant avec sou hochet.
C'est encore chez le baleinier, ordinairement doue d'une aine de fer, qu'il faut aller chercher cette absence totale d'urbanité, ou plutôt cette brutale franchise dont on a si longtemps et si burlesquenieiit gratifie le marin ; mais s'il est uue classe d'hommes plus utile que celle à laquelle il appartient, il n'en est pas, à notre avis, de plus méritante C'est cette conviction qui nous pousse à retracer le drame suivant, lequel ne paraîtra peut-être pas demie d'intérêt.
Il y a quelques années qu'un trois-màts baleinier du Havre, après avoir pris et fondu un assez grand nombre de ectacees sur les cotes de la Patagonie et du Chili, se transporta, pour finir son chargement, dans les parages renommes de la Nouvelle-Zélande. Comme un chasseur a l'affût, il louvoyait depuis plus d'un mois dans l'est de l'ile lka-Na-\lav\ i. sans que la plus petite baleine se fût montrée, et cependant les bancs d'insectes routes qui servent de nourriture à ces animaux abondaient. Lorsqu'il ne fallait plus qu'une douzaine de ces monstres huileux pour remplir les futailles, ceux-ci semblaient ce qui leur arrive de temps à autre avoir ete chercher dans des mers moins fréquentées un abri contre le fatal harpon de leurs ennemis. Ajoutez à cela que jamais les vigies n'avaient été plus attentives : un marsouin n'eût pas passe à une lieue du trois-màts sans être découvert.
On ne rencontrait donc à bord que des visages tristes, et d'autant plus tristes qu'ayant résolu de gagner une latitude plus élevée, nos pécheurs désappointes ne pouvaient le faire faute de vent.
I n certain soir je ne sais quoi dans l'aspect du ciel présageait que le temps allait changer. Le soleil venait de disparaître sous l'horizon plus p;Ue que les autres jours , et une légère vapeur montait du couchant, se déroulant peu à peu comme uue draperie ensanglantée. Tout l'équipage par passe-temps, les coudes appuyés sur la lisse^avait les yeux tournés de ce cote.
— Voici , ou je me trompe fort , qui va nous dégourdir un peu , dit un hnrponneur à son voisin en secouant la cendre de sa pipe qu'il venait d'achever, et remettant soigneusement ce précieux meuble dans son bonnet.
— Ma foi, j ai la même idée que toi, repondit celui-ci, il doit y avoir quelque chose la dedans, l'uis voila assez long-temps que le ealme dure; nu peu de vent pour nous dehaler de ces parages sans gibier ne nous ferait pas de mal.
-Nos observateurs avaient a peine échangé ces quelques mots que la voix perçante d'un novice en sentinelle dans la mâture lit entendre distinctement ce mot significatif : Baleine ! ■ une commotion électrique ne produirait pas un effet plus subit et plus gênerai. Si vous aviez vu avec quelle promptitude tous ces fronts soucieux s'éclaircirent, quelle expression de bonheur se répandit sur toutes les phvsi mies, quel mouvement succéda tout à coup a la tranquillité, alors seulement vous pourriez vous faire une idée de la puissance vraiment magique de ce mol SOI un équipage baleinier inactif depuis long-temps, Oii? de quel euh s'écrièrent tumultueusement une trentaine de voix que la satisfaction rendait claires et vibrante-
— Parle bossoir de tribord , repondit la vigie, et elle parait furieusement grosse.
C'était vers le couchant dont les teintes tout a l'heure si vives avaient disparu pour faire place a une couleur d'un gris bleuâtre et uniforme Cette masse de vapeurs était si terne, si opaque, qu'on eut pu facilement la prendre pour une chaîne de hautes montagnes, un jour d'atierage, si les rayons obliques du soleil n'en avaient coloré le bord supérieur qui semblait festonne par un filet d'or. A l'orient le disque de la lune démesurément agrandi par la réfraction sortait du seul des eaui ranime un immense slolie de feu.
Amenez.! dit le capitaine. Déjà uue douzaine d'hommes s'étaient précipités vers les pirogues.
—Mais, capitaine, murmura en tremblant et d'un air honteux, un gros matelot aux chevaux rouges qui n'avait pas encore détourne ses regards du point de l'horizon qu'on venait d'indiquer, il y a long-temps que le soleil est couché...
Il y eut alors comme un temps d'arrêt, les reglemens de pêche s'opposait a ce que l'on coure sus a une baleine après le soleil couche.
— Te tairas-tu, vieille bête' s'écria d'un ton ironique et décide en dég igeant les garans d'une baleinière, le harponneur que nous venons de voir éteindre philosophiquement sa pipe. Il n'est bon qu'à réclamer, ce poltron-là!
— Mens toujours, Mathurin, ajouta un lieutenant de pêche qui pnssnit : Pierre Legrand a raison, tu reclameras demain. Pour le moment, allons amariner celle-ci
— Oh! c'est égal, murmura entre ses dents en s'affalant dans l'embarcation à sa place accoutumée notre pointilleux matelot, je n'y vais pas de bon cœur... Chienne de pêche, va..., et un vendredi encore...
Presque aussitôt cette pirogue s'éloigna du trois-màts, rapide comme une flèche, tandis qu'une autre s'apprêtait il la suivre pour la secourir en cas de malheur.
Nus intrépides pêcheurs eurent bientôt franchi l'espace qui les séparait de l'objet convoité : c'était bien la plus monstrueuse baleine qu'ils eussent jamais vue; aussi sa taille, en commandant le respect, rendait-elle opportun un redoublement de précautions, lue raffole impétueuse tordant les branches d'un bouquet d'arbres ou sifflant dans la mâture d'un navire ne produit pas plus de bruit que les deux colonnes d'eau qui, comme deux trombes jumelles, jaillissaient de ses evens a intervalles réguliers. Figurez -vous une Ile surgissant tout à coup du fond de l'Océan, vous aurez une idée de celte masse colossale venant respirer à la surface un peu d'air atmosphérique, puis déployant son énorme queue en éventail avant de disparaître. Cette queue est la seule arme défensive que lui ait donne la nature; mais quelle est redoutable! malheur à la frêle baleinière qui n'évolue pas avec assez d \iabiletc pour l'éviter elle est bientôt brisée, elle et les audacieux qui la montaient Quelquetois c'est ce qui peut leur arriver de mieux les lioinin 's en sont quittes pour la peur et une magnifique pirouette; mais toujours l'embarcation est mise en éclats. Le lieutenant qui conduisait celle-c , trop expérimente . quoique jeune, pour s'exposer imprudemment dans le voisinage de la queue, décrivit un Ions; circuit afin d'attaquer l'ennemi en face
Pendant ce temps, les dernières lueurs du erépusoale sciaient eflacées, un vaste et épais rideau de brume s'élevait i.u couchant, tandis que la lune apparaissait à nos pécheurs du cote oppr.se comme une BO lessale lanterne suspendue aux cordages de leur invire C'est a peine s'ils distinguaient la baleinière qui devait les accompagner dans leur périlleuse expédition; la paresseuse glissait an loin a '.i surlace de l'onde comme l'aileron d'un requin. Ils auraient dû l'attendre, mais l'aspect du ciel qui s'assombrissait toujours davantage les decid i a engouer le combat sans elle
Sur un mot du lieutenant, le harponneur rentre s m aviron, puis saisissant d'une main sûre un des harpons places prêt de lui. il se met .. le brandir, attendant que la baleine, qui vient de plonger, r.-[. Peu après, l'acier aigu parlait eu silll.inl pour aller te cacher tout entier dans le corps de l'animal Mais ceci n'est que le prélude du combat, le grappin d'abordage est sur l'ennemi ; maintenant, c'eSl i l'nllicier qu ,q> partienl l'honneur de le prendre corps a corps, de lui porter des coups de lance jusqu'à ce que mon s'en suive \u harpouneur le soin d. guider l'embarcation
1 l'abord, l.i baleine, étourdie du coup violenl et impl 'vu qu'elle venait
on-, s arrêta comme pour se rendre compte de ce qu elle éprou-
tait, mais cet el.it de torpeur dura peu on la vil bientôt friss ut, se
secouer vainement pour se débarrasser du eorpa étranger dont elle lenr tiil le douloureux contact , puis partir a»ec une étourdissante rapidité,
remorquant après elle la pirogue que retenait à son flanc- déchiré la ligne du harpon.
C'était une position peu agréable que celle de nos pécheurs. La brunie, qui avait enveloppe la moitié de l'atmosphère, commençait à envahir l'espace compris entre eux et leur conserve; et, certainement, s'ils avaient pris conseil de la prudence, ils eussent coupé la ligne pour s'en retourner. Ils n'en firent rien : l'officier et le harponueur n'étaient pas gens à se laisser intimider par le danger; ils se seraient crus déshonorés pour avoir lâché prise. N'écoutant donc que leur aveugle courage , ils décidèrent qu'ils ne rentreraient à bord qu'avec leur proie.
dépendant ceux qui les secondaient, tout aussi intéressés qu'eux dans la question, ne s'accommodaient guère de cette opiniâtreté. Nous avons vu Mathurin-le-Rouge (ainsi appelé à cause de ses cheveux) murmurer même avant de partir, et révéler, sans qu'on y prit garde, de sinistres pressentimens. Depuis lors, cet homme, le plus superstitieux, sans contredit, de tout l'équipage, n'avait cessé de gémir à voix basse, et à chaque instaut, après un long soupir, ces mots s'ouvraient passage à travers ses dents serrées : » A cette heure... et un vendredi... • Soit que ces jérémiades eussent fait impression sur ses compagnons, ou qu'ils envisageassent d'eux-mêmes toutes les chances de mort qu'ils allaient courir, il ne s'en trouvait pas un qui tut de l'avis du lieutenant et du harponneur ; mais, par amour-propre, nul, à l'exception de Mathurin, ne voulant passer pour avoir peur, ils continuèrent à se laisser traîner loin de leur navire par le monstre qui, emporté par la rage et la douleur, se démenait comme Satan pourrait le faire dans un bénitier. Vainement usa-t-on de tous les moyens accoutumés pour lui faire prendre une autre direction ; on ne put y parvenir, non plus qu'à couper avec une pelle tranchante les tendons de sa redoutable queue. Il parcourut ainsi plusieurs milles presque en ligne droite, et rarement entre deux eaux, sans que sa vitesse parût décliner. Pendant ce temps, l'allure de la pirogue était si rapide, que l'eau qui la surplombait de chaque côté n'avait pas le temps de s'affaisser sur elle.
Après tout, c'était un magnifique spectacle que celui de cette lutte nocturne. Les eaux étaient si phosphorescentes cette nuit là, qu'on eût dit une mer de feu. Rien d'éblouissant surtout comme le remous de la baleine, que nous ne pouvons mieux comparer qu'à la chevelure d'une comète. A chaque coup de queue que l'animal appliquait à la surface des eaux, on voyait jaillir dans les airs, et retomber au loin des milliers d'étincelles. De pareilles scènes surpassent tout ce que l'imagination peut enfanter d'original et de fantastique. Si le hasard vous a rendu témoin d'une éruption volcanique au milieu d'une nuit bien sombre, vous pouvez vous faire une idée du coup d'œil dont jouissaient nos pêcheurs chaque fois que deux jets d'eau bruyans et rapides s'élevaient au dessus de leur furieux antagoniste. C'étaient deux cratères vomissant des flammes; ensuite une humide lumière ruisselait sur le dos de l'anima! comme de la lave bouillonnante sur les flancs d'une noire montagne. Puis le voicaa fantastique s'évanouissait pour se révéler encore peu d'inslans après avec le même cortège de beautés et de prestiges. Un large sillon lumineux indiquait sous les eaux le passage de la baleine.
Ce spectacle, dont ils n'avaient garde de comprendre toute la magnificence, n'avait en réalité rien de surprenant pour nos héros ; d'ailleurs, la moindre faute pouvait leur coûter la vie : ils avaient à songer bien-à autre chose qu'au phénomène de la phosphorescence. Harceler, fatiguer, l'ennemi et lui donner la mort en évitant ses coups, telle était la pensée qui les occupait exculsivement. Tant que la baleine ouvrit son sillage directement en déployant pour fuir toute la force musculaire de ses nageoires et de sa queue, il leur suffit de surveiller la ligue qu'il fallait tour à tour emhraquer ou filer ; mais il en fut autrement lorsque , voulant essayer d'une marche irrégulière, elle faillit tomber de tout son poids sur la pirogue en se retournant subitement. Un moment ces pauvres gens se crurent perdus, et cependant, grâce à un prompt mou- \ ement rétrograde, esquivant le coup fatal, ils allaient chanter victoire.
Le lieutenant, jeune homme bouillant, qui, toujours sur l'avant, la lance à la main, n'attendait pour frapper qu'un instant favorable, combattant ii la manière des Parthes, eut le bonheur de porter en fuvant un coup mortel à son adversaire. Un cri de joie s'échappa de toutes les poitrines; c'en était fait de la baleine : à la voir s'agiter couvulsivement dans les flots qu'elle rougissait de son sang, on pouvait la croire à son heure dernière. Or, rien ne dilate le cœur du baleinier comme le tableau de cette agonie : l'instant où il triomphe fièrement du géant des mers a pour lui d'incroyables jouissances. IN os |-'cheurs avaient donc raison d'être joveux, puisque ia pauvre baleine, folle de rage et de douleur, leur sembait expirante Comme elle bondissait parfois hors de l'eau :
— Aura-t-elle bientôt fini de danser ? disaient-ils ; voyons, encore une pirouette, et qu'il n'en soit plus question.
— Elle sonde, s'écria tout à coup le lieutenant. Filez la ligne, garçons, et ouvrez l'œil; file toujours, file!...
Un homme muni d'un gamelot ne cessait de jeter de l'eau sur le chanvre pour empêcher qu'il prit feu.
— Va-t-elle descendre comme ça jusqu'à demain? File encore et rondement...
Mais en ce moment partit du milieu de la pirogue un cri de détresse que tous comprirent parfaitement. La ligne était engagée (embrouillée). Au reste, la secousse violente qui manqua disloquer la fragile embarcation l'indiquait assez.
— Coupe ! répéta-t-on de tout côté avec consternation:
Mais le lieutenant avait beau tâtonner dans l'obscurité, il ne pouvait mettre la main sur le bachot destiné à cet usage.
Déjà l'immersion commençait : un cri qui, devant être le dernier peut-être, résumait tout ce que l'épouvante a d'expressif, accueillit l'onde envahissante, tandis que les canotiers se laissaient choir instinctivement sur l'arrière pour retarder de quelques secondes l'instant fatal. Pâles, les cheveux hérissés sur le front, inondés d'une sueur froide, plusieurs même fermèrent les yeux comme pour ne pas voir venir la mort. Mais la mort avait affaire autre part pour le moment. Le harponneur étant parvenu à trouver un grand couteau, la ligne partit en claquant comme un fouet et la pirogue se redressa vivement : elle semblait trembler de bonheur.
Religieux ou impie, bon ou méchant, il est une chose dont ne peut se défendre tout homme miraculeusement sauvé alors qu'il n'espérait plus, c'est de tourner ses yeux vers le ciel. C'est ce que firent nos pêcheurs; ensuite ils restèrent long-temps sans pouvoir parler. Autour d'eux tout était muet aussi : navire, lune, ciel, la brume avait tout voilé, et c'est à peine s'ils eussent aperçu un vaisseau à la distance de quatre brasses. Mais le danger auquel ils venaient d'échapper était si grand qu'il ne leur semblait pas qu'ils pussent jamais se trouver dans une position plus fâcheuse. L'homme est ainsi fait : la mort lui semble toujours ce qu'il y a de pire, et dès qu'il lui a échappé, il croit n'avoir plus rien à craindre.
Le premier qui prit la parole fut Mathurin. Après avoir pousse le plus long soupir qui se fût jamais exhalé de sa poitrine, on l'entendit murmurer ces mots :
— Je l'avais bien prévu... Aussi il faut être fou pour donner la chasse à une baleine à cette heure là... et un vendredi.
— Ah! le voilà encore avec ses superstitions, s'écria Pierre Legrand en éclatant de rire. Tiens, Mathurin, ajouta-t-il, tu es un bon garçon, mais un vieux bigot, et je cuis, parbleu, que c'est toi qui nous portes malheur.
— Le fait est que s'il n'a rien de plus consolant à nous dire, il ferait bien mieux de se taire, répétèrent les autres.
Ainsi, Mathurin dut encore s'abstenir de parler malgré l'envie terrible qu'il en avait.
— Savez-vous, continua le caustique harponneur en s'adressant au lieutenant , qu'en voilà une qui vient joliment de se moquer de nous. Voyez un peu comme la traîtresse, si je n'avais pas eu la chance de trou-
ver ce bienheureux couteau, nous eût fait boire un coup à lu grande tasse avec elle.
— C'était bien son intention a ce qu'il parait, \ussi ce qui me console, c'est qu'elle ne fera pins des siennes; car notre maudite ligne m'a si bien sanglé le visage en partant que j'en ai vu trente-six chandelles.
— Vous êtes blesse alors ?
— J'ai la gueule démolie, quoi ! mais ce n'est pas le moment d'y penser. Nous allons courir deux ou trois lieues dans l'Est, après quoi, si nous n'apercevons pas le bord, nous prendrons patience jusqu'au jour.
Soudain un fanal fut retire d'un petit baril, ainsi qu'une bougie, un briquet et un compas boussole . Les tumeurs profilèrent de l'occasion pour allumer leur pipe, tandis que les autres rejetèrent hors de l'embarcation l'eau qui s'y était introduite ; puis, guidé par la faible clarté que la bougie répandait sur la rose das vents, on se mit à nager poui n ■gner le bord.
— 11 me semble que ce doit être par ici, dit le lieutenant, lorsqu'ils eurent fait plusieurs milles dans la direction convenue. Nous n'apercevons rien. Eh bien! rentrons les avirons, et (pie celui qui a sommeil dorme.
Ce fut aussitôt fait que dit. "Nos pêcheurs, exténués de fatique, s'étant arranges de leur mieux dans le fond de la pirogue ou en travers sur les bancs, ne tardèrent pas a faire leur partie dans un comique concert de ronflement. Mathurin seul ne dormit pas. Ce n'est pas (pie le pauvre diable fût plus sybarite ou inouïs fatigué que les autres, il eût au contraire dormi dans l'eau ; mais il s'inquiétait du lendemain, et les pensées qui traversaient son esprit ne lui permettaient pas de goûter les douceurs du sommeil. Il passa la nuit à faire des vieux et a réciter tout ce que le curé de son village lui avait appris de prières
Cependant, si le présent ne souriait pas, s'il n'était pas couleur de rose , il n'était pas non plus de nature à inspirer de sérieuses craintes.
Le jour étant venu, nos intrépides dormeurs se réveillèrent mutuellement, mais ce fut pour acquérir la certitude que le temps était toujours le même.
— Est-ce que cette brume vanous faire bivouaquer encore long-temps comme ça, dit un canotier en achevant de se frotter les veux.
— Je ne sais, répondit un autre en bâillant, frissonnant, et étendant les bras; mais c'est fort bête, et si cela continue notre affaire n'est pas claire du tout.
— Bah ! dit à son tour le harponueur, il n'y a pas de danger. Laissez que le soleil prenne un peu de force, et vous verrez s'il sera loinf-temps à manger tout cela. A propos, lieutenant, si nous déjeunions I ça nous aiderait à passer le temps Qu'en pensez-vous?
— Parbleu! s'écria l'officier, c'est une excellente idée, .le meurs de faim et je n'y pensais pas.
Et il avait à peine achevé ces mots qu'on le vit étaler sur un baintout le biscuit que contenait le petit baril ainsi (pie la moitié d'un fromage de Hollande dont l'odeur saisissait à la gorge au point d'incommoder une personne délicate.
— Mais, allons-nous manger tout a prisent ? hasarda en tremblant le perspicace Mathurin ; si nous en tardions pour...
— Pour... pour en faire des reliques1 tonna Pierre Legraud en le foudroyant du regard. Il n'a jamais que des conseils comme çà a donner, lui; si tu n'as pas faim, ne mangi | mais laisse fane les autres
Remarquez bien, je vous prie, que, depuis Jonas et < j-s mdre, jusqu'à Nostradamus et son savant commentateur, M. Bareste, ne pas .'ire cm a été le sort de tous ceux qui se sont mêlés de \ i dire des malheurs.
L'appelil de Mathurin ne se ressentit cependant pas de cette nouvelle contrariété ; je dirai plus, il ne fut ni le dernii t à commi ncer, ni le premier a Unir; mais, malgré l'énergie et la solidité du système maxillaire de nos marins, tout ne fut pas achevé il restait encore quelques moi
ceaux de biscuit qu'on remit dédaigneusement dans le baril ; c'est a peine si l'on avait touche a l'eau du bidon,
Vprès le repas, vinrent les réflexions pénibles d'abord., ellesdevaient
prendre d'heure en heure une teinte plus sombre Le harponueur avant tasse dans sa pipe le reste de son lahae, comptait toujours sur les ravons
du soleil pour purifier l'atmosphère ; mais cet espoir parut s'envoler avec la dernière bouffée de fumée sortie Me xi bouche, et malgré ses rgiques jurons, il était facile de voir qu'il partageait l'anxiété de ses
camarades.
— Avec cette chienne de brume, dit l'officier prêtant l'oreille comme s'il eut entendu quelque bruit, nous pourrions être a toucher le bord sans le savoir... I. roulons bien... si l'on venait a sonner la cloche...
Mais un silence effrayant régnait autour d'eux. Vainement restèrentils immobiles un temps considérable, aucun son ne frappa leur oreille Le reste de la journée fut employé a courir sans résultat dans toutes les directions; aussi étaient-ils bien découragés, nos pauvres marins, lorsque la nuit les surprit encore dans leur immense solitude Cette fois, le Sommeil ne vint point, tous veillèrent, et Dieu sait si la nuit dut leur paraître longue et ténébreuse.
Cependant les premières lueurs du jour ramenèrent encore l'espérance. L'horizon semblait moins borne, d'un moment à l'antre le champ de la vue s'élargissait, tout enfin taisait supposer que la brume, pour me servir de l'expression favorite de Pierre Legrand, allait être définitivement mangée par le soleil ; aussi n'hésita-t-on pas a dévorer la petite quantité de biscuit qui restait du déjeuner de la veille
Bientôt, en effet, le soleil se révéla a travers le brouillard, comme un flambeau derrière une toile, et ses ravons, perçant peu a peu celte humide enveloppe, finirent par arriver jusqu'à la baleinière c'est alors qu'il eiît fallu examiner la physionomie mobile de nos pêcheurs, voir quels regards inquiets et avides ils promenaient autour d'eux, tandis que s'épurait l'atmosphère. Chaque lambeau de vapeur si' détachant leur semblait une voile, puis l'illusion s'évanouissait avec la parcelle de brume qui l'avait fait naître. C'était comme un morceau de gaze jeté dans un brasier.
Tant que l'horizon ne fut pas entièrement dégagé, ils pouvaient accuser la partie voilée de rt celer l'objet de leur recherche; mais lorsque, vers les dix heures, la vue n'eut d'autre limite que le ciel, partout bleu et serein, comment vous exprimer ce qui se passa dans leur ame! Croyez qu'elles sont bien aineies les pensées d'un homme qui n'a d'autre perspective que celle de mourir de faim ou d'être englouti vivant par les Ilots;1 Mieux eût valu sans doute qu'une lame vint, en submergeant l'embarcation, terminer par une prompte mort des souffrances dont l'idée seule terrifie, mais la mer était calme connue le ciel ; il fallait, plein de vie encore, se sentir mourir d'heure en heure \h' n'eiiv iez pas au marin sa large part des fortes émotions ; il sait ce qu'elles lui coûtent, et vous n'en voudriez pas au même prix
La première impression passée, l'instinct de la conservation reprit le dessus. Ces hommes, bien que leur destinée leur semblât irrévocablement arrêtée, voulurent cependant, avant de se résigner a mourir, tenter toutes les chances de salut Le mai exhausse d'un faisceau de trois avirons fut mis en place, et le plus léger de la compagnie v grimpa plu
sieurs fois, mais il en descendit toujours sans avoir lien découvert
Avaient-ils ou non dépassé leur navire? était-ce bien dans l'ouest que les av.ut entraînés la baleine C'esl ceque les malheureux ignoraient
Coin la veille, ib se mirent a courir ea et la, mais, e me la veille,
rien ne borna l'horizon.
Mornes, silencieux, abattus pat : el souffrant déjà de la faim,
ils se laissèrent tomber sur li iantis I. a nuit
avait revi lu sa roi e étoilée; | im ii le ciel n'avait été plus resplendissant de h ères mais que leur importaient a eux. les I eaut* de la nature? Lorsque la lune vint ajouter a l'éclat du firma ni, et jeter ses
pales rayons mi cette scèue lugubre quelqu'un rompit cependant
lence, et ce fut encore Mathurin. Il se leva comme frappé d'une idée lumineuse, et s'écria d'un ton d'inspiré : Ecoutez... A ce mot, tous ayant tressailli et levé la tête.
— Pourquoi, continua Mathurin, nous laissons-nous mourir ici ? La terre est-elle donc si loin que nous ne (missions l'atteindre ?
Quoique bien simples, ces questions que personne ne s'était faites produisirent un effet extraordinaire.
— Mathurin a raison, répondit le lieutenant : la Nouvelle-Zélande est à cent quarante lieues. C'est loin sans doute, nos provisions sont épuisées, mais on a vu des traversées plus étonnantes encore. Viennent les vents d'est, nous sommes sauvés.
La consolante réponse du lieutenant fut pour le cœur des canotiers épuisés ce qu'est un peu d'huile pour une lampe qui va s'éteindre. De nouveau ils bordent leurs avirons et se mettent à nager avec ardeur. Désormais, ils n'erreront plus à l'aventure, c'est à l'ouest, sur la terre, qu'ils se dirigent ; mais que Dieu soit en aide à la pauvre embarcation, car elle est bien petite et bien fragile !
Maintenant faisons connaître d'une manière plus complète les malheureux acteurs du drame dout nous voyons se dérouler le sombre tableau, tandis qu'ils dépenseront, pour se soustraire à la mort la plus horrible, tout ce qu'il leur reste de force et de courage.
Le lieutenant, jeune Nantais parvenu rapidement par son courage, sa bonne conduite et son intelligence du métier, au poste peu brillant mais assez lucratif d'officier baleinier, était d'abord un homme comme on en voit peu. Jamais les baleines n'ont eu d'ennemi plus redoutable, mais à les combattre habilement se bornait tout son savoir et son ambition. Ses songes dorés n'étaient peuplés que de ces intéressans poissons ; ce n'est qu'à travers leur huile qu'il apercevait la fortune et le bonheur; loin d'eux enfin il ne pouvait vivre. Aussi, complètement étranger à tout ce qui n'était pas sa spécialité, n'ouvrait-il la bouche que pour parler pêche. Comment, avec des dispositions si aquatiques, n'aurait-il pas eu l'estime des capitaines et des armateurs?
Le harponneur, dont le caractère franc et les allures peu courtoises ont déjà été mis en relief, était le type du matelot dans sa pureté primitive. Se riant du présent et ne s'inquiétant, jamais du lendemain, souffrant sans se plaindre à la mer, et vivant en épicurien lorsqu'il était à terre, quelque grand que filt son bénéfice dans un voyage, il en voyait toujours la fin en moins d'un mois. Nul ne savait boire, jurer et se battre comme lui. A cela près, Pierre Legrand avait un excellent cœur et une foule de qualités estimables. On ne vit jamais un meilleur ami ni un homme plus confiant, plus loyal, plus désintéressé, ce qui n'est pas médiocrement louable par le temps qui court.
Il était du Havre ainsi que Félix, le plus jeune des canotiers de la baleinière; celui-ei à peine âgé de dix-neuf ans, n'ayant fait jusqu'alors la guerre qu'aux inoffensives morues de Terre-Neuve, c'étaient les conseils de son compatriote qui l'avaient déterminé à aller combattre les cétacées des mers australes. Il y avait bien un autre motif, mais que tout le monde ignorait, et ce motif était l'amour, ou, si vous préférez, l'espoir de gagner pendant ce voyage long et hasardeux une somme honnête, pour l'offrir avec sa main à celle qu'il aimait, et dont le souvenir était toute sa consolation. Il faut savoir quel charme a pour le marin tout ce qui rappelle la patrie au sein de l'Océan pour comprendre ce qu'ont de suave, de prestigieux les souvenirs d'amour. Certes, il est bien à plaindre, là-bas, celui qui, le cœur vide d'affections, a la certitude que sa mort ne fera verser de larmes à personne !
Je ne parlerai pas davantage de l'homme aux pressentimens, Mathurin dit le Sage. Pacifique, rangé], dévot et superstitieux, différait entièrement de Pierre Legrand. C'était vraiment pitié quede voir le pauvre diable essuyer les cruels sarcasmes de ses camarades, servir de point de mire au feu roulant de leurs quolibets, alors qu'il avait, comme doyen d'âge, des droits à leur respect. Il était Bas-Breton.
Venait ensuite un Gascon qui était bien l'homme le moins Gascon
qu'eussent jamais produit les bords de la Garonne. Un trapiste eût passé pour grand parleur auprès de lui.
Enfin, le sixième était un de ces êtres fugitifs et vagabonds qu'on rencontre sur tous les rivages, sans but, sans moyens d'existence, presque toujours oisifs, à qui l'on donne par dérision, à cause de leur dénûment proverbial, la dénomination burlesque de Frères de la cote. Tout ce qu'on savait de positif sur son compte, c'est qu'on l'avait embarqué à Valparaiso et qu'il s'appelait tour à tour John, Juan ou Jean, selon qu'il naviguait avec les Anglais, les F.spagnols ou les Français, Il n'avait pas de patrie et rien ne lui semblait plus naturel.
On vient de voir avec quelle ardeur tous ces hommes se mirent à nager lorsqu'il fut décidé qu'on se dirigerait sur la terre. Au délire impétueux, succéda plus tard la froide léthargie. L'espèce d'exaltation fébrile qui les avait subitement ranimés les soutint le reste delà nuit; mais la vitesse de la pirogue allait toujours eu diminuant, et lorsque l'aube parut, l'eau ne bouillonnait plus sous la longue et flexible palme de l'aviron. Cette gracieuse embarcation qui en des temps plus heureux rasait les flots avec la légèreté d'une mouette, semblait alors retenue par une amarre invisible. Immobile et silencieuse, elle fut bientôt dans l'immense solitude de l'Océan comme une tombe au milieu du désert : pas un nuage au ciel, pas une ride sur l'eau, partout le calme de la mort. Nos malheureux pêcheurs à qui il ne restait plus assez de force pour rentrer leurs avirons, s'étaient de nouveau laissé choir sur leurs bancs, livides comme s'ils eussent cessé d'exister.
Cependant si leur extrême abattement ne les avait empêchés de consulter l'horizon, ils auraient pu voir que le calme qui les désespérait touchait à sa lin. Dans le sud quelques nuages se dessinaient blancs et légers sur l'azur des cieux, et une large bande d'un bleu foncé envahissant la surface de l'eau, annonçait l'approche d'une brise violente ; mais ce ne fut que vers le milieu du jour, qu'ayant senti un vent frais passer sur leur visage, ils se trouvèrent débarrassés comme par enchantement de la torpeur, qui les paralysaient. Celte fois encore leurs yeux se tournèrent vers le ciel, et l'hymne muet de la reconnaissance s'éleva de tous les cœurs, car dans le cœur sont les racines de la foi, et c'est en vain qu'on voudrait les en extirper : elles sont impérissables comme Dieu.
Peu après le mât était en place, la voile exposait son léger tissu au souffle bienfaisant qui venait de tout ranimer, et la pirogue vive et rapide comme autrefois sillonnait en se balançant les petites vagues qui sautillaient devant elle. Or, comme c'était l'inertie et le découragement plus encore que la privation de nourriture qui avaient réduit nos pêcheurs à l'état déplorable où ils étaient tout à l'heure, la lin du calme, la vivacité de l'air, le repos et l'espérance rendirent à leur moral quelque peu de son énergie habituelle. Avec quel plaisir ils examinaient alors le sdlage écumeux de leur étroite embarcation ! trois jours de ce temps, disaient-ils, et nous sommes sauves ; mais trois jours sont bien longs pour ceux qui, déjà torturés par la faim, n'ont d'autre aliment que l'espérance.
Ce jour fortuné était un lundi. Jusqu'au lendemein, la brise qui s'était fixée à l'est ne perdit rien de sa force; mais la mer était devenue effrayante. Chaque lame arrivant de l'arrière, bruyante, impétueuse, menaçait d'engloutir la chétive baleinière au dessus de laquelle passait à chaque instant un épais nuage d'écume. Pour qu'elle surnageât plus facilement, lapauvre embarcation, on l'avait débarrassée de tous les objets en fer dont elle était pourvue, et un homme était constamment occupé à rejeter l'eau qu'elle embarquait de tous côtés. C'est qu'il y avait de quoi frémir lorsqu'elle disparaissait sous ce niveau bouillonnant où l'impulsion du vent lui faisait défaut; mais, elle s'élevait toujours du fond de l'abîme, légère comme le liège emplumé que chasse la raquette, pour secouer fièrement sa blanche voile au sommet de la montagne humide qui venait de se ruer sur elle.
Pendant ce temps, les poumons desséchés, le gosier en feu, en proie aux douleurs les plus aiguës, nos pêcheurs rongeaient, dévoraient tout
ce qui était à leur portée', jusqu'à leurs vètetueus et au euir de leurs souliers, ramolli par l'eau.
Ils auraient dd attérir le jeudi soir, si le vent n'eut rien perdu de sa vigueur ; mais, ce ne fut que le lendemain, vers le milieu de la journée, que la Nouvelle-Zélande s'offrit a leurs regards. A.V0C quels transports de joie ils la saluèrent, eette terre! Ils riaient d'un rire Hébété, et pleuraient, ressemblant a des cadavres que ferait mouvoir la puissance du magnétisme. Là, leur disait l'espérance, là est le terme de vos maux, et ils ne savaient pas que bien souvent l'espérance se retranche comme les oracles derrière une ironique ambiguïté, qu'elle n'est jamais à court de sophismes, dût-elle appeler la mort le terme de toutes les souffrances !
Quoi qu'il en soit, à la vue de ce rivage tant désiré, Matliurin, atteint d'un redoublement de dévotion, promit des messes en actions de grâces et un ex volo à la chapelle de la Madone de sou pays. Pierre, jura qu'il se vengerait sur le dos des baleines, et que, pour oublier ce qu'il \enaitde souffrir, il mangerait eu huit jours tout le profit du voyage.
Ils arrivèrent bientùt en présence de petits mornes assis sur de noirs rochers et couronnés de touffes huissouneuses coupées ça et là par quelques arbres rabougris. Dans toute autre position, l'aspect de cette côte aride et nue, de cette nature âpre et désolée les eut attristes ; mais imaginez-» ous des damnes entre» oyans le séjour des bienheureux. Cette terre leur parut un Eldorado. Quelle ne fut donc par leur stupeur lorsque, plus rapproché de la côte, ils reconnurent qu'entre elle et eux se dressait une barrière infranchissable, un mur de rescifs contre lequel les lames se heurtaient avec une fureur inouïe. Quel est l'homme qui ue s'arrête, ne recule épouvanté, s'il eu est temps encore, en apercevant tout à coup devant lui un précipice. S'orienter de mauière à longer le rivage fut donc le premier mouvement de nos baleiniers, niais en vain cherchèrent-ils des \ eux une passe ; ils ne virent partout que de l'écume. Comment faire cependant ? Le soleil venait de disparaître derrière les montagnes, et le ciel, se chargeant d'épais nuages, semblait présager uue nuit des plus orageuses. Il y avait une semaine qu'à pareille heure ils avaient quitte leur navire, et ils n'avaient ni bu ni manger depuis cinq jours; âpre? avoir tant souffert, il ne leur restait plus qu'à mourir.
Mes amis, dit le lieutenant d'une voix si faillie qu'on le devina plutôt qu'on ne l'entendit, nous n'avons que deux partis à prendre : nous laisser mourir en dérivant ou... Il n'acheva pas, mais étendit son bras vers les rescifs en jetant un regard terne, un regard de mourant sur ses compagnons. Ceux-ci inclinèrent la tète sans répoudre, comme des patieus qui attendent le coup de grâce.
Au même intant la baleinière , laissant arriver , reprit sa marche vers la terre. Quelques minutes après elle donna tète baissée dans les brisans , puis un voile d'écume enveloppa tout , hommes et embarcation.
Quelle position horrible que celle de ces hommes se débattant pour secouer l'humide linceul qui les étouffait, pour respirer une fois encore, lorsqu'ils furent roulés, avec les débris de leur pirogue, sur un lit inadréporique dont les aspérités les déchiraient, leur enlevaient des lambeaux de chair. Soit douleur, soit épuisement a cette heure solennelle, leur vue se troubla, ils ne sentirent plus rien, ils crurent avoir cesse de vivre. A la nuit cependant, trois d'entre eu\. meurtris, ensanglantes, plus morts que vifs, atteignirent le rivage, trois seulement... le lieutenant, le harpouneur et Félix.
l'auvre gens, quels efforts ne leur fallut-il pas faire pour se traîner, afin de dévorer les racines, jusqu'aux maigres fougères imprégnées de sel marin que le veut agitait au delà des rochers du rivage. I a ce qui les sauva, car l'aliment indigeste qu'ils engloutissaient avec une voracité sans égale les eut tues, ce fut le voisinage d'une petite cascade dont le murmure parvint jusqu'à eux. Leur poitrine haletante ahsorha une telle quantité d'eau, que l'état d'ivresse dans lequel ils tombèrent leur ôta et le pouvoir et la volonté de manger davantage. On devine quelles suites devait avoir pour eux un pareil repas après uue si longue abstinence. Etendus côte a côte toute la uuit, de violentes coliques leur firent pous-
ser de plaintifs gémissemens, elreindre et mordre la terre avec raee daui le paro\isine de leurs convulsions.
Puis, ce fut uue de ces nuits affreuses où tous les démons semblent avoir fait irruption sur la terre pour y danser leurs rondes infernales. Jamais les chiliens n'avaient donné un plus bruyant coucert, jamais les vents n'avaient mugi sur ce rivage désole a\cc plus de fureur ; et la pluie abondante-, impétueuse, ne cessait de battre nos pauvres mourans, dont les rftlemans étaient étouffes par le fracas du tonnerre et la voix imposante de L'Océan. Lorsque de longs éclairs déchiraient, en l'embrasant, le voile funèbre qui cachait lescicux, la côte, subitement illuminée, ressemblait a un àtre immense, et ses rochers nus et anguleux, au milieu desquels se jouait la foudre, étaient comme autant de charbons ardens. Enfui les nombreux torrent qui sillonnaient, en grondant et balayant tout sur leur passage, les flancs arides de la montagne prenaient euxmêmes uue teinte de feu : ou eût dit un incendie universel.
Lorsque le jour parut, la pluie avait cesse de tomber, le tonnerre se taisait, le vent ne faisait plus gémir les fougères, tout était calme eutiii, si ce n'est la nier, qui, toujours courroucée et ecumeuse, hurlait au loin sur les rescifs; mais le ciel ne s'était point épuré, et un froid brouillard pesait sur la terre, toute ruisselante, empreinte des traces de l'orage
Pierre I.egrand sortit le premier de l'engourdissement dans lequel il était tombé, ainsi que ses compagnons, après l'acte de gloutonnerie de la veille. Le lieutenant était couché près de lui ; il l'appela : point de réponse. 11 dort encore, pensa-t-il, crions plus fort ; et il éleva la voix davantage; ce fut encore en vain. Enfin, il s'en approcha, le toucha, lui secoua le bras sans pouvoir l'éveiller : seule désormais la trompette de Josaphat pouvait le faire. Le malheureux la face contre terre et dans une rigole avait été étouffe par l'eau de pluie.
Croyant avoir échappé seul à la mort, notre sceptique harpouneur se traîna jusqu'à Félix ; mais celui-ci l'eut bientôt rassure en se mettant sur
son séant et regardant à droite et à gauche, de l'air d'un b< e qui
vient de faire un mauvais rêve. In instant après, descendus ensemble au rivage, ils mangeait des crabes et des coquillages en s'encourageant mutuellement, lorsqu'ils trouvèrent sur le sable, où la mer les avait rejetés avec les débris de la baleinière, les cadavres mutiles de
leurs camarades: ayant roulé sur les coraux ils étaient à peine r» -
naissahles.
Inutile de dire combien ce spectacle attrista nos deux amis, bien qu'ils ne doutasseut pas de la liu déplorable de ceux qui si long-temps avaient partagé leurs souffrances; mais des gflnti mens bien différais les animaient. Pierre n'attribuait son bonheur qu'au hasard, ou plutôt à son habileté a nager, et il n'avait songé à remercier ni le ciel ni l'enfer, taudis que Félix, dont la foi était vive, parce qu'il était jeune et qu'il aimait, avait d'abord pensé à Dieu, puis a son amie. Tous deux comprirent néanmoins qu'ils ne devaient pas laisser les restes de leurs infortunes compagnons devenir la pâture des phoques et des oiseaux, et ayant transporte ces trois cadavres près de celui de Matliurin, ils se mirent eu train de leur creuser uue fosse commune a l'aide de grande! coquilles ramassées sur la Ltrcve
(est vers le soir qu'ayant termine ce travail, grâce a la pluie qui avait ramolli le sol, ils procédaient silencieusement i l'inhumation, en proie a une espèce de terreur vague et superstitieuse, et il y avait bien de quoi sur un rivage désert, au milieu d'une nature sauvage Puis, le ciel était reste voilé toute la journée, et la couleur sombre des nuages Ruinait aux rochers environnaiis uue teinte de deuil qui ajoutait encore a ce que cette scène avait de lugubre et d'attendrissant, [maginez-voua eulin la foi et l'incrédulité se donnant la main au bord d'une tomba
béante, la morl auprès de la vie, le repos a côte du mouvement, et
l'ange des sépulcres étendant au-dessus ses froides ailes
— liens ! dit Pierre a son ami, en se baissant pour prendre le dernier cadavre, il a une médaille au cou, le Rouge; regarde un peu.
— (.est \otre-l)aiiie-dc-lion-Sccours.
— Eh bien ! il u'a pas mal «te secouru, le pauvre diable ; si .
— Taisez-vous donc, Pierre; ces railleries dans un pareil moment...
— Tu as raison, ce n'est pas ici qu'il faut plaisanter, répliqua Pierre, car il avait bon cœur, quoiqu'il fût impie. Lorsque ses compagnons eurent disparu sous une couche de terre, il se détourna, le cœur gros pour essuyer une larme qui coulait le long de sa joue , après quoi il se remit à tasser froidement sur eux tout ce qui avait été relire de la fosse.
Quand même il n'eût pas été nuit lorsque ce pieux devoir fut accompli, Pierre et Félix étaient trop fatigués pour se mettre sur-le-champ en route. Ce fut la tète appuyée sur la terre fraîchement remuée par eux qu'ils attendirent, sans pouvoir fermer les yeux, le retour du jour. Alors, Félix s'en alla chercher à la grève deux fragmens des bordages de la pirogue, en fit une croix, et planta ce signe religieux sans épitaphe' sur la modeste tombe où reposaient les baleiniers morts si misérablement. Cela fait, nos deux amis, ayant hâte de quitter ce rivage, théâtre d'un si tragique dénoùment, s'acheminèrent nu-pieds et sans chapeau dans la direction du nord, où ils étaient certains de rencontrer quelque port fréquenté par les navires baleiniers. ^
Je ne dirai pas tout ce qu'ils souffrirent pendant ce nouveau voyage; on doit s'en faire une idée. La crainte que leur inspiraient des peuples cannibales, le défaut de bons alimens, les longs détours qu'il leur fallut faire pour suivre les sinuosités de la côte, la frayeur, la privation de sommeil, la fatigue, enfin, étaient choses peu propres à rétablir leur santé altérée. La première tribu qu'ils traversèrent leur ayant, en outre, enlevé leurs pauvres vètemeus ou plutôt les guenilles dont ils étaient encore couverts, ce fut dans un état de nudité complète, couverts de plaies, les pieds en sang, et pareils à des squelettes qu'ils arrivèrent, après vingt jours de marche, à la baie des Iles. Cinq à six baleiniers français s'y trouvaient : l'un d'eux les recueillit, et huit mois après ils rentraient au Havre, où leur navire ne faisait que d'arriver.
Casimir Henricy, ex-matelot.
{National.)
TABLETTES DES G1WQ JOURS
Faits divers.
1-5 juin. — Les boutiquiers de la cité de Loudres viennent de trouver un nouveau moyen de pousser à la haine du torysme : ils placent dans la même montre deux caisses du même sucre, portant chacune une étiquette. L'une a pour inscription : Prix libéral, 6 deniers, et l'autre, prix tory, 9 deniers, ou bien : Prix Robert Peel, 9 deniers; prix Melbourne, (î deniers. Naturellement, ils ne vendent la marchandise qu'au prix tory.
— Ou lit dans le Journal de l'Àvetjron:
" Un de ces jours, une femme de Sa'mt-Côme, âgée d'environ soixante ans, travaillait nu-pieds dans un champ: tout à coup elle se sentit saisie par un des gros orteils et mordue. Ayant fait un mouvement pour se débarrasser, elle vit que sou pied traînait après lui un énorme crapaud, qui ne voulut point démordre, malgré les secousses que la pauvre femme imprimait à son extrémité ainsi engagée. Il fallut qu'un ouvrier occupé ii travailler dans le même champ accourût aux signes de détresse de la victime , et se servit d'un échalas bien pointu pour traverser le crapaud de part en part et lui faire lâcher prise.
Quelques gouttes de sang coulèrent de la morsure ; le visage de cette femme ne tarda pas à s'animer, elle éprouva bientôt une soif vive ; cependant elle continua son travail, et, le soir arrivé, elle se coucha sans faire aucun remède. Mais le lendemain on la trouva morte dans son lit, et le médecin qui a fait la visite du corps y a reconnu les simies d'ens mort occasionnée par un poison sceptique de la nature de celui des reptiles venimeux.
Ces détails donnent un démenti à l'opinion des naturalistes qui mit contesté les propriétés venimeuses du crapaud.
— Hier, dans la matinée, le baromètre, à Paris, a subi des variations telles que, depuis long-temps , les physiciens n'avaient eu à constater pareil phénomène. Dans l'espace de quelques heures, il est successivement monté et descendu de près de 4 degrés.
10. — Un journal allemand dit que le jeune duc de Leuchtemberg a remis à M. Derode les nombreux papiers de son père, afin d'en composer un ouvrage qui paraîtra incessamment sous le titre de Mémoires du prince Eugène, dur de Leuchtemberg.
— I)eu,x enfans purs Albinos, avec des yeux rouge-topaze et des cheveux blancs comme la neige, amassaient hier au soir les passans autour du café du passage Delorme, où ils prenaient des glaces. Leurs joues fraîches et dodues semblent être pétries de roses et de lait. Ces enfans paraissent du reste, appartenir à une famille opulente.
17. — Un de nos sculpteurs les plus distingués, M. Antônin Moine, vient de faire une acquisition importante et qui intéressé à la fois l'art et l'histoire. Au moment où la tombe allait engloutir à jamais la dépouille mortelle de l'infortuné duc de Reichsladi, un artiste français, attaché depuis long-temps à la fortune de la maison impériale, moula les traits du fils de Napoléon. C'est l'original de ce masque que notre habile sculpteur vient de sauver de l'oubli et d'une ruine imminente. Sur ce visage altéré par la maladie et la mort, l'œil curieux et attentif retrouve les ligues qui formaient le profil de l'empereur. L'image d^i lils a une grande ressemblance, dit-on, avec celle du père, que le docteur Antommarcbi rapporta de Sainte-Hélène.
18. — Il y a quelques jours, un événement déplorable a affligé, d'une manière bien cruelle, toute une famille de Saint-Marceau. Un enfant de dix ans, dont le caractère méchant faisait l'effroi des enfans de son âge, a tué un de ses condisciples à force de coups, à la suite d'une querelle d'écoliers. Il parait (tue, dans sa colère.' l'enfant aurait sauté sur son adversaire renversé, et aurait trépigne de rage sur son corps, jusqu'à lui détacher les poumons. '
L'auteur de ce meurtre est en ce. moment entre les mains de la justice, qui a ordonné l'exhumation du cadavre de la victime, dans le but de constater, par la nature des coups portés, les causes qui ont dû occasionner la mort. (Orléanais.)
19. — Le pourvoi formé par M,,,e Lafarge coutre le jugement rendu le -1 mai par le tribunal correctionnel de Tulle, a été rejeté. Ainsi ce tribunal reste saisi du procès du vol des diamans commencé depuis un an.
— On lit dans une lettre venant d'Afrique qu'on n'a trouvé dans le fort de Takedempt qu'un peu de poudre avarice, quelques ferrailles, un chien et un chat morts, placés l'un près de l'autre. Il y avait à côté de ces animaux une lettre que l'on a ouverte, et qui ne. contenait que cette phrase : « Français, vous ne trouverez ici que ce chat pour le fils du roi des Français et ce chien pour vous." Nous ignorons complètement quelle signification emblématique les Arabes ont pu attacher à cette sorte d'envoi d'un chien et d'un chat morts.
— La princesse Marie avait, dit-on demandé, à son lit de mort, qu'une copie en marbre blanc de sa statue de Jeanne-d'Arc, fût envoyée à la ville d'Orléans. Une statue de bronze exactement modelée sur les proportions de l'original exécuté par la princesse vient d'être dépesé à l'hôtel de la mairie de cette ville.
Le libraire Bréauté, passage Choiseul, vient de mettre en vente le neuvième volume de V Enseignement Buessard,solntàons nouvelles aux difficultés de l'étude. C'est une Mythologie emblématique, historique, astronomique cl littéraire, avec un cours usuel d' Astronomie. L'auteur a établi cette étude sur un plan neuf, méthodique et progressif, et il nous paraiit aussi avoir résolu le diflicile problème de créer pour l'enfant un livre de lecture qui l'instruisît eu l'amusant et qui ouvrit son intelligence a l'aide d'études sur la signification des mots et de questionnaires raisonnes.
BOUCIÎKIX.
Paris. — Imprimerie et lilhogrupliio rie .MAt'l.i'l. el UL.NO!', rue Baillcùl, \> cl II, près du Louvre.
12« Aunée. — N° 35.
Vendredi 25 Juin 1841.
littérature.
SCIENCES. BEAUX-ARTS, MŒURS
MÉMOIRES ET VOYAGES
BISTOIBES ET NOUVELLES.
DFXX Cr. 1VIT.M DE MODE ET DS DESSIN rvn MOIS.
Os s'vronsb à Paris, rue du Hasard-Richelieu, n 9. hjns les départemens, cbea les Directeurs des Postes, les Libraires, el aux bureau* des kl ries royales, el des Messageries LnfOUe et Caillard.
Ou ue reçoit que les lettres affranchies.
•ftctnif befl ^eoufô.
JOURNAUX, LIVRES, THEATRES
MODES 11 iiii v - CHRONIQUE DES ÏT.U'.l \V! \ EXTRAITS B'OI VR.H \ EAOX.
i . de 1 les cin [ j .'.r<
—1 leS S, 10, IS, . |'|.|\ ;
n h . poui trois n "i> , -■> fr. poui six mois cl '.s Ir. pour l'an Pi ir l'étranger, 0 fr. en sus par an.
Auuouccs'sur !t colonnes : 7^ cent" lu ligue.
ET LE CERCLE RÉUNIS
GAZETTE DES FAMILLES
Souvenirs de l'Inde: les Catamarans ; lis Mussulah; un cinquièi whist; un pari. — De I dans l'île de Cuba, par M la
comtesse Merlin. — Voyage aux. ruines de Palmyre, par M. Baptistin Pocjovlat. — Sciences : Antiquités romaines découvertes à ;i Vienne et à Salzbourg ; analyse de i'air atmosphérique ; nouveau perfectionnement apporté au daguerréotype; nouvelle manière de graver; moisissures développées dans le corps d'un oiseau; squelettes d'animaux gigantesques découverts m Amérique. — Tribunaux : cour criminelle de Breslau. — Tablettes des cinq jours ; Faits divers.