SOUVENIRS DE L'INDE
LES C ATA. M AB AN S, — lis MUSSULAH,
\ peine eûmes-nous jeté l'ancre dans la rade extérieure, que deux catamarans \ irurent brusquement sur le pont d Itiment, 5 la
p-ande frayeur de ceux qui n'en avaient jamais vu, comme à la grande satisfaction de ceux qui s'attendaient à des lettres par l'i
diaire d s bizarres. Ces deux hommes car ils appartenaient réel-
lement à notre espèce n'avaient pour t'ait t qu'un chiffon fort
étroit Qgurant un caleçon petite casquette en feuilles <\ |
ii aait leurs dépêches. Nous étions a deux grandes lieues de la côte, et les catamarans avaient parcouru cette di tance assis cha-
;i) Tradoil du BentMey's Miicellamj,
cun sur une espèce de crosse bûche pointue, cl armés d'une simple godille i . asc laquelle ils battent l'eau a droite ci a gauche en s'acc -
pagnanl d'un chant monotone ci aigu. C'esl au moyen de ce simple appareil que ces hommes intrépides traversent les épouvantables I qui s'étendent a plus il'- deux milles au large de Madras Je ne suis nullement étonné que les marins qui les virent pour la première lois, les ;»iis pour des démons, et aient inscrit sur leur livre de lock cette
ère unie, conservée comme une curiosité a la bibliotln Madras. .1 une heure de relevée, nous avons tu sur l'eau deux diables qui jouaient du bâton, Dru nouspréserve <■' tout malheur ! Amen. Vu fait, il faul les avoir considérés d.- bien près pour se pi rsuader que de simples mortels puissent, sur une telle embarcation , affronter des vagues que les brisons font sauter haut comme des montagni fureur d'une mer, presque toujours tourmentée, où fourmillent les requins, contre lesquels ils n'ont absolument aucune défense. Souvenl le Uni les jette bien loin de leur pièce de bois, mais ils savent la rattraper avec cette adresse qui leur est propre et qui semble délier les monstres de l'abîme, car il esl bien rare qu'un catamaran soit avale parées animaux vraie;
i si friands de la chair des Européens 2 . I n des catamarans, ôtanl sa petite casquette, remil les lettri lui avait confiées, ei nous apprit que. notre arrivi ■ ■
iphore 3), on avait envoyé deu ms de l'espèce a|
mussulah, qui ne tarderaient pas à arriver pour transporter a i. rre li s passagers de notre !.. itiment. fuis ils s- liatèrenl de se jeter a l'eau,
int enchantés de se dérober a nos regards, pour retourner dans leur clément quasi-naturel. Nous i ientôl l'ail dos valises ; après
i Petite rame qui ne s'appuie pa sui le plal bord d'un bateau, mal que
l'un tient a deuj mains il à la -m lace de I
:,- dilleur est tourné vers l'avant, el esl clui il une pci nno qui balaie.
.' \m Antilles . il existe ui I que le i es que les blancs,
i irbro aux signaux, télégraphe maritime, fotet du traducteur.)
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ur les plats-bords, nous attendîmes les mussulah avec ' de curiosité que d'impatience.
is, d'une construction toute particulière, sont les seules
à une telle mer. C'est dans leur faiblesse même
(['.relies trouvent leur sûreté. Elles fléchissent sous le choc du flot qui
urs flancs, et. quand il les enlève , elles le suivent et nagent avec
une tel s à son sommet, qu'on les y croirait suspendues. « Sum-
mo in Jluctu pendent. »
Quoiqu'elles aient huit î : ; fondeur, elles tirent à peine un
pied d'eau. Elles sont traversées dans le haut par des bancs sur lesquels s;1 perchent douze intrépides godilleurs, tandis que les passagers et leurs es sont arrimés dans le fond, non sans avoir reçu forte recomman. dation de se tenir parfaitement tranquiles. Ce fut donc dans les larges flancs de cette espèce de léviathan que nous nous assîmes pour être transportés à Madras.
Rii d ne saurait décrire la terreur que nous éprouvâmesquand il fallut franchir la première liane de brisans. Nous avions parcouru quatre mille lieues sur l'Océan, nous avions affronté toutes les bourrasques du cap, sans avoir conçu l'idée d'une pareille épouvante. Lancés en un instant à une hauteur effrayante, nous en retombions avec une rapidité qui allait jusqu'à nous couper la respiration ; puis, de la profondeur de l'abîme, nous voyions la vague gigantesque dresser sur nos têtes sa crête écumeuse et blanche, d'où ressortait parfois la figure noire d'un catamaran' penché sur sa pièce de bois comme pour se précipiter au milieu de nous; car chaque mussulah est ordinairement escorté de quelques uns de ces braves qui, au besoin , repêchent les passagers tombés à l'eau, service dont ils sont récompensés par une médaille d'argent. L'affreux rugissement des ondes irritées, qui paraissaient acharnées h nous détruire, nous avait presque dépouillés de toute énergie; et pourtant, une jeune et charmante fdle, qui allait avec sa mère rejoindre sa famille à Madras et s'y marier, s'animait à la vue du danger; son regard plein de feu chen ' it avidement de sublimes émotions dans un spectacle qui nous glaçait d'effroi. Le jeune officier auquel elle était fiancée, la contemplait avec amour et admiration; il était fier du courage qu'elle montrait, et, dans son imprudente exaltation, il consentit à lui donner la main pour l'aidera se placer sur un des bancs de rameurs, d'où elle espérait mieux voir. Les marins indiens leur conseillèrent de n'en rien faire , mais ne quittèrent joint leurs rames pour les en empêcher. Le jeune homme s'élança ensuite pour se mettre auprès d'elle , mais une secousse le rejeta aussitôt à fond de cale et envoya la téméraire enfant à la mer.
In cri affreux, poussé par tous les passagers en même temps, signala ce malheur, qui était évidemment sans remède, car nous nous trouvions au point le plus périlleux de notre traversée, et toute tentative faite pour la sauver n'eût pu avoir qu'un résultat funeste. Osborn (c'était le nom de son amant), s'élança de nouveau sur un banc , d'où il promena pendant un instant ses regards désespérés sur la mer. Ne la voyant pas reparaître et sentant que l'embarcation l'emportait rapidement, il plongea dans les flots.
Et les impassibles Indiens ramaient toujours
Leur main était ferme , leur coup d'œil assuré. Ce sang-froid qui nous indignait lit notre salut, car ou nous apprit plus tard qu'à la moindre hésitation de leur part, c'en eût été fait de nous tous.
Je ne vous peindrai pas la douleur de la mère de Louise Marchmont, c'est une tâche qui demanderait une autre plume que la mienne. 11 fallut retenir de force, à fond de cale, cette femme infortunée, dont les plaintes rantes nous étaient le sentiment de nos propres périls.
Enfin , nous éprouvâmes un choc soudain et violent , les Indiens sautèrent hors du bateau, et, deux minutes après, r.ous étions tous à terre, partageant la joie de M",c Marchmont, qui serrait avec délire, contre son s^in, sa fille qu'un catamaran déjà décoré de six médailles avait saisie sur la vague, et amenée à terre, où il était arrive avant nous.
Après cette première effusion de sa tendresse filiale, Louise se retourna vers la foule, s'attendant sans doute à recevoir les félicitations
de celui qu'elle aimait peut-être à l'égal de sa mère; mais, en ce moment même, arriva sur sa bûche un autre catamaran , qui s'écria en fort bon anglais : « Le pauvre jeune homme a été mangé par un requin, avant d'avoir eu le temps de revenir à flot. »
Louise tomba évanouie dans nos bras.
Depuis cet événement, plusieurs années se sont écoulées, et de nombreux prétendans ont demandé la main de miss Marchmont ; mais, fidèle à l'amant qui mourut pour la sauver, elle s'est vouée à un éternel célibat.