‹ Le cabinet de lectureChapitre 225 sur 249 · UN CINQUIÈME AU WHIST · texte numérisé non relu

UN CINQUIÈME AU WHIST

Nous avions joué au whist presque toute la soirée; nous jouions encore et les enjeux étaient élevés ; Maxey, qui avait toujours du bonheur, gagnait coup sur coup ; sa physionomie était radieuse, tandis que les nôtres commençaient à s'attrister. Tout à coup son visage s'altéra ; il parut hésiter, lui qui avait l'habitude déjouer avec tant d'assurance.

— Jouez donc, Maxey; qu'est-ce qui vous arrête? lui cria Churchill, le plus bouillant et le plus aimable tapageur qui ait jamais porté l'uniforme des gardes-du-corps.

— Chut! répondit Maxey qui pâlissait à vue d'œil.

— Est-ce que vous vous sentez indisposé? dit un autre en faisant un mouvement pour se lever; car il semblait que Maxey allait se trouver mal.

— Pour l'amour de Dieu, restez tranquilles, répondit Maxey d'une voix pleine d'angoisse, si vous avez le moindre souci de ma vie, ne remuez pas!

— Que veut-il dire? A-t-il perdu la tête? demanda Churchill en se tournant vers moi.

— Ne bougez pas! ne faites pas le moindre mouvement! dit Maxey en comprimant sa voix de manière à ce qu'elle s'échappât sans produire aucun ébranlement dans sa personne ; si vous remuez, je suis un homme mort !

Comme nous nous regardions avec étonuement, il ajouta :

— Tenez-vous immobiles ; il y a encore quelque espérance : j'ai autour de la jambe une couleuvre capclle.

L'instinct de notre propre conservation nous porta d'abord à éloigner nos chaises ; mais un regard suppliant du patient nous retint ; nous savions bien cependant que si la couleuvre quittait Maxey pour s'attacher à un autre et le mordre, cet autre pouvait être d'avance regardé comme perdu, tant est terrible dans ses effets le venin de cet affreux reptile.

Le pauvre Maxey était habillé comme on s'habille encore à Madras pour aller en soirée, c'est-à-dire qu'il était en culottes courtes et en bas de soie, de sorte qu'il sentait distinctement tous les mouvemens de la couleuvre. Son teint devint livide; le peu de mots qu'il prononçait sortaient de sa bouche sans faire remuer ses lèvres; à peine respirait-il, tant il craignait d'alarmer son eunemie et de hâter par là le fatal dénouement.

Notre anxiété n'était guère moindre que la sienne.

Elle s'entortille, murmura Maxey; je la sens froide... froide contre ma jambe... elle serre... Envoyez chercher du lait, au nom du ciel... Allez, je n'ose parler... Qu'on en mette dans un plat, par terre... près de moi... Qu'on en renverse un peu sur le parquet.

Churchill répéta l'ordre à demi voix, et un domestique se glissa hors de la chambre.

— Ne bougez pas ! Northcote, vous avez remué la tête. Par tout ce que vous connaissez de plus sacré, ne recommencez pas ! Mon sort sera bientôt décidé. J'ai en Europe une femme et deux enfans. Dites-leur que je meurs en les bénissant. Mes dernières pensées sont pour eux... Je la sens qui monte en se glissant vers le jarret... Je leur laisse tout ce que je possède... 11 me semble que je sens son souffle. Mon Dieu! faut-il mourir ainsi!

le c n;r.

Le lait fui apporté à petits pas. Le domestique, après l'avoir i suivant les prescriptions de son maître, se retira aussi pâle qui reste île l'assistance.

— Hélas! cela ne fail rien, dit tout bas le patient. '.

serre encore plus. Elle a détache son repli d'eu haut..., c'est [unir reculer sa têteafin de mieux nie mordre... Je n'ose ri Reçois mon aine,

6 mon Dieu! et pardonne-moi... Voici ma dernière heure. Après quelques instans de silence, il ajouta :

— Je ne manque pas de i voudrais montrer de la fermeté, mais ceci est au dessus des forces humaines. Mourir par la dent de ci tte hète immonde; savoir ipie son venin \a courir dans mes veines... Horreur!... Je ne suis pas lâche; ne dites pas que j'ai été lâche... 11 ne me serait nullement pénible de mourir d'un coup d'épée ou de pi<

sur un champ de bataille... Mais cette bête, cette horrible béte... Ui! Elle a défait un autre pli; elle me lâche peu a peu. Est-ce qu'elle irait .1 un de... Mais non, c'esl le lait qui l'attire.

[Nous fîmes tous trois un mouvement involontaire.

— Oh! par pitié! ne remuez pas! continua-t-il ; sinon je suis un homme mort : ayez pitié de moi ! Elle va me quitter; ne bougez pas, mai! sur vos gardes. Churchill, je crois qu'elle va de votre côté! Utention.

Churchill montra la plus grande fermeté et resta immobile comme une statue.

— Oh! si elle me serre encore, je suis perdu ! Mais non ! il nie semble qu'elle me quitte tout-à-fait.

Mors. \i;iv\ s*' bazarda à regarder sous la table; le dernier repli de la capelle était à terre autour de sou pied ; la tête du reptile était dans le plat au lait.

— Je suis sauve ! je suis sauvé! s'écria Maxey en s'élançant de dessus sa chaise pour aller tomber évanoui dans les bras de son fidèle domestique, qui l'emporta dans sa chambre.

11 est inutile de dire qu'en un instant nous nous dispersâmes. Quant a la couleuvre capelle , elle tut tuée d'un coup de coutelas, pendant qu'elle se glissait dehors par la fenêtre

Ce n'est pas sans souffrir que je raconte cet t.' épouvantable scène, dont les moindres détails se sont gravés dans ma mémoire en traits indélébiles. Elle eut d'ailleurs les conséquences les plus funestes pour l'un de nous. Maxey, après avoir traîné pendant quelques années une \ unissante, descendit au tombeau bien jeune encore.

l \ PARI.

Dans l'Inde tout le monde pal ' > de la

i le sujet des plus longues conversations, c'est le but de l'existence. Ces dames fument dans des hookabs a l'eau de rose, el parient des mohurs d'or : les messieurs fui i killumse\ parient des lacks de roupies I). Tout ce qu'on apj la table uteequi

la tre, devient un sujet de spéculation aléatoire. Li i-

bre d'amandes qui se trouvent sur ui

■ que l'on rencontrera, peuvent faire passer des milliers, et mé les centaines de i roupies d'un coffre dans un

autre.

| ' que dans un pays où salir les mains en

touchant des

; de bourse, l'argent n'est q otnomioali

on pari . que l'on m

facile de parler de milliers que de i ! d'ailleurs ci

beaucoup plus disting te leslacksd

tonnante rapidité. Ainsi se i la ruine iVv.n grand ■

(1) Un luck de roupies vaut 200,000 fr. argent de France. La roupie vaut

de l'an d s joueur, i ion qui passent leur l<

chercli de parier à coup

qu'il nous soit permis d'user de ce pseudonyme) était du nombre de ces fripons de bonne so i I autres tenues, un

aimable convive, plein d'espritel de gracieuses manières, qui savait vous faire boire, et au besoin mettre de l'opium dans votre vin, puis avec une i vous amener à proposer vous-même des paris qu'il était sur de gagner.

James Cordon avait été Ions-temps ce que l'on nomme dans l'Inde un

l e moi n > peut se traduire, mais l'idée qu'il exprime serait assez

bien rendue par vache-à-lait I . Pendant qu'il et.nl dans l'intérieur du

pays, il avait perdu de grandes sommes en pariant contre I lonel

Mac- \ule\, mais depuis <\<~u\ ans qu'il habitait Calcutta, ou il remplissait un poste très lucratif, il s'étail grandement corrigé de cette simplicité excessive qui l'avait fait autrefois rechercher par les chevaliers d'industrie.

\ peine arrivé dans la capitale du Bengale, Mac-Auley fut instruit de la situation prospère de son ancien ami, et des lors il résolut «le lui gagnei quelque argent. I ne heure lui suffi! pour se procurertous les rensei Démens qui pouvaient lui faciliter L'exécution de ce projet charitable. Il apprit même que Cordon avait récemment reçu de Londres de magnifiques tables d'acajou, >t qu'il donnait ce jour-là même un grand dîner pour les étrenner.

Celte insignifiante nouvelle parut beaucoup intéresser le colonel, qui se jeta aussitôt dans son palanquin, et se lit porter au Chowringee cliej son féal camarade Cordon.

— Sahib in ghurmi lit/ demanda-t-il au portier.

La réponse étant affirmative, Mac-Aulej monta les escaliers au milieu des humbles salams de la foule des kidmigan vêtus de toile blanche, qui se promenaient dans les corridors et les piazzas; puis il arriva dans une magnifique salle a manger.

— Cordon Sahib fai lui; bientôt venir, dit le valet de con* fiance du maître.

— Dohut achar. je vais l'attendre, repondit le colonel. ■ — Vouloir entrer au salon?

— Aon-, plus frais ici. Tu peux t'en aller, repondit Mae-Aulev de l'air suffisant d'un dandy qui se croit trop élevé pour devoir tenir au

niai.

Puis il se mit a fredonner un petit air avec cette uraeieuse nonchalance qui ne sied pas mal aux sens comme il faut . et qui diffère tant de la grossièreté des Américains de mistriss Trollope.

irviteur au teint d'ébène <lis| arut, et, avec lui. l'apparente Insouciance du colonel , car il se trouvait seul a» les d'acajou Sans ■ 'm instant, il jeta on coup d'o U autour de lui pour s'assurer que personne ne poin.nl le voit : puis, tirant de sa poche un ruban divisé en pieds ci pouces, il mesura tics exactemenl la hauteur des tables et tr son carni quoi i! s'appuya sur la fenêtre el parut, prendre assez, d'intérêt a passer m revue les backeries, les tom-jolms,

S voitures qui traversaient rapidement

— Ah ! comment vous va, mon cher? Enchanté dévoua retrouver, s'écria Gordon en affectueusement li mon traîtresse qui venait de toiser ses meubli i vous donc devenu, depuis un siècle que

ij vu?

— Eh ! j'étais à la frontière du Nord; pas moyen de quitter 2' : dure besogi randesbata Iles; d rdu un havildar et trois une balle <l

domma enfant, vouf habile au whist ; en prenant un

(\j Fiai, plat, oblutus, en opposition a lharp aigu, mutin, ru

' leur.)

Iir.iscs cnlrecoupi . verbe, qui ont ctéfort a la mode parmi l>!

fc«r.)

méchant fort tout en terre; un tambour aussi ; seulement blessé ; voulut boire du rhum ; gangrène, \ous savez; perdu dix mille roupies sur la tête île Jackson; j'avais parié qu'il vivrait trois jours; perdu de deux heures; c'est du guignon , n'est-ce. pas? sans compter mille que je lui aurais gagné le lendemain. 11 avait parié qu'il ferait beau temps ; il pleuvait à verse pendaut les funérailles. Cela fait onze mille.

— Pauvre garçon ! c'est une grande perte.

— Je crois bien. Plus moyen de faire la partie carrée. Ainsi, j'ai pris un congé et je suis venu vous voir.

— Depuis quand étes-vous arrivé?

D'hier au soir. Descendu chez Taylor ; très bon enfant aussi, Taylor;

gagné l'autre jourun lack de roupies en faisant au whist six cents points en trois minutes.

— Vous dînerez avec nous aujourd'hui? A sept heures précises; j'ai d'excellent loll-shrob.

— Je suis engagé chez Taylor ; mais c'est égal ; je trouverai une défaite et je viendrai chez vous. J'ai affaire au château ; ainsi , mou cher, à tantôt.

A peine Mac-Auley fut-il parti, que Gordon défendit à ses gens de laisser entrer qui que ce fût jusqu'à l'heure du festin , dont les préparatifs l'occupèrent exclusivement pendant tout le reste du jour.

A sept heures du soir, tout était prêt et les convives arrivèrent.

Après les premières salutations et les introductions d'usage, le maître de la maison invita ses hôtes à ôtcr leurs habits, et leur en donna l'exemple. Aussitôt les kidmig irs accoururent de la verandah (1 ), et présentèrent de petites vestes rondes en toile d'Irlande à leurs maîtres, qui s'en revêtirent et se mirent ensuite à table , sous la fraîche brise du paukah (2). De jeunes garçons, entièrement habilles de percaline blanche, se mirent à chasser les mouches avec des queues de vaches montées en ébèue; chaque convive reçut, des mains de son valet, sou propre couvert d'argent (3), et le festin commença.

Ce fut un des plus beaux et des meilleurs dîners que l'on ait faits à Calcutta ; mais, comme tout plaisir a une fin, le dessert arriva, et les hookabs firent bientôt entendre leurs notes rauques et gutturales (4). Le vin circula. La Champagne et la Gascogne étaient là noblement représentées. La conversation s'animait , et les toasts se succédaient rapidement.

Enfin, après avoir adroitement manœuvré et amené de longue main son sujet, Mac-Auley réussit à mettre les tables sur le tapis (soit dit sans jeu de mots). Chacun exalta la beauté de ces meubles et le goût exquis de celui qui les possédait, et qui en savait faire un si noble usage.

— C'est l'acajou le plus (in que j'aie jamais vu, dit le major Briscoe.

— Elles me plaisent infiniment, dit un vieil amphytrion qui n'avait plus que la moitié de son foie ; jamais il n'en fut de mieux proportion-

(I) Longue galerie occupant toute une façade de la maison, el fermée seulement par des jalousies.

('2) Crand éventail monstre, suspendu au plafond au dessus de la table, el qu'un domestique, placé dans l'antichambre, fait mouvoir avec une poulie.

(3) Presque tous les grands personnages étant militaires, et ne pouvant pas traîner en campagne l'énorme attirail d'une riche maison, le convive fait apporter son couvert d'argent. Cet usage, à peu d'exceptions prés, a prévalu même dans les villes.

(1) Le hookah. dont on peut voir à Paris des modèles chez divers marchands de curiosités, est une grosse pipe dont le tuyau descend perpendiculairement dans un bocal à demi plein d'eau froide. C'est par le liant du bocal que l'on aspire, au moyen d'un tube très long et liés flexible, la vapeur du tabac ou des parfums qui s'échappe en bulles à travers l'eau, et produit à chaque aspilaticia un bruit semblable au cri des grenouilles. L'appareil se pose, non sur L ahle, mais sur un buffet à quelque dislance, et le long tube, traînant à lene, arrive jusqu'aux doigts du fumeur. Le soin du hookah est la seule occupation d'un domestique cul hoc, nommé. Uoohihman. {\otcs ctu traducteur.)

nées, et je vous demanderai l'adresse de voiie facteur, car je veux en avoir de pareilles.

— Elles sont pourtant vn peu trop hautes, dit Charles Mac-Auley d'un air indiffèrent ; ne le trouvez-vous pas comme moi, Gordon ?

— Au contraire, répondit celui-ci ; si j'avais à y trouver à redire, je les jugerais plutôt un peu trop basses.

— Oh! c'est une erreur, mon cher, reprit Mac-Auley ; j'ai le coup d'oeil excellent, et je suis sur de ne pas me tromper. Une table ne devrait jamais avoir plus de trente pouces, et celles-ci ont au moins un pouce de plus.

— C'est vous qui vous trompez, répliqua Gordon ; elles n'ont pas plus de deux pieds et demi.

— Ne pariez pas, mon cher James, ne pariez pas ; je vous assure que mon oeil ne saurait me tromper.

— Ne pas parier ! reprit Gordon ; si ces tables n'avaient pas dû être exécutées sur mes propres plans, et que je ne fusse pas en mesure de parler avec une entière certitude, je vous parierais un lack de roupies qu'elles n'ont absolument que trente pouces , et pas une ligne de plus.

Oh ! si vous le prenez ainsi, dit Mac-Auley, j'accepte de grand cœur : mais vous êtes tous témoins, Messieurs, que je déclare d'avance être sûr de mon fait. Je dis que ces tables s'élèvent à trente et un pouces au dessus du parquet.

— C'est fait pour un lack de roupies, s'écria Gordon.

— C'est fait, répondit Mac-Auley.

On apporta le registre spécialement consacré à la rédaction des paris, et l'on y inscrivit celui-ci, au bas duquel les parties et les témoins apposèrent leurs signatures.

— Maintenant, s'écria Mac-Auley d'un air de triomphe, vous pouvez vous épargner la peine de mesurer, car la chose est faite depuis ce matin. Voici les trente et un pouces inscrits sur mon carnet. Je vous ai averti que c'était à coup sûr, Gordon ; ainsi vous ne pouvez vous soustraire à la nécessité de payer.

Et le colonel montrait à tous son petit portefeuille en éclatant de rire.

— Je suis loin de me dédire, répliqua tranquillement Gordon ; car vous ne savez pas encore une chose qui tempérera votre joie, Mac-Auley : c'est que ce matin, pendant que vous vous livriez à cette honnête opération, je me rasais devant une glace qui fait face à la porte de ma chambre ; or, cette porte était entr'ouverte et m'a permis de tout voir. Me doutant bien où vous vouliez en venir, j'ai fait depuis ce moment diminuer d'un pouce tous les pieds de mes tables; ainsi, pour cette fois, le tondeur s'en ira tondu.

Cette déclaration excita dans l'assemblée les plus bruyents éclats de rire et couvrit de confusion le malheureux colonel, qui s'exécutant de sou mieux, donna un ordre à son intendant de remettre à l'intendant de Gordon des valeurs pour un lack de roupies (250,000 francs).

Le pire de la chose est que le ridicule de cette affaire le poursuit encore aujourd'hui, et qu'il n'est si mince enseigne dans son régiment qui ne dise en le voyant passer : « C'est le tondeur tondu. »

DE t'ISCIAVAGE A CUBA.

Un fait m'a frappée ici : toutes les fois que j'ai vu le nègre

chargé du même travail que le journalier d'Europe, j'ai trouvé chez le

premier, effort, fatigue, accablement, et chez l'autre gaité, vigueur et courageuse intelligence. D'où vient ce désavantage de la race africaine, si elle est, comme on le dit, plus forte que la nôtre? Doit-on l'attribuer à la lutte qu'il faut soutenir contre le climat? Mais, les nègres sont nés sous le soleil brûlant d'Afrique. Est-ce à leur stupide ignorance, qui augmente les difficultés du travail, ou à l'indolence, qui les endort? Toutes

tes causes peuvent y contribuer; mais, la première, la plus influente de toutes, c'est le peu d'habitude que le nègre a contracté du travail. Quelque robuste et bien constitué qu'il soit, il ne saurait vaincre ce désavantage. Il est apte à courir, à sauter, à dompter les animaux sauvages : mais il répugne au travail régulier, pratique, pacifique, fruit de la civilisation et des bonnes institutions. Ses violens exercices une fois accomplis, la fureur de ses passions une fois calmée, il ne tarde pas à tomber dans la (dus stupide indolence. De là, ces traitemens sévères, ces condamnables rigueurs des mai/orales pour le contraindre à un travail régulier.

Néanmoins, a la surveillance prés, le travail des nègres est, dans cette colonie, aussi modéré, aussi réglé, que celui des journaliers de campagne en France. \ cinq heures du matin, le mayoral frappe a la porte du bujio, et chacun de se lever et d'accourir au Batej . i . la, on distribue le travail de la journée, et les nègres partent, conduits par le conlra-mayorat, ou sous-chef. \ huit heures, on leur porte un déjeûner COm| osé de viande et de légumes. \ onze heur, s et demie, au smi de la cloche, ils s; rendent de nouveau au liatey. I.a, on leur distribue une ration de viande, déjà cuite, pour leur épargner de la peine pendant leurs deux heures de repos. Ils remportent dans leur bojio, ou ils préparent un ragoût abondant, mêle de bananes et d'ajonjoli, de graine piquante et aromatique qu'ils aiment de passion ; puis ils ont de la sambumbia :.2) à discrétion. A deux heures la cloche les rappelle au travail jusqu'à six heures. En rentrant, ils apportent de l'herbe pour les bestiaux et se rendent au liatey au son de 1' Vngélus. Là, a genoux, ils font la prière du soir, toujours sous la surveillance du mayoral .... (l'est un spectacle

grand, touchant, et à la fois étrange quatre cents esclaves prosternés,

priant l'Étemel à haute \oi\, sous des ombrages d'arbres séculaires, et en face de cette superbe nature, donc par les derniers rayons du soleil des tropiques:... A ces eclatans et sauvages accens, lancés dans les airs, et portés par les nuages jusqu'au ciel, on sent le cœur se prendre d'une terreur secrète, une voix profonde semhle vous dire: foutes les captivités se ressemblent !!!... » et l'on est tente de joindre sa prière à la prière commune, en s'ecriant comme les enfans d'Israël : Seigneur, quaud secheras-tu nos larmes.'' quand serons-nous délivrés?...

Après l'Angelus, les nègres rentrent chez eux, l'ont encore un repas, et se reposent jusqu'au lendemain.

\insi, comme on le voit, l'ordre du travail ne diffère guère de celui des laboureurs de France; sinon que l'esclave est surveille plus sévèrement et saus contredit mieux nourri.

L'époque de la molienda ou de l'élaboration du sucre est la [dus laborieuse, mais aussi la plus désirée. C'est le moment de miséricorde; h1 niaitre est la, près d'eux, qui les écoute, leur l'ait grâce s il ont mérité une punition, et réprime le mayoral, toujours âpre cl inexorable dans ses rigueurs. Mais leur plus redoutable adversaire esl le conlra-mayoral . esclave comme eux, et par cela même dur et souvent cru. I envi rs ses e impagnons, surtout m tel ou tel nègre mis rdres a fait partie

jadis d. tribu ennemie de la sienne. Mors, il devient féro

p'.acable : son espril de vengeance haro i vicl >, il ne lui

a icordi imunaulé de leur dpstii

de caln , le la force qu

de SUrveillanl dont il esl investi, il exterminerait son enili sans la protection du m;

Malgré la forte constitua res, ils soi,; , n\ jm-

liériques: le froid, la chaleur, les font souffrir el leur

causent de subites indispositions. Ce: irait une m, triste énumé-

ration de compter la foule des nègres qui périssent ton oil par

[u'on leur fait • ur les transporter en fraude

d'Afrique,

rand espace de terrain formant le centra

L'observation a prouve que, malgré les dangers de la fièvre jaune, la mortalité des blancs est beaucoup plus faible, proportionnellement, que celle des nègres. M. de Saco évalue celle-ci, année commune, jusqu'à dix

sur cent: ce qui parait exorbitant de prime ahord, et qui pourtant est

hou d'être exagéré, , ,

Si les africains n'avaient à lutter dans ce pays que e,(v»,r' ' ''v',b la chaleur, ils auraient, vu l'analogie des climats, un avanta."1' "lu"1 table sur les ouvriers blancs; mais diverses i r on lances détruis.. avantage. Peu importe que la chaleur incommode moins 1rs nègres qu les flancs, si. en arrivant ici, ils ont a souffrir d'autres privations, d'autres douleurs, sans parler des maladies qui leur sonl propres et qui exigent tous les soins des colons pour les conserver. I ne multitude presque innombrable de nègres périssent dans les traversi es el dans les barrocones ou marches, notamment depuis la prohibition de la traite. Avant cette époque, 1rs hàlimcns négriers étaient SOU mis .1 une si lance sévère de la part de la police s, milaire On vaccinait les nègres a

leur arrivée, on traitait ceux qui débarquaient malades-, el si la maladie était contagieuse on les mettait en quarantaine. G - sages mesm

i:i i. - cii. ii. nies à les traiter avec plus de s, .ni-, pi ndant la traversée, 'i la mortalité était moins considérable Mais depuis l'abolition delà traite, le contrebandier négrier, ne songeant qu'à profiter du danger auquel il s'expose, entasse au fond de ses cachots mobiles tout ce qu'ils peuvent contenir de misérables; et après de longs jours et de longues nuits, il arrive au port avec une faible partie de sa cargaison, accablée, mourante, et souvent attaquée de la peste. Alors, jetée sur de y flaires rivages, abandonné, - m- s. .cours, elle est encore décimée par la maladie et la mort \ ces calamités, il faut ajouter les superstitions religieuses et l'influence qu'exercent leurs sorciers et leurs devins sur l'esprit de ces infortunes, qui parfois se suicident ou succombent a la suite de pratiques secrètes et infernales exigées par les affreux mystères de leur Oheah.

Le plus redoutable fléau pour les Africains est le choiera On ne saurait imaginer les ravages que ce mal a exerces dans no» campagnes. Il y a des habitations où il a enlevé les deux tiers des esclaves eu huit jours. tandis que des infirmiers blancs et leurs propres maîtres, toujours dans les hôpitaux, donnaient des soins assidus aux nègres attaqués, sans en être atteints eux-mêmes.

Ces démens de destruction concourent a rendre la mortalité des nègres plus considérable que celle des blancs. Le colon jouit, pendant la traversée, de soins assidus et d'une nourriture saine : une fois débarqué, il prend toutes sortes de précautions pour s'accoutumer au climat; il ne travaille que modérément et a ses heures. On a cherche ,i répandre dans l'esprit des Euro] éens des craintes ex.i. r. . s -ur 'es dangers de la

mue ;c'esl .i '■■"'■ ' ' !>' >'i tladi I maintenanl tell ni i

que si le la néglige pas n & n origine, elle n'est pas plus ., c

qu'une courbature ou un refroidissement; ton' d'ailleurs elli - ùcule. ' '' I '

des étrangers qui I île àcette époque de l'année n'ei

I teints, et ceux qui le sont, succombent rarement, surloti ■

veulent se soumettre i i * d livgii ne, el s ■ '

pendai ' nuis de leur séjour dans I ile ; le danj ri m I

réellemi i >yon de Imita dotizi I

sur le bord de la mi i viennent à l'appui de

l n séjour a tliiana U ' ,|,,lV

de la Havane, suffit niêmi | mi

éviter l .' : autant plus impi ri; •, que les sucro-

■ les colons qui se destinent aux ti ■ ouvenl en toute l i s preuves de la

bonté i salutain sur les étri

• - • I . A •■ • ues trai ei chaleurs? Eli bien . le noml re de

reux r| ' lui '•' " africains ;

pourtant, les uus et les autres sont non seulement soumis aux rigueurs du climat, mais aussi aux. travaux agricoles. Indépendamment de ces exemples, une foule d'Européens et d'Ami jricains du Nord vivent parmi nous, appelés par le commerce et l'appât dos richesses. Beaucoup habitent la Havane, même pendant toute l'année. Les étrangers n'ont donc rien à redouter de ce climat, et nos vierges campagnes leur offrent des trésors inappréciables, et qui attendent un possesseur.

La douceur du colon de Cuba pour son esclave, inspire à ce dernier un sentiment de respect qui approche du culte. Ce dévouement de l'esclave est sans bornes ; il assassinerait l'ennemi de sou maître, dans la rue, en plein jour, aux yeux de tous, comme il périrait pour lui a la torture, sans sourciller. Ce maître, quand il est bienveillant, est pour l'esclave la patrie et la famille; l'esclave porte le nom du maître, reçoit tes enfans quand ils \ iennent au monde, les nourrit de son lait, les sert avec adoration dès leur plus tendre enfance, et lorsque la maladie arrive, veille son maître nuit et jour, lui ferme les yeux h sa mort, puis se traîne par terre, pousse d'affreux burlemens, et dans son désespoir s'arrache la peau de ses propres ongles... Mais si quelque âpre ressentiment s'éveille dans son âme, la férocité du sauvage apparaît, il est ardent dans sa haine comme dans son amour. Néanmoins, sa fureur vengi . n'a presque jamais pour objet son propre maître. Lorsqu'une révolte n'est pas provoquée par les étrangers, ce qui est rare, c'est l'irritation contre le mayoral qui l'excite.

Voici un fait qui prouve la puissance morale du maître sur l'esprit de ces sauvages. Peu de mois avant son arrivée, les nègres de la sucrerie d'un de mes cousins, don Raphaël, se révoltèrent; c'était un nouvel établissement. Les esclaves récemment arrivés d'Afrique, étaient presque tous de nation Coulomie (1), c'est-à-dire assez bons travailleurs, niais violens, irascibles et prêts à se pendre à la moindre contrariété. Cinq heures du matin venaient de souner, le jour commençait à paraître, Raphaël était parti depuis une demi-heure pour une autre de ses, .propriétés, et laissait, encore livres au sommeil, sa femme grosse et ses quatre enfans. Tout à coup Tepiya, c'est le nom de cette dernière, s'éveille eu sursaut, au son d'horribles vociférations, accompagnées d'un bruit de pas précipités... Effrayée, elle sort de son lit, et, ouvrant le yasistdas, aperçoit, tous les nègres de la sucrerie qui se dirigent en désordre vers son habitation. Bientôt, ses enfans arrivent, pleurent, s'attachent à elle, et poussent des cris... Elle n'avait que des esclaves à son service, et croyait sa perte certaine ; mais à peine eut-elle le temps de recueillir ses idées, qu'une de ses négresses entra chez elle ;

— Nina, n'ayez pas peur, lui dit-elle, nous avons tout fermé, et Miguel est alie chercher le maître.

Ses compagnes qui l'avaient suivie entourent leur maîtresse. Ces séditieux avançaient toujours, (rainant une sorte de lambeau ensandanté, qu'ils se passaient de main en main, en poussant des sifflemens aigus, comme les serpens du désert.

— C'est le corps du mayoral ! s'écrièrent à la fois les négresses qui, toujours groupées autour de Pépiya, tâchaient de calmer ses alarmes, tandis que les nègres, dès le commencement de la révolte, couraient la campagne à la recherche d i leur maître. Les révoltes étaient déjà presqu'aux portes de la maison, lorsque Pepiya aperçut par le vasistdas, le quilrin (2) de son mari qui s'avançait rapidement. La pauvre créature, qui, jusque la, avait attendu la mort avec courage, à côté de ses enfans, faiblit à la vue de son mari, sans armes, et venant droit vers ces furieux : elle s'évanouit... Cependant Raphaël arrivait de front sur les esclaves enivrés de sang et tous armés. Il s'arrête en face d'eux, met pied à terre et sans prrnoneer un mot, les regardant d'un œil sévère, il leur indique du geste la Casa de Pur g a (S)... Les esclaves cessent aussitôt leurs

(i rri ,18.

(2j VaHurc du ;,,;,s, ouvi île I f ji t . (3 Le biliïiipul uu J'vu cpui : le sucre,

vociférations, lâchent le corps du mayoral, et traînant le machetc (1), se pressent, se poussent et rentrent atterrés!... On aurait dit qu'ils voyaient, dans cet homme désarmé, l'ange exterminateur.

Quoique la révolte eût cédé un moment, Raphaël, qui en ignorait la cause, et n'était pas rassuré sur les suites, voulut profiter de cet instant de calme, pour éloigner du danger sa famille... Le quitrin ne contenait que deux personnes ; il était imprudent d'attendre qu'on préparât d'autres voitures. On y transporta donc Pepiya, qui commençait à reprendre ses sens, et on plaça les enfans comme on put. Ils allaient partir, lorsqu'un homme percé de coups, mourant et méconnaissable, se traînant sous une des rcu.es du quintrin, s'efforça d'y monter, et se cramponna sur le marche-pied... On lisait sur son visage pâle les signes du désespoir et les symptômes avant-coureurs de la mort ; la terreur et l'agonie se disputaient ses derniers momehs... C'était le mayoral blanc assassiné par les nègres, qui, après avoir échappé à leur férocité, faisant ses derniers efforts pour sauver un souffle de vie. Ses plaintes, ses prières étaient déchirantes ! C'était une cruelle alternative, que de repousser les supplications d'un mourant ou de le jeter tout dégoûtaut de fange et de sang sur ses propres enfans!... La pitié l'emporta. On l'attacha a la hâte sur le devant de la voiture et on partit...

Tandis que ceci se passait dans la sucrerie de Raphaël, le marquis de Cardenas, frère de Pepiya, et dont l'habitation est à deux lieues de celle de sa sœur, avait été prévenu par un esclave, du péril qui la menaçait, et accourait à son secours. En approchant de l'habitation , il aperçut un groupe de rebelles qui, poussés par un reste dé fureur, et par la crainte du châtiment, couraient vers les savanues, chercher un asile parmi les nègres marrons Le marquis de Cardenas, alarmé par la nouvelle du danger que courait sa sœur, n'avait eu que le temps de monter à cheval et de partir, accompagné d'un de ses esclaves. A peine les fuyards aperçurentils un homme blanc qu'ils coururent sus, armés jusqu'aux dents.

Le marquis s'arrêta pour les attendre : c'était témérité. Mais son nègre, saisissant vigoureusement par la bride le cheval du maître et le faisant tourner :

— Miamo, allez-vous-en !... .Te m'entendrai avec eux.

Cela dit, il donna un coup de fouet au cheval qui partit au galop. La horde féroce se trouva face a face avec l'esclave ; celui-ci la reçut de pied ferme , pour donner à son maître le temps de s'éloigner. Ce brave et fidèle Joseph, car il est bien de conserver son nom, comme le nom d'un héros, ce vaillant et courageux serviteur, après une défense héroïque contre les forcenés, resta étendu sur le bord du chemin, couvert de trente-six coups de machete, le crâne fendu, une oreille détachée de la tête, les membres brisés!... Eh bien , Joseph vit encore, et je le vois tous les jours... Il a plusieurs cicatrices sur le visage; sa physionomie est douce et ouverte. Le pauvre nègre parait heureux, et, à ce qu'on dit, est toujours courageux comme un lion. Son maître lui a donné la liberté; d'abord, il l'a refusée, et. ne l'a acceptée, plus tard, qu'à la condition de rester auprès de lui et de le servir comme par le passe.

La révolte, qui n'était point préméditée, n'eut point de suites : elle n'avait été motivée que par une trop rude punition infligée à un esclave par le mayoral. En se dirigeant vers la maison du maître, les révoltés voulaient seulement lui exposer leurs griefs. Les nègres demandèrent grâce à leur maître, et à l'exception de deux ou trois des plus coupables qu'on livra à la justice, les autres furent pardonnes.

Un fait à remarquer, et qui preuve l'attachement des esclaves pour leur maître, c'est que la première pensée des chefs de la révolte, au moment de se soulever, fut d'arrêter le jeu des cylindres et la machine à vapeur. Sans celte précaution, la machine aurait indubitablement fait explosion et détruit la sucrerie (1).

: CO: CESSE MERl.r

(!) Amis dos uèfjrcs, qui a quclq i s le les Turcs»

(2) Cet article csl îxtrail d'un travail i (éiessaut sur l'esclavage aux Antilles, publié dans (a I(n . ' é .;<*-.;.'.;'. ..

VOYAGE AÏJX RUINES DE PAIMYRI.

Les : \ de l'Orienl . dit un

l.i peste, 1 incendie el les drogmans. Rien n'est plus vrai • verbe. Cbaqu , écime horriblem on mu-

sulmane, jamais un im : sans que ; lelques

quartiers de du Caire . el on n'ignore pas ce

que c'est . I< Maltais,

gypte, qui, sachant à peine un peu de français, d'italien el de turc, se mettent au service des voyageurs européens: non seulement les mens d'honneur et de probité ne se rencontrent que très rarement parmi as-là, mais encore ils I tièrement dépour-

vus d'instruction : on à leur fairi

prendre les paroi - <le transmettre, et, quand ils les

comprennent, ils les modifient ou plutôt les défigurent à leur gré. L'étude des mœurs ■ ile et plus :

si un pouvait être Quand jA ■■versais avec un musulman, i ou un Arabe, j'étais réduit plus d'une fuis à i : «le sa voix, dans l'expri

faire u • je, un voy< e utile en Orient, il faudrait en faire i

un seul voyage suffirait peut-être, si, avant de l'entreprendre, on la langue du pays qu'on si de visiter.

Outre l'ennui de taire passer ses idées par la bouche d'un ignorant, il est encore d'i : pour le voyageur : il à >sentiel-

Iement du drogman qu service; sa bourse, sa vie

m; avec l'argent du voyageur, le drogman paie , comme bon lui semble, les d ait. L'interprète pi ut, si cela lui plaît, aban-

donner le voyt geur au milieu du désert et le laisser mourir de suit el de faim. Je me vis dans une situation semblabli I 17. J'étais

parti de Constantinople avec l'intention de parcourir une partie du Kurdistan, de voir les rives «lu rigre el les ruines de Babylone, el voilà qu'arrivés à Mal (interprète de Stamboul refusa de nous su i-

vre. RI. Haschador c'est le nom de notre truchement i tail un ni de Calcutta que j'avais rencontre à Péra : il agit envers nous comme un de ces drogmans dont je vous parlais tout à l'heure. Né dans les solitudes de I' \sie. il osait nous dire qu'il n'avait pas traverser le désert de M

serait pourtant décidé à la tion de la n »ous n'avions

voulu marcher que six heures par nuil oui prolongé

notre séjour à Malattia jusqu'à la fin du mois d'octobre. Je ne pouvais accepter ces uet

» en plein jour, et je n'avai , d'argent sur moi

Ire que les beaux jours d'automne ramenas de mon guide.

tomane, il voulut bien nous m drogmai

accompagner jusqu lit un jeune Ci

Smyrne, appelé Pietro. Le fait suivant pourra donner une idéi dite.

qu'il fais Kurdes, in 1836, avait établi des récomper qui lui ' d'un

ts piastres piastr le prix. Pii ti lanl un

jour de Malattia aux montagnes d

min une vi sassiuée par des Kurd bourse vide ; pour se

oreilles de la pauvre fei ivi au canq

lis, il ne ci Uafiz-Pacli

femme turque comme ayant appa

■ ..une je lui demandais pourquoi il n'avail ndu le

dernier soupir de cette femi) , ient qu'il était fort i

et qui

Pietro nom de Mou stume étail •

Le jeune homme de Smyrne n';

Turc: pour mieux remplir -

rait t'ait son

I • au milieu d .

tous lui obéiss i 'I

du que de

•■■n oriental, se di pouillanl i à peu

■ aères clartés de l'a:..

chaut, quelques étoiles scintillaient encore, et semblaii

la voùti ■ . i r le jour n dssaut Les la

trouniers, -' si uffle d'une douce brise; les goutt pression du po

fille qui a reçu un léger affront. Mille de nous ; le parfum s'exhalait des fleui il einbaum

turc était éclatante de fraicb traboud ■ ■ [uesjardii

matinéi d'Orient.

Vprès deux heures i milieu i

au sud, à Irai

. Dix-huit

'l'a il r Strab

de 1' Vraxe. Unsi

rivant

■ grande

flit pli;

■ la nature. Sur 1

ouges bigarrures agréables à l'œil qui les contemple. Vous voyez susendus sur l'abîme d'énormes blocs de marbre et de granit. De nom-

reuses sources jaillissent du penchant des vallons et se précipitent avec un bruit horrible dans la profondeur des ravins. Tout cela forme un spectacle admirablement pittoresque et plein de grandeur ; le regard et l'esprit en sont comme épouvantés. Mais bientôt 4a scène change.

Après avoir escaladé de hautes cimes et descendu dans des gouffres ténébreux, on arrête ses jeux sur de larges coteaux de verdure; vous y voyez des tentes noirs de Turcomans , des chevaux superbes et de grands chameaux. Puis s'offre à vous, sur la pointe d'un roc sauvage, un berger kurde, les épaules couvertes d'une peau de mouton, chantant un air mélancolique, tandis que ses brebis et ses chèvres paissent au dessous de lui et autour de lui. On ne voit pas un seul arbre dans cette région du Taurus, si ce n'est quelques pins ondoyans qui se dessinent au loin comme de noirs fantômes. Ces montagnes, merveilleux et gigantesques monumens jetés là par une main invisible, sont pour l'âme du pèlerin comme une nouvelle et sublime manifestation du Créateur. On ne revient point impie du royaume des solitudes, a dit Chateaubriand ; malheur au voyageur qui aurait fait le tour du globe, et qui rentrerait athée sous le toit de ses pères!

Il nous fallut six grandes heures pour franchir la chaîne taurique. Au sortir de la montagne , nous entrâmes dans une vaste plaine déserte, et nous arrivâmes au village de Tout, peuplé de quinze cents Turcs. De Tout à Semisat, l'antique Samosate, on compte vingt lieues. On ne rencontre sur la route qu'un seul bourg, appelé Adivamau.

Samosate, une des villes les plus anciennes de l'Orient, est située sur la rive droite de l'Euphrate, à un quart d'heure de distance du fleuve. Cette ville n'a conservé de son état primitif que des traces de remparts de briques qu'on aperçoit à fleur de terre. Semisat compte aujourd'hui deux mille familles kurdes. Ces Kurdes sont soumis depuis long-temps. Les terres qui environnent la cité sont fécondées par les eaux du grand fleuve, et produisent des grains, des raisins exeellens et du tabac.

Samosate était encore une ville importante et bien fortifiée au temps de la première croisade. Lorsque Baudouin, frère de Godefroy, vint de Mamistra à Édesse , Samosate était gouvernée par un Turc nommé Baldouk, « vaillant guerrier, dit Guillaume de Tyr, mais homme rusé et méchant. • Baldouk tourmentait depuis long-temps les habitans d'Kdesse; il exigeait d'eux des tributs qui les ruinaient ; il les soumettait à toutes sortes de corvées, et pour exercer avec plus de sûreté ces vexations , il se faisait donner des enfans en otage , qui le servaient comme des esclaves. Fatigués de tant de persécutions , les Édessiens implorèrent le secours de Baudouin , leur nouveau seigneur, pour les délivrer de la tyrannie de Baldouk. Baudouin accueillit favorablement celte demande, prit avec lui les deux cents croisés qui l'avaient suivi en Mésopotamie, convoqua les habitans d'Kdesse, leur fit distribuer des armes, et, à la tête d'une troupe nombreuse, alla mettre le siège devant Samoso e.

Baudouin attaqua la place avec \igueur. Les assiégés se défendirent

vaillamment. Le prince croisé, voyant que son entreprise n'avançait pas

menl , laissa son armée sous les murs de Samosate, donna des

ordres pour qu'on ne laissât aucun repos aux assiégés, et, accompagné

de douze Français seulement, retourna à Kdesse, où des affaires d'une

plus grande importance exigeaient sa présence. Lorsque Baldouk eut

appris que les Édessiens venaient de reconnaître le frère de Godefroy

pour leur j rince et seigneur, il lui envoya une députation qui lui offrit

de lui vendre la ville dont il était le maître, au prix de dix mille pièces

d'or. Baudouin , sachant que Samosate était environnée de grandes et

fortes murailles, et qu'il lui serait très difficile de s'en emparer, donna

li ■, el reçut la ville et les enfans captifs. « Cet événe-

jt, assura entièrement à Baudouin l'affection

; dès ce n im t ils le considérèrent non seulement

■ ' m* sci neur, mais aussi comme leur père , el se montrèrent

disposés à combattre jusqu'à la mort [mur sa gloire et son salut '1 »

Vous savez qu'on appelle Asie mineure cette péninsule qui, bonne par l'Euphrate du côté de l'Orient , s'avance vers l'Europe entre le Pont- Euxin et la Méditerranée. Après avoir passé l'Euphrate >in peu au dessous de Samosate, nous laissâmes donc derrière nous l'Asie mineure, et nous entrâmes dans la Mésopotamie.

Douze heures de marche, dans la direction du nord au sud, conduisent de Samosate à Kdesse, appelée aujourd'hui Orfa. Cette ville avait été nommée Antioche, en l'honneur d'Antiochus, roi de Syrie; pour la distinguer des autres villes de ce nom, on la surnomma Antiochia ad Callirhoen, à cause de la fontaine Callirhoe, dont nous parlerons bientôt. Le nom de Ruha, (pie les chroniqueurs des guerres saintes donnèrent à Kdesse, est la corruption du mot orha, qui, en langue hellénique, signifie fontaine. Ce fut sous le règne d'Alexandre , (ils de Philippe, que les Grecs l'appelèrent Kdesse, du nom de la ville macédonienne qui existe encore. On croit qu'Orfa a été fondée par Séleucus-Ie-Grand, environ quatre cents ans avant Jésus-Christ. Kes Juifs lui attribuent une origine plus ancienne ; ils placent l'époque de sa fondation au temps du patriarche Abraham. La Mésopotamie, cette contrée située entre le Tigre et l'Euphrate, porta primitivement le nom de Chaldée. Les talmudistes prétendent que Nemrod, ce chasseur violent devant Dieu, cet homme qui le premier fut puissant sur la terre, fonda la cité d'Kdesse en même temps que Ninive et les autres villes de ce pays dont la Genèse fait mention. Orfa, selon leur opinion, aurait été bâtie sur les ruines de la fameuse cité d't'ren Chaldée, d'où la famille de Tharé, père d'Abraham, partit pour aller s'établir à Haram. Cette assertion n'a rien d'invraisemblable; il est une autre tradition répandue parmi les musulmans d'Kdesse, qui est. dénuée de toute espèce de vérité. « C'est à Orfa, disent les niahométans de celte ville , qu'il faut placer le paradis des roses changé en un brasier ardent, oit Nemrod, qui s'était donné pour un dieu, fil précipiter Abraham, pour le punir de lui avoir refusé son adoration. Mais le ciel permit que la fournaise dévorante devint tout à coup un beau bassin d'eau vive. I! n'y a pas à Orfa d'autres sources que celles-là, et sans le miracle d'Allah, notre ville n'existerait pas, car elle n'aurait point d'eau pour l'abreuver. » Cette tradition, si contraire à la vérité de la Bible, a pris sa source dans le Koran. Mahomet a brouillé l'histoire dans son livre ■ il fait d'Abraham te fils d'un officier de la cour de Nemrod, roi de Babylone, appelé Azar, et la fable du brasier ardent se trouve dans le Koran, chapitre xxi, v. (18.

Le bassin d'Orfa, situé non loin de la citadelle, présente une circonférence d'un demi-mille; il est magnifiquement entouré d'orangers, de citronniers, d'amandiers, d'oliviers, de peupliers et de platanes; une grande quantité de poissons de couleurs variées jouent dans le bassin; ils sont consacrés à Abraham. Remarquons en passant que des poissons du même bassin furent autrefois consacrés, par les Syriens, à la grande déesse Astarlê, dont le temple fameux s'élevait à Hiéropolis sur l'Euphrate; une belle mosquée, appelée djamie Ibrahim (temple d'Abraham), apparaît sur le bord septentrional du bassin.

Édesse est le pays des traditions bibliques et des récits fabuleux ; voici une histoire louchant Jésus-Christ qui m'a été racontée par un piètre arménien : 11 y avait à Edesse, au temps de Jésus-Christ, un roi appelé Abgare; ce prince était couvert d'une lèpre hideuse. Ayant entendu parler des miracles du Sauveur du monde en Palestine, il lui ('cri', it une lettre dans laquelle il le priait de venir à Kdesse pour le guérir; Abgare offrait à Jésus-Christ de lui donner sa ville pour refuge, car il avait appris que les Juifs méditaient des complots contre le Rédempteur. Cette lettre fut portée à Jésus-Christ par dix députés de la maison d'Abgare. Dans la crainte que le fils de Marie ne put venir à Kdesse, Vbgare avait joint à ses députés un peintre chargé de faire le portrait de Notre Seigneur, espérant que son image lui serait d'un grand secours dans sa maladie. I.e Sauveur recul les envoyés d'Abgare dans le vallon

(I) Guillaume de Tyr, tome I.

de Nazareth en Galilée; il leur répondit qu'il ne , parce que le Uors le peintre se mita

faire le portrait de l'Homme-Dieu ; J i aperçut, et, prenant un

mouchoir, l'appliqua sur sa face, el l'image divine y fut empreinte. Jésus donna le mouchoir aux dépu leur disant de le ren prince ; les •! iputés partirent «le I . e el reprirent le chemin d'Orfa. Comme ils approchaient de cette vilh

l'un des ilrjar.es ne voulant pas que le c tombât entre les

mains des brigands, le jeta dans un puits qui se trouvait non L desse. Parvenu à la ville, le député instruisit son maître di

Le lendemain, Ibgare vint avec tout son peuple en procession solennelle au puits pour chercher le mouchoir: l'eau, ijui était ordinairement lies basse, se : jour-la au niveau de la 11 et le mouchoir flottait sur ! le prii av<

itans de pelle ville embrass -( brist. — Vinsi ,

prêtre arméi Celte image sacrée opéra dans la suite t

ichée pendant cinq • un jour de c

Kdesse, un évêque l'offrit à la di des babitans de la ci é. Bientôt

on la révéra comme un gage qui, d'aj messe de Dieu

tissait . ntre les ami emi étranger. Il

pendant, d'après Procope, que la délivrance d'Édesse, assiégée par uscirvan, doit être attribui ur ainsi qu'à l'opulence

des babitans, qui obtinrent a prix d'or l'éloignement de l'ennemi et rerenl ses attaques Les arméniens de ci - oulurent

point ad mettri ir ; les Grecs, plus crédub

rèrenl ce dessin de la ligure du Christ, qui n'était pa

■'. mais une producli iate du divin original.

!• ••liant suivant était rejeté par les Grecs dans 1 ace :

• Ivcr des yeux mortels, comment poun 1er cette im.i

les sain'.s qui sont au ciel n'osent pas cont

habile les cicu\ daigne nous honorer aujourd'hui i!e sa \ isile par une empreinte digne de nus respects. Celui | lins vient se

présentera notre adoration dans un simulacre que no'.re père 1 mit-puissant a fait de ses mains sans taches, et devant lequel nous devons nous prosterner avec crainte cl amour. ^

Saint Eusi be, évêque de Césarée, rapporte la lettre d' U>gare à Jésus- Christ, mais il ne dit rien de la merveilleuse histoire du moucl i I saint évêque rapporte aussi : se du Sauveur, "nous n'a)

de dire que cette prétendue udance entre un

s-Christ n'est qu'une i mise invention d chrétiens. Nous nous sommes arrêté à la I nchoir pane

qu'elle se tr >ti i iqui - ;

lcux, d'ailleurs, i cbrétii de la tradition du ■ est-il que I

ment du cul us, ce culte qui donna

lieu d'abord à tant de violen d'Orient et

M. Micli: its qui

se rat;

ville, qui fut la métropole tamie.

Orfa dans une grandi

environ

d di

pont d du i

ius arrivâmes à Orfa en venant de Semisat, Orfa a cinq portes, qu'on ferme chaque soir et qu'on ouvre chaque matin à la pointe du jour. La citadelle, aujourd'hui en ruine, s'élève sur la pointe méridioilline quiborne à l'ouest la ville. Le château, du haut duquel le peuple d'Edesse précipita Thoros, son gouverneur, lorsque Baudouin arriva à Edi - fi ndu de trois côtés, par un fossé d'une

grande profondeur, creusé au ciseau. Dans l'enceinte de la citadelle, au milieu i e esl une vieille mosquée abandonnée, se montre un

grand nombre de maisons renversées; on sait, el ces débris le prouvent, que cette citadelle était jadis comme une seconde ville, avec ses bazars, palais. Deux colonnes, formées chacune de vingt-cinq

tronçons de piern I encore debout sur le i il culminant

i .■ Ii urs chapiteaux d'ordr rinthii a

du style le plus pur, ont quarante-deux pieds d'élévation t ne inscripildéenne esl gravée sur les deux colonnes;ces magnifiques vestiges ont appartenu à un temple païen dont les fondations, parfaitement détales la'ossièi jetions turques, apparaissent encore autour ourla nous disail in- naïvement que deux autres colonnes s'élevaient jadis à côté de celles qu'où voit aujourd'hui, et que le trône de tait placé au-dessus. J'aui dit à notre cicérone que l'ordre corinthien n'existait pas du temps de ftemrod, mais j'aurais ne pas être compris

i u | 'i nord et au midi, nous trouvons de noin-

, s sépillci antiques demeures des

morts servent aujourd'hui d'asile aux vivans par des

i v turques.

Lesmaiso s d'Orfa sont construites en pierres Uni inscription turque se montre sur le linteau de la porte de plusieurs habitations; cette inscription marque la date du pèlerinage du élue: salem et du musulman à la Mecque. Orfa a des bazars -aies et mal approvisionnes. On compte quinzi 1 1 deux églises, donl l'ui i rat aux liens l'autre aux jacobites C'est dans l'église arménienne que les urs reçoivent ordinairement l'hospitalité; c'est laque nous avons logé \u milieu de la ville est une ancienne église avec un clocher, contemporaine des croisades, et qui depuis long-temps est convertie en

[Ul e.

i population d'Orfa esl de quinze mille musulmans, mille Yrméniens et une centaine de familles jacobites. < )rfa est le grand passage des ■ u vont de la Syrie en l'erse, ce qui entretient dans la cité un grand mouvement commercial. \ l'ouest d'Orfa, près du d' vbraham, se déploient de beaux vergers d'olivii rs, d'amandiers, d'orangers, des bois de noyers, des mûriers lii entreeuxpar des

jrenadiers dont le fruil es! d'une grosseur extraordinaire. La végétation étale là son éclat, sa fraîcheur, sa pompe, toute sa richesse, avant d'aller m solitudes d'Haram.

Le d'Orfa se nomme Schérif-Pacha 11 y a douze ans qu'il

appartenait

mi-chameaux. S

Mahm ni un joui

louces d'Asii in d'un grand tour de force de S

oie qu'un pari il homn e ne devait p; - être éternellement condamné au métier de liammal (portefaix I bysique

esl une des choses qui fl , pins vivement

ires.

de sa bailles-- Il B'CSI

donl il esi mainlenanl gouverneur; voii i

i ig-temps i

/,,lle ; celle faux réformes M I

■ •in lui él.l

ques jours un siège dont Méhémet-RescbJd dirigeait les opérations. Le yisir, presse de partir pour le Kurdistan, où quelques régimens turcs ne pouvaient plus résister aux rebelles, abandonna les murs d'Edesse, avec la pensée d\ revenir lorsqu'il aurait dompte les insurgés des bords du Tigre.

Scbérif-Pacha, l'ex-portefaix, a accompli par ruse ce que Reschid- Méhéinet-Pacha n'avait pu accomplir les armes à la main. Fazollé-Effendi avait trois fils; Scbérif-Pacha nomma le premier colonel, le second lieutenant-colonel, et le troisième chef de bataillon. Il annonça ces trois nominations à Fazollé-Effendi, dans une lettre remplie de protestations d'amitié.

« Les trois nobles lils que Dieu t'a donnés, disait Schérif-Pacha à Fazollé-Effendi, ne doivent pas exercer leur vaillance et leur courage contre des frères, contre de vrais croyans ; qu'ils viennent avec nous terrasser les Kurdes et les Yézidis, hommes sans foi ni loi, amis du mal et ennemis du bien. Quant à toi, ô Fazollé-Effendi! nous te laisserons tranquille sous le toit de tes pères; nous demandons seulement que la ville dont lu es le maître soit ouverte aux troupes de notre magnifique empereur, pour se reposer des fatigues de la guerre. »

Fazollé-Effendi crut aux paroles de Schérif-Pacha; il vint avec ses trois lils sous la tente du général turc, dressée non loin des portes de la cité. Les trois lils du gouverneur reçurent le titre d'officier dans l'ara tomane, et furent envoyés dans le Kurdistan; huit jours après, Fazollé- Effendi fut arrêté et envoyé en exil. Ou dit à Alep qu'on a tranché la tête au vieux gouverneur d'Orfa. On pense également que les trois fils seront décapités. La politique turque ne craint pas d'employer la trahison quand elle veut se débarrasser d'un ennemi dangereux ; de tels exemples abondent dans l'histoire ottomane.

Je ne quitterai pas Orfa sans dire un mot d'une cité voisine à laquelle se rattachent quelques souvenirs des croisades. Je veux parler de Haram que les Grecs et les Romains appelèrent Charres. Cette cité, située à deux journées au midi d'Edesse, n'est plus aujourd'hui qu'un pauvra village kurde environne d'antiques débris. Ce fut à Haram qu'Abraham reçut de l'Eternel l'ordre de sortir de son pays et de s'en aller dans la terre de Chanaan. Tharé, âgé de cent cinquante ans, mourut a Haram. Les juifs d'Edesse vont une fois dans l'année en pèlerinage à Charres pour prier sur le tombeau du père de celui en qui devaient être bénies toutes les familles de la terre.

Tassant du livre de Moïse aux livres des annales romaines, nous trouvons à Haram le théâtre de la honteuse défaite de Crassus et de ses légions. Charres avait un temple de la Lune bâti par les Sabéens. L'empereur Julien, en traversant ce pays, offrit des sacrifices dans ce temple pour se conformer aux usages des habitans de la cité. Vous vous souvenez de la bataille de Haram, oit l'armée de la croix pi rdit tant d'hommes forts et valeureux, comme dit Guillaume de Tyr, et qui finit par une fuite honteuse pour le peuple chrétien. Dans l'année 1101, Bohi m prince d'Antioche, Tancrède, Baudouin de Bourg, Jossel in de Courtenay, passèrent l'Euphrate avec une nombreuse armée, pour aller mettre le siège devant Charres, dont les habitans souffraient toutes les horreurs de la famine.

Guillaume de Tyr nous apprend comment Baudouin avait affamé la ville de Haram. I? pays qui s'étend depuis Edesse jusqu'à Charr arrosé par une rii ieie dont les (aux, partagées en de nombreux < . fécondaient toute In plaine. Cette rivière était une li e de dém; pour le territoire des deux villes. Baudouin sut que Charres ne tirait du dehors aucun approvisionnement et que la plaine possédée en commun fournissait aux besoins de Haram et aux besoins d'Edesse. Le frère de Godefroi renonça pour son compte aux ava qu Ir il des pro-

duits du pays, et priva ses ennemis d'une ressource qu'ils remplacer. En moins d'un mois, la rivière qui seule ; le sol

promena ses eaux vers d'autres directions, et cetl i trée, jadis si fertile, devint un aride désert. Les princes croisés auraient donc pu s'emparer sans coup férir d'une ville sans défense, s: une misérable contes-

tation ne se fût élevée parmi eux le jour même de leur arrivée à Haram'. Bohémond et Baudouin entrèrent en discussion pour savoir à qui des deux la ville devait appartenir, et qui entrerait et déploierait le premier sa bannière dans la cité. Pour se donner le temps de délibérer plus à l'aise, ils convinrent de remettre au lendemain la prise de possession de ia plac ■

Les habitans de Charres, ayant prévu depuis long-tems le projet des < : s, avaient envoyé des députés à plusieurs princes sarrazins pour

solliciter des secours. Pendant que Bohémond et Baudouin se disputaient follement la possession de Haram, on vit arriver sept mille cavaliers ■ is, commandés par Soliman, prince de Mardin, et trois mille cavaliers turcs, kurdes, arabes, ayant pour chef Gekermis, qui depuis deux ans avait succédé à lit rboga dans la principauté de Mousson!. Dès la première attaque, les musulmans se rendirent maîtres du champ de bataille; les croisés abandonnèrent leur camp, leurs bagages, les Turcs les poursuivirent 1? glaive à la main, et massacrèrent presque toute l'armée. Le comte d'Edesse, Josselin , furent faits prisonniers et <! r s de fers. Bohémond, Tancrède, et deux patriarches qui avaient suivi Parmi rouvèrenl le moyen d'échapper à cet horrible désastre, lin s,' racheta plus tard, au prix de trente-cinq mille pièces d'or et de cent soixante prisonniers musulmans, à qui il donna la liberté. Plus de douze nulle chrétiens périrent dans cette expédition de Haram I). Ces souvenirs, enfouis dans les chroniques, ont leur intérêt : c'est Phistoir< de la vieille France en Orient.

Troi: j marche mènent d'Edesse à Aïntab. Deux heures avant

d'arriver à cette ville, on traverse le Koïk, le Chalus des anciens, mentionne par Xénophon. Le Koïk prend sa source au dessus d'Aïntab, au pied de Gcbel-Scheik ou Montagne du Vieillard. La rivière se dirige vers le sud : elle coule tantôt dans d'étroits vallons plantés d'arbres fruitiers, tantôt dans des plaines nues et incultes, \prcs avoir arrosé les jardins d'Alep, le Chalus poursuit son cours vers le midi, et va se perdre, à six lieues de l'ancienne capitale de la Syrie, au dessous du village de Kénesrim, dans les marais de Matak.

Aïntab est située au milieu d'une belle vallée plantée de vignes et de toutes sortes d'arbres fruitiers. La cité est groupée, autour d'une citadelle bâtie sur une colline de forme ronde. Cette citadelle, avec ses fossés profonds creuses dans le roc. ses murs revêtus de pierres de taille, pourrait, avec- quelques réparations, devenir encore une forte place militaire. La population d' U'ntab est de douze mille musulmans d'origine kurde el trois mille Arméniens. Avant la domination égyptienne, Aïntab ne faisait point partie de la Syrie: c'était le chef-lieu d'un district dépendant du paehalik de Marach, grande ville assise au [ùed du Taurus. Le peuple d'Aïntab avait irdé U lé sorte d'indépendance jusqu'à l'époque de la con le la Syrie par Ibrahim-Pacha. Ce n'est que par la violence que le ; m ernement du vice-roi est parvenu . lettre le peuple d'Aïntab ; après la bataille de Koniah, quatre cents mahométans d' Vïntab eurent la tête tranchée par les ordres d'Ibrahim-Pacha. L'administration tyrannique du pacha des bords du Vil a excité au dernier degré la haine; si l'empereur de Stamboul faisait quelques tentatives pour reprendre ses droits eu Syrie, le peuple d'Aïntab se rangerai! bien vite sous ses bannières (2).

J'occupai a Aïntab, dans la maison d'un médecin européen attaché à l'armée d'Egypte, la chambre qu'avait habitée, plusieurs mois auparavant, i , iigneur Auvergne, délégué du saint-siége en Syrie. Monser-

(1) < uillaume de Tyr. — lbn-Alatir., Biblioth. des Croisades, 4e partie.

us faisions cette remarque au nuis d'octobre 1837 ; elle s'est justifiée deux ans après. Avant la bataille de Nezib, Hafiz-Pacha avait organise l'inu contre le gouvernement de Mihérnet-Ali dans toute le Syrie ; le peuple d'Aïntab fui le premier a prendre bs armes pour secouer le joug de l'Egypte. Nous ayons appris pari journaux qu'Ibrahim-Pacha, après sa victoire, a renouvelé de nombreuses 'acculions à Aïntab et dans les villages qui environnent cette \i!le.

grieur Auvergne est mort à Diarbékir, le 21 septembre de l'armée 1836. Jamais gardien de la toi catholique en Syrie n'avait été ['lus aim regretté que ce prêtre du Christ. Pendant les trois années qu'a duré s.i mission évaDgéhqne dans les contrées du Liban, le pieux évi cesse de s'occuper avec amour du peuple qui avail été confié .1 s. s soins. Quand la nouvelle de s;i mort arriva sur les bords du Chalusetde l'OrouLe, tous les chrétiens versèrent des larmes, toute la Syrie catholique lut plongée dans le deuil. Partout, sur mon passage, j'entendais des paroles touchantes sur moi ne. On a dit dans une

milice consacrée a sa mémoire, que ce prélat était doue d'un ^rand jugement, d'une intelligence élevée, d'une âme pleine de mansuétude. Si on voulait parli c il i sa charité, on .an au un texte inépuisable de louau- Lies. Que «le fois l'apôtre de Jésus-Cbrist s'en alla chercher l'ind dans sa demeure suspendue aux flancs des monts du Liban, sur les bords des torrens, au bout de ces longs et sinueux sentiers de la montagne, où jamais n'avaient [tasse les grandeurs delà terre! Dieu seul commit toutes les souffrances que le pasteur a soulagées, tous les pleurs qu'a essuyés sa main. La charité dévorait l'âme de aeur Vu-

c'étaii la céleste passion de ses jours, il comptait pour rien ce qu'il avait fait en mesurant ses oeuvres a l'immensité de ses pieux désirs Sa charité, féconde en ingénieux moyens, se multipliait et s'étendait a tout. Il lui arrivait de prendre pour ses bonnes œuvres îles coufidens auxquels il demandait le si en t, semblables à et s héros chrétiens du moyeta-âge ijiu ordonnaient a leurs écuyers le silence sur des exploits dont ceux-ci avaient été les seuls témoins. Tins d'une fois le pauvre catholique de la montagne fut secouru sans savoir à quel bienfaiteur il devait rendre grâce; a peu près comme le voyageur épuisé tic lassitude et de soif à travers les âpres régions du i iban, rencontrant tout à coup un coin ignoré, un frais ruisseau qui coule sous de verts mûriers, se repose à l'ombre, s.' désaltère, •< reprend son chemin avec le regret de ne pouvoir emporter dans l'âme le nom du lieu ou il a retrouve la vie

Vïntab est la dernière ville de l'empire ottoman, du côté de l'Euphrate, où l'on parle encore le turc ; passé Vïntab, en allant vus Vlep ou vers \nlioche, on n'entend plus (pie la langue arabe. En m 'éloignant tl' Vïntab. je fus frappé de la différence qui existe entre la race des musulmans de l'Asie mineure et celle des musulmans de la Syrie. La figure de l'habitant de la Syrie est plus expressive, plus animée, plus fortement caractérisée que celle de l'habitant des rives du Singar et de lllalys. Mais nous ne confondons pas avec les musulmans de I' \sie mineure la race kurde, race qui ne p tncune autre , tant elle

est belle, intelligente et belliqueus Le< istume du v,

se tout simplement d'un turban vert ou blanc, d ue che-

mise de toile grise serrée avec une ceinture de cuir ou une corde. Les femmes portent une seule robe de couleur qu'elles préfèrent),

ouverte devant In poitrine chez les femmes marnes, et fermée chez Us filles. Leurs noirs, semés de Dnaies,

descendent en longues tresses sur leurs épaules. Elles marchent nupieds.

Vingt-quatre heures de marche fond • Vlep. La route

va du nord au sud. I • paj ; qu'on parcourt pr< s nie une immense plaine prolonge a l'orient et .au midi vers un ! de vue.

cette plaine •

ramifications de la chaîne amanique, laquelle s'étend depuis le golfe d'Issus ou d' vlexandrette, jusqu'aux plaine qu'on traverse en allant d' Lïntab a Uep • che sur plusieurs | riche pays i

,i beau ays de l'Orient que i ms de visil

i ruits en terre. Keur-Kun, à quatre

! d'Aïntab,

i iis sur la ro

>Olls

vaut les historiens orientaux, Vlep ou Haleb , comme prononcent les gens du pays, fui fondée par Ualeb-Ibn-el-Mebr, descendant de Sem,

fils t!e xoe. de la tribu 'les Vmali elles, lequel lui donna son nom; une

vu illc tradition, accréditée parmi le peuple de ce pays, fait ri monter l'origine du nom Haleb a l'époque du voyage d'Abraham en la terre de ( h. Vprès avoir traversé l'Euphrate à Biledjik, a1 uneaux

troupeaux de brebis, le lils de Tharé chemina dans le territoire d' vïntab el vint se reposer sur la colline où s levé aujourd'hui la cita-

' \lep. Tous les - unedis, sel m li s chrétiens el : vendu les musulmans, le patriarche, ami de Dieu, distribuait

le lait de ses troupeaux aux pauvi mtrée. l'out le monde venait

colline, et se demandait Ce demi ..vaut la tr n

pour désigner le lieu où s '

anciens, en'

, us f , surnommi I i donnèrent cille le nom de

lir de la citi il ce nom en Macédoine. Strabon désigne le territoire e1 la cité d' Uep sous le nom d m. La déni

abe de Ilukb n'est peut-être, après tout, que la corruption de nom de Schalybon.

temps au pouvoir di i é fui souvent

un sujet de querelles entri i les rois de l1 qui

s'en disputèrent la possession. Vu le de notre ère les ara-

bes enlevèrent vlep a Uéraclius, empereur de Byzance. Les sultans hammodiens u'xèrenl leur séjour à Berrcc.sous le calife Mothadcd v cette époque 904), les Grecs, commandés par Phoca

.1 dt' s'en rendre maître de nouveau ; mais ils éprouvi rent une invincible résistance de la part des Vrabes Vie tessivement sous la d imiuation des Seldjouk, des Fatimites, des Vyoubites. Tamerlan, après le sac de Sivas, 1 Malattia et d'Aïntab, assiégea Alep et entra en vainqueur dans le 30 octobre i 1 10. I ,a population tout entière fut passée au lil de l'épée. Le prince mogol lit élever, sel

I le coutume, dt s pj ramides aux quatre coins de la ( ne .nu- les

svaincus Enfin, eu l517,sous de Sélim Ier, lesOtlo-

oia iii| mt d'Alep. Vous savez qu'en 1832 cette ville a encore

ue la domi ptienne a remplacé, sur les

bords du Koik, la domination des Osmanlis.

Dans ces rapides indications di de Berrcc,jc

D dil du lénifie siège d' Vlep par les Croises en I 12 I I .c Si

été raconté dans une lettre d e volume de 1; ulance

d'Orient. l'aurais voulu fixer d'une manière | réi

livréen 11 tO entre les bandes d'Ilgazi, rrince de Mardin, el l'année

commandée par Roger de Bouneville, un des plus vaillans

qui mourul nenl dans e- lie bataille. Les

de contradictions

touchant les localités. Le cht musulman, Kei

seul uu nom qui ferait croire que le e fut pas très

éloigné d'Alep. Le nom est celui de Ki . L'armée d'Ilgazi, dit le chroniqueur arabe, laiss à Kc-

. soir ù une | etite distanci de l'ann chr l ivait i rs midi, et le si ir ou vit arriver

rriers qui .avaient pris pari au e s parlé plus liant d'un villi bourg

est situi a quatre heures an midi d'Alep. Gautierque la bataille eut lien murs du ch iteau « * • '

que j'ai consultéi i du pays d

appris suri Kcmal-Ed-

iil Kencsrim

sur le cl;

jvalier français, nomme

Robert de Foulques, qui fut conduit dans Alep, où il mourut de la mort des martyrs de la loi chrétienne. Lorsque les habitans d'Alep apprirent qu'un illuste guerrier franc était arrivé dans leur ville , ils accoururent vers lui pour se réjouir de son malheur, dit le chroniqueur. Ilgazi fit conduire le prisonnier du pays de Fiance à Doldekin, prince turc, qui le renvoya à Ilgazi en lui écrivant que, le guerrier franc lui avant jadis payé tribut, il ne trouvait point de raison pour le faire mourir.

« — J'aime mieux qu'il périsse par ton glaive que par le mien, » ajoutait-il.

Ilgazi, après avoir maltraité Robert de Foulques, le renvoya une seconde fois à Doldekin, qui, saisissant un grand sabre, lui dit : « — Renonce à ta foi, ou meurs ! »

Robert répondit avec calme et fierté :

« — Je renonce à Satan, à ses pompes, mais je ne renonce pas au Christ, mon Dieu et mon sauveur. »

A ces mots, Doldekin, transporté de rage, trancha la tète du chevalier chrétien, et la lit promener pendant tout un jour dans les rues d'Alep.

Alep est située au milieu d'une plaine bornée au septentrion par trois ou quatre petites collines sur lesquelles la cité se prolonge. Au midi se déploie le \aste désert de Palmyre. La villeest enfermée dans l'enceinte d'une muraille sarrazine qui couvre un espace de quatre milles de circonférence. Il a neuf portes. Les rues sont propres et bien pavées, chose fort rare dans les villes de l'Asie ottomane. Les maisons, construites en pierre de taille, ont les toits plats. Tendant l'été, les habitans dorment sur les terrasses, ce qui explique le grand nombre d'aveugles qu'on rencontre dans la ville d'Alep Les musulmans ont cent mosquées dont quelques unes sont remarquables comme œuvres d'architecture; on compte douze églises appartenant aux Arméniens, aux Maronites, aux Syriens et aux Francs établis à Alep. Les juifs possèdent deux synagogues, temples sans éclat, sans richesse, comme la triste nation à laquelle ils servent d'asile pour la prière. Nous mentionnerons quarante caravanséraïs, dix ou douze médressés, deux hôpitaux (morestan), un pour les hommes et un pour les femmes, deux bibliothèques publiques qui ne renferment guère que des exemplaires du Koran et des commentaires de ce livre. Ces établissement sont entretenus par les revenus des legs pieux ou vacoufs qui leur sont attachés. On rencontre à chaque pas dans Alep des traces de ce violent tremblement de terre du 13 août 1822, qui renversa quarante mille maisons, sous les débris desquelles vingt milles personnes furent ensevelies. Je ne dirai rien de la citadelle d'Alep : elle tombe en ruine de toutes part.

Ilaleh était jadis, après Stamboul et le Caire, la ville la plus importante de l'empire ottoman. Par sa position géographique, elle était devenue comme l'entrepôt général de toutes les marchandises de la Perse, de l'Inde et de la Turquie. Les marchandises de l'Europe et celles du Nouveau-Monde lui arrivaient par les ports d'Alexandrette et de Lataquié. Quatre caravanes partaient chaque année d'Alep pour les principales Mlles de l'Asie, et des caravanes de l'intérieur delà Perse venaient lui apporter, deux fois par an, les trésors de ses riches contrées.

Alep échangeait les productions de la Palestine, delà Syrie, de l'Asie mineure, de l'Europe et de l'Afrique, contre les productions des pays les plus lointains de l'Asie. Alep était à celle époque, a dit un poète arabe, le bazar de Funivers ; les diverses marchandises que la ville recevait en un seul jour pouvaient à peine, dans l'intervalle d'un mois, trouver un débouché facile au Caire et à Damas. Cet immense commerce avait fait donner à Alep le surnom de nouvelle Palmyre. Dans ses beaux jours, Alep comptait douze mille métiers de tout çenre, cent fabriques de fil d'or, un grand nombre de teintureries, de savonneries et de tanneries. Après avoir été la Palmyre des temps modernes, Alep, comme ville de commerce, est devenue presque semblable àlacitéabandi nnéedont parle Isaïe; elle a été délaissée comme la huile après la saison des fruits, comme une cabane dans un champ de concombres, comme une ville ruinée. Lus caravanes de la Perse, qui lui apportaient

autrefois des soies, des mousselines, de la rhubarbe, des parfums, des pendans d'oreille, des colliers, des perles, des diamans qui ornaient le front des reines et des sultanes; ces caravanes, dis-je, qui apportaient à Alep tant de richesses, se réduisent maintenant à une douzaine de chameaux qui arrivent chargés de Toumbéki, feuille exotique qu'on fume dans le narguillé.

Quelles sont les causes de l'anéantissement total du commerce à Alep? Ces causes sont faciles à expliquer. Le premier coup porté à la prospérité de la nouvelle Palmyre fut, vers la lin du xv< siècle, la découverte du cap de Bonne-Espérance, qui ouvrit par mer un chemin entre l'Kurope et les Indes-Orientales. Avant l'importante découverte de ce passage, la Méditerranée et Alep étaient les seules routes suivies par les marchands. Les Anglais ont établi sur le golfe persique et à Ragdad de fortes maisons de commerce qui accaparent toutes les marchandises jadis destinées à Alep. Cette ville, n'étant plus le grand marché des richesses de l'Orient, a cessé d'être visitée par le commerce des contrées environnantes; l'Asie mineure a oublié les chemins d'Alep, et c'est à Smvrne, à Erzeroum, qu'elle porte les productions de son sol, les tributs de son industrie ; Damas et Beyrouth reçoivent les marchandises de la Palestine et de la Syrie.

La décadence du commerce d'Alep devait naturellement entraîner sa dépopulation. En 1797, le voyageur anglais Brown trouva à Berrœ 200,000 habitans, dont 1,000 Grecs, 0,000 Arméniens, 4,000 Maronites, ô,000 Juifs, et le reste musulman. En 1819, M. Rousseau, consul de France à Alep, ne trouva plus qu'une population de 150,000 habitans. On ne compte aujourd'hui, dans l'ancienne capitale de la Syrie, que 70,000 âmes, formant un mélange de toutes les sectes répandues en Orient. Cependant Alep pourrait se suffire à elle-même par l'agriculture; les vastes jardins qui s'étendent au nord, au couchant et au midi, donneraient toutes sortes de productions. Depuis la conquête de la Syrie par Ibrahim-Pacha, les habitans cultivent peu la terre, parce que les soldats égyptiens et le gouvernement lui-même leur enlèvent le fruit de leurs peines. Donnez un hou gouvernement au peuple d'Alep, et on verra disparaître la misère qui le ronge maintenant.

Le Koïk coule à quelques minutes à l'ouest d'Alep, parmi de beaux: jardins. Quoique les eaux de cette rivière soient potables, les habitans préfèrent celles des fontaines de llaïlan , village situé à deux heures au nord-est de la cité. Ces eaux sont amenées à Alep par des canaux, tantôt au niveau de la terre, tantôt souterrains. Les canaux aboutissent à toutes les fontaines et à tous les bains de la ville. On pense à Alep que ce sont les eaux de Haïlan qui donnent cette singulière maladie, appelée par les gens du pays habab-el-séné (ulcère d'un an), par les Kuropéens, boulon d'Alep. Les habitans d'Alep ont une fois dans leur vie, une fois seulement, le habab-el-séné. Les étrangers qui séjournent à Alep quelques semaines n'échappent point à la maladie. Si elle ne vient pas dans six mois, elle viendra dans six ans, dans vingt ans : il faut qu'elle paraisse. LJn voyageur anglais, nommé Amilton, eut le bouton d'Alep à Londres, dix-huit ans après avoir quitté la Syrie. Le habab-el-séné vient indistinctement sur toutes les parties du corps, mais il choisit particulièrement le bout du nez, les joues et le front. On rencontre dans les rues d'Alep une infinité de personnes qui ont été défigurées par le bouton. Quand il est seul, chez une personne, on le nomme boulon mâle; quand il y en a plusieurs, ce qui arrive fort souvent, on l'appelle boulon femelle. Le habab-el-séné paraît d'abord petit comme la tète d'une épingle ; il se développe pendant neuf mois et prend la grosseur d'une noix. 11 suppure pendant dix mois environ, puis une croûte se forme : au bout d'un an, à partir du jour même oii le bouton est né, la croûte tombe et laisse une marque qui ne s'efface jamais (I).

(I) Mon séjour à Alep ou dans les environs de cvlle ville n'a clé que d'un mois, et le terrible habab-el-séné n'a pas manqué de m'atlcindrc. l'ai eu un boulon sur chaque poignet et un sur le coude du bras droit; ces Irois boulons se montrèrent qualre mois après que j'eus quitté Alep.

Les indigènes ne font aucun remède pour guérir le bouton . ils le regardent comme un excellent préservatif contre les maladies, comme uu gage de santé. Nous ne saurions attribuer \e boulon aux eaux de Haïlau,

puisqu'il est endémique non seulement à Alep, mais à Amtah, à llouroun-Kala, village situe .1 douze lieues au nord de cette dernière ville. Le bouton existe aussi dans plusieurs villes du Diarbékir, où certainement les eaux ne doivent pas avoir la même qualité que celles du C.halus et celles des fontaines de Hailan. 11 est à désirer que la science médicale fasse une étude approfondie de ce boulon d'Alep, qui jusqu'à ce jouiest resté une bizarrerie inexplicable.

Ku arrivant à Alep, nous avions congédié Pietro, le drogroan d'Hafiz- Pacba. Nous avons trouvé ici un jeune \r.ihe de Sennaar, appelé Ibrahim; cet Arabe sait un peu l'italien, il a déjà accompagné deux ou trois voyageurs européens en qualité de domestique et d'interprète. Ibrahim est un curieux personnage dont je Munirais esquisser le portrait : il n'a aucune proportion dans ses formes; le buste, excessivement maigre el très court, contraste avec les bras, les mains, les jambes et les pieds, qui sont d'une longueur démesurée; sa tête est petite et pointue; la couleur noirâtre de son visage fait ressortir l'éclatante blancheur de ses dents; son front est étroit, déprimé, el ses petits yeux noirs sont enfoncés dans leur orbitre. Quand il parle, sa Ggure n'est qu'une horrible grimace. La créature humaine a fait place, dans Ibrahim, a je ne sais quel étrange animal ; la première fois qu'on m'amena ce nouvel interprète, je le pris pour uu orang-outang. Tel est ce compagnon, ce drogman qui va nous suivre au désert de Palmyre.

Baptistin Poujoulat.

Revue (h Paris. — La suite au prochain numéro.)

terres remuées, et l'on mit .1 nu une partie d'une superbe mosaïque romaine , où se trouvent Ggurés des chasseurs a pud et ,1 cheval en pleine course, l.a municipalité, instruite décrite découverte , a sur-lechamp donne ordre d'étendre les fouilles dois tout, s les directions pour voir si l'on trouve le reste de cette belle mos fique, qui est composée de petites pierres blanches, rouges et noires, et appartient au genre de celles dont les Romains pavaient les cours de leurs grands édifices, \insi, les tra\aux pour l'érection du monument de Mozart se trouvent suspendus, el il est même possible que ci1 monument soit place sur un autre point de notre ville

SCIENCES

Page 1