Ï/ES ANCIENNE! FRISONS DE PARIS
L'Ol'l'lCIALITÉ.
A une époque où les croyances religieuses étaient profondes et sincèn .. alors que l'obéissance aux lois et aux réglemens de l'église était regardée comme une haute nécessite sociale, la juridiction ecclésiastique, appelée officiai avait une véritable importance. Avant donc de nous occuper du monument qui seiv.ni ,!-■ prison i < ette juridiction, nousallons, en quelques mots, rappeler le but et les attributions de cette juridiction elle-même.
L'officialité connaissait des oppositions aux publications de bans et célébrations de mariages; des matières purement personnelles entre ecclésiastiques ; des causes entre laïques, quand il s'agissait des dîmes au pelitoirc; du mariage, quant a sa validité ou invalidité de I h, m sic et de la simonie; enfin, des appellations iutei jeh es des sent, nées rendues par [es i évéques suffragans.
Les juges se composaient de l'ofGcial,du vice-gérant, d'un pri leur,
d'un vice-promoteur, d'un greffier des insinuations; quatre procureurs ei trois huissiers apparil i plétaienl cette juridiction dont i
offices étaient a la nomination de l'archevêque de Paris Le ressort de l'officialité comprenait l'archevêque de Paris, l'évéque d'Orléans, ceux de Mcaux et de Blois Li faisaient au Parlement.
On comptait parmi les dignitaires du chapitre de la métropole, trois archidiacres l'archidiacre 'le Paris, l'archidiacre de Josas, et l'archidialiric.
Il est bon de remarquer, dit un vieil annaliste de Paris, qu'autrefois c'étail une < : ordinaire que les irel eh teres "-cl I leurs évéques, à cause de la trop grai rite qu'ils avaient prise dan* l'administration de- diocèse-; de sorte que, les évéques venant a
i i vire' I lorcncc, 2vol. in-8", chez Duo t an Palaii-
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i, ils étaient le plus souvent élus en leur place par le moyen de ceux dont ils avaient gagné les suffrages, ou bien, s'ils n'avaient pas réussi dans leurs desseins, ils ne manquaient pas de susciter îles affaires ;i leurs évêques, comme lit Liziard, archidiacre de Paris, à Franco ; et Thibault de Noteret, archidiacre de Brie, a Estienne de Senlis, tous deux évêques de Paris. »
Mais ces empiétemens des archidiacres sur la juridiction épiscopale des évêques de Paris devaient avoir un terme. La vigilance et la fermeté du Parlement parvinrent à les réduire au néant. TTn arrêt rendu au commencement du dix-septième siècle, à la requête de Pierre de Gondy,évêque de Paris, rétablit l'équilibre entre les pouvoirs métropolitains et restitua au véritable chef du troupeau une autorité jusqu'alors disputée par l'ambition des archidiacres.
Telle était la teneur de ee mémorable arrêt :
« Le Parlement, faisant droit sur les demandes respectivement faites par les parties, a fait inhibitions et défenses auxdits archidiacres de Josas, de Paris et de Brie, et à leurs officiaux, de prendre aucune connaissance des causes matrimoniales, circonstances et dépendances, décerner monitoires ou absolutions, sans permission expresse dudit évêque de Paris, ni même connaître des causes civiles qui seront de conséquence, mais leur a permis de connaître seulement des causes civiles qui seront pour causes légères et dont la connaissance peut appartenir aux juges ecclésiastiques, et, pour le regard des causes criminelles, ladite cour a pareillement fait défenses auxdits archidiacres et à leurs officiaux d'en prendre aucune cour ni juridiction, si ce n'est qu'en faisant leurs visitations et, aux cours d'icelles, se présentent quelques causes de riolte et chaleur, pour injures ou excès qui se puissent juger promptement par quelque amende ou peine pécuniaire, répréhension ou légère correction, et enjoint auxdits archidiacres , à l'issue desdites visiUitions, rapporter leurs procès-verbaux au greffe de Yofjiciatité de Paris, charges et informations, si aucunes ont été faites auxdites cours de visitations sans dés pens.
« Prononcé le 9 janvier 1C09.
« Signé, Voisin. >
L'officialité de Paris reprit dès lors tout son lustre, toute son homogénéité , et , à compter du curieux arrêt que nous venons de citer, la juridiction, placée sous la surveillance immédiate de l'évêque de Paris, marcha dans la voie canonique qui lui avait été tracée long-temps avant le douzième siècle.
La prison de l'officialité consistait en une haute tour enclavée entre le bâtiment de la grande sacristie de Notre-Dame et l'ancienne chapelle du palais archiépiscopal. Cette tour, qui pouvait dater du commencement du quatorzième siècle, n'avait rien de remarquable que son guichet, où l'on voyait la statue en pied d'un personnage que l'on croit être Simon de P.ucy de Matifat , soixante-dix-neuvième évêque de Paris, mort en 1304. Vingt-six cellules et une chambre où s'assemblaient les juges de l'officialité, et qui occupaient le premier étage, composaient l'intérieur de cette prison , qui était gardée du reste avec fort peu de vigilance, puisque dom Charpentier, dans son glossaire, raconte que plusieurs prisonniers, condamnés à la prison d'oubliettes, s'échappèrent de la geôle de la cour de l'official de Paris.
Et, à ce propos, nous devons en passant relever l'erreur d'un grand nombre d'écrivains qui , par mauvaise foi ou par ignorance , ont représenté les oubliettes comme des réduits où les prisonniers s'éteignaient invariablement dans les souffrances et la privation des alimens nécessaires à la plus misérable vie. Les oubliettes d'alors étaient ce qui ressort aujourd'hui des systèmes pénitenciers d'Auburn et de Philadelphie, que nous tentons nous-mêmes de mettre en pratique : des cellules closes et isolées , qui ne permettaient pas aux prisonniers de correspondre entre aux par la voix ni par aucun autre moyen. Loin de subir les tortures de la soif et de la faim . les détenus de la prison de l'official étaient au
contraire nourris avec une sorte de profusion , ainsi que l'atteste un compte annuel du chapitre de Notre-Dame , que nous avons sous les yeux, et où nous lisons cette dépense : « Trente-six livres tournois pour viande et gibier achetés à la grande halle de Paris, pour l'usage des prisonniers de l'official, depuis dimanche de Quasimodo jusqu'au lundy de la Pentecôte. » Au surplus, cette prison, quoi qu'en aient dit quelques intolérans partisans de la tolérance exagérée , était presque continuellement vide, et l'on trouverait à peine, dans les cinq siècles et demi de son existence, un seul fait capable de prouver, non par la barbarie , mais seulement la sévérité de cette juridiction ecclésiastique.
Quelques faits caractéristiques cependant, quelques événemens bizarres qui eurent assez de retentissement pour qu'il ne lut pas possible à la prudence et à la discrétion ordinaires du pouvoir spirituel d'en faire disparaître le souvenir, donnèrent un cachet particulier de célébrité à la prison de l'officialité. Nous citerons , en eu abrégeant les détails , un seul de ces curieux documens enfouis dans la poudre des archives de la Sainte-Chapelle , d'où sous peu sans doute il va disparaître pour faire place à la truelle et au mortier restaurateur de messieurs les architectes qui dressent leurs échafaudages tour à tour devant chacun de nos antiques nionumens.
Vers le commencement du dix-septième siècle, Pierre Decorieux, prêtre-vicaire de Saint-Médéric, jouissait d'une grande réputation de talent et de vertu : c'était un homme d'environ trente-six ans^ d'une taille majestueuse, et dont le visage austère et régulier portait l'empreinte d'une douce mélancolie. Pierre Decorieux passait pour être d'une humeur égale et bienveillante ; mais lorsqu'il parlait en public, lorsque, du haut de la chaire de vérité, il faisait entendre la parole de Dieu, son noble visage s'animait, ses yeux noirs lançaient des regards de flamme, et tout, dans son attitude comme dans son geste et dans sa voix, attestait que c'étaient une foi vive, une conviction profonde qui l'inspiraient.
A cette époque la réunion de ces qualités suffisait au-delà pour faire parvenir un ecclésiastique aux suprêmes dignités ; Pierre Decorieux cependant n'ambitionna nul des avantages auxquels il eût pu prétendre avec tant de droits; son humble situation parut lui suffire, bien qu'elle lut loin pourtant d'être douce, car, à cause précisément de sa modestie et de son mérite, le vicaire de Saint-Médéric était recherché comme directeur et comme conseil par tout ce que la paroisse, dont la circonscription était extrêmement étendue, comptait de familles pieuses et honorables.
Un soir, au moment où l'abbé-vicaire allait se retirer du confessionnal dans lequel, comme il lui arrivait régulièrement chaque jour, il s'était renfermé immédiatement après vêpres, une jeuue fille tout éplorée vint s'agenouiller au pied du saint tribunal.
— Si vous n'avez pitié du moi, mon père, lui dit-elle d'une voix entrecoupée de sanglots, je suis perdue , perdue dans cette vie et dans l'autre.
— Parlez, mon enfant, repartit le. prêtre, et, avant tout, dites-moi comment il se fait que la fille unique et chérie de M. le comte d'Estral vienne seule et dans un pareil état de trouble à l'église, lorsque l'heure est déjà si avancée !
— J'ai pris la fuite, repondit la jeune fille ; je n'avais plus à prendre de conseil que de mon désespoir, et j'ai quitté ce soir même la maison paternelle pour n'y remettre les pieds jamais.
— Que dites-vous, malheureuse enfant ! s'écria le prêtre.
— La vérité, mon père. Fiancée depuis trois jours seulement à M. le chevalier de Verhais, je devais demain devenir son épouse : telle était l'inflexible volonté de mou père. M supplications, ni larmes, ni abaissemens de toute nature n'ont pu le fléchir : je n'ai plus hésité. Une autre peut-être eût tenté de trouver refuge et protection dans un cloître ; pour moi, je préférerais la mort même à un emprisonnement perpétuel: Vous me connaissez, mon père, et vous avez assisté ma sainte mère à son lit de mort; eh bien, si vous ne voulez consentir à me sauver, demain j'aurai cesse de souffrir; car j'en atteste le Dieu saint qui nous voit i