II. BEHTHOI
SOUVENIRS DV VOYAGE A SAINTE-H tlXME , PAS M. L'ABBÉ I 11. IX COQ! EHEA1 .
umionier de la frégate la Bette- Poule. Extraits) Nous avions quitté Plantation-Hnuse, dirigeant notre course vers Longwood, que nous ne devions atteindre qu'après deux heures de marelle, de montées difficiles et de rapides descentes
L'aspect •de l'île était partout le même, à cela près d'un peu de tation sur le revers de certaines collines; le temps était beau, sauf la clialeur étouffante des vallées et le froid presque rigoureux des montagnes En avant marchail le prince, avant près de lui le capitaine AJexander, Le chef de la justice el les deux ,• iiumandans de la place et du bataillon.;
des Français c posaient le reste de l'escorte.
De temps en temps, i s voyions arriver de loute la vite
chevaux des officiers anglais; ils transmettaient ou prenaient désordres
et reparlaient aussitôt emportés dans un rapide galop; nous les suivions de L'œil, ils disparaissaient dans les sinuosités de la route, puis reparaissaient sur le sommet d'un pic OU dus le C eux des vallons Ou
de lois l'Empereur, autour duquel se mullipliaie.nl es ordonnances, en Mivani leurs habits rouges s'effacer dans les bruines, puis repai titre à travers les branches des pins noirs, dut les prendre pour les esprits du mal !
Quelques enfans, m'ius de plus ou moins de guenilles, cous , raient accompagnés dans notre excursion ; sans doute ils ne donnaient pas de relief à notre cortège, mais depuis quelque temps leur pi . . , utile: de mille en mille, les- routes étaient closes par dr> barrières qu'ils
nous ouvraient; c'était le commencement des doul 'eux souvenus, le
tenue imposé aux promenades de l'homme qui, en sept heures, allait de Valladolid à Burgos -K> lieues , l'annonce prochaine de quelque endroit
a jamais mémorable. I A route descendait par une pente plus i ;i| iile. elle tourna tout a coup, vu fond, un peu sur la droite, dans un plan ai Si éloigné, s'étendait un immense rocher, aux lianes nus et crevassés. Rat un arbre, pas une plante, pas même la bruyère, cette pauvre fille des montagnes; rien que le roc avec ses veines saillantes, ses teintes gris In partant de la mer qui battait ses pieds, il encaissait un ravin resserre par une autre ligne de roches moins élevées. Dans un plan plus rapproché (le nous, quelque éboulement de terres supérieures avait permis de planter < à et la, des deux côtes, quelques arbres du nord, au feuillage triste |„i le ravin s'élargissait, il devenait vallée; quelques grands chênes J avaient aussi (iris racine, au loin, sur le plateau qui couronnait la montagne, se dessinait, au milieu des brouillards, une maison de chétive apparence cette maison s'appelait Longwood; la vallée ombragée par les grands chênes, s'appelait |la vallée du Tombeau.
Nous laissâmes sur la droite le chemin de Longwood, cl tournant avec la roi: te, "nous nous dirigeâmes vers la vallée, en suivant le terrain plat qui la domine. Je n'ai pas besoin de dire dans quel silence la marche se poursuivait ; elle était grave et solennelle comme nos pensées; nulle autre distraction que de cherche;' a pénétrer, d'un regard avide, la profondeur de la vallée, curiosité que tous comprendront, Nous avions traverse I' VJ lanlique pour trouver un tombeau,
Bientôt il nous fallut tourner brusquement sur la droite ci prendre le sentier qui descendait a la vallée; a une distance encore assez éloignée, le prince arrêta son chevalet mit pied a terre: lions l'imitâmes aussiôt, et au boni de quelques minutes, Français, Viiglais se découvraient lions avions aperçu tics cyprès, une grille, une pierre tunuilaire. un saule.
I n instant après, nous avions franchi l'enceinte et nous l'oulioi terre sur laquelle on pouvait justement graver ces mois Shi. viati lu TOI ut rnlcns.
Mon premier mouvement fut de me jeter a genoux el de prier pour l'homme que Dieu avait fait si grand dans sa double fortune. Depuis lonstemps, peut-être, sur sa tombe n'était descendu la prière, el cependant un grand nombre de pèlerins l'avaient visitée; mais beaucoup avaient
pense au héros, bien peu au chrétien, \ près ma prière, je me levai; tous
se tenaienl debout autour «le la grille; immobiles, dans nue muette contemplation : il v avait | our tous de si hauts enseigueii Telle étail peu presto disposition des lieux : le tombeau, ret
p;r trois dalles, s'élevait un peu au dessus t\u sol. il formait un carre
long une ||e de fer sans ouverture, surmontée de fers de lance pommes auM coins, l'entourait dans toute son . tei due cuire les dalles et La grille régnait une plate-bande sur laquelle s'élevaient par intervalles quelqU, rbulbeuses dès forget me nol (ne m'oublie/ |
ire ou cinq pieds de géranium que la comtesse Bertrand ivait plie plantés Quelques saules du côté de l'entrée; les branches de l'un |e pi, . rapproché, tombant sur la grille, pleuraient sur la tombe: d« l'aude', lu mo I. terre, letroncd un saule ii demi
su me parles ans: il avait VU lll tendre I ' ' ' : '
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LE OABLNET DE LECIT IŒ.
après il était tombé, et les Anglais avaient respecté la chute du vieux témoin d'une si grande sépulture, Çà et là quelques mélèzes dont les noires tiges tranchaient avec l'herbe verte qui s'étendait sur le sol.
Des cyprès tonnaient la couronne de la vallée, dont un treillage de bois de trois pieds de hauteur faisait l'enceinte; son diamètre était de quarante pas environ. A la tète du tombeau, en dehors de l'enceinte, et à demi caché sous une arête de roches , une source d'eau fraîche et limpide; sur une pierre blanche, ù coté, un gobelet de ferblanc, enfin la maison et la guérite du sergent anglais commis à la garde du lieu. Tout était simple, comme vous pouvez le voir; mais dans la simplicté souvent que de grandeur ! Protégé par de hautes murailles de roche, aucun objet ne pouvait distraire le regard, aucun bruit ne troublait ce lieu qu'il avait choisi pour son dernier repos.
Les premiers moinens de recueillement passés, avides de souvenirs historiques, nous dérobions à la terre un brin d'herbe, une [lierre, une racine, aux cyprès quelques feuilles; les Anglais nous comprirent , et une voiture fut chargée du vieux saule. Une poignée d'or qui tomba dans les mains du vieux gardien, par les ordres du prince, fut le signal de la retraite. Nous partîmes sans regret : nous devions revenir.
Une heure après, on nous ouvrait une dernière barrière; nous étions parvenus sur un vaste plateau, exposé à tous les vents, sans végétation autre que de longues herbes aux lilets minces et pointus, triste parure des terrains maudits; des gommiers aux feuilles épaisses, courtes et sans ombrage, étaient groupés çà et là; nous marchions vers une espèce de ferme, à laquelle attenaient des bàtimens de service ; sur notre gauche, s'élevait une maison de belle apparence, à la toiture d'ardoises et aux larges fenêtres. La ferme c'était le palais impérial de Longwood, la belle maison le nouveau Longwood.
Le ô mai 1821, quatre heures avant la mort de l'Empereur, deux personnes s'étaient rencontrées à la porte de son appartement, l'fine venait lui apporter les clefs de sa nouvelle demeure, l'autre probablement prendre mesure de sa dernière...
Nous mîmes pied à terre; la maison tombait en ruine ; eu diverses places les murs étaient lézardés ou criblés de fissures, les vitres manquaient aux fenêtres; nous montâmes les trois marches qui exhaussent la maison du sol, puis nous pénétrâmes dans l'intérieur par le varenda au treillage vert qui en ferme l'entrée. Nous avions pour cicérone, M. Marchand qui l'avait habité six années.
La première pièce, construite après coup, avait été dans l'origine une salle de billard, puis plus tard, le billarJ ayant été enlevé, une espèce de salon d'attente; cinq fenêtres l'éclairaient;sur la gauche, en entrant, une petite table en sapin, noircie d'encre, supportant un registre sur lequel s'inscrivaient les pèlerins visiteurs; à coté, une cheminée en bois, hachée, tailladée dans toutes ses arêtes; des noms écrits au couteau, à la plume, à la craie, couvraient les murs; en face de l'entrée, une porte qui s'ouvrait sur le salon ou était mort L'Empereur.
En face du lit de l'agonie, le meunier, locataire de Longwood, avait placé un moulin ! recherchai des yeux M. de Las-Cases, je le vis s'éloigner, suffoqué par les larmes.
La salle à manger, éclairée d'une seule fenêtre, nous conduisit en tournant vers la gauche dans la bibliothèque; rien que des murs délabrés et tapissés d'inscriptions. Revenus sur nos pas, nous nous trouvâmes de nouveau dans la salle à manger; puis M. Marchand, ouvrant une porte. nous dit: Voici la chambre à coucher et le cabinet de travail de Napoléon. Nous entrâmes empressés, et restâmes Stupéfaits; nous étions dans une écurie... , oui, une écurie avec ses crèches et son fumier; le fumier s étendait là où il prenait son repos; la crèche s'élevait la où il écrivait et dictait ses campagnes d'Italie et d'Egypte. .Simultanément nous nous retournâmes vers les Anglais, ils n'étaient plus là; à la porte de Longwood, ils s'étaient arrêtes; une pudeur honorable les avait cloués au sol: merci a eux!
l'.h quoi! un gouvernement avait eu en sa puissance un homme dans
lequel s'était remuée toute une époque, un homme ainsi fait qu'il devait attacher à chaque chose qu'il avait touchée, à chaque lieu qu'il avait fréquenté, d'impérissables souvenirs; et la maison qu'il avait occupée, la maison dans laquelle s'était passés des jours qui assuraient le triomphe de ce gouvernement, la maison dans laquelle la plus grande gloire des temps modernes s'était éteinte, il l'avaient abandonnée, laissé. tomber en ruine, traitée comme une chose vile!...
Mais voyez donc ce que vous avez fait; vous vous en êtes interdit l'entrée, le jour oii de nobles visiteurs, précèdes d'un chef plus noble encore viendront faire un pèlerinage au lieu des grands souvenirs ■ vous vous tiendrez à l'écart, confus, humiliés, et ce sera justice. Lord Bathurst, lord Castelreagh, vous savez re que dit l'Ecriture : On recueille ce que l'on a semé; vous avez semé la honte, recueillez donc la honte.
Certes, si, moi, j'avais eu Longwood, je l'aurais gardé comme une précieuse dépouille; bijou de prix, je l'aurais enchâssé pour le préserver de l'altération du froid, de l'air, des brouillards, du soleil; je l'aurais conservée, héritage transmissible à jamais aux lils de la nation, comme le trophée le plus glorieux de ses annales. Voila ce que j'en eusse fait, moi! mais vous, vous l'avez laissé aux mains d'un marchand, et le marchand en a fait marchandise; et à la tète du lit de Napoléon mourant, le marchand a installé un moulin à vanner l'orge; à la place où était suspendue son epee, il a accroché le licou d'un mulet....
Bientôt nous fûmes hors de ce lieu, son aspect inspirait des réflexions trop poignantes; quelques minutes nous suffirent pour parcourir les bàtimens de service qui jadis avaient servi de demeure à Messieurs les généraux Gourgaud, Montholon, de Las-Cases père et lils. Il faut le confesser, nos paysans de France sont au moins aussi bien logés.
Nous avions tout visite, même le petit jardin dont jadis le maître avait pris plaisir à tracer les allées. Sur la place de la tente où il s'abritait pendant les chaleurs du jour, s'élevait une espèce d'observatoire météorologique. Mais la journée s'avançait, un brouillard épais qui menaçait de se fondre en une pluie battante, lit regagner a l'un son cheval, à l'autre sa voilure; et S. A. K. donna le signal du retour: nous abandonnions sans regrets ce plateau, que se disputent sans transition un soleil brûlant ou des brumes glaciales : ce jour là, nous étions saisis par le froid , étourdis par la violence, du vent.
1 ne heure après, nous étions à .lame's Town, où un dîner de quarante couverts a\ ait été préparé pour le prince, sa suite et un grand nombre d'officiers anglais. A dix heures du soir, nos embarcations nous remettaient sur la terre de France, sous notre pavillon. Nous avions besoin de repos, repos de l'aine , repos du corps; de toute manière la journée axait et,' laborieuse.
Le samedi 10 se passa sans incidens à rapporter ; le soir S. A. R. et quelques personnes allèrent dîner à LMantaiion-llouse, chez le gouverneur.
Le lendemain dimanche, a onze heures, je dis la sainte messe; depuis vingt ans peut-être, c'était la première fois que l'auguste sacrifice de nos autels se ce. ebrait devant Sainte-Hélène. Quelques catholiques irlandais étaient dans l'île, je le savais; combien j'aurais désiré qu'ils eussent pu avoir la consolation d'y assister ! [La veille du départ de Sainte-Hélène je baptisai à bord de la frégate un enfant de quatre, ans.)
Mes devoirs religieux vis-à-vis des autres, vis-à-vis de moi-même remplis, je descendis à terre avec AL Hernoux, nous allions modestement et eu véritables pèlerins faire une excursion dans l'île. En entrant dans .lame's Town, je fus frappé du profond silence qui régnait partout : dans les rues personne, les fenêtres et les portes étaient fermées ; réunis en famille , tous y lisaient la Bible, tous y méditaient ces mots : Cusloditc suObata nica, ego Uominus.
(Qu'un jour me soit consacré, parce (pie je suis le Seigneur.) Et ni v sites, ni jeux, ne devaient en troubler la sainteté, .le ne pus faire qu'un retour sur nos pays catholiques, et ce retour fut triste et plein d'amertume. \ Dieu qui a donne a l'homme tant de jours, pourquoi ne pas en ■•"" •:;••:•!•!• un spécial? v Dieu qui donne chaque ^our à l'homme el l«
pain et le soleil, pourquoi refuser l'action de <:ràee solennelle et l'expression publique de la reconnaissance et de l'amour?
En faisant ces réflexions, nous étions sortis de Jame's Town ; ou allions-nous? nul n'aurait pu le dire. Nous gravissions avec peine une rampe escarpée; à mi-côte, nous finies balte, l ne maison assez gracieusement posée au milieu d'un vert jardin, fixait mon attention Derrière, et la dominant entièrement, un immense rocher semblait se replier comme un livre entr'ouvert; du milieu bondissait de roches en roches, et en nappes argentées, une cascade dont la voix, répétée par l'écho, avait quelque chose de mélancolique et de plaintif.
Quel était ce lieu? l'n pâtre chinois qui gardait des chèvres, nous dit ce mot: Briars; ce mot était probablement le seul qu'il pût prononcer d'une manière intelligible pour nous C'était Briars, à une demi-lieue delà ville; Briars! la maison que l'Empereur avait habitée quelques mois pendant qu'on cherchait une aire convenable pour l'aigle. Félicitons les chercheurs; pour le soleil et les tempêtes, il était impossible de rencontrer mieux (pie Longwood.
Pour Napoléon, a Sainte-Hélène, une seule habitation était convenable, Pfontation-House Mais, comme il n'est pas d'usage que le geôlier cède sa place au captif, il en fallut trouver une autre. Briars était petit : en l'augmentant, on pouvait en faire quelque chose; mais Briars était a la porte de Jame's-Tnu n , on eut craint que l'expression de nobles sympathies eut retenti jusque la. Longwood était distant de la ville de deux lieues-, l gwôod pmtvait être facilement gardé : on s'arrêta à Longwood
En voici le climat, .l'ai parle du temps rigoureux qu'il y faisait le jour de notre première visite: le dimanche, n octobre, j'y étais encore, car jusque-là nous avions prolongé notre promenade, et bientôt il nous fallut partir: nous étions trempes de pluie et engourdis par le froid. \ toutes les heures de notre séjour à Sainte-Hélène, on peut le dire. Longwood acte visité par les équipages de la Belle-Poule, de in Favorite, de l'Oresle,et des autres bàtimens de notre nation alors en relâche. Beaucoup de nous y sont retournes a plusieurs reprises, et le même t< mps s'j est toujours fait observer.
Vais étions dans la plus belle saisnn de l'île : qu'on juge alors des autres.
Je \oulais examiner attentivement le nouveau Longwood, quej'avaisà peine entrevu en le parcourant a la hâte dans une précédente \isiie : il me restait encore a voir la maison du grand-maréchal : mais la pluie tombait par torrens; je courus me mettre a l'abri un instant muis lr chêne dont les feuilles avaient protégé le captif! Derrière moi s'élevait le mur de terre qu'il avait fait construire pour opposer une barrière à la fureur des vents ; une partie de ce mur misérable était tombée Mais bientôt il nous fallut jeter un dernier coup d'œfl et partir. Les pics de Diane et de Barn's-Point, couronnes de nuages, semblaient menacer d'un nouveau déloge.
si l'on va difficilement à Longwood, le retour devient facile ; il a fallu sans cesse monter ; resv donc sans cesse .1 descendre : aussi fut-ell tôt franchie, la distance qui répare ce point delà vallée du Tombeau. Maigre les brouillards et la pluie qui s'v précipitaient, M. Hernoùx voulut y descendre ; ne devant point assistera l'exhumation, il voulait donner un dernier souvenir à ces lieux tranquilles, si pleins «le religieuses mélancolies. J'y joignis ma prière, pin- silencieux, nous reprimes notre
roule