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NOTICE SUR L'ILE DE WALLIS

PAB LE PÈBE BATAILLON , MISSIONNAIBE.

' (Société de la Propagation de la Foi).

(Suite et fin. — Voir notre dernier numéro.)

« Les mœurs de nos Océaniens, bien qu'elles ne soient pas irréprochables, sont eu général assez dignes d'éloge. Si l'on excepte le roi et

(1) Appartement des femmes.

(1) Histoire de la ville d' Aulvn, par Joseph Rosny. — Statistique, géographique, et historique du département de Saône-et-Loirc , par Hacquin. — France pittoresque.

quelques chefs qui se permettent la polj garnie, les hommes n'ont qu'une femme à qui ils gardant la plus exemplaire liileliie. L'oubli de ce devoir mettrait en danger, les jours du coupable, ou du moins exposerait son village .1 être pille et saccagé par les parensde l'offensé : car. ici la faute d'un seul est ordinairement vengée par la punition de ions ses voisins. Quelquefois aussi il arrive iprune femme, qui a ii se plaindre de son mari, \a sans autre for de procès mordre et couper le nez de sa rivale, quand celle-ci lui est inférieure en noblesse H n'est pas rare d'en rencontrer qui ont passé par cette horrible épreuve. Dans leurs mariages, ils n'ont pas égard à la parente qui resuite des alliances : on % oit même le frère épousée la veuve de son frère, Mais il n'est jamais permis de

s'allier avec des pareils du même Sang, a quelque degré que ce soit. Les membres d'une même famille ne douent jamais paraître ensemble sans être couverts d'un long vêtement; et s'il arrivait, même par mégi urde, qu'un cousin laissât échapper une parole ineonv eiiante en la compagnie de ses parentes, celles-ci se retireraient aussitôt, pu feraient cesse) la conversation. Si de bonnes qualités pouvaient faire oublier leur habitude de mentir et surtout leur inclination au vol, on n'aurait que des éloges a donner a leur caractère. Us sont oflicieux envers leurs compatriotes, ej généreux à l'égard dis étrangers . quels que soient leurs besoins, ils partagent ce qu'ils possèdent, et quelque/pis s'en privent entièrement pour l'offrira ceux qui souffrent ou qui les visitent. Peut-être même portentils cette complaisance a ['excès. Le respect des enfans pour leurs pères. celui des sujets pour le roi et les chefs est encore un des traits qui les honorent. Reçoivent-ils quelques ordres d'un supérieur, ce n'est jamais ((n'assis et en silence; ont-ils quelques paroles a lui adresser, ils semcaindre de prononcer son nom; s'ils le rencontrent dans un chemin ou qu'ils l'aperçoivent passer à une assez grande, distance, ils s'asseienl

ôl et ne se relèvent qu'après l'avoir vu s'éloigner. Les témoignages de leur dévouement au roi empruntent des tonnes encore plus respectueuses; le seul langage qu'on se permette en sa présence est celui qui -acre pour le culte des dieux. Kntrc eux règne aussi la plus affectueuse politesse: les paroles qui se rencontrent ordinairement sur leurs lèvres sont ou d'encouragement dans leurs travaux, ou d'actions de grâces pour la santé dont ils jouissent.

Le pouvoir se concentre dans trois familles principales, celles du mi et de deux grands chefs ou ministres, dont l'autorité est héréditaire. Chaque individu 9§J réputé d'autant plus noble, exerce d'autant plus d'influence, qu'il tient de plus (ires à l'une de ces trois grandes souches Les diverses familles ont beau s'allier et se croiser en tous sens. l'Océanien sait toujours celui qui a un degré de noblesse de plus ou de moins et, au besoin, il ira le ehercher dans la partie la plus obscure de I île, pour l'investir du commandement auquel lui donne droit sa naissance.

mmes nobles onl en cela le même prix dège que les hommes ; excepte toutefois lorsqu'il s'agit de la royauté, OÙ elles ne peuvent prétendre qu'à défaut de tout rejeton m.ile. t.ette hiérarchie des pouvoirs parait être le seul principe d'ordre admis par ces tribus ii demi sauvages, pour lesquelles il n'existe ni loi écrite, m tribunal reconnu.

l'enl-etre présente) .n-jc un tableau plus complet des imiurs et des

coutumes de Wallis, en suivant ses habit.uis depuis leur naissance jusqu'à leur mort. Lorsqu'un enfant vient au monde, il reçoit un nom qui

mais celui de son père c'est celui d'un oiseau, d'un poisson, ou

toute autre expression choisie dans la langue du pays. Ordinairement le irtienl plutôt au parent ou à L'étranger «pu lui impose ce nom. qu'à ceuv. qui lin nui donne le jour. Si i i si le premier rejeton de la famille, après av.ùr peint en rouge la mère et L'enfant, on célèbre une grande fête, dont voici les plus notables particularités. Les parens de la famille qu'on veut féliciter, apportent à la maison commune de son trois ou quatre cent.-, corbeilles de vivres, contenant chacune un poisson ou tout autre mets du pays, avec six petits ignames; quelques porcs rôtis complètent la provision. Les convives s.' chargent aussi de longues puces de tape, de nattes, de colliers, etc. présens destinés au '"' du oi chef qui, en son absence, a droit de présider l'asse.mblée \u

nombre dç ces dons figurent toujours, comme pièce principale, une grosse

racine de cava portée par deux hommes, La fête s'ouvre par une distribution de vivres. \ peine est-elle achevée, que les chantres vout s'asseoir au milieu de la multitude rangée en cercle, et préludent au Sauvage concert en frappant sur des bambous pu sur des milles démines a leurs

pieds. D'autres accompagnent de battemens de mains et des éclats de

leur bruyante voix cette sorte de musique instrumentale. Le chant se compose de deux ou trois rimes insignifiantes qu'il? ne cessent de répéter en trio avec la plus grande monotonie, mais aussi avec une justesse ri un accord parfaits. Bientôt aux musiciens se joignent les danseurs. Quelques insulaires se détachant de la foule, courent ça et la autour des chantres, inv itant par leurs gambades et leurs cris les spectateurs a danser avec eux. Il ne tarde pas a s'en présenter un bon nombre qui, tous sautant, battant des mains et imprimant à tout leur corps des mouvemens vifs et précipites, mais toujours uniformes et réglés sur le chant, provoquent les applaudisscmens de la joyeuse assemblée. Danseurs et musiciens se reprennent tour à tour, et la scène dure souvent autant que la nuit. Les femmes v sont rarement admises ; Ce n'est qu'entre elles qu'elles se livrent à un divertissement semblable, mais avec une décence, une gravité et une modestie remarquables. Dans ces jeux, les naturels de Wallis étalent leurs plus riches parures : leur corps est tout brillant d'huile, leur tête couronnée de feuillage, leurs cheveux parsemés de Heurs, leurs bras et leur cou ornes de coquilles, de colliers et de guirlandes; tout en eux se réunit pour rendre le spectacle plus étrange et plus amusant. C'est à peu près ainsi que se célèbrent toutes les fêtes de l'île. Le roi profite de ces réunions pour intimer ses ordres et signaler les abus; s'il n'a rien de, sérieux a dire, il régale son peuple, d'une histoire bouffonne ou d'un ridicule sermon.

lies qu'un enfant peut marcher, il va sur les bords de la mer se baigner avec les autres et apprendre à nager. La seule instruction qui' ses parens lui donnent est de respecter les tapus et de craindre les dieux, surtout VAtua-Mouri, qui fait venir les plaies et grossir les ;, milles. Les lapitS pernianens et communs à toute l'île sont de toucher Ce qui est à l'usage du rpi et des chefs, d'entrer dans les maisons OÙ se fabrique la tape, et, pour les femmes et les enfans, de manger avec leurs époux et leurs pères. Le contact d'un mort soumet aussi les mains a la loi du tapu jusqu'à ce qu'on se les soit lavées, ce qui ne se fait qu'au bout de quelques semâmes. Jusqu'à cette purification, ils ne peuvent se porter eux-mêmes les alimens à la bouche; d'autres leur rendent ce service. Quelques poissons et la plupart des oiseaux sont sacrés pour l'île entière. Il y a encore des interdits qui ne s'étendent qu'à un village* d'autres purement personnels qui se bornent ii un individu. Le plus sûr moyen de faire respecter un champ, est de le mettre sous la protection du tapu. Il est rare que nos insulaires enfreignent cette loi; car, selon eux, la mort serait L'inévitable châtiment des transgresseurs. J'ai récemment visite un hydropique qui attribuait l'enflure de son ventre au malheur qu'il avait eu de manger des fruits défendus.

« La jeunesse s'exerce souvent a des combats simules. Armes de lourdes massues, on voit les champions s'attaquer avec audace et recevoir les coups les plus violens sans donner le moindre signe de douleur ( i mi pris de la souffrance est quelquefois pousse par eux jusqu'à la cruauté. Si quelque chef aimé du peuple vient a tomber malade, ou le porte dans

le temple du (heu auquel est imputée son indisposition Là, pour apaisi C

a colère, on livre des i iluis au premier sang, on coupe même un p<-

,it doigt à plusieurs enfans pour en taire don à l'impitoyable divinité. Si l'état du malade ne s'améliore pas, on conçoit, il est vrai, plus de crainte de I Esprit; nuis, hors de sou temple, on vomit contre lui mille injures qu'il est censé ne pas entendre

V la mort d'un insulaire, ses parens et ses amis se réunissent autour de sa Ironie dépouille. Si C'est Un Chef, ils tirent (les coups de fusil, se

l'uni, avec des coquilles, des incisions sur les joues, el se mettent toute la tête en sang. Les cris dont ils accompagnent ces marques de demi ressemblent plutôt a des chants, funèbres qu'a des sanglots. Vingt-quatre

heures après le décès on procède à la sépulture ; mais, avant de se rendre au cimetière, il se fait encore un grand cava, que préside le mort, paré comme aux jours de fête et enveloppé dans plusieurs doubles de tape neuve. Comme il n'est pas à même de vider la coupe qu'on lui présente, on en arrose la terre à ses côtés. Après cela, la foule accompagne le cadavre à la maison des morts, tandis que d'autres insulaires vont chercher du sable au bord de la mer, et reviennent, en chantant, vider leurs paniers sur le corps du défunt. C'est à ce moment surtout que, pour honorer sa mémoire, les cris redoublent, que le sang coule avec [ilus d'abondance, que les petits doigts sont coupés en grand nombre et jetés sur le cercueil. Horrible spectacle, et qui devient plus révoltant encore lorsqu'il s'agit des funérailles d'un grand personnage ; car alors les hommes se meurtrissent la tête à coups de massues, de lances et de haches; d'autres se mordent les liras, se déchirent la poitrine, ou s'appliquent sur la chair des charbons ardens; on en a vu se passer leur lance au travers du corps. Les parens se rasent ensuite la tête, et célèbrent, de dix en dix jours, trois ou quatre fêtes semblables, où ils renouvellent leurs gémissemens et leurs blessures. Quelquefois ce deuil barbare se prolonge pendant plus de six mois. Ici, comme ailleurs, le respect humain a donc ses martyrs; car la coutume, le qu'en dira-t-on, le désir de passer pour brave ont plus de part que les regrets à tout ce désespoir : ce qui le prouve, c'est qu'après la cérémonie on n'aperçoit dans la plupart aucun signe de véritable chagrin.

<> Ce que je viens de dire de Wallis peut s'appliquer en grande partie ii toutes les îles environnantes et surtout aux archipels des Navigateurs et de Fidgi, mais plus spécialement à celui de Tongatapu, d'où la population de Wallis semble descendre. Notre île a été découverte en 1767 par un capitaine anglais qui lui donna son nom. Plusieurs naturels se rappellent encore cet événement, et un vieillard que je me plais souvent à questionner, raconte qu'à l'apparition du navire européen, on ne douta pas que ce ne fêit une terre des dieux glissant sur les Ilots. Le peuple était confirmé dans cette pensée par la vue des mâts, qu'il prenait pour des cocotiers. C'est sans doute pour cette raison, dit le vieillard, qu'on donne, aux Européens le nom de papa longui, qui signifie planche du ciel. L'île avait alors les mêmes productions et les mêmes usages qu'aujourd'hui, seulement elle était beaucoup plus peuplée, à tel point que, suivant le récit de mon vieillard, les hommes trop nombreux furent réduits à se faire une guerre d'anthropophages, jusqu'à ce que le chiffre des hahitans n'excédât plus les ressources du pays. C'est la seule fois, ajoute-t-il, que ses compatriotes auraient imité les cannibales, pour lesquels ils professent la plus grande horreur. Long-temps ils furent idolâtres des Européens; ils avaient pour eux autant de respect que de crainte. Aujourd'hui leurs sentimens ont bien changé ; en voici peut-être la raison : il y a une dizaine d'aimées qu'un étranger, d'origine espagnole, mais né, je crois, à Sandwich, vint à plusieurs reprises dans ces parages pêcher des huitres, qu'il allait vendre au Japon. A son dernier voyage, il lui prit envie de détrôner le roi actuel, de lui donner un successeur nominal et de se constituer lui-même souverain de toute l'île. Il ne tarda pas à être victime de son ambition ; car, après quelques mois de règne, les naturels, que la crainte seule retenait sous son joug, lui tendirent un piège et l'assommèrent avec tous ses gens. Dès lors, ils comprirent que les blancs n'étaient ni invulnérables ni invincibles, et cessèrent de les prendre pour des dieux. De récens malheurs ont de plus en plus fait évanouir le prestige. A peine y a-t-il trois ans qu'un équipage anglais, coupable, dit-on, de procédés indignes, expia cruellement ses torts : surpris par les insulaires, il périt tout entier au nombre de vingt-cinq hommes. Un bâtiment de guerre américain, qui arriva le lendemain du massacre, jugea , tant l'insulte avait été grave , que le châtiment n'excédait pas la faute. Par suite de cette déplorable affaire, qui lit perdre aux naturels toute estime pour les Européens, notre religion même leur devint suspecte. Il me reste à dire comment les ministres protestans l'ont rendue odieuse .

« Ce n'est guère que depuis une dizaine d'années que les prétendus

réformés ont commencé à s'établir dans les archipels voisins de Tonga, où ils débarquèrent d'abord. Ils ont fait de là quelques excursions et même quelques progrès dans les îles de la Société, des Navigateurs, etc. Toutefois les traitemensdont ils usent envers leurs néophytes suffiraient seuls pour expliquer pourquoi l'hérésie est si lente à se propager dans cette partie de l'Océanie. Tout le inonde sait déjà que c'est la menace à la bouche qu'ils s'imposent à une île, et que les coups de corde, les fortes amendes sont pour eux les moyens ordinaires de se faire obéir du troupeau. Il n'est pas rare de voir plusieurs patiens attachés à un arbre, et déplorant, tandis qu'on les flagelle, le malheur qu'ils ont eu de fumer du tabac ou de cueillir un coco le jour de dimanche. Encore ces rigueurs n'ont-elles communément pour résultat que de faire détester le ministre ou de l'enrichir par les confiscations dont il frappe, à son profit, les prévaricateurs. Jamais les apôtres de la réforme n'ont prêché à Wallis ; mais, à plusieurs reprises, ils y ont délégué des représentons, avec plein pouvoir de répandre et d'interpréter la Bible. La dernière fois que ceuxci se présentèrent, ils étaient au nombre de quarante à cinquante, armés de massues, de lances, de haches et de fusils. Le roi toléra quelque temps leur séjour dans sou île ; mais enfin, poussé à bout par leurs importunités et leurs violences, il leur déclara la guerre. Ils l'acceptèrent hardiment; et, retranchés dans une espèce de fort, ils soutinrent un siège en forme contre l'île entière. En vain leur offrit-on plusieurs fois de capituler aux conditions usitées dans le pays; ils s'y refusèrent constamment jusqu'à ce que, pressés par la faim, il leur fallut se rendre à discrétion. Tous eurent la tête coupée, à l'exception de quatre hommes, des femmes et des enfans. Deux ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis ce massacre, lorsque nous avons débarqué à Wallis, où sont encore tous ces malheureux débris de la colonie protestante.

« Telle est, mon révérend Père, la petite île Ouvea ou Wallis, la première qui ait été visitée par le Seigneur dans la personne de son représentant, notre saint prélat. Après avoir reçu les prémices du ministère de monseigneur Pompallier, elle est devenue l'héritage du dernier de vos enfans. Il vous tarde, sans doute, de connaître le bien qui s'y est opéré : c'est pour répondre à vos pieux désirs qu'au tableau que je viens de tracer des usages, des croyances, des mœurs et des dispositions de mes insulaires, je joindrai un léger aperçu sur l'état actuel de la mission.

« Dix mois s'étaient écoulés depuis que nous avions perdu de vue les côtes de France, lorsque nous touchâmes à Wallis, le premier novembre 1837. Le dessein de notre évêque était d'abord de se rendre avec nous dans l'archipel des Carolines. Mais les progrès de l'erreur à Tonga et à Fidgi lui firent prendre la résolution de planter la croix dans le voisinage de ces îles, qui sont les principales de la mission. Wallis, située, à peu près au centre, lui parut propre à devenir le poste avancé qu'il cherchait à établir contre l'hérésie. Sa Grandeur proposa donc au roi de laisser auprès de lui deux hommes de sa suite pour apprendre la langue du pays. Cette proposition, d'abord agréée par le prince, fut ensuite combattue par son premier ministre devant une grande assemblée réunie pour nous voir et nous entendre. Le motif de sou opposition était la crainte de nous voir bientôt tenter un changement dans la religion de l'île : pour lui, disait-il, ayant vieilli dans la foi de ses pères, il voulait y mourir. Un jeui;e chef que Monseigneur avait gagné d'avance plaida notre cause avec succès; et le. roi non seulement autorisa notre séjour sur ses terres, mais nous accueillit même dans son palais. Alors seulement Monseigneur me fit part de son choix et m'apprit qu'il avait dessein de me laisser seul avec le frère Joseph dans ce centre de l'hérésie et de l'infidélité. Je dus obéir à mon évêque, bien convaincu que les difficultés ne sont rien devant Dieu, et qu'il en triomphe avec d'autant plus de gloire qu'il y emploie de plus faibles instrumens. Après avoir reçu les avis et la bénédiction de sa Grandeur, nous nous séparâmes d'elle et|de tous nos confrères. Rentrés seuls à notre nouveau gîte, nous nous appliquâmes à remarquer les usages du pays pour nous y conformer, à gagner l'affection des chefs et surtout à apprendre la langue de notre patrie adoptive. Un Français que nous trouvâmes établi depuis trois ans dans l'île, vint me demander

et obtint la permission d'habiter auprès de nous; sa société, je dois le dire, ne nous a pas été inutile dans les commencemens.

« Nos débats dans cette nouvelle carrière ne furent pas heureux I D des chefs de l'île tomba dès notre arrivée, dans une espèce de folie furieuse qui le poussait à tout détruire sur son passage, a incendier les maisons, à poursuivre et frapper les gens. Comme il appartenait a une famille redoutée, et que, d'ailleurs, on le prenait pour une divinité en colère, personne n'usait s'opposer à ses violences; ou se contentait de fuir à son approche el de se cacher dans les Uns. La résidence du roi fut le principal théâtre des excès de ce frénétique. Aussi fallut-il nous tenir constamment sur nos gardes pour n'être pas à la portée de ses coups. Mais enfin notre vigilance fut un jour en défaut : il nous surprit dans la du roi, et le voila aussitôt a notre poursuite, .le nie trouvais le dernier des fuyards, pour avoir voulu ramasser mon bréviaire échappé de nies mains dans le désordre de la course. Le fou ne tarda pas a être sur moi : a son approche, j'eus encore le malheur de trébucher et de tomber à ses pieds; sa longue el lourde perche était déjà lèvre sur ma tête; je regardais venir le coup, quand je vis ses bras demeurer suspendus. J'eus donc le temps de me relever et défaire quelques pas; mais il m'atteignit de nouveau et brisa son arme sur mes épaules, .le ne cessai pas de courir, toujours talonne par mon furieux, jusqu'à ce que, haletant de fatigues et épuisé par une seconde chute, je résolus d'attendre ce que la Providence allait décider sur mon sort Elle veillait sur moi au plus fort de l'épreuve : car le fou s'arrêta soudain et retourna sur ses pas, en poussant des cris et en proférant des paroles que je ne pus comprendre. Cet accident me fournit la preuve de l'affection que me portait déjà I.' peuple de Wallis; il se montra très affligé du danger que j'avais couru.

lies le lendemain, je me rendis avec le frère Joseph dans un îlot voisin, chez le jeune chef qui avait naguère si bien plaide notre cause et auprès duquel se trouvait la plus grande partie de nos effets. J'y demeurai deux mois en paix, constamment occupé à l'étude de la langue, tandis que mon compagnon s'employait a se rendre utile aux naturels. C'est la (pie. dans une loge qu'on nous avait destinée, j'eus l'ineffable bonheur de célébrer pour la première fois les saints mystères : l'humanité sainte de Y S, ne s'était peut-être jamais retrouvée dans un lieu qui ressemblât mieux à l'etable de Bethléem. Bientôt il nous fallut quitter cette paisible retraite. I.e roi. impatient de nous revoir, nous lit prier île repasser dans la grande Ile, ce que nous finies sur-le-champ, pour montrer a sa majesté notre empressement a correspondre à ses désirs. Nous la trouvâmes réfugiée au milieu des bois, où elle s'était construit une demeure pour se dérober, comme le reste des insulaires, aux poursuites du fou L'accueil que nous reçûmes fut vraiment paternel. Afin de nous fixer désormais auprès de lui. le prince nous lit élever une cabane a côté de la sienne. en attendant qu'on pût avec sécurité retourner à l'habitation l'ovale située sur le bord de la mer (tois mois devaient encore s'écouler jusqu'à cette époque Nous les emploj unes ., préparer la charpente d'une maison que nous avions dessein d'élever sur un plan nouveau, et à poursuivre

avec une nouvelle ardeur l'étude de la langue Océi 'une. Apres cinq

mois d'efforts, je la balbutiai Suffisamment pour instruire deux pauvres

malades abandonnés qu'on nous avait chargé de guérir, et auxquels nous procurâmes un bien [dus précieux qui' la santé, celui île la Foi. lis sont morts tous les deux après avoir reçu les prémices des grâces offertes à

leurs compatriotes.

Monseigneur avait laisse dans l'île d'Uni n. a quarante hcucs seulement de Wallis. le père Chanel, notre provicaire apostolique. Profitant d'une occasion favorable, ce cher confrère est venu nous voir pour s'entendre avec nous sur h-s sures l prendre dans l'intérêt de la mission

et pour donner a la rédaction des principales prières toute l'uniformité

que permettrait la différence des idiomes Nous mnes ensemble la béni diction de notre nouvelle demeure, et tous deux nous \ célébrâmes la

sainte messe : bonheur dont j'ai continué de jouir chaque jour sans me cacher de perso"uc, et même avec l'agrément du roi. Bientôt j'entrepris

de visiter en détail toutes les parties de l'île, afin de m'assurer de plus en plus des dispositions des naturels a notre égard. Partout je reçus l'accueil le plus amical Dans cette tournée, un anglais, depuis long-temps établi dans l'ile. m'invita à conférer solennellement le baptême à son

entant. J'ai encore eu la consolation d'administrer, en secret, le même sacrement a deux jeunes océaniens en danger de mort; ils sont ailes çrossir dans le ciel le nombre des anges protecteurs de \\ allis. Que sont auprès du luinheur éternel que j'ai procuré a ces quelques aines tous les

sacrifices que j'ai pu faire!

\ clic époque, Tahangara, le jeunechefdont j'ai déjà tait connaître

le dévoûment a notre cause, vint a tomber malade \|n, s avoir interdit aux atuas l'entrée de sa demeure, il m'envoya chercher, et prévint en même temps le roi qu'il ne voulait entendre d'autres conseils que lis miens. J'accourus auprès de lui et nous eûmes ensemble sur la religion quelques entretiens que le prompt rétablissement de sa saute tin loin d'interrompre. Bientôt il me suivit chez le roi pour appuyer de toute son influence une démarche qu'il devenait urgent de ne plus différer. Les

ayant invites a assister l'un et l'autre a la sainte messe, célébrée ce jomla avec autant de ponipejqu'eii permettait notre dcniiiuent, je leur découvris les motifs qui m'avaient amène dans leur île , j'expliquai à sa inajestécomment, de peur d'être confondu avec les prédicateurs protestans, je lui avais laissé ignorer ma qualité de missionnaire, etc. Elle me répondit que si je l'aimais, je ne devais pas penser a quitter ses états. « Je sais, ajouta-t-elle, que votre religion est meilleure que celle des ministres, mais avant fait mourir les premiers qui nous ont prêché le christianisme, j'aurais honte de l'embrasser, attendez ma mort, et vous pourrez, sans obstacle travailler a la conversion de l'île. D'ailleurs, ce sont nos dieux qui font croître le cava, le cocotier, le bananier, etc., puisque ces productions n'existent pas dans la terre des blancs ; je craindrais donc en abjurant leur culte de mettre la famine dans le pays. Ce n'était I i que îles prétextes; la véritable raison de son refus était la pluralité de ses femmes el l'attachement qu'il leur portait. Peut-être aussi veut-il attendre l'arrivée du grand missionnaire monseigneur Ponipallier) pour savoir si je ne le trompe point telle est donc nia position actuelle : d'un cêile le peuple est bien dispose a recevoir la semence du salut; de l'autre,

enchaîné par ses habitudes de dépendance aveugle , il n'ose faire en faveur de l'Évangile une démarche dont L'initiative appartient au roi Jugez par là, mon révérend père, combien je suis intéresse a promouvoir île toutes mes forces une conversion qui entraînera celle de l'île entière < lli : quand s'accomplira en laveur de tant d'infidèles cette prophétie de David : Toutes les nation* viendront seprosterner u tus pieds, Seigneur, el glorifier votre nom? Quand est-ce que le règne de Dieu arrivera jusqu'à mes insulaires, cl que sa volonté se fera ici comme au ciel.' C'esl aux prières du inonde chrétien de hâter Ce jour qu'appellent Ions nos désirs et (pie nous fait déjà entrevoir l'espérance.

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