On écrit de Copenhague, le 19 janvier
« M. Claude-Martin Hjorth, secrétaire de la direction du corps royal d'artillerie, vient de résoudre un problème qui, depuis plus de dix années, a exercé en vain la sagacité de nos ingénieurs de. marine, et dont la solution a déjà été mise au concours plusieurs fois, mais toujours sans succès, tant par l'administration générale des postes que par la corporation des négocians de notre capitale. Il a inventé un bateau à vapeur qui peut se frayer un chemin au travers de la glace la plus épaisse, avec une vitesse presque semblable à celle qu'il 'mettrait à naviguer sans cet obstacle.
« M. Hjorth a adressé à l'administration générale des postes un modèle de ce steamer, qui serait construit eu fer, et dont les machines auraient la force de 520 chevaux. Cette administration, après l'avoir soumis à un comité composé de mécaniciens et de constructeurs de vaisseaux, qui a fait là -dessus un rapport très favorable, vient de solliciter du roi l'autorisation de faire construire un pyroscaphe de l'invention de M. Hjorth, qui serait destiné à transporter en hiver les malles-postes par le Grand-Beet, détroit qui se trouve entre l'île de Seeland et celle de Fionie. »
— On écrit de Charleroy, 20 janvier :
« Ce matin, entre dix et onze heures, notre ville a été le théâtre d'une fatale catastrophe, annoncée par le bruit d'une double détonation ; la poudrière de Gillis venant de sauter deux personnes ont péri ; sept sont plus ou moins grièvement blessées. Les maisons voisines n'ont rien souffert de l'explosion ; quant aux causes qui l'ont produite et au montant des pertes qui en résultent, nous sommes encore sans renseignemens.
— Hier, à minuit, le thermomètre centigrade de l'ingénieur Chevallier marquait 6°, 5 au-dessous de 0; aujourd'hui, à -1 heures du matin, 9°; à 7 heures, 8°, 4; à 9 heures, 7°, 3; à midi, 4°, 5.
— On lit dans un journal anglais :
« Unempoisonnement extraordinaire vient d'avoir lieu. Il y a quelques jours, on a apporté au marché deux tortues de mer. Elles y ont été vendues au détail. Les personnes qui en ont mangé ont été saisies dans les vingt -quatre heures d'une espèce de choléra; il en est mort trente-huit, hommes, femmes et enfans; quarante sont encore dangereusement malades. »
4. — Le thermomètre de l'ingénieur Chevallier marquait hier matin 9 degrés au-dessous de zéro, à midi, 4 degré 5/1 0e centigrades.
— On lit dans le Courier anglais :
« Nous avons reçu sous le titre le Nouveau-Monde un journal de New-York, en date du 25 décembre. Ce journal est d'une forme gigantesque, et c'est une curiosité dans son genre. Il est long de 5 pieds 8 pouces et large de 4 pieds 4 pouces ; il a environ 50 pieds carrés en superficie.
Le Gérant, TAQUARD.
Paris. — Imprimerie et lithographie de MAULBE el RENOM, rue Bailleul, y et u, près du Louvre .
\-2e Année. — N11 8.
MercrediUO Février 1841.
£ittcratuvc.
SCIENCES, £EAUX-A?.TS. MŒURS
HÉMOIRES ET YOYV
HISTOIRES i N • vu.I.I s.
GRAVURES DE BODI S ET U l ■
Os s'abonm i r.ii i- . ni" du flasard-Richclieu, i Dans tes déparlemens, chez les Directeurs des Postes, les Libraires, el au bui
• des M. ssj iitle el Caillard.
On ne reçoit que les lettres aflVanrliles.
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JOURNADX, 1IVB.ES, THÉÂTRES MODES ET MÈLANGI s
(.1111 INIQ1 E Dl s I RIUI PAUX.
I \ 1 1; AU s u dl VRAGES IM DITSI I NOl M 11 \ ■
i : i mm ii M iiiik parait tous les cinq jours
les '•. m. i ■. -J . -■"' et 50 de chaque mois. Prix :
' ir, . mois, BS fr. pour six moisel is fr.
pom i année. Poui i etrangei , tifr. en sus pai an.
Vniioiicesjsiir'i culmine* 7!i rent" U ligne.
ET LE CERCLE RÉUNIS
GAZETTE DES FAMILLES
SOMMAIRE
Méloutiz et Vélida, par M. Bénédici Gai li i — 1/ luberge de Saint- Jean, par M Clément Caraguel. — Journal de la traversée de Napoléon de Fréjus à l'île d'Elbe, par le capitaine Sir Tu n m i~ 1 s- m a — Notice historique sur la noblesse de Corse et sur la maison Buonaparte.fiar M \ \ni.i Bobeld'Hai teria e. — LesCaïdjis, bateliers de stantinople. — Sciences: Reproduction mécanique de la sculpture et de la peinture. — Tribunaux. — liais — I ablettes des cinq jours : Faits il i \
MELOUTIZ ET VELIDA.
En 1831 je rencontrais souvent sur le port de Marseille un homme et une femme d'un âge avancé et d'un aspect vénérable. Malgré les liants européens dont ils étaient vêtus, on pouvail facilement reconnaître à leur teint cuivré qu'ils étaient nés sous le soleil des tropiques I ,a i ie silencieuse et inconnue dans laquelle ils semblaient se complaire, les chétives, mais fréquentes, aumônes qu'ils répandaient sur les pauvres et la touchante intimité qui paraissait les unir, avaient excité dans le puis de sympathie encore que de curiosité, et c'était avec un véritable sentiment de respect que les lialiilans de Marseille les voyaient chaque matin se rendre à l'église Saint-Jacques, et v rester pieusement prosternés, Moi-même je ne pouvais me défendre du mystérieux ascei dant qu'ils exerçaient, et j'aurais voulu qu'une circonstance quelconque m'autorisât à leur parler.
I n soir, i sur le rivage .les yeux tournés vers le soleil dont
le disque semblait s'eutbneer dans les Mois Entièrement livré à cette contemplation, je n'avais pas vu s'approcher les deux vieillards en les apercevant auprès de moi, je me félicitai du hasard qui les avait amènes, et je résolus d'entamer a tout prix la conversation.
— Pardonnez, leur dis-je après les avoir salués; mais en remarquant combien nous êtes solitaires à Marseille, j'ai cru découvrir en vous des souffrances ignorées, el je suis heureux de pouvoir vous exprimer tout l'intérêt qu'elles m'inspirent.
l ne douce expression de gratitude anima la Ggure de l'étranger
— t., soient rendues, monsieur! me répondit-il 11 esl bien doux pour l'affligé d'entendre une parole amie. Mais vous vous trom pez en nous croyant isoles a Marseille l'homme n'est jamais seul quand il peut s'entretenir avec Dieu.
Voyant la conversation engagée, je me hasardai à lui demander s'il ne regrettait pas sa pat ne.
— Non. monsieur: la patrie du chrétien est partout on il v .1 dl
11 ir et des larmes à essuyer: je ne regrette de n pays qu'une
loinlie!
En achevant ces nuits il s'étendit sur la grève et passa la main sur son front, comme pour rappeler d'anciens souvenirs
—C'est une histoire bien triste, dit-il enfin, mais il n'importe: si vous êtes curieux de l'entendre je vous la dirai. . Peu d'années avant la révolution, un mi iu sous le nom du père Daniel, débarqua sur les rives du Paraguay. Son premier soin l'ut de s'instruire de la des sauv iges II étudia leurs mœurs et parvint à réunir autour de la croix plusieurs néophytes qui contribuèrenl à répandre la foi chrétienne dans ces contrées. Cependant les chefs Indiens, qui n'avaient pas oublié la longue oppression des Espagnols, craignirent qu'après s'i tre convertis à la
relig des blancs, ils n'eussent à leur abandonner un jour leurs cabanes
el leurs forêts, et la mort du prêtre européen leur sembla le seul moyen
fer ' leur autorité.
1 n jeune Indien fut choisi pour être le bourreau du miss naire
Mm, narrateur laissa échapper un soupir, sa compagne lui saisil la main
et la serr 1 tendrement, puis le vieillard reprit :
Renommé entre les jeunes guerriers de Isa tribu pour son co
Méloutiz avait été nourri dans les superstitions ndii 11 cro;
pouvoir des jongleurs, el s'il s'approchait quelquefois de la croix élevée
sur la montagne, c'était pour abattre ce symbole chrétien qui lui rap-
pelait les infortunes de ses pères. Les vieillards indiens ne pouvaient donc faire choix d'un exécuteur plus dévoué: ils crurent nécessaire néanmoins de mettre un prix à sou obéissance. Méloutiz bnilait^depuis plusieurs années d'une passiou ardente pour Vélida, la lille d'un sachem : mais, né parmi la classe la plus obscure de sa tribu, il n'avait ni un champ assez vaste, ni une cabane assez belle pour espérer que cet attachement , partagé d'ailleurs par Vélida, pût jamais être cimenté par un mariage. Ce fut donc avec, joie qu'il entendit le sachem lui promettre de l'unir à sa fille à la prochaine lune, s'il lui rapportait la tète de l'Européen.
Après avoir accompli les formalités d'usage, Méloutiz, armé d'un poignard et de deux pistolets, vestiges de l'occupation espagnole, se dirigea vers la cabane du missionnaire, placée à l'extrémité orientale de la forêt, dans un endroit désert et presque inaccessible. La nuit commençait à tomber ; des nuages ceignaient l'horizon d'un liseré d'or et de pourpre et se reflétaient magnifiquement dans les eaux argentées du Paraguay. En respirant le parfum des (leurs sauvages, en sentant courir dans ses cheveux cet air des soirs d'été qui calme les sens et dispose l'âme à la piété et la tendresse, Méloutiz s'arrêta tout à coup, et prenant un chemin opposé à l'habitation du père Daniel , il suivit un petit sentier bord^ de fleurs, et se trouva bientôt devant une élégante maisonnette, construite
avec des bambous entrelacés.
Vélida était assise sur le seuil ; à ses pieds dormait son jeune frère étendu sur une natte de palmier. Méloutiz s'approcha d'elle doucement :
— Quand unirons-nous nos mains, Vélida ? lui dit-il.
— Quand il plaira à mon père et au Grand-Esprit, répondit tristement la jeune Indienne.
Puis, regardant, à la faveur d'un rayon de la lune, la ligure pâle de son amant.
— Que veux-tu faire de ces armes, Méloutiz ? s'écria-t-elle, en posant ses doigts sur les pistolets et le poignard du sauvage.
Méloutiz essaya de sourire ; mais il y avait dans cet effort quelque chose de si triste et de si douloureux, que Vélida en fut plus vivement alarmée.
— Tu vas commettre un meurtre ! lui dit-elle eu saisissant ses mains qu'elle serra avec un égarement passionné ; tout en toi est étrange et trahit une résolution fatale. Oh ! crois-moi, Méloutiz , jette ces armes, retourne à la cabane de ton père, attends le lever du soleil, et demain tu auras horreur de ton sinistre projet ; car le crime enfante le remords, et le sang ne s'efface pas de la main qui l'a répandu !
Le sauvage hocha la tête avec amertume.
— Les sachems l'ont voulu, dit-il, et la sagesse habite avec eux. I «ailleurs, ajouta-t-il en étouffant un soupir, ces armes sont destinées à frapper non un guerrier de nos tribus, mais ce jongleur blanc, cet Européen, fils de nos persécuteurs !
L'Indienne pâlit.
— Méloutiz ! murmura-t-elle d'une voix tremblante, tu n'accompliras pas cet épouvantable sacrifice. Le vieillard que tu veux frapper est le bon génie de nos déserts ; c'est lui qui t'a appris à labourer le champ de tes aïeux !
En disant ces mots , Vélida approcha de ses lèvres le visage décoloré de son amant; elle essaya de lui faire une chaîne de ses deux bras; mais Méloutiz se dégagea de cette douce étreinte, et s'enfuit précipitamment à travers la forêt.
Alors l'Indienne joignit les mains avec désespoir, et tomba à denx genoux devant le seuil de la cabane :
— O Dieu de nos déserts ! s'écria-t-elle, ne le rends pas criminel ! Ici mon narrateur s'arrêta , et , par un mouvement involontaire, sa
compagne croisa ses bras dans l'attitude de la prière :
— O Dieu des chrétiens ! dit-elle à voix basse, oublie le crime et ne te souviens que du repentir!
L'étranger continua après un instant de silence :
— Tout en traversant d'un pas rapide les sombres avenues de la forêt, Méloutiz entendait retentir au fond de son cq-iur les touchantes prières
de Vélida. Poursuivi par des remords précoces, il arriva jusqu'à l'humble maisonuette qui servait d'asile au missionnaire. Agenouillé devant un prie-dieu, le P. Daniel parcourait attentivement son bréviaire. En voyant cette tête vénérable, ces longs cheveux argentés qui tombaient sur les épaules de l'homme apostolique comme un manteau pour protéger sa vieillesse , en contemplant ce front austère sur lequel chaque douleur avait laissé une cicatrice, cette figure pâle, ces jambes débiles, ces bras amaigris, ce corps épuisé par les fatigues et par l'âge, Méloutiz sentit chanceler sa résolution. Il jeta son poignard, et s'élançant jusqu'au fond de la cabane :
— Écoute, vieillard , s'écria-t-il , nos sachems ont juré ta perte. La mort est là ! Va-t'en ! Fuis de cette contrée où ta tête est proscrite. Une pirogue est amarrée sur le fleuve , à vingt pas ; monte-s-y et traverse le Paraguay jusqu'à l'île des Palmiers : là tu trouveras des guerriers européens. Hésiter serait vouloir mourir... pars.
— Mon fils, répondit le solitaire, si les hommes ont juré ma mort, que Dieu leur pardonne! mais je l'attends sans peur; je la souffrirai sans murmure.
— Par l'ame de mes aïeux! reprit le sauvage en frappant du pied, ce n'est pas un jeu, une vaine menace : un Indieu a été choisi pour punir tes impostures; et tu le sais, vieillard, dans nos forêts, refuser de donner la mort, c'est être certain de la recevoir. D'ailleurs, cet Indien aime la fille d'un sachem. S'il remplit fidèlement son devoir, Vélida sera sa récompense; s'il le trahit, le bûcher sera son supplice. Cet Indien, c'est moi ! comprends-tu, vieillard?
— Je te comprends, je te plains et je te pardonne ! répondit le prêtre.
— Vieillard, vieillard! s'écria le sauvage de plus en plus agité; ton courage m'étonne , ton âge m'attendrit , tes cheveux blancs m'effraient. Oh! par pitié, éloigne -toi pour toujours de nos forêts: car, vois-tu, Vélida est la plus belle vierge de nos tribus. Pour plaire à Vélida , je renierais le culte de mes aïeux ; pour la posséder, je te tuerais, vieillard ! car je l'aime, cette femme, plus que tu ne peux aimer ton Dieu!
En parlant ainsi , Méloutiz tressaillit. Un bruit encore éloigné s'était fait entendre ; il s'approcha de la porte , écouta avec anxiété et livré à d'affreuses angoisses :
— Malheureux ! s'écria-t-il, en ramassant le poignard égaré dans un coin (le la cabane, mes frères arrivent : Je les entends, ne perds pas le peu d'instans qui te reste... fuis.
L'aine de Méloutiz se livrait un violent combat. Quoi qu'il fit pour haïr le courageux vieillard, il ne pouvait échapper à l'ascendant de sa sublime résignation. En effet, aucune altération ne s'était montrée sur le visage doux et serein du missionnaire : sourd aux prières, insensible aux larmes de l'Indien, il restait inébranlable dans sa résistance. Alors furieux de voir ses efforts mutiles, et certain d'entendre la voix des sauvages qui s'approchaient de plus en plus, Méloutiz saisit convulsivement le vieux prêtre et le frappa en détournant la tête. Atteint au dessous du cœur, le vieillard chancela et tomba aux pieds de son assassin. Celui-ci considéra quelques instans ce tableau avec une indicible stupeur, el, le front ruisselant de sueur, les lèvres frémissantes, il se précipita sur le missionnaire et voulut étancher son sang qui coulait à flots. Mais le prêtre expirant repoussa doucement le sauvage.
— Tu m'as tué, mon fils, lui dit-il d'une voix éteinte ; mais il te reste encore le temps de te repentir !
En proie à la plus vive agitation, Méloutiz se tordait de désespoir à côté du missionnaire en implorant son pardon; puis tout à coup se relevant, et serrant avec force la main du prêtre :
— Etranger, s'écria-t-il, ta religion est la véritable ; car elle t'a inspiré le courage de braver la mort et la force de pardonner à ton assassin. J'abjure les erreurs de mes pères : ton culte sera mon culte, et ton Dieu sera mon Dieu.
En entendant ces paroles, le vieillard parut rappelé à la vie qui' l'al>andounait ; il se souleva sur son séant ; puis, «tendant ses mains san-
glantes sur la tète de sou meurtrier, il lui coulera le sacrement auguste qui devait le faire chrétien.
Méloutiz resta longtemps incliné sous ce magnifique, baptême ; et si quelque voyageur s.' fut arrêté le lendemain de ce jour devant la cabane du père Daniel.il eût pu voir un jeune sauvage en prières devant le corps inanimé d'un prêtre européen.
Ici le vieil Indien se tut. Sa voix s'était graduellement affaiblie, et des larmes abondantes roulaient sur ses joues, \pres un Ion;: silence, il reprit le récit interrompu :
— Arraché par un crime aux superstitions de l'idolâtrie, Méloutiz,
voir creuse a l'écart une fosse où il déposa les restes du missionnaire, se rendit à la cabane de \elida.
En l'apercevant, la jeune tille fui saisie d'une vague épouvante; elle chercha sur son front livide les causes de son agitation.
— D'où viens-tu, Méloutiz? s'ecria-t-elle.
L'Indien ne répondit pas, mais il montra les quatre arbousiers qui balançaient leur tète au dessus de la chaumière chrétienne.
— Tu l'as tué! tu l'as tue' reprit Vélida avec l'accent d'un violent desespoir! tu as tué le vieillard qui surpassait en sagesse tous It s saçlu nis de nos déserts vli ! fuis meurtrier! Il ne me reste plus qu'à prier et à mourir.
Méloutiz était tombé à genoux.
— Oh ! ne me maudis pas! dit-il d'une voix suppliante, ma victime m'a pardonne et m'a béni... Je suis chrétien.
1 n éclair de joie anima les regards de l'Indienne : car, des long-temps, Vélida sentaii en son ço m' que les yeux de ses frères étaient |aveuglés. Elle écouta silencieusement le récit de Méloutiz, et ses larmes furent les - reproches qu'elle lui adressa.
— Ecoute, dit-elle, notre vie. désormais, doit être une vie d'expiation; allons au pays des blancs adorer le Dieu que ton crime t'a révélé!
\ partir de ce jour. Méloutiz et \ élîda ne songèrent plus qu'à quitter le Paraguay. Bien «les années s'écoulèrent sans que l'occasion s'en présentât. Mais plusieurs missionnaires avant débarqué dans ces solitudes, Méloutiz leur raconta sou histoire, et les supplia de l'emmener en Europe avec Vélida, s'ils devaient un jour y retourner eux-mêmes II v a vingl ans qu'ils habitent Marseille, ou ils ont vticu du travail de leurs mains. Maries selon les rites de la foi catholique qu'ils ont embrassée, ils n'ont • manqué d'aller chaque matin implorer la miséricorde de Dieu dans ses temples, et de venir chaque soir jeter a travers l'immensité di un souvenir à la tombe du vieux missionnaire.
Ce récit m'avait profondément ému. Je pressai affectueusement les mains des deux Indiens, et It soir, en rentrant chez moi, je transcrivis l'histoire de Méloutiz et de \elida.
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