BUONAPARTE
L'origine, la noblesse et la naissance de Napoléon ont servi de texte aux versions les plus divergentes et les plus contradictoires. Des écrivains, dans leur admiration exaltée, lui mil crée une liliation romanesque, et lui ont donne pour aïeul le Masque de Fer; d'autres l'ont l'ait naître dans les rangs les plus obscurs, pour relever sa gloire personnelle, ou pour jeter au contraire sur ses ancêtres la boue dont ils n'osaient Le couvrir. Quelques uns ont forgé à plaisir une généalogie qui se perd dans les ténèbres du moyen âge. Enfin, dans ses Mémoires, M"" d'Abrantès a prétendu que le mot Buonaparte est la traduction littérale du grec Calotneros, surnom des Comnènes, avec Lesquels l'Empereur aurait, ditelle, une origine commune.
Il était facile, cependant, de dresser la généalogie authentique de la maison Buonaparte. d'après des documens qui ne sauraient être attaqués comme falsifiés par la llatterie OU la haine, car ils turent produits à une époque où l'on ne pouvait prévoir les hautes destinées réservées à ses rejetons. En 1771, Charles Buonaparte, pour se faire reconnaître noble parle conseil supérieur de Corse, produisit un certificat des notables d' Vjaccio, qui attestait que, depuis deux siècles, ses ancêtres étaient membres de la noblesse du pays, et un acte par lequel la famille Buonaparte de Florence, une des plus anciennes de la Toscane, reconnaissait avoir une origine commune avec celle de Corse. On pourrait, à la
vérité, suspecter ces titres, comi lictés par une condescendance bien
naturelle entre compatriotes et entre parens. s'ils n'avaient reçu un coutrôle qu'il serait impossible de récuser de même.
En I77!i. Charles de Buonaparte, pour taire entrer son lils Napoléon .1 l'école de Brienne, fermée aux roturiers, fut obligé d'administrer de nouveau ses preuves de noblesse devant le juge d'armes d'Hozier de Sé- II lui envoya donc le dossier de ses litres, qui turent soumis à un examen sévère et reconnus valables. Quelques mois après, les pièces turent retirées, et nous serions dans l'impossibilité de vérifier le travail du juge d'armes, s'il ne fût reste entre ses mains un inventaire des titres
qui lui avaient éti Cet état, cent et dresse par Charles B a
parte lui-même, est aujourd'hui déposé aux Archives du royaume. Le
voici textuellement :
Inventaire de production des actes que Sapnleune di Buonaparte , d'Ajaccio en Corse, élève nommé par sa majesté pour être reçu au.r Ecole» royales militaires, a l'honneur de produire par-devanl M. de Sérigny, juge d'armes de la noblesse de France.
Savoir : dix cahiers.
Le premier desquels contient l'extrait baptistaire dudit Napoleone.du 15 août 1769.
Second cahier, contenant ; l'extrait baptistaire de Charles, père de Napoleone, et Gis de Joseph, du 29 mars 1746;
Un certificat des nobles principaux de la \ il If d' Ijaccio, du (9 août 1771. qui prouve que la I maille Buonaparte a toujours été an nombre des plus anciennes el nobles, tant pour son côté que par rapport aux alliances qu'elle a contractées avec la noblesse du royaume la plus distinguée;
I u acte de permission de mariage, du 2 juin 17G-4; Un acte de reconnaissance de la famille de Buonaparte , de Toscane , du 2.s juin 1859, qui jouit du patriciat, et par conséquent de la plus
grande noblesse, comme il est constate par un extrait des lettres de noblesse, (lu 28 mai I7.'»7. délivre par le grand duc de Toscan.' ;
l'Ius. des lettres-patentes de l'archevêque de l'ise, en Toscane, qui
accordent audit Charles Buonaparte l'exercice du titre de noble et de patrice, du 30 novembre 1769;
Comme aussi un arrêt du conseil supérieur de Corse, du 13 septembre 1771, qui déclare la famille Buonaparte noble, de noblesse prouvée au delà de deux cents ans.
Troisième cahier, contenant l'extrait baptistaire de Joseph, père de Charles, et lils de Sébastien; comme aussi la preuve qu'il a été élu Vncien de la ville, Tan i7(io, jouissant du titre de magnifique.
Quatrième cahier, contenant l'extrait de Sébastien, père de Joseph , et lils de Joseph, avec la preuve qu'il a été élu, le 17 avril 1720, Aucun de la ville, jouissant ^^ titre de magnifique.
Cinquième rallier, qui prouve que Joseph Buonaparte, père de Sebastien , est lils de Charles; lequel a aussi ele élu Ancien de la ville, le :i mai 1702, jouissant du litre de magnifique.
Sixième cahier, contenant un décret du commissaire de la république de Gènes, qui donne le titre de noble à Charles, et qui prenne qu'il est fils de Sebastien, du 1er septembre 1661 :
Autre acte par-devant notaire, de 11,72, qui prouve que ledit Charles était noble et lils de Sebastien ; comme aussi qu'A a été élu \ncien de la ville Tan 1681 . jouissant du titre d.- magnifique.
Septième rahier, contenant l'extrait baptistaire de Sebastien, père de Charles et lils de François; comme aussi deux actes de 11131; et 1648, qui constatent que ledit Sebastien était noble.
Huitième rallier, contenant un acte par-devant notaire, de 1626, qui prouve que François, pire de Sébastien, étail capitaine, et lils de Jérôme; comme aussi que ledit François a été du Ancien de la ville l'an 1596, jouissant du titre de magnifique.
Neuvième cahier, contenant mi, acte de 1601\qui constate que Jérôme, père de François, était propriétaire de la tour de Salines;
Aulre aele de 1562, dans lequel le sénat de Cènes, dans un décret ,
donne audit Jérôme le titre suivant : Egregium Hieronimum de Buonaparte. Procuratorem nobilium;
\uire acte qui prouve que la famille Buonaparte existait au moment de la fondation de la ville d'Ajaccio, étant propriétaire d'une partie de terre ou ladite ville a été bâtie ;
Autre acte de 1572, qui prouve que ledit Jérôme, père de Train ois . était Gis de Gabriel, et que, en 1594, il était Vncien delà ville, jouissant du titre de magnifique ;
\utie acte de 1597, qui prouve que ledit Jérôme était propriétaire de la tour de Salines, v av ant fermier et domaine aux env irons.
Dixième et dernier cahier, t tenant un acte de 1567, qui prouve
que Gabriel, père de Jérôme, était lils de François; et autres actes de 1567 et 1568, qui prouvent que ledit Gabriel jouissait du titre de messire, qu'on donnait alors aux nobles les plus distingués.
Finalement, produit le blason des armes de sa famille, qui se trouve
Sur la porte de sa famille depuis un temps immémorial, sur la sépulture qu'elle possède dans la paroisse et dans le palais des anciens podestats
à Florence. Lesdites armes oui la couronne de comte , l'écusson fendu
par deux barres, el deux étoiles, avec les lettres // /' , qui signifient
Buonaparte; le fond des armes rOUgeâtre, les barres et les étoiles bleues,
les ombremenset la couronne jaunes.
Cette production de titres renfermait quelques pa sages fautifs ou erronés Le juge d'armes . que n'influençait aucune considération personnelle, puisque le produisant n'était pour lui qu'un obscur gentillâtre, ne manqua pas d'user de sévérité, et, pour avoir de plus amples ren-
seignemens, il adressa à Charles Buonaparte la lettre suivante. L'original est écrit ainsi à demi-marge, et la réponse en regard.
LETTRE de M. d'Uosier.
Paris, «mars 1779.
Je vous prie, Monsieur, de me maider quel est le nom de familtle de madame votre épouse; elle est nommée Maria-Lelilia Zemolina, dans la permission que M. l'évoque d'Ajaceiodonna, le 2 juin 1764, de vous marier. Le troisième nom est-il nom de famille, ou un troisième nom de baplème ? Quelle est la première lettre de ce nomT J'ai figuré cette lettre plus haut telle qu'elle l'est dans ledit acte de 1764. Comment ce nom doit-il se traduire en français î
Voire acte de baptême vous nomme Carlo Mra. Ce dernier nom, écrit en abrégé, est sans doute Maria. Vous vous appelez donc Charles-Marie, quoique vous n'ayez d'autre nom que celui de Charles, soit dans ledit acte de 1764, soit dans l'extrait baptistaire de M. votre (ils, et dans l'arrêt de noblesse de
Votre nom est constammentécrit dans les actes, même dans cet arrêt de noblesse, sans être précédé de l'article de; cependant vous signez de Buonaparte.
Le même arrêt de noblesse de 1771 donne à votre famille le nom Bonaparte et non Buonaparte ; ne dois-je pas me conformer, pour l'orhtographe de ce nom , à celle dudit arrêt de 1 77 1 ?
Vous donnerai-je, dans mon certificat de noblesse, la qualité de député de la noblesse de Corse ?
Je n'entends rien, Monsieur, à l'esplicalion de vos armes, telle qu'on la lit dans votre inventaire; il faudra me les envoyer peintes.
Enfin, comment faut-il traduire en français le nom de baptême de M. votre fils qui est Napoleonc en italien ?
Vous voudrez bien répondre à toutes les questions que je vous fais dans cette lettre, vis-à-vis chaque article.
J'ai l'honneur d'être, avec des sentimeus respectueux, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
D'HoZIER DE St,RlGRT.
A M. de Buonaparte, Députe'de la Noblesse de Corse, chez JU. Ratte, rue Saint- Médéric, à Versailles.
Rêpohse dbM.de Buohaparte.
Versailles, 8 mars 1779.
Monsieur, le nom de famille de ma femme est celui de Ramolino ; il n'est guère possible de le traduire en français.
Il est vrai que mon nom est Charles- Marie ; mais je ne nie suis jamais servi que de celui de Charles.
La République de Cènes, depuis deux cents ans environ, a donné à mon ancêtre Jérôme le titre d'egregium Hieronimum de Buonaparte ; cet article a été omis, n'étant presque pas d'usage en Italie de s'en servir.
L'orthographe de mon nom de famille est celle de Buonaparte.
J'ai l'honneur d'être présenté, le 10 de ce mois, à Sa Majesté, comme député de la noblesse de Corse.
J'ai l'honneur de vous envoyer les armes peintes, telles que vous les désirez.
Le nom Napolcone est italien.
J'ai l'honneur d'être, avec respect et reconnaissance,
Monsieur; Votre très humble et très obéissant serviteur.
De Buonaparte.
Ou voit, par cette correspondance, que l'orthographe du nom de famille
de Kapoléon était Buonaparte, et qu'on ne peut taire remonter sa genen-
Jogte qu'a franc ois , son dixième ascendant , vivant *>n 1 567. JL'opiniou
qui lui donne une origine toscane est donc une croyance dénuée de preuves péremptoires.
Abmes : L'explication des armes était fautive dans l'inventaire, car elle mettait bleu sur rouge, c'est-à-dire couleur sur couleur ; mais, dans le dessiu colorié qui fut envoyé à M. d'Hozier, l'erreur était relevée. Les Buouaparte portaient : de gueules à deux barres d'or accompagnées de deux étoiles, l'une en chef, et l'autre en pointe. Couronne de comte.
André Borel d'Hauteriye.
(Revue historique de la Noblesse).
THEATRES
Académie Rovaie de Musique. — Chronique. — Débuts de madame Cartotla Grisi. — La semaine dernière, on a revu Duprez dans Guillaume Tell avec une faveur marquée. La salle était remplie beaucoup plus que de. coutume, ce qui prouve que le public préfère la beauté à la nouveauté des ouvrages, ce qui prouve eu outre qu'il faut renoncer à des espérances illusoires en des recettes fondées sur l'acteur seul, en dépit de la médiocrité des partitions. Dimanche, on a donné Guido et Ginevra, et Duprez, malgré ses efforts et son talent, avait attiré très peu de monde ; cependant il a été fort remarquable au troisième acte. Ce jour là, Wartel avait négligé d'étudier son rôle, si bien, ou plutôt si mal, qu'il a paru improviser sa partie du duo du premier acte avec M"" Widemann. Il faudrait fouiller dans les annales du théâtre de Pézénas ou de Romorautin pour rencontrer des exemples d'une aussi pitoyable exécution. M. Wartel est une façon de chanteur humanitaire, qui devient de jour en jour plus inhumain au public de l'Opéra; cependant il excelle à traduire les mélodies de Schubert, et, en général, les morceaux vaporeux. Gvidfi et Ginevra a été réduit à quatre actes; la suppression du cinquième a nécessité une couture que l'on a faite en fil blanc, mais peu importe; le rôle qui en souffre le plus est celui du père de Ginevra, rôle qu'Alizard a conduit avec une supériorité notable. Cette voix est pleine, d'un timbre souore et d'une justesse inconnue parmi les basses-tailles de la rue Lepelletier. Alizard, en outre, est doué d'un sentiment juste, d'une méthode parfaite, et nous ne lui reprocherons qu'un peu de lourdeur; l'Italie ne lui serait pas mauvaise, et peut-être y sera-t-il bientôt; car il nous quitte au mois de mai. Serda est parti le mois passé, et Dérivis doit s'en aller en juin ; c'était cependant un acteur toujours bieu en scène, et celui de tous qui chantait faux avec le plus d'assurauce et d'intensité. Donc, par la retraite de ces trois basses, nous restons seuls avec l'ombre de Levasseur. Pour remplir ces vides, on promet les débuts de AI. Boucher. Ce chanteur était choriste à l'Opéra, aux gages de huit à neuf cents francs, il y a deux aus. A cette époque, il osa solliciter une augmentation de quarante écus, ou à peu près, lesquels ayant été refusés, le choriste, mécontent, s'en fut bouder à Bordeaux, daus les premiers rôles de basse-tadle, aux appointemens de vingt mille francs. Et, aujourd'hui, on lui en offre trente mille pour rentrer à ce même Opéra qui l'avait laissé partir pour économiser quelque monnaie. La première qualité, pour ceux qui dirigent de grandes administrations, est, dit-on, de savoir apprécier d'un coup d'œil et encourager à propos les hommes distingués. Cette faute, au surplus, n'est pas celle de l'administration d'aujourd'hui, qui ne fait que. la réparer en la payant un peu cher. Le succès de la Favorite va déclinant, malgré les efforts et l'admirable talent de Mmo Stolz. Me reverrons-nous pas bientôt cette charmante actrice dans quelques uns de ces rôles où elle a laissé de précieux souvenirs ?
Le ballet du Diable Amoureux continue à être bien accueilli, quoi qu'on y ait fait quelques suppressions que nous n'approuvons guère. Nous regrettons surtout le ballet qui ouvre le second tableau du troisième acte. Ces danses avaient une allure tout à fait orientale et poétique. Il jtous reste à constater le remplacement de Pauline Leroux par
LE CABINET DE LECTl'RE-
Maria, dans le principal rôle, par suite de l'indisposition du chef d Vin- ' ploi. Certes, Mllr Marja n'est point dépourvue de «races; mais elle a l'air trop bonne personne pour un démon; on >oit trop peu la griffe sous le velours de ses petits doigts, et ses yeux sont trop doux. Le premier jour, on lui eût volontiers offert le prix Monthvon; mais lundi, elle s'était enhardie, mutinée, les milles lui avaient pousse, et elle est parvenue a se donner un petit air assez diablotin Cependant, que M11 Leroux se rétablisse bien vite; il n'est pas bien séant a un habitant des régions infernales d'être enrhumé.
Si néanmoins cette indisposition se prolonge, M""-- Carlotta Grisi se charge de nous faire prendre patience. Les débuts de celte danseuse ont eu lieu vendredi soir; un pas de deux a\ ait cte intercale dans la Facaritc, qui, ce jour-là, a fait salle comble. Depuis M"' Taglioni, dont M""' Grisi possède les traditions, nous n'avions pas applaudi d'aussi bon coeur. Légèrçté, souplesse, élégance, la débutante rcunii tous Us genres de mérite, et elle est jolie, ce qui ne gâte rien. Son goût est pur et sa danse d'un fini merveilleux. Le pas qu'elle avait choisi est propre à mettre au jour toutes ces qualités, et le dessin en esi très varie. Nous apprenons avec plaisir que la cousine de Julie Grisi est engagée à l'Opéra pour un an.
s On nous annonce, pour les premiers jours du mois prochain, une représentation au bénéfice de Duprez, et, à ce sujet, on a remarque avec chagrin que la musique française sera absolument exclue ce jour-la de 1' Vcadémie Royale. M. Duprez a tort de se montrer ingrat eu\ers l'art national, qui, du reste, est moins injuste à son égard. Ksperons que l'Opéra résistera aux efforts (pie l'en fait pour l'italianiser, comme li langue française a résiste jadis au caprice ultramontaiu des courtisans et des précieuses. F. \\
I iikvtbe de M. Comte. — Pendant que le drame envahit presque toutes nos scènes, grandes ou petites, M. Comte a eu l'heureuse idée de faire rejouer sursoit théâtre le Désespoir <k Jocrisse, cette désopilante folie qui faisait tant rire nos pires. Comme jadis, le rire le plus franc et le plus commuuieatif a accueilli cette pièce depuis la première scène jusqu'à la dernière.
BALS
Tandis que la folie du carnaval agite ses grelots, la haute société paie son tribut à la saison par les bals les plus brillans, par les soirées les plus animées. Lu jour c'est le colonel Thorn qui ouvre son magnifique hôtel au plaisir et à l'élégance; un autre jour c'est la baronne l'ontalba qui prélude en petit comité aux merveilles projetées de sa villa des Champs-Elysées; un jourenlin c'est le prince Tufiakin qui rassemble dans ses salons la fashion française et étrangère. Son bal de lundi dernier a été remarquable a plus d'un titre: on y comptait quatre ambassadeurs, autant de ministres, des altesses, des duc- et des princes; la cour y était représentée par le général Athahn; l'administration par M. de Rambutean; le faubourg Saint-Germain par les ducs de Montmorency
et de Luxembourg. Il v avait, là surtout, bon i bredê grandes dames
russes qui donnaient la plus haute idée de la nation à laquelle elles appartenaient, par cette Heur d'esprit, de bon ton, d'élégance et de courtoisie qui devient tous les jours plus rare.
Bals de i.'OI'I.hi — Les bals de l'i ipera deviennent de plus en plus brillans, de plus en plus nombreux. L'administration a dû tacher d'éviter au publie l'ennui d'attendre trop long-temps au dehors l.n conséquence, elle a fait établir deux entrées, à droite e| ■< gauche, de celte qui servait seule jusqu'alors. Celle dernière sera réservée pour la eiri iilalion des employés, les (îles s'établiront sous le vestibule, de chaque côté du théâtre, et les deu.xporles latérales seront ouvertes a la fois.
MODES
Les soirées, les concerts et les bals sont a présent si nombreux que le temps manque pour qu'on puisse s'occuper des toilettes de ville. Aussi la mode oubliant ou dédaignant cette partie de son empire, consacré-telle exclusivement ses soins aux toilettes de bal qu'elle s'applique a rendre extrêmement brillantes
Nous allons donner le détail exact de celles qui nous paraissent le plus dignes de remarque.
— Robe en gaze à mille raies de satin, terminée par un biais de nu me
étoffe que surmonte i guirlande de jasmin, en tissu oriental, et que
l'on fait remonter un peu sur le côté de manière que la guirlande vienne \ former un bouquet; corsage dont le haut est taille en biais et est entoure, aussi bien que la taille, d'un petit cordon de jasmin; manches formées de plusieurs petits biais renverses et dont le bas est également entouré d'un cordon de jasmin; gants bordes d'un semblable cordon. Pour coiffure, de légères branches de jasmin mêlées aux boucles des cheveux, et une guirlande qui, passant sur le front, sépare 'les coques lisses et les boucles dont est forme le chou qui est place 1res bas.
— Robe de tulle bleu a trois jupe, bordée d'une bande de. velours; corsage de velours; manches formées de trois plis presses dont celui du milieu doit être en velours. Coiffure composée d'un bord de velours autour duquel tourne du tulle garni aux exlrcmites de franws en chenille qui tombent de chaque côté des joues.
— Robe en tarlatane à deux jupes dont celle de dessus est relevé, par un bouquet d'épis naturels et de coquelicots ; COJCSage plat; manches a la laitière, liouquel attache sur le devant de la poitriue. Pour coiffure, mie guirlande d'épis et de coquelicots pose à la Cires.
— Kohe de crêpe à raies garnie de cinq biais presses, remontant de distance en distance de façon a tonner des dents que retiennent des bouquets de pensées en velours ; corsage drape et orne de bouquets de pensées, aussi bien que les manches qui sont ton nées de biais. Coiffure composée de ces mêmes Heurs cl de marabouts.
— Kohe en satin blanc garnie d'un triple plisse de satin, gazwlessus laquelle se porte mie autre robe en velours orangé dent la jupe s ouvre en formant sur le bord des plis retenus par une suite de boutons de diamant façonnes en étoiles; corsage qui s'ouvre eu formant des plis retenus sur les épaules par trois boutons de diamant, et qui laisse voir le corsage de la robe de satin dont les manches apparaissent au dessous d'un jocUei en velours. Sur la tête, un poulie en velours orangé avant sur le cote une gerbe formée de Sep) Modes mouvantes en diamant.
— Robe en velours épingle blanc , garnie de trois rangs de marte. Deux bandes de marte séparées à leur origine se rejoignent à la taille pour se séparer de nouveau et garnir les dm\ côtés de la poitrine, en remontant jusque sur les épaules. Corsage maniant . plat et garni d'un
petit col que l'on borde de marte, et qui est assez échancré pour laisser apercevoir la valencienne qui termine la chemisette de dessous. Manches
Ion. iu>. garnies de marie au poi-nel, plates jusqu'au coude, et s'él sanl vers le haut ou elles soiil entourées d'un double rang de marte. — Pour coiffure petit chapeau «lu soir, en velours épingle, blanc, avant la passe un peu relevée, el garnj d'une longe plume blanche gaufrée et a extrémités brunes; quelques itiamans mêlés aux touffes de cheveux , <pii garnissent seuls le visage.
— Pour les petites filles, nous avons vu des jolies toilette, en orgaud^ Au bas de U) robe était Ufl Ourlet dans lequel passait un ruban. Le m. me ruban tonnait un transparent au ivlioiissis îles maiielies 1 la laitil
servaii .1 doubler la cemture, sur laquelle çtaienj fixes les plis de lajun^ et ceux du corsage qui était fronce et décolleté rarrément
D'autres robes, en même étoile, ont une garniture formant bavette sur le haut du corsage, qui est plat. Les manches sont terminées par la uiein.' garniture, i ne ceinture, de taffetas se qpue par-demerc \\>r ,,-3 petits costumes de danse on supprime le pantalon, quoique le robe reste un j>eu tourte. Souvent l'un frise entièrement les cheveux ; niais un peut
rele\ er ou laisser tomber les tresses qu'on attache par des rubans semblables a ceux de la robe.
TABLETTES DES CINQ JOURS
Faits divers.
10. — Un arrêté du roi de Hollande porte que l'usage de donner ou d'accepter des présens diplomatiques est aboli, en ce qui concerne
la Hollande.
11. — 11 a été consommé dans le mois de janvier dernier 6,232 bœufs,
2,184 vaches, 5,507 veaux, et 39,008 moutons; le commerce a reçu 531,567 kilog. de suif fondu.
Il avait été consommé, eu janvier 1810, 6,643 bœufs, 1,773 vaches, 6,230 veaux, et 39,863 moutons; le commerce, avait reçu 615,350 kilog. de suif fondu.
Lac insommation de janvier 1S40 a donc surpassé celle de janvier 1841 de 211 bœufs, 734 veaux et 855 miutons; 411 vaches ont été consommées, en plus, le mois dernier. Le commerce a reçu 83,783 kilog. de suif, en moius, dans ce même mois.
Le prix des viandes sur pied est resté toujours très élevé pendant le courant de janvier : c'est une des causes principales de la diminution qui s'est manifestée dans la consommation.
— Le baptême de la princesse royale sera environné d'une magnificence vraiment royale. La fameuse tête de tigre de Tippoo-Saïb, dont la langue est d'or massif et les dents de cristal, sera placée sur.le buffet de la salle du banquet dans le palais de Buckingham à côté d'autres objets précieux dont cette salle sera décorée. Ce tigre avait été placé d'abord dans le Musée de la compagnie des Indes-Orientales, mais Guillaume IX, ayant apris que Tippoo-Saïb l'avait destiné au roi d'Angleterre d'alors , entama des négociations avec la compagnie pour se la procurer, et depuis lors il est reste a \\ iudsor dans la salle où se trouve la vaisselle. Un coq d'or couvert de pierres précieuses et valant 300 liv. slfirj sera placé dans un des appartenons du palais. Les deux drapeaux magnifiques enlevés à Tippoo-Saïb seront aussi exposés dans le palais de Buckingham.
12. — M. Lebrun a donné aujourd'hui à l'Académie française lecture d'une lettre de M. Ballanche, qui se démet de sa candidature au fauteuil de M. de Bouald. On sait que les candidats qui restent maintenant sur les rangs sont MM. Alexis de Tocqueville et Ancelot.
— La flotte danoise se compose aujourd'hui de 7 vaisseaux de ligne, dont 5 de 84 canons ; 1 de 66 et 1 vaisseau rasé ; de 7 frégates, 1 de 48 , 4 de 46,2 de 40; de 4 corvettes, 5 bricks, 3 schooners; 3 cutters et 80 bàtimeus de moindre force, tels que bombardes, chaloupes canonnières, etc. L'état-major se compose de 1 amiral, 2 vice-amiraux, 5 contre-
amiraux, 8 commandans, 8 capitaines commandeurs, 20 capitaines de vaisseau, 29 lieutenaus de vaisseau, 42 lieutenans en premier, et 38 lieu" tenans en second.
13. — Mademoiselle la comtesse Henriette d'Outremont est partie dimanche de Liège pour Berlin, où se trouve encore le roi Guillaume, aujourd'hui comte de Nassau.
— On lit dans la Gazette de Dusseldorf une lettre d'Amsterdam du 30 janvier, ainsi conçue : « Ce que nous vous avons mandé il y a quelques mois, savoir que la comtesse d'Oultremont ne s'est pas établie d'une façon permanente en Belgique, se confirme par des nouvelles récentes qui annoncent une prochaine alliance matrimoniale entre cette dame et notre ex-roi. Comme précédemment, la ferme volonté du monarque prévaudra, et la comtesse n'aura jamais lieu de se repentir d'une pareille union, puisque S. M., en cas de mort, lui laissera un douaire considérable, pris sur sa fortune particulière, qui est notoirement très grande.
— Dimanche dernier pendant l'office divin, un homme s'étant introduit dans l'église Saint-Paul, y a entonné les chants les plus opposés à la sainteté du lieu, et luttant contre le bedeau et le suisse, il a arraché les épaulettes de ce dernier en lui disant : « Cette église est un monument, les monumens appartiennent à l'État, l'État c'est le peuple, je suis une fraction du peuple, et par conséquent cette église est en partie à moi ; or, chez soi on fait ce qu'on veut, et, comme chanter est de mon goût, je chante. » Cette réponse n'a pas convaincu les assistans, qui ont conduit le chanteur chez le magistrat.
— On écrit de Douai, 28 février :
« Cinq ruptures de digues de l'Escaut ont eu lieu à la fois vers Thivencelles, et 2,000 hectares de terrain étaient sous deux mètres d'eau il y a quelques jours; dix ménages de Thivencelles ont dû fuir leur demeure. Cet immense lac est devenu une glace depuis cinq jours, et l'on est menacé de plus grands malheurs, si, avant le dégel, l'administration des ponts et chaussées n'a fait combler les ouvertures qui existent à l'Escaut. »
14. — On connaît le goût de l'ex-régente d'Espagne pour la peinture ; l'académie de Saint-Luc a profité du séjour de la reine Marie-Christine pour la recevoir comme membre honoraire.
— En vente, à la librairie de Delloye, place de la Bourse, 13, Fleurs des Champs, poésies par Léon Magnier, un beau volume grand in-8°, prix, 7 fr. 50 c. — Le Cabinet de Lecture a rendu compte de cet ouvrage,
Le Gérant, TAQUABD.
Paris. — Imprimerie el lithographie de MAl'LDE et RENOD, rue Builleul, y et 11, près du Louvre .
MAISON DE COMMISSION
GIROID-DE-GAND ET COMPAGNIE, CITE DES ITALIENS, RUE LAFtïTTE, N. 1, PRÈS TORTONÏ, A PARIS.
M. giuoud-de-GAND , étant associé avec des négocions qui ont acquis une longue expérience des affaires, achetant tout au comptant, de première main el sur commanue seulement, n'ayant en outre aucuns fonds de magasins, n'est pas obligé de répartir sur les marchandises qu'il vend les pertes éprouvées sur celles qu'il ne vend pas, ce qui le met a même d'effectuer tous les envois au rabais considérable de 15 p. 100. Ecrire franco. — Celte Maison se charge d'acheter ou de taire confectionner, el d'expédier, a ses risques et périls, en province et à 1 étranger, et sans exiger aucune avance de fonds: Corbeilles de Mariage, Objets d'Arts, d'Utilité, d' Agrément , de Modes, Ameublcmens, Ornemens d'Eglise, Librairie, Musique. Elle envoie à choisir tous les objets d'une certaine valeur, et ne fait ses achats que dans les premières maisons de Paris, telles que :
Tblébaud-Gnéebard (soieries, nouv.),b. des Italiens, 15. Lemouuler-Pelve) (modes), r. SI Honore, 5 4s Lis, au 1« IIURuci-le-Jav (modes), rue Richelieu, 77, au 1". Fralual»-Gramagnac(cach. des Indes), r. Feydeau,32. Roolf (tailleur), rue de Louvois, 10.
Aunréire (manchons aériféres), rue Saint-llonoré, 361. Bosaet (cacb. des Indes, etc.), rue Vivienne,48, au l«. Uolard {dcnlellesfil blondes), rueChoiseul, 2 bis.
l.i - ((leurs et plumes), rue Richelieu, 10s.
Majcr (gants lacés brevetés), passage Choiseul, 52. Orappler (tailleur), rue Neuve-Saint-Roch, 32. Clamorgaui (fabrique d'éventails), rue Vivienne, 57. Durrcsne (deuil), au Sablier, boulevarl Montmartre, 2. >\. Giroux (objets d'étrennes, jouets d'enfans), r. du Coq. Delon (nouv., soieries), à la Barbe-d'Or, r. Richelieu, IU2. Delanuo) (nouveautés pour sous-jupes) rue Laflitte, 1.
Blay Laffltte (tailleur), anc. maison lierchut,r. Vivien., 2. Lacoste père et fils (gravures sur bois), rue du Coq, 13. Lahoebe (porcel. et crist. pour table), Palais-Royal, 152. losselle et Boue blancs de fil el de coton), r. Cléry, 23. IHurion (papiers de luxe), cité Bergère, 11. l)ehaiive-(. allais (chocolats, Ihes, objets d'étrennes). Poignée (nouveautés), au Minaret, boulev. Poissonn.,11. lluei-Atrainblé (stores, papiers peints), r.Uicuelieu,77.
12= Année. — Nn 10.
Samedi 20 Février 1841.
£ittcvûhire.