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LES GUÊPES

PVB M. ALVHOtVSF. KABR.

Extraits (t).

Voici ce qu'on lit dans le journal la Presse.

« Ou a envoyé à tous les rédacteurs de journaux une lettre contenant à peu près ces mots : J'ai la douleur de vous apprendre que M. Al-

phonse Karra été tue ce matin en duel. M M ... son adversaire a .. immédiatement quitté Paris. « Cette fausse lettre éCHottfiM étaKrfgnée du nom d'un des amis de M. Karr, ce qui lui donnait une triste probabilité La sinistre nouvelle s'est répandue dans tout fans avant qui M. Karr ait eu le temps de rassurer sa famille, Connaisse/ w,us rieu de plus affreux que cette mystification ? Avec de pareilles plaisanteries on

(1) Les liutpei, qui obtiennent un succès toojours croiisant, se vendent Neuvc-Vivicnnc, 4t>.

rue

peut tuer une mère, une sœur ou tout autre femme dévouée. Mais est-ce une plaisanterie? M. Karr le croit, il y a, dit-il, des gens qui aiment à rire. Quelques uns prétendent que c'est une méchant ne serait

pas une excuse ; les plus fins disent : C'est une r 'verie de poltron. » Mais que ce soit une plaisanterie, i lianci a un i, tout le

inonde est d'accord pour s'écrier : Test une infamie! » En vérité, la gaité française fait des progrès effra; ans.

« Vicomte Ch. Delaunay. »

V H faut réellement que le monsieur qui a pris la peine d'écrire vingt lettres aux journaux ait le rire difficile et soit peu chatouilleux pour ne pouvoir se contenter des bouffonneries de tous genres dont nous régalent les hommes sérieux de ce temps-ci.

Les directeurs des différens journaux, — à l'exception d'un seul, je crois, — ont pris la peine d'envoyer chez moi aux informations et n'ont pas inséré la lettre. — Tous mes amis, cependant, ayant appris la nouvelle dans les théâtres et dans le monde, — sont venus demander s'il était vrai que je fusse mort, et ayant appris que je n'étais que sorti, — n'en sont allés en disant : Ah ! tant mieux ! — Ce qui m'a fait malgré moi penser au jour où la chose sera vraie, et où les mêmes amis se le feront confirmer et diront :Ah ! tant pis !

Après quoi tout sera fini.

Il m'est revenu que quelques imbéciles, marchands de cirage probablement et de sous-jupes, — méjugeant d'à: • 'mes, trouvent spirituel de m'attribuer la mystification, — afin de me % tire en relief et de faire parler de moi.

Il y a quelques mois, — à propos d'une affa , — j'ai cru devoir exiger une rétractation d'un grand çai 'idien — qui s'était permis une semblable assertion. J'eus ; î déclarer que je trouverais un semblable moyen h indigne d'un homme d'honneur, et qu'ainsi je prendrais toute ation de ce genre pour une offense, etc., etc.

V Oh ! monsieur, — mon bon monsieur, — vous qui êtes si gai, — que vous avez donc dû vous amuser quand cette idée si plaisante vous est venue : tiens je vais écrire aux journaux qu'Alphonse Karr est mort, — hi hi hi. — Que cela sera donc drôle, — que je suis donc amusant, — mon Dieu, que j'ai donc d'esprit, — mort, — tué, — un cadavre. — Oh ! c'est trop bouffon ; — cela fait mal de rire connue cela. — Un corbillard, — oh ! là là, les côtes. — Un enterrement, — ii faut que je me roule par terre, — je m'amuse trop.

Mou bon monsieur, vous que je suis plus près peut-être de deviner que vous n'en avez envie, — permettez-moi de vous dédier ce présent, petit volume, — et de vous montrer certaines choses qui auraient pu vous inspirer quelque gaîté, — sans cependant vous distraire aussi agréablement qu'en me faisant passer pour mort.

V II y a en Belgique plusieurs contrefaçons des Guipes — à divers prix. — Mon ami Gérard de Nerval m'écrivait dernièrement : — « J'ai « vu votre portrait dans la contrefaçon belge, — je ne vous cache pas que « vous êtes fort contrefait. »

Un autre voyageur m'écrit aujourd'hui même :

« J'ai vu les Guêpes : je te porterai le volume où est ton portrait. — « Dieu ! que tu es laid. »

La contrefaçon belge, — pardon, messieurs les libraires belges, de vous faire imprimer ceci — la contrefaçon belge est. appelée par les gens sévères — un vol.

Car sans faire entrer les auteurs dans le partage d'aucun bénéfice, la librairie belge — fournit à leur détriment leurs ouvrages à toute l'Europe,— 'à un prix naturellement ; celui auquel les vendent les libraires français qui sont obliges d partager avec les auteurs,

V Pour moi, je ne me plains jamais de ces choses là, — et chaqu fois que je mange un pain et deux harengs, — je serais enchanté que les miettes pusseut nourrir cinq mille hommes, — et je n'élèverai aucune réclamation — quand ces miettes auraient un peu l'air de rognures.

M. Jamar, — celui qui, je crois, contrefait les Guêpes en Belgique avec le plus de succès, connaît sans doute cette insouciance, car en me priant de faire quelque chose qui lui sera agréable, — il commence ainsi sa lettre :

... ..m, .1. A. Karr,

« En ma qualité d'éditeur de votre ouvrage, les Guêpes, à Bruxelles, « je me crois permis de vous adresser une demande, etc., etc.

« JAMAR. «

« Je prie M. Jamar de m'envoyer des détails sur ce qu'il me demande et de relire les dernières ligues de mon volume de janvier.

« Son serviteur,

V On disait hier, en grosse compagnie, que M. Couveley, peintre du roi, qui a l'habitude de porter beaucoup d'or sur lui, — a été assailli par des malandrins qui lui ont pris sa bourse et ses deux montres.

%* M. Cousin a acheté la charge de premier porte-parasol du roi.

V A une soirée un de ces jours derniers , un jeune homme appelé Batta a joué du luth avec quelques succès, — On a également applaudi le téorbe du sieur Artot.

V Malgré les en d îs inspirées par M. Gabrie, le maire de Meulan, les eu u te commune ne sont pas encore venus s;ir Paris. — Pi tions être prêtes à temps pour repousser ces barbares.

%* Au bal de l'O a toujours l'usage de souper après le bal,

vers trois heures du niMi ., — usage charmant qui méritait bien d'être conservé comme il l'es: -En effet, on passe la nuit au bal, morne, froid, taciturne, endormi. Après quoi on fait un excellent souper qui vous réveille pour aller vous coucher, vous met en belle humeur et vous inspire les plus jolis mots que vous dites au cocher de fiacre. — Vous frappez à votre porte avec une gaîté folle. 11 n'est pas de mots piquans, fins, spirituels que vous n'adressiez à la portière. — Vous montez votre escalier en riant vous-même de ce que vous dites de joli. — Vous faites à votre domestique des épigrammes sanglantes , et vous vous couchez en proie à la plus heureuse disposition d'esprit pour veiller et amuser vous et les autres.

V H serait bien singulier que l'humanité , sous prétexte de progrès, fût dans une fausse route et qu'il lui faillit essayer maintenant de revenir sur ses pas. — Voici le résumé d'un travail statistique fort important, les recherches que nous venons de faire nous ont conduit à établir :

« 1° Qu'à mesure que l'instruction s'est propagée d'année en année, le nombre des crimes et des délits s'est accru dans une proportion analogue ;

« 2° Que dans le nombre de ces délits ou de ces crimes la classe des accusés sachant lire et écrire entre pour un cinquième de plus que la classe des accusés complètement illétrés, et que la classe des accusés ayant reçu une haute instruction y entre pour deux tiers de plus.

En d'autres termes, quand 2.5,000 individus de la classe totalement illétrée fournissent 5 accusés, 25,000 individus de la classe sachant lire et écrire en donnent plus de 6 25,000 individus de la classe ayant reçu une instruction supérieure en donnent plus de 15

« 3° Que le degré de perversité dans le crime, et les chances d'échapper aux poursuites de la justice sont eu proportion directe avec le degré d'instruction ;

« 4° Que les récidives sont plus fréquentes parmi les accusés ayant reçu l'instruction que parmi ceux qui De savent ni lire ni écrire.

J'ajouterai que ce résultat ne m'étonne pas le moins du monde, —et s'il me restait du papier blanc, —je développerais ma pensée, ce qui sera pour un autre jour.

Passons à d'autres progrès.

L'asphalte des boulevarts, qui fond L'été, rend le nettoyage plus dif-

1 ,!' ce*

su.,.

Le chemin de ter de Saint-Germain met souvent trois heures a faire la route.— une heure et demie de plus qu'un bon cheval.

lis caisses d'épargne ont élargi la conscience des domestiques, — et leur permettent de se limirer que le vol n'est que de la prudence; — ils dépouillent leurs maîtres sans scrupules, maintenant que cela s'appelle :

— Songer à l'avenir.

Il viendra un jour un homme qui inventera l«s routes pavées de grès et bordées d'ormes, — et cet homme sera appelé le bienfaiteur de l'humanité.

V La baronne de Feuchères a laissé par son testament 100,000 fr. à M. Canueron, duc de la cassonade, — et 100,000 fr. à M. Odilon- Barrot , marquis de la Bazoche. — Ces deux seigneurs ont d'abord laissé dire qu'ils avaient donné leurs legs aux pauvres. — l'uis ils ont fait mettre dans les journaux qu'ils ne pouvaient avoir donne des legs qu'ils n'avaient pas encore reçus, — sans dire cependant ce qu'ils en comptent faire ultérieurement.

Or, j'ai la douleur de dire à ces deux seigneurs que je ne trouve pas qu'ils manifestent en cette occasion suffisamment de courage et de loyauté. —Si M"" de Feuchères leur a laissé ce souvenir, — c'est qu'ils étaient non seulement ses conseils — mais ses amis fort dévoués, — du moins ils le lui disaient, ce que je sais de bonne part. — Laisser penser par de semblables réticences qu'ils n'accepteront peut-être pas le legs,

— c'est donner une force nouvelle à tout ce qui a été dit contre M™" de Feuchères.

"." Au moment où l'on faisait semblant d'enlever les neiges et les immondices, ainsi que je l'ai raconté dans le volume précèdent, je descendais la rue Laflitte dans un cabriolet de louage; — je remarquai un tombereau arrêté, — ce tombereau était chargé de neige, et le charretier qui le conduisait jetait celte neige dans ia rue Laflitte: — c'est étonnant,

— pensai-je en regardant d'énormes tas contre les maisons; — il y a cependaut assez de neige dans la rue Laflitte. Pourquoi y en apportet-on.J Apres avoir long-temps réfléchi, je demandai à mon cocher s'il savait pourquoi on apportait de la neige dans la rue Laflitte : — le cocher le savait parfaitement, et il m'expliqua le mystère.

I ■ conducteurs de tombereau, a mesure qu'ils sont chargés, reçoivent pour chaque tombereau, un cachet que plus tard ils échangent contre deux francs, prix fixé pour chaque voyage. — Mais, au lieu de conduire leur tombereau a la rivière ou a tout autre endroit désigné, — ils rejettent dans une rue ce qu'ils ont pris dans une autre; — parce moyen, ils ménagent leurs chevaux, et font quatre fois autant de voyages dans une journée

'/Chez M. de Rambuteau, à la préfecture de la Seine, M. de B., voyant passer un domestique qui portail des glaces, voulut en prendre une. —Pardon, monsieur, dit celui-ci, m. us elles sont pour CCI daims.

— Qu'est ce à dire, maraud (l), s'écria le gentilhomme; — et il lui donna un coup de botte comme Debureau e donne a son théâtre avec tant de sucées; — le domestique posa son plateau a terre et se rua sur le

(1 i Maraud est un mol qui se disait sous Louis MV et sous Louis XV; on le retrouve dans les comédies de ce temps-là.

Au temps ou l"ii appelait les gens mur an ■ U Iles

dans ie moi union de ce mot cl des bolles rend M. de It. coupable d'un

anachronisme.

gentilhomme. — Us se colletaient convenablement lorsque M."* les sépara, ou plutôt tira M. de B. des griffes du marnttd — On avait cru d'abord que cette scène, qui s'était passée dans un salon écarté, n'avait pas eu de spectateurs ; — mais on avait compté sans madame Dosne, qui ne s'est pas privée d'en faire des récits.

V II paraît que M. de R****, maltôtier qui n'a pas le moyen de ne pas être très laid, — ainsi qu'on a pu s'en assurer à l'une des dernières expo

sn » . i - non p'us

:'■■■ ,,,s i où, voulait I m u iste qui avait fort bien joué d,e

la mandore, — il luiditdeva.it la maîtresse de la maison, — vous voyez, monsieur, combien on aime votre talent : on va vous entendre parlant.

Ou racontait à ce sujet qu'a une époque où il était commis chez M. Hainguerlot, —il jouait un jour chez son patron, quand une personne placée derrière lui voulut parier et mit au jeu une pièce de cinq francs. M. de R'" prit la pièce avec deux doigts, et la tendant dédaigneusement par dessus son épaule, dit sans tourner la tète : J'ai l'habitude de ne jouer que de l'or. » — ■ Et moi, dit madame Hainguerlot, car c'était elle, j'ai l'habitude de ne jouer qu'avec des gens bien élevés.

'." Dis-moi donc, Gustave, à quelle époque, au collene, —commencions-nous à fumer de l'anis dans des pipes neuves. — et des morceaux de baguettes à habit

C'était je crois en troisième.

Eh bien ! — aujourd'hui, on fume en troisième du tabac de caporal dans une pipe culottée.

Te souvient-il qu'en sixième, nous étions — tous déchirés, déguenillés,

— montant aux arbres, — jouant à la balle et aux barres; — les élèves de sixième aujourd'hui sont (les messieurs, ont des cannes, et le (ils de *** du Théâtre-Français, lisse ses cheveux avec des bâtons de cosmétique

Voici du reste une annonce que je prends dans un journal :

\ l'occasion de la Saint-Charlemagne et a la demande des élèves, on donne aujourd'hui au Palais-Royal Verl-Verl, Mm* de Croustignac, Indiana et Charlemagne, le Lierre et l'Ormeau. C'est à dire les pièces les plus libre du répertoire L'éducation du collège est bien plus complète que de notre temps Je ne m'aperçois pas que M. Villemain fasse la moindre attention à cela.

%*La plaisanterie si ingénieuse quicousiste à me faire passer pour moi t n'est pas une nouvelle invention II y a quelques années, — M. C. avec M. D. et quelques uns de leurs amis, en imagina nue semblable au café Anglais, sur M. Duponchel, alors directeur de la scène a l'Opéra.

On lit imprimer des lettres de fuie-part, annonçant la perle douloureuse qu'on venait de faire de M Duponchel , et on les envoya à toutes les personnes qui tenaient de près OU de loin a l'Opéra, une invitation d'assister au convoi, sert iceel enterrement; ou se réunira a la maison mortuaire a neuf heures. Puis on alla a l'administration des pompes funèbres commander un convoi convenable.

A huit heures, le portier de la maison de \l Duponchel vit arriver avec étonnement des ouvriers de l'administration, qui tendirent la porte de noir; — puis arrivèrent Le corbillard et six voilures de deuil, — au même instant se ; résentaient, vêtus de noir et avec une figure de circonstance,— les chanteurs, les danseurs, les clionstes, les machinistes, — les lamp su s, se disant : Est-ce étonnant, je l'ai encore vu avant-hier.

— Et moi aussi.

Enfin, on frappe discrètement au logis du mort, et c'est lui qui vieul ouvrir.

V M. L. se promenant dernièrement a cheval au bois de Boulogne,

— remarqua une espèce de petite vinaigrette à deu places attel < di

evaux plus que médiocres, harnachés avec des harnais plaqués d'argent, — il s'arrêta un peu frappé de l'air hétéroclite de cette

voilure, — et il remarqua des écussons partout;, — sur les sellettes,— sur

les mors, — partout où on en avait pu placer, — avec cette inscription:

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