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LE VAISSEAU EE FORMIDABLE

Pendant une soirée orageuse du mois de juillet 1801, un \ naviguait péniblement le Ion- des côtes d'Espagne, se dirigeant vers le détroit de Gibraltar. Si. à la lueur du crépuscule, on avait pu suivre du regard les mouvemens de ce navire, on se serait aperçu que quelque chose gênait sa marche, et qu'il n'avait pas la physionomie habituelle d'un bâtiment de haut bord. I n œil exerce aurai! remarqué un certain désordre dans son gréement, et aurait vu que ses mats, raccourcis par l'absence de 1. noyenne, ne supportaienl voilure ordinaire Si l'on avait pu entendre ce qui rd,

on aurait d;- u milieu du silence qui régnail mu- le ( i

les batteries, des plaintes inarticulées, des cris <\<- douleur semblables à ceux qui s'échappent de la bouche d'un malade ; .. proie a di souffrait

C'esl que ce raisseau avait, six jours auparavant ;le 6 juillet), r: ment soutenu l'honneur national à s, et qu'à cette terrible affaire,

il avait eu cent hommes de son équipage hors de combat el sa mâture

entamée par les boub Ses h. pleins de 1

eminail lentement, traînant l'aile, faisan! d'inutiles effoi triompher de la violence du vent. L'escadre française, donl il fa ,t déjà franchi le détroit, ci. s'inquiétant peu du pauvre i, ., rapidement mis Cadix avec les six bàtimens espagnols qui s'étaient joints a elle.

\ la nuit close, le Formidable c'était le nom du raisseau plclenicnl isole el luttait péniblement contre la fureur dl peu plus lard, une raffale brisa son petit mal de hune et ajouta an dre de sa voilure. Fa posil on était critique, car une escadre vaij ,p. près l escadre combini e l e commandant du navire savait, ci il s'attendail «tôt atteint par l'ennemi.

11 avait calculé juste à minuit, le Formidable se trouvai! au milieu de la division anglaise

L'obscurité profonde qui couvrail la mer et l'agitation des (lots ne purent dérober le vaisseau fram ais à la vu.- des équipi i - e mis. Vu ■

. ; le capitaine Troude venait de monter sur le | t, après le branle-

bat, unevoli ml portant cribla la poupe du

/ et apprit au commandant qu'il n'avait été que ti

Presqu'au même instant , deux éclairs simultanés brillèrent à tribord , el uni : luie de I ouli ts en seusco

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midable. 11 s'inquiétait peu du nombre des agresseurs, et s'indignait déjà qu'on tardai a prononcer le commandement de : Feu partout! C'est une chi se merveilleuse que la facilité avec laquelle les marins passent du reposde la nuit à l'agitation du combat. Tous les hommes de nier ont non seulement la présence d'esprit après minuit, mais encore le courage après minuit; preuve que cette faculté etaii chez Napoléon le fruit de l'habitude, et non une disposition naturelle.

Cependant l'artillerie des navires anglais continuait à inquiéter \t Formidable. Malgré l'obscurité, tous les boulets n'étaient pas perdus. 11 n'était plus possible d'empêcher les canonniers français de riposter. Tout à eoup une heureuse idée vient à l'esprit du commandant : il s'est aperçu que les Anglais portent trois feux de reconnaissance à la corne; il ordonne qu'on hisse les mêmes signaux, afin de faire croire a ses adversaires qu'il est accompagné de trois autres bâtimens. Quelques minutes après, les eanonades ennemies se taisent et l'escadre britannique

sYloi^lh'

— L'Anglais est joué, dit le premier lieutenant en voyant disparaître les feux de la di\ ision britannique.

-- Oui, mais ce n'est que partie remise, répond le commandant Que chacun reste à son poste de combat et que les vigies fassent leur devoir. Je vais prendre un instant de repos : qu'on me réveille à la première alerte.

Et un quart d'heure après, le capitaine Troude dormait d'un sommeil tranquille, comme si aucune émotion n'avait troublé sa nuit.

A quatre heures, on vint le prévenir que quatre bâtimens ennemis commençaient à donner la chasse au Formidable. Il ne pouvait songera les gagner de vitesse : le combat était devenu inévitable. Dès ce moment, le visage du commandant se dégagea du nuage d'inquiétude qui l'avait assombri pendant l'incident nocturne. C'est qu'il ne s'agissait plus que de défendre le pavillon de la république, et que cette tâche était plus facile pour le capitaine Troude que d'inventer des stratagèmes pour échapper aux Anglais.

Le César, de 80 canons, monté par l'amiral Saumarez; le Vénérable et le Superbe, de 74, et la frégate la Tamise étaient en présence du vaisseau français : quatre contre un !

1 .e commandant, avant d'aller prendre son poste, voulut passer l'équipage en revue; il lui importait d'examiner l'attitude de ses gens au moment d'engager une lutte aussi périlleuse. Il parcourut les batteries et le pont du Formidable, adressant quelques mois d'encouragement aux chefs de pièce sur lesquels il comptait le plus, jetant des plaisanteries improvisées aux officiers qu'il rencontrait, et recommandant surtout aux pointeurs de viser de façon a ne pas perdre une seule gargousse. Quand il eut fini sa tournée, sa ligure exprimait la satisfaction : il était sur de son monde.

Le Vénérable commença le feu par la hanche de bâbord du vaisseau français ; presque en même temps, la Tamise lui envoyait sa volée en poupe. Troude vit que le seul moyen d'égaliser quelque peu la partie . c'était d'engager, s'il était possible, un combat singulier avec chaque navire anglais, l'un après l'autre, un combat corps a corps, uu duel a bout portant. 11 laissa arriver sur le Vénérable, et alors les deux vaisseaux, dont les vergues s'entrelaçaient et se heurtaient violemment, se foudroyèrent l'un l'autre avec fureur. Ce fut une lutte horrible. Taudis que les sabords vomissaient la flamme et le fer, une pluie de balles et de grenades tombait des hunes sur les gaillards des deux navires. Quelquefois le Formidable s'approchait de son adversaire au point que les canonniers pouvaient, eu se penchant, s'assommer à coups de cabestan et d'écouvillon. Au milieu de cette effroyable mêlée, Troude s'apercevant que son artillerie ne produit pas tout l'effet qu'il en attendait , ordonne qu'on mette trois boulets dans chaque pièce et que quelques caronades balaient !e pont de l'ennemi à grand renfort de mitraille. Il encourage les soldats, qui font un feu roulant sur la garnison du Vénérable. Le bruit de son porte-voix domine le tumulte du combat; il est l'âme et le guide de cette multitude exaspérée qu'enivre l'odeur de la poudre et du sang,

et dont le contact des ennemis de la France exalte le courage et les forces. Long-temps les deux athlètes restent enveloppés d'un épais nuage de fumée ; mais les combattans ne frappent pas en aveugles ; ils savent que tous leurs projectiles atteindront le but, que tous leurs coups seront efficaces. Le Formidable traite son partner avec générosité: chacun de ses canons lui envoie trois boulets pour un ; il veut que l'Anglais se souvienne de cette sanglante accolade, et chaque détonation qui ébranle si .s entreponts est l'annonce d'une blessure multiple faite au liane du Vénérable.

Fatigué de cet affreux combat, le navire anglais juge prudent de se retirer a distance respectueuse, et convie ses associés à prendre leur part des coups du Formidable. Mais Troude ne veut pas abandonner sa proie; il s'acharne sur le vaisseau qu'il a déjà si rudement traité; il en fait une cible pour son artillerie et s'inquiète peu des volées que lui envoient eu retour le César et le Superbe. Sa persévérance est couronnée de sucres : le perroquet de fougue et le grand mât du Vénérable tombent successivement, et ces deux aceidens jettent le désordre sur le pont de ce vaisseau. Le navire républicain redouble, et bientôt il voit fuir son antagoniste. Il le poursuit; et, s'apercevant que le César, dans la position où il se trouve, ne peut riposter sans risquer d'endommager sou compagnon, il fait cauonner les deux bâtimens, l'un eu flanc, l'autre en poupe. Toutes les batteries du Form ida ble tonnent à la fois. Pendant tette double action, le Vénérable est encore démâté de son mât de misaine.

Troude n'avait fait que préluder avec le César. —A ton tour maintenant, dit-il, — et il court sur le vaisseau amiral qui accepte le cartel. Un nouveau duel commence. Même enthousiasme chez nos marins, mêmes incidens, mêmes péripéties. Le porte-voix et la longue-vue du commandant français sont brisés dans ses mains. Les galeries des gaillards volent en éclats, et les fragmens de bois font aux soldats et aux matelots des blessures que toute l'habileté des chirurgiens ne parviendra pas à guérir. Mais, au moment ou l'équipage du Formidable, accablé de fatigue et mourant de faim, commence a faiblir, le César prend les amures a bâbord et rejoint en desordre le premier vaincu.

Tandis que l'équipage reprend haleine et puise, pour se rafraîchir, dans les tonneaux remplis d'eau et de vin que le capitaine a fait placer dans les batteries, Troude cherche à se reconnaître et examine le champ de bataille.

— Où donc est la frégate ? dit-il à un des officiers qui se trouve auprès de lui.

— Commandant , la voilà là bas qui porte secours au premier bâtiment.

— C'est], ma foi, vrai ; et l'on dirait même qu'elle est en train de l'évacuer. Le pauvre diable est bien malade, et il y a sans doute plus d'eau dans sa cale que dans la nôtre. Tenez, voilà son nuit d'artimon qui tombe; c'était le seul qui lui restât.

Pendant le dernier combat, les hahitans de Cadix et de l'île de Léon, attirés par le bruit du canon que la brise portait jusqu'à eux, s'étaient réunis sur leurs remparts pour contempler cette scène solennelle. La vue de cette foule ci impacte qui attendait avec anxiété l'issue d'une lutte aussi inégale, avait électrisé l'équipage du Formidable; aussi dès que ces valeureux enfans de la republique aperçurent le Superbe contre lequel ils ne s'étaient pas encore mesurés de près, ils oubbèrenl leurs fatigues et demandèrent à grands cris qu'où leur permit d'achever les Anglais. Mais le bâtiment ennemi ne répondit pas au défi du Formidable, et se hâta de rallier la division.

Un seul vaisseau français avait donc fait fuir quatre gros navires anglais; un vaisseau qui avait perdu cent hommes quelques jours auparavant, quatre dans le combat de nuit, et dont les mâts avaient été tronques par le canon !

A sept heures du matin, l'escadre britannique était hors de portée, et les marins du Formidable pouvaient enlin respirer. — « Enfans, dit le capitaine, tout n'est pas encore uni, car les Anglais vont certainement revenir a la charge. Qu'on monte tout ce qui reste de boulets et de boites

à mitraille; qu'on ramasse toutes les vieilles ferrailles, les clefs, les morceaux (le chaînes cassées, tout ce qui peut servir a charger les canons; et puis nous jouerons le dernier acte, pour amuser ces bra\ es Espagnols qui nous regardent là-bas. —Oui! oui! répondirent officiers et matelots. » El chacun se mit a l'œuvre pour exécuter l'ordre du commandant.

L'opération terminée: Maintenant, dit Troude, nous allons tous

manger un morceau et nous rafraîchir, car il me semble que ts a i

unis (las encore déjeuné. »

Quand ce qui restait de l'état-major fut réuni autour du commandant, lin rire bruyant dérida tous les usages, qui, involontairement , s'étaient s l'héroïque chef du Formidable.

— Qu'avez-vous doue a rire. m. -sinus ' dil le capitaine.

— Pardon, commandant, répondit le lieutenant; mais c'esl que vous . tes dans un si drôle de costume! Regardez-vous, s'il vous plaît, dans un miroir.

— En ctïct. Troude avait les basques de son habit coupées ; une de ses .paillettes avait été emportée par un boulet : tous ses vêtemens étaient en haillons; son corps, nus à nu dans plusieurs endroits . laissait voir de nombreuses traces de contusions; son chapeau, lacéré, déchiqueté, percé ,i jour, n'était plus qu'un débris informe ; enfin, un mouchoir nus autour de sa tête, pour arrêter le sang qui coulail d'une large blessure, ajoutait à la glorieuse originalité de l'accoutrement du capitaine.

lu moment où le commandant partageait l'iiilarité des officiers en se regardant dans une glace, un canonnier se présenta respectueusement, arme d'un long instrument qu'il portait avec un certain air de satisfaction.

— Co i.indant . dit-il en s'avancant . je Mens vous offrir l'hommage

de cet écouvillon que j'ai eu celui de soutirera un Anglais, pendant que nous mais lapions de si près, vous savez?... — « Garde-le. dit Troude au canonnier; ce sera ton eertilicat de bonne conduite.

I ne heure plus tard . tout était prêt pour recevoir de nouveau l'ennemi; le capitaine avait calcule qu'il avait encore assez de boulets pour une heure et demie île combat. 11 annonça a l'équipage qu'il n'amènerait le pavillon que quand les munitions seraient tout-à-fait épuisées Mais les iux anglais étaient trop occupes à sauver le Vénérable, qui s'en allait a la dérive, entraîné par les courans. <>n vit bientôt ce bâtiment s'échouer entre l'île de Léon et la pointe Saint-Roch, à une petite distance de Caduc, l'uis les trois autres se remirent en marche cl gagnèrent le détroit de Gibraltar.

Lorsque le Formidable entra dans la rade de Cadix, il était dans un eial si dépll rable qu'on ne peut concevoir que les chefs de ce navire eussent pu songer a un nouvel engagement, ses \oiies n'étaient plus que des lambeaux pendans; ses nuis et ses vergues étaient littéralement hachés; ses flancs avaient été déchirés en mille endroits par les projectiles des Vnglais; une dizaine de canons étaient brisés et démontés En un mot, jamais athlète plus intrépide n'avait quitté l'arène plus saignant et plus mutile.

Troude ci ses compagnons de gloire turent, en mettant pied a terre.

salues par les acclamations de la foule qui les attendait dans les rues île

Cadix. Ce fut une ovation complète Mille bras empressés enlevèrent le capitaine et le portèrent jusqu'à sou logement, cl le canon des forts joi-

i l image a celui de la population

— Dites donc. Espagnols, demanda le eau lier avec (pu nos lecteurs

i fait connaissance, et qui se servait du refouloir anglais en guise

de canne, est-ce que je ne pourrais pas avoir aussi un petit I I ,1

triniomphe pour m tcouvillon ' i.es Espagnols ne -

mais voyant la ligure toute noircie de poudre du canot 'et la balafn

qu'il avait reçue a la joue, quelques hommes du peuple le hissèrent sur leurs épaules ci le portèrent a la suite du commandant, a la grande satisfaction du marin, qui naît comme un fou. en faisant la figue a ses camaradi s

Quand le capitaine ("roui tra i a France, il fui mat de ., paris, la premier consul le recul au milieu de son ■ ., n l'eihbrassa, et, le

présentant a ses officiers Messieurs, dit-il, voici VHorace français, le brave capitaine Troude, Salue/, le vainqueur de Cadix '

F. Coi m | i i

Sational

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