‹ Le cabinet de lectureChapitre 81 sur 249 · EXTRAITS · texte numérisé non relu

EXTRAITS

V II est vraiment extraordinaire que nous tenions tant à avoir des lions.

Depuis que nous avons attrape ce mot anglais, qui s'applique, à Londres, à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d'ecosse.

Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporaines, qui ne parle des lions de Paris.

Mais où diable sont-ils donc, ces lions ?

Ils sont partout.

Quelques uns les placent à l'Opéra, dans des avant-scènes, qui, .toutes successivement, ont reçu le nom de loge infernale; car le degré de latitude de la loge infernale, n'a jamais été bien Gxé.

D'autres, ne voient de lions qu'aux courses, au bois de Boulogne, et disent le soir, en style de garçon droguiste :

.l'ai été au bois ce matin, et j'ai vu beaucoup de lions à cheval.

Uiprès de certaines gens, tout homme qui se promène sur le houlevart, avec un cigare à la bouche et un ami ivre sous le bras, est réputé lion.

Avec une paire de gants de cinquantaine sous, on pouvait, il y a quatre ans, se faire déclarer gant jaune.

Il n'en coûte pas davantage aujourd'hui pour être lion.

La moindre chose suffit : Avec un paletot jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d'emblée.

.Nous avons eu des muscadins, des incroyables, des impayables, des êlégdns, des beaux, quelques fashionabtes, mais appeler lions des jeunes gens qui mangent doucement de pauvres patrimoines, des étudians qui montent des chevaux de louage, des écrivains qui courent en cabriolet, après la faillite de leur libraire, c'est une parodie bien amère.

On ne sait pas quel chemin peut faire une sottise. Le mot lion a couru ;i travers toutes les classes de la société, s'appliquant au hasard à une foule de pauvres diables qui seraient bien Mers, s'ils savaient qu'on les appelle, a si bon marché, du même nom que les d'Orsay, les Cheslerlield, les Castelreagh de Londres, dont la fortune entière a payé cet insigne honneur.

(1) Les Nouvelles à la main, paraissent tous les mois, cl, se vendent rue d'Enghien, n. 10, a Paris.

Tous les jeunes premiers de théâtre sont traités de lions, en raison de l'élégance qu'ils sont censés porter dans leur toilette.

Les maîtres clercs de notaire, qui n'ont pas de lunettes , sont lions pour leurs inférieurs.

Quand le café de Paris n'était pas occupé par la coulisse, les gobemouches venaient voir, à travers les carreaux , les lions prenant leur nourriture.

Aux bals masqués, beaucoup de lampistes en habit noir et le chapeauclaque sur la tête, sont repoussés par des dominos, qui leur disent : Je neveux pas vous écouter, vous êtes un lion.

Les modistes se disent entr'elles : Les commis de la Bayadère, c'est tous lions.

V Fanny Essler est, aux États-Unis, l'objet d'un culte, tel que jamais les hommes n'en accordèrent de pareil à aucun dieu, à aucun prophète. Il faut lire les j'ouruaux américains :

« Partout le peuple répète son nom , la dévore du regard, et la suit « comme s'il était enragé.

A Richmond en Virginie,

« Son entrée dans la ville a été annoncée au bruit des cloches et du •< canon. Le maire a été au devant d'elle et l'a haranguée. Ensuite, uu » cortège s'est formé pour l'accompagner et s'est mis en marche à onze « heures précises. Ce cortège était ainsi composé :

« Le maire, les aldermen et les conseillers de la commune ;

« Le gouverneur et les conseillers d'état ;

« Les juges et la cour d'appel;

" Une litière renfermant la divine Fanny, portée sur les épaules de six « membres du sénat;

« Les membres du sénat ayant le président à leur tête ;

« Les membres de la chambre des députés, ayant aussi leur président « en tète ;

« Les officiers des armées de terre et de mer;

« Enfin, la foule des citoyens fermant la marche.

<> Une bannière précédait le cortège qui se rendit au Capitule d'où la « divine Fanny fut conduite à la chambre des députés, et placée à la » droite du président qui ouvrit aussitôt la séance. Plusieurs discours " furent prononcés en l'honneur de l'étrangère bienvenue, et la chambre ■< s'ajourna pour le soir même, à sept heures, au théâtre. »

Rentrée à son hôtel, Fanny eut à soutenir un siège. Des femmes, des eufaus, des vieillards, des malades se ruaient dans les appartenons, ils voulaient la voir, lui demander un regard, un de ses cheveux, un lacet de ses brodequins, un morceau de sa jarretière, pour en faire des amulettes, des talismans, des reliques.

Voilà où mène l'abrutissement représentatif; on éteint un peuple, on l'ennuie avec des théories politiques et industrielles, on lui donne pour lecture la Bible, pour récréation les chemins de fer; on le dégoûte des arts qui élèvent l'esprit, pour lui conseiller les spéculations qui le dégradent : alors ce peuple, n'a plus de littérature, plus de peinture, plus de musique, plus de théâtre, rien. Arrive une charmante danseuse que nous nous sommes contentés d'applaudir, et ce peuple l'adore ; la nature humaine fait explosion ; elle secoue cinquante à soixante ans d'oppression morale, d'ennui, de torpeur; elle sent qu'il y a du plaisir, du bonheur dans les arts, et se livre à des folies d'êtres primitifs.

Et voilà une danseuse portée sur les épaules d'un sénat.

Une cour d'appel qui dit comme le visir à la bayadère : Vois la justice a tes genoux.

11 est très heureux que Fanny Essler consente à ne pas changer la forme du gouvernement du pays, rien ne l'empêcherait d'être dictatrice des États-Unis.

Elle peut même, et elle n'a qu'à parler, oubliant l'Europe, berceau de ses succès, s'établir déesse eu Amérique.

V On conçoit que des rues s'appellent rué Pierre-Lescot, Corneille, Racine, Coude, Napoléon, Trévise. Valmy, Lafayette, mais il est indé-

cent qu'on leur donne des noms d'hommes vivans, à moins qu'il ue s j rattache le souvenir d'un grand fait politique et oational.

Qu'est-ce qu'un homme vivant ' un homme quia pu bien faire pendant la première période de -.1 vie, qui, pendant la seconde, peut devenir un scélérat.

Sous le prétexte qu'il a percé 1 ne rue pour le bien de l'humanité, il u'y a pas de maître maçon qui n'ait aujourd'hui le privilège de lui donner son nom.

Quand la bande noire s'abat sur un vieil hôtel, le dépèce, le déchiqueté, le coupe en passages, en ruelles, en impasses, tous les entrepreueurs, les charpentiers, les plombiers, les zingueurs de la chose, arrivent, avides 1 apposer leur illustre nom, à tous les coins du pâté

fraîchement construit.

arrivent des faillites, et souvent mieux que cela

La postérité aura doue le droit de bénir la mémoire des lions citoyens, dont le nom ser;i deux fois gardé, au coin d'une rue, et sur l'écrou de Clichy.

Derni on annonçait lavente,par autorité de justice, de la

maison et des meubles de M.B..., rue B..., qu'il avait décorée de son nom.

lu des créanciers, qui sont substitués aux droits du débiteur en fuite, a ires sérieusement écrit au préfet de la Seine, pour demander que le nom du constructeur fut biffé et remplacé par celui du syndic de sa faillite. .N'est-ce pas rigoureusement juste

V 1 ne négociation s'est entamée entre M. le baron James de Rothschild, banquier, rue Lafûtte, et son cousin M. Rothschild qui persiste à faire semblant d'être carrossier, rue Notre-Dame-des-Gràces, u° 1 bis).

Il s'agissait de taire comprendre au carrossier, que c'était un scandale pour la famille, de voir ce uoble nom affiché en grosses lettres au dessus d'une boutique.

On offrait a l'artisan, puisqu'il ne voulait pas en démordre, de lui donner la pratique de la maison.

M, lis pouvait-on décemment lui permettre de graver son nom sur les boites d'une voiture dont les panneaux porteraient le bouclier rouge des Rothschild?

\ quoi répondait le carrossier: Je veux bien supprimer mon nom, mais il m'en faut un autre, commanditez-moi un associé, Ce mot de commandite a tout rompu, le liaron n'a pas voulu, pour 50,000 francs,

racheter les dix lettres qui posent l'enseigne outrageante de son

cousin.

francs par lettres, cela Un semble cher; il a L'habitude de faire

de la vanité a meilleur compte.

V on s'arrache les spécialités pour les bonnes œuvres: les aveugles, les sourds, les orphelins, les prisonniers, sont accaparés depuis longtemps par les douairières 'I'- la charité, a ce point que les jeunes femmes eu sont a chen lier des infortunes, des prétextes de quêtes, et chargent les

médecins a la de de trouver des infirmités nouvelles qui n'aient pas

encore été soulagées Dernièrement, la duchesse de Ca . et Mme de M.. h se oui brouillées parce que l'une avait pris a l'autre une idée de quête toute de circonstance, une quélepour tes pauvret opérés du tlrabisme. La mendicité sera bientôt une sinécure.

V L'automne dernier, quelques voisins de terre vinrent l'aire une visite ,1 \l '"- de C..., qui habitait son château

I . a gl DS du château comiiieiiecreiil a chercher M""' de C..., pour conduire auprès delle, les visiteurs \prcs avoir battu le rez-de-chau

et tous les étages, ils ne l'avaient pas encore trouvi e. qu 1 une femme

de chambre vm leur dire :

Que VOUlez-VOUS ? savoir où est Madame1 Madame est sur ton tint,,

— Mi ! c'est vrai, dirent les gens s cesmessieurs veulent bien nous suivre, nous allons es conduire au chine de Madame.

Dans un coin Ires nuise du parc, un chêne au tronc vigoureux, arron-

dissait ses branches basses, serrées et volutées comme le calice d

(leur.

Vu milieu de ce petit boudoir de feuillage, au centre de ce fiais et vert, entourée de livres et d'ouvrages de tapisseries, app

M">- de I

Cinq ou six personnes était assisesau dessous de son arbre, et du de ce rustique perchoir, elle leur gazouillait en style de rossignol, l'ouïe de petits mots mélodieux et faciles

1 s nouveaux arrivés moatrèrenl d'abord quelque surprise, à la d'une femme ainsi suspendue, mais ils remarquèrent bien vite que M« C... avait un costume d'arbre.

V Les i:ens qui ue dînent pas chez eux OU en ville, n'ont jamais

Je vais dîner au restaurant

Ils oui dit Je vais au cabaret. Ils disent .1 présent . vujourd je dîne à l'auberge. «

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