IITTHE AUTOGRAPHE DE NAPOLEON
En 1787, Tissot, l'un des plus grands médecins du siècle dernier, reçut une lettre d'un officier d'artillerie en garnison a Douai moment en congé à Vjaccio, qui venait le consulter sur la saute de s m oncle, un vieil archidiacre corse attaqué de la goutte. Nous croyoi resser nos lecteurs en reproduisant celte lettre I . devenue une curiosité historique par le nom de celui qui l'écrivit, et nous avons bien soin de
conserver religieusement l'orthographe de l'original, comme un îles caractères les plus curieux de ce précieux autographe.
Ajaccio en Corse, 1 r avril 1787.
Monsieur.
Vous ave/, passé vos jours à instruire l'humanité el votre réj a percé jusque dans les montagnes de Corse où l'on se sert peut de médecin, il est vrai que l'éloge court mais glorieux que vous avez fait des leurs
1 un titre bien soufïïsanl pour les pénétrer d une
1 ce, que je suis charmé d'être | aria circonstance dans lecas de vous uer an non de tous nos compati
Sans avoir l'honneur d'être connus de vous, n'ayant d'autre titre, que l'estime que j'ai conçu pour vos ouvrages, j'ose vous importuner ci demander vos conseilles, pour un de mes oncles quia la goûte.
i 1 sera un mauvais préembule pour ma consultation, lorsque vous saurai que le malade en question à '» ans soixante et divans mais. Monsieurs, considérez que l'on vis jusqu'à cent ans et plus et mon onde par
sa constitution devait être du petit n bre de ces prévèlégiés, d'une
taille venue, n'ayant fait aucune débauche, ni de femme, ni de table,
ni trop sédentaire, m trop peu, n'ayant été agité d'aucune de ces passions violente qui dérangent l'économie animal, n'ayant presque poinl eu de
maladie dans tous le cous de sa vie je ne dirai pas comme hml lli qu'il avait les deux grandes qualités pour vivre, bon corps et 1 cœur, cependant je crois qu ayant eu du penchant à l'égoïsme, il s'esi trouvé dans une sitoytion heureuse, qui ne l'a pas uns (bus le cas d'en développer toute la torse.
I n vieux gOUteUX génois lui prédit dans le temp qu'il était encore
jeune, qu'il serait affligés de cette me lité, prédition qu'il I
sur ce que mon oncle a des mains et des pieds extrême lit pi «ils i I la
nie grosse Je crois que vous jugerai que cette prédition accomplie n'est qu'un effet du hazard.
s, joutte en effet, lui prit à l'âge de 32 ans, les pieds el lesgenoux en furent toujours le téatre, il s'est écoulé quelquefois jusqu'à 11 ans sans qu'elle revins; un ou deux s étaient la dune des .nées il j a
1 Nous devons celte lettre, jus |u'al m inédite, à M.fiharlcs 1 ynard, auteur .lune vie de Tissot, pleine d'intérêt el de renscignemens curieuv, publiée! Lausanne l'année dernière.
dix ans entre autres qu'elle lui revint etl'accès dura 9 mois il y aura deux ans au mois de juins que la goûte lataqua aux pieds; depuis ce temps là il garde toujours le lit des pieds la goûte se communiqua aux genoux, les genoux enflèrent considérablement depuis cette époque tout usage du genoux lui a été interdi. Des douleurs cruelles s'en suivirent dans les genoux et les pieds, la tête s'en ressenti, et dans des crises continuelles il passa les 2 premiers mois de son séjour aux lit, peut à peut sans aucun remède les genoux se désenflèrent les pieds se guérirent et le malade n'eut plus d'autre hdirmité que une inflixibilité de genoux occasionnée parla lixassion de la goutte au jarret, c'est-à-dire aux nerfs et aux artères qui servent au mouvement. S'il esseie de remuer les genoux desdouleus égus lui fout cesser son acciou.
« Il dort sans aucune espèce de mouvement, son lit ne s'est jamais refai, simplement l'on décore les modelas, et l'on remue la laine et les plumes. 11 mange bien, digère bien, parle, lit, dort, et ses jours se coulais mais sans mouvement, mais sans pouvoir jouir des douceurs du soleil, il implore le secoursde votre science, sinon pour le gairir, du moins pour fixer dans une autre partie ce mal gênant.
■ L'humanité, Monsieur, me fait espérer que vous daignerez reponde à une consultation si mal digéré moi-même de'puis un mois je suis turmenté d'une lièvre tierce, ce qui fait que je doute que vous puissiez lire ce griffonnage. Je finis, monsiou, en vous exprimant la parfaite estime que m'a inspiré la lecture de vos ouvrage et la sincère reconoicence que j'espère vous devoir.
« Monsiou, je suis avec le plus profond respect votre très humble et très obéissant serviteur. buosnaparte,
•< officier d'artillerie au régiment de La Fère.
« Ajaccio eu Corse le 1er avril 87. » L'adresse porte:
« A monsieur monsieur Tissot, docteur en médecine, de la société royale de Londres, de l'académie médico phisique de Bassle, et de la société œconomique de Berne à Lausanne en Suisse,
" A Lausanne » et au coin :
« Isle de Corse. »
l.e cachet, très bien conserve, porte les armes delà famille Bonaparte, surmontées d'une couronne de comte.