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PROCÈS SU COMTE 3>3G CARDIGAN

(Correspondance particulière de la Quotidienne.)

Londres, 17 février.

C'est hier qu'a été jugé, à la chambre des pairs d'Angleterre, le. fameux procès du comte de Cardigan, accusé d'avoir tiré déloyalemeût en duel sur le capitaine Tuckett, ancien officier du IL régiment de hussards que commande le noble lord. Comme depuis 1777 (époque du procès de la duchesse de Kingston pour bigamie) cette chambre ne s'était pas formée en cour de justice pour juger un de ses membres, les formes de la procédure avaient excité au plus haut degré la curiosité publique ; je crois donc qu'on lira en France, avec intérêt, quelques détails sur ce cérémonial, d'autant plus qu'il contraste étrangement avec la simplicité des usages de votre cour des pairs.

A neuf heures et demie, les portes de la chambre étaient ouvertes. Long-temps auparavant, les voitures de la noblesse stationnaient ;i quelque distance, et, à cette heure, tous ces équipages magnifiques, avec les valets dans leurs brillantes livrées de gala, s'étendaient déjà sur un espace de plus d'un mille. Les premiers personnages qui entrèrent dans la chambre, furent le lord chif-justice du banc de la reine, le vicomle Cauterbury, le marquis de Chohuondeley, les lords Lyudhurst

et Brougham. Les ambassadeurs de Russie, d'Autriche et de Prusse, en grand costume, les suivirent bientôt. La comtesse de Cardigan, avec sa sieur et son frère, prirent place dans une tribune réservée, où se trouvaient plusieurs dames de la maison de la reine, venues dans les carrosses de S. M.

A dix heures, une compagnie de fusiliers écossais de la garde prit position, sur deux files, dans le passage conduisant à la galerie.

A dix heures et demie, la voiture du comte de Cardigan dépassa rapidement la longue file des carrosses; elle était attelée de quatre chevaux magnifiquement caparaçonnés; le cocher et. les trois valets de pied, avaient la plus riche livrée. Le noble lord descendit dans un cabinet qui lui avait été réservé.

Les dimensions étroites de la chambre où les pairs tiennent leurs séances avaient forcé le lord chambellan de faire élever des galeries pour contenir le grand nombre de personnes qui, par droit, comme les pairesses, ou par privilège, comme les ambassadeurs, devaient assister au procès. Cette installation provisoire avait été faite avec beaucoup de goût. Les banquettes , les galeries et les murs étaient recouverts de draperies violettes sur lesquelles ressortaient, avec une certaine magnificence, les robes cramoisies des pairs et les brillantes parures des pairesses. Au dessous du trône, dont les marches étaient envahies par un grand nombre de fils de pairs, était le siège de lord Denman, président en l'absence du chancelier, malade, et un peu au-dessous les sièges des douze juges,

L'attorney-général qui devait soutenir l'accusation, et sir W. Follett, avocal du prévenu, prirent place, à dix heures trois quarts, derrière la barre, le premier à droite a\ec le greffier de la chambre et son commis, le second auprès d'une table derrière laquelle était Je siège de lord Cardigan. A gauche étaient les places réservées aux sténographes des journaux quotidiens; au-dessous se trouvaient quelques membres de la chambre des communes.

A onze heures précises, la chambre entra processionnellement. Elle était précédée de l'huissier de la verge noire, portant le bâton du grand sénéchal, du sergent d'armes avec sa masse, et du roi d'armes dje la Jarretière avec son sceptre. Puis venait lord Denman, suivi des douze juges et des lords spirituels et temporels, au nombre de 130. L'huissier de la verge noire et le roi d'armes de la Jarretière prirent place à la barre, et le président se dirigea vers le sac de laine. Aussitôt qu'il y fut placé, le lord évêque de Chichester lut les prières accoutumées. L'huissier de la chambre procéda alors à l'appel nominal dans l'ordre suivant: les barons, les évoques, les vicomtes, les comtes, les marquis, les ducs, les archevêques et les membres de la famille royale. Cette cérémonie fort longue, et qui n'avait pas eu lieu depuis très long-temps, lui égayée, malgré la gravité des circonstances, par certaines réponses militaires faites par dé jeunes lords occupant dans l'armée des grades peu élevés. Plusieurs pairs d'Ecosse et d'Irlande qui siègent à la chambre haute avec un titre inférieur à celui qu'on leur donne par courtoisie, avaient oublié totalement leur nom parlementaire; l'hésitation prolongée et l'embarras de plusieurs d'entre eux donna lieu à de nombreux éclats de rire.

L'appel étant terminé, les clercs de la couronne aux cours de chancellerie et du banc de la Reine se levèrent simultanément et firent au président trois saints officiels. Le clerc de la couronne en chancellerie plia le genou, et lui remit, dans cette position, la commission de lord grand sénéchal dont il allait remplir les fonctions. Lord Denman remit le brevet au clerc du banc de la Reine, et lui enjoignit d'en donner lecture. Les deux clercs se retirèrent après avoir renouvelé leurs trois saluts. Le, sergent d'armes réclama aussitôt le silence. Lord Denman se leva et annonça qu'on allait lire le message de. la Reine. Les lords déposèrent leurs couronnes et se tinrent debout pendant cette lecture.

L'huissier de. la verge noire et le roi d'armes de la Jarretière ayant fait trois révérences au trône, s'avancèrent vers le sac de laine, et là

prenant tous les deux le bâton du grand sénéchal, ils le présentèrent, à genoux, à lord Denman. Celui-ci le prit, se leva, el précédé des deux hérauts, il marcha vers le trône, ^.près un profond salut, il fut prendre le siège qui lui avait été préparé immédiatement au dessous de la plus haute marche. L'huissier de la verge noire, à qui il rendit le bâton, resta à sa droite, et le roi d'armes de ta Jarretière à sa gauche.

Alors le grand sénéchal donna l'ordre au sergent d'armes de faire comparaître le prisonnier. Le servent d'armes cria à haute voix HuiSS l r, amenez ici James Thomas Brudenell, comte de Cardigan. Lord Cardigan parut: il portait un babil de ville; il s'a\anca vers le siège qui lui avait été préparé et salua le grand sénéchal et les pairs. Tous se levèrenl pour reluire le salut.

i n clerc rappela en peu de mots au noble lord les charges qui pesaient sur lui, et lui demanda : Êtes-vous coupable ou non coupable ? Le comte de Cardigan répondit avec fermeté : — Je ne sun pas coupable Le clerc. — Comment voulez-vous être jug Lord Cardigan. — l'ar mes pairs.

Le clerc — Dieu donne a votre seigneurie une bonne délivrance. Le grand sénéchal, avec la permission de l'assemblée, descendit alors de son siège au dessous du trône et \ int se placer ii une table mi les hérauts d'armes prirent place à sa droite et à sa gauche. L'attorney-général prit alors la parole. Il commença par rappeler a la chambre les lois, edits ou ordonnances qui l'obligeaient à se déclarer compétente dans l'affaire du comte de Cardigan, s'appuyanl sur l'opinion de Blakstone et des principaux légistes des trois royaumes.

Il démontra les avantages et la nécessite même de cette loi constitutionnelle, qui dit qu'un pair d' Angleterre, un législateur héréditaire ne peut être dégradé par la couronne, mais seulement par acte du parlement, ce qui t'ait qu'en matière criminelle il ne doit être jugé que par ses pairs,

le verdict qui le condamne ou l'absout, devant cire pr ncé, non sur la

foi du serment, mais sur ['honneur, L'allorney -général déclara ensuite qu'il était heureux dépenser que les charges qui conduisaient le lord Cardigan devant ses pairs, quoique graves et si rieuses, n'avaient aucun degiié de turpitude moral ni pas de nature à imprimer une tache sur

la haute dignité dont il était revêtu. Il ajouta que la noble chambre ne sié- il pas connue cour d'honneur, mais bien comme cour judiciaire, et qu'elle se devait à elle-même de donner plus de force à la loi. Il entra alors dans les détails du duel qui sont fort simples. Deux coups de pistolets ont été tirés de chaque côté, et au second coup le capitaine Tuckett fut blessé.

Je n'entre dans aucun détail sur les plaidoiries et l'audition des témoins : et s circonstances n'ont aucun intérêt.

Vprès les répliques, le grand sénéchal ordonna aux étrangers de se retirer. La délibération lui courte, et au retour des spectateurs, le lord grand-sén I déboutai) pied du trône, il posa à chaque pair celte

question: James-Thomas, comte de Cardigan est-il coupable ou non coupable? Chaque pair se levant et plai api sa main droite sur son co ur, répondit: non coupable, sur mon honneur; le duc de Cleveland seul, répondit, non coupable légalement, sur mon honneur. Le duc de Cambridge répondit le dernier.

Le lonl grand-sénéchal mit la main sur son cœur et dit: Non coupable, sur mon honneur.

Le sergent d'armes reçut alors l'ordre de faire rentrer le comte de Cardigan, qui s'avança an delà de la barre. Le lord grand-sénéchal lui adressa ces paroles: — James-Thomas, comte de Cardigan, vous avi - i

accuse de félonie et jugé par vos pairs, j'ai la satisfaction de déclarer J

votre seigneurie que les lords ont prononcé à l'unanimité que vous n étiez

pas coupable.

Le cuite de Cardigan salua et se retira.

La proclamation, pour dissoudre la commission, tut lue avec li

malites accoutumées. Le roi d'armes de la Jarretii te cl l'huissier de la

ten-'e nuire présentèrent de uouveau, a genoux . au graodfseaeehal, le

bâton, emblème de sa dignité temporaire. Celui-ci le prit des deux mains

et le cassa.

Ainsi finit ce mémorabli proi

Le Times fait desévères réflexions sur l'acquittement de lord Cardigan par la chambre des pairs.

I. 'issue extraordinaire de ce procès, dit-il . et le jugement porté par la [ilus haute cour de judicature criminelle dans la cause de lord Cardigan, sonl uiw honte pour ce pays deep disgrâce), jettent un jour fâcheux sur l'état actuel de la loi anglaise, et font naître des doutes bien graves sur la manière dont les officiers qui représentent la couronne oui , en celle occasion, rempli leurs devoirs.

.lames I homas, C le de Cardigan, a été accuse devant ses pail dtl

crime d'avoir, avec préméditation, tiré un coup de pistolet sur un dis sujets de s. M., avec' l'intention de le tuer ou de le blesser grièvement. Ce crime est une/é/onte punissable , selon les siatuts de Victoria 1". chapitre .s-">, par la déportation ou l'emprisonm ment, et , dans le cas ou

le coup de l'eu a eu pour résultat une blessure, par la peine de morl

Les preuves les plus évidentes qui aient peut-être en aucune eau produites devant une cour de justice, l'ont été dans celle-ci, et cependant l'accuse a été reconnu innocent du crime qui lui était impute, et acquitte par le verdict unanime d'une nombreuse réunion des nobles | ans de la

Grande-Bretag t de l'Irlande. «

Le rimes recherche comment cela a pu avoir lieu. 11 n'accuse | cisément la chambre des lords d'avoir manqué à ses devoirs et de s'être laissé guider par de fâcheuses influences; mais la conduite de la m blc chambre ne lui en parait pas moins inexplicable. Nous ne concevons pas, dit-il comment la cham'.ue des pairs a pu se plonger en enti( r de la hauteur de son illustration dans cet ahi me de bassesse. n parait, au surplus, que l'acquittement n'a été prononce qu'a cause d'un \ de forme Lord Cardigan, ajoute le Times, avait été mis en accusation pour avoir fait l'eu sur llarvcv Garnett Phipps Tuckett, Il a été prouvé qu'il avait, à la vérité, tire un coup de pistolet sur un capitaine eu i m solde au service de S M , et qui passait pour s'appeler llarvcv Tuckett ; mais comme il n'a pas été prouve que le capitaine llarvcv Tuckett, sur

lequel il a été l'ait l'eu, avait aussi été baptisi s ms les oon s de Garnett et de l'hipps, et que par conséquent l'acte d'accusation a été fautif i a un point essentiel, le lonl Cardigana et j déclaré ainsi (pie l'a empli ment prononcé le duc de cleveland légalement non coupable. ■

TABLETTES DES CINQ JOURS

Fnit* «livcr*.

20 février. — Le Times donne ainsi I extrait d'un rapport du ! du timbre sur les journaux anglais du I" juillet au 80 septembre 1840 inclusivement: Le Times, 1,200,000; le \lorning-Herald, 470,000; le Horning-Chronicle, I4Q,000; le Uorning-Post, 270,000; l'/.'i Mail, 100.000; VEvening-Chronicle, 51,000. Le total du timbre du Morning-Herald, du Horning-Chronicle ri du Moming-Post est de 1,180,000. Ainsi il v a on.' d fférence de (10,000 en faveur du / seul sur ers trois JOUmaUX n Ul

— On h! dans le Glasgow-Chronit le:

« Il existe en ce moment d ans l'île de II. rns un homme ne en K.'tU, et par conséquent âgé de près de 1 1 1 ans il était au service de w Mae'- I.eod de Berneira, el fut un de ceux qui partagèrent son exil dans la grotte ou il lut oh cacher après la désastreuse bataille de < ul-

loden. Pendant tout le temps qu'ils restèrent dans cette cachette, plus heureux que le baron de Bradwardine, huis, unis et partisans leur fi ii rlurcnt en abondance de la venaison, du lUOUtOD, du poisson et autres

choses nécessain s a leur subsistance.

Le loin de cet individu, qui a vu mourir génération sur génération, est John Martin, Les facultés de la parole, de la vux1 et de l'ouïe, wgl

restées intactes chez lui, et il est encore si bien portant et si ingambe, que, par un beau temps, il n'a aucune peine à gravir le sommet de la plus haute colline de l'île de Marris.

— Un journal du Cap-de-Bonnc-Espérance contient les affreux détails suivans sur la perte d'un négrier et de 700 esclaves:

« Deux négrière ont fait tout récemment naufrage dans le port de Mozambique pendant un ouragan du sud-est; mais les équipages et 200 nègres embarqués sur ces navires sont parvenus a se sauver. On a su alors que l'un de ces bâtimens, commandé par un Espagnol, avait eu 900 esclaves à son bord, et que, durant un autre ouragan, les écoutilles ayant été fermées, 300 de ces malheureux étaient morts de chaleur et de faim. Quelques jours après, l'ouragan recommença avec une nouvelle violence; on fut obligé de fermer les ecoutilles, et lorsqu'on les rouvrit, on trouva encore 300 cadavres à fond de cale. Enfin, sur les 300 qui restaient, 100 périrent encore depuis ce moment jusqu'à l'arrivée du navire dans le port de Mozambique. On calcule que, durant l'année dernière, 12,000 esclaves ont été exportés du port de Mozambique. »

2i. L'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres a procédé,

hier à l'élection d'un académicien libre, en remplacement de M. le comte Biot de Mélito. Le nombre des votans était de 3!), et la majorité de 20 voix. M. Biot a obtenu 30 suffrages; M. Jollois, S; M. Ternaux-Compans, 1; M. Biot a été élu.

On a arrêté ce matin un singulier fou dans l'église Saint-Sulpice. Il

prétendait être tuyau d'orgue et voulait à toute force être replacé dans le buffet, d'où, disait-il, il avait été repoussé par la violence du vent,

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