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On écrit de Dordrecht à VAvondbode

« Le capitaine Brouwer, commandant le navire Pictura, allant de Dordrecht à Batavia, rapporte qu'il a vu, le 1-1 septembre dernier, à deux heures de relevée, une grande montagne de glace flottante ,dans la direction du nord, à 5 lieues de distance, ayant une hauteur de 150 à 200 pieds et -1 lieues de circonférence. L'atmosphère était couverte de nuages, à travers lesquels le soleil se faisait quelquefois jour, et alors la raon| igné luisait comme un miroir, mais dans l'ombre elle ressemblait aune masse de neige. Elle était à 37°, 5-1, latitude sud, 1G°,2G longitude est de Greenwich. Le capitaine Brouwer, arrive le 21 octobre à Batavia, avait fait le voyage en 113 jours. »

— On écrit de Saint-Pétersbourg, le 6 février :

« D'après un recensement, qui a été fait par ordre de M. le ministre de la police géuérale, la population de notre capitale se composait, le 31 décembre 1840, de -170,202 personnes, dont 337,003 hommes, et seulement 132,590 femmes. Dans la même année, le nombre des naissances à Saint-Pétersbourg a été de 10,019, c'est-à-dire 5,5-1-1 garçons et 4,4G5 filles. Cette ville renferme actuellement 8,001 maisons, dont 3,205 sont

en pierre, et 5,390 en bois. Il s'y trouve 1,147 jardins publics et privés.

— On lit dans le Globe :

« Lorsque la semaine dernière, dans les jardins de Buckingham, la glace céda sous le prince Albert, S. A. fut dans le plus grand danger, et si la reine et miss Murray ne s'étaient pas heureusement trouvées près de là, il n'y a pas de doute que l'accident du prince n'eût eu des suiks très graves. A l'endroit où la glace s"es! rompue, l'eau avait sept pi. 'ils de profondeur. Bien que près des bords, le prince ne trouvait pas d'appui pour pouvoir se tirer de l'eau sans assistance ; il y demeura plongé environ trois !.. imites, et il replongea deux fois avant d'avoir pu saisir la main de la reine. M. Murray, l'intendant du château, patinait dans un lieu écarté du jardin. Aux cris qu'il entendit (ceux de miss Murray), il accourut au moment où la reine était parvenue a amener le prince à terre. On suppose que pendant le temps que S. A. a dû être submergée, elle a avalé au moins une pinte d'eau. »

23. — 'Voici la force des universités allemandes: Berlin compte 1678 éludians; Munich, 1371 ; Leipsick, 935 ; Tubingue , 739; Goetingue , 704; Halle , 082; Breslau, 031 ; Heidelberg, 014; Bonn , 594; Ciessen, 407 ; Kœnisberg, 390; AVurtzbourg, 343; Erlangen, 311 ; Fribourg, 301; Marbourg, 285. (Gazelle universelle de Leipsick.)

— Il résulte d'une récente statistique que le nombre des imprimeurs, qui était pour toute la France en 1830 de 079, s'élève en 1841 à 101G.

24. — Il y a quelques jours, à Etoiles (Drôme), un jeune homme est mort par combustion de liqueurs alcooliques. Le malheureux avait fait un pari de 1 fr. 20 c. qu'U boirait un litre d'eau-de-vie. Il a perdu Inexistence en gagnant sou pari.

— On lit dans la Vigie de l'Ouest, que les médecins de Saiut-Malo viennent de porter de 1 fr. à 1 fr. 50 c. le prix de leurs visites : le prix d'un franc établi depuis plus d'un siècle ne leur paraissant en harmonie ni avec les honoraires que perçoivent les autres professions, ni avec les dépenses de la vie considérablement augmentées depuis cette époque.

— On lit dans l'Echo de la frontière:

« Il y a cinq jours, un chasseur de Saint-Martin, près Bermerain, a tué une outarde mâle. C'est l'oiseau le plus grand après l'autruche. Cet oiseau, originaire de Bussie, a été poussé dans nos contrées par le froid rigoureux de cet hiver. Il pèse 10 kilogrammes. L'outarde femelle qui était auprès du mâle n'a pu être atteinte. Il y a 19 ans qu'une autre outarde a été vue au marche de \ alenciennes. >>

Le Gérant, TAQUABD.

Paris.

Imprimerie et lithographie do MAn.nii cl RENOU, rue Bailleul, il et 11, prés du Louvre •

MAISON DE COMMISSION

GIROID-DE-GAND ET COMPAGNIE, CITE DES ITALIENS, RUE LAFFITTE, N. I, PRÈS TORTOM, A PARIS.

M. OIROUD-DE-GAND, étant associé avec des negocians qui ont acquis une longue expérience des affairés, achetant tout au comptant, de première main et sur commande seulement, n'ayant en outre aucuns fonds de magasins, n'est pas obligé de repartir sur les marchandises qu'il vend les perles éprouvées sur celles qu'il ne vend pas, ce qui le met à même d'effectuer tous les envois au rabais considérable de 15 p. 100. Ecrire franco. — Cette Maison se charge d'acheter ou de faire confectionner, et d'expédier, à ses risques et périls, en province et à l'étranger, et sans exiger aucune avance de fonds: Corbeilles de Mariage, Objets d'Arts, d Utilité, d'Agrémens, de Modes; Ameublemens, Ornement d'Église, Librairie, Musique. Elle envoie à choisir tous les objets dune certaine valeur, et ne fait ses achats que dans les premières maisons de Paris, telles que :

Thiébaud-Guicnarrt (soieries, nouv.),b. des Italiens, IS. I.emonnier-Pelvey (modes), r. St Honoré, ôix bis, au 1" Husu.ei-le-Jay (modes), rue Richelieu, 77, au l". Frainals-Gramagnac(cach. des Indes), r. Fejdeau,53. Boolf (tailleur), rue de Louvois, 10.

Auprctre (manehons aérifères), rue Sainl-llonoré, 361. Bosset (cach. des Indes, etc.), rue Vivietine,-is, au l«r. Violant (dentelles et blondes), rue Choiseul, 3 bis.

Lainné (fleurs et plumes), rue Richelieu, t08. Mayer (gants lacés brevetés), passage Choiseul, 52. Vrappler (tailleur), rue Neuve-Sainl-Roch, 32. Claniorgum (fabrique d'éventails), rue Vivienne, ''7. DuTresnc (deuil), au Sablier, boulevarl Montmartre, 3. A. Giroux (objets d'étrennes, jouets d'enfans), r.du Coq. Delon (nuuv., soieries), à la !:arbe-d'Or,r. Richelieu, 103, Delanuoy (nouveautés pour sous-jupesj rue Laflitle, t.

Blay-Lamilc (tailleur), anc. maison Rerchut, r. Vivien., 2. Lacoste père et fils (gravures sur bois), rue du Coq, 13- Labocbe(porccl. elcrisl. pour table), Palais-Royal, 153. JôsseÛe et Boue (blancs de fil et de eoton), r. Clerj, 23- Mui'loil (papiers de luxe), cite Bergère, 1*. Deliauve-Gallais (chocolats, thés, objols d'étrennes). Poignée (nouveautés), au .Minaret, boulev. l'oissonn.,ll# Uuel-Alrauiblé (stores, papiers peints), r. Richelieu ,77.

12* Année. — N° 12.

Dimanche 28 Février 1841.

littérature.

SCIENCES, BEAUX-ARTS, MŒURS

HEM0IRI - El < V ICI s.

HISTOIRES l l NOUVELLES.

DEUX CBAYUKES UF. MODE KT IN DtSSIX P\n MOIS.

()\ s\i:.i\\i ,i l'.in>. r m- du Hasard-Richelieu n i '.». ii.ms i.-s départemens, chei les Directeurs dt*^ i' "s. les Libraires, -'i aux bureaux des Message ries royales, et iti-s Messageries Laffiitle el Caillant.

Ou ue reçoit que les lettres alTraucbles.

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JOURNAUX, LIVRES, THÉÂTRES Mi DES l.l MÉLANGES.

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EXTRAITS D'OUVRAGES ivuiits El NOUVEAUX.

(*;>'- Le C.viiisf.t m: Lf.citiu; paraît tousles cinq juins . s ■'>, to, 15, m , -i:> cl r,(i de chaque mois. Pri* : - ir> fr. pour iruis mois , -s:, n pour six moiseï is i, pour l'année. — l'our l'étranger, 6 ii en sus par an.

\ n iniui'i - sur 1 colonne» : 78 cent" la ligue.

ET LE CERCLE REIMS

GAZETTE DES FAMILLES

SOMMAIRE

Le Serment, par M. Mabc Perrin. — Assassinat de Gustave III. — Samt-Just et Pichegru, par M. Chmu.es Nodier. — Sciences : Antiquités arabes; Antiquités saxonnes; Découverte de terres antarctiques ; Atterrisseniens sur les eûtes île L'Océan ; Coin mission seienuïique d' Ugérie; Paléontologie; Colonitkm des bois. — Cour criminelle de Saragosse. — Modes. — Description de tous les genres de turbans et coiffures modernes de la Turquie, de L'Egypte et de la Syrie. — Tablettes des trots jours : Faits dive.rs.

Au présenl numéro est jointe une gravure de Mode.

9jfl| LE SERMENT.

h n t.H2(T,'*ivaiî. dans un petit village de la Bretagne. M. de la Saus- -iimc hoihfne ài-'é de vinat-cinq ans. qui venait d'Iiériter des biens de son pe#à<et qui, quoique nous vécussions alors comme aujourd'hui sous le régime constitutionnel, n'en était pas moins, en même temps, le seigneur et Le coq du village. Il était le Bis des anciens seigneurs et le plus riche de l'endroit. Quand il eut épuisé tous les plaisirs de son vili que la satiété eut amène le dégoût, il lit des excursions hors de soji territoire, et tel qu'un paladin qui va courir les aventures, il s'éloigna de son château pour chercher fortune ailleurs; il erra d'abord d'un lieu à un autre, puis on remarqua qu'Q allait tous les jours dans une bourgade à l'est du village qu'il habitait et distant de quelques lieues. Quand les visites qu'il y faisait eurent duré trois mois environ,il les discontinua soit qu'il eut besoin de repos, soit que L'hiver approchât, il voulut demeurer chez lui. On le disait très peu clerc, et ayant jusque-là négligé

les leçons de son précepteur, il revenait sur des études mal faites. Toujours est-il qu'il vivait solitaire, sortant seulement pour faire quelques lours de promenade dans son parc ei ne recevant personne. I n

matin cependant un homme d'une quarantaine d'i es \inl frapper

a la porte du château, et demanda à être Introduit auprès de \l de l.i Saussaye.

— Monsieur ne reçoit pas, lui répondit un domestique.

— Allez lui dire que M. Jérôme le démande.

I.e domestique obéit, puis il revint dire que sou maître ne connaissait pas M Jérôme et qu'il ne voulait pas le recevoir.

\1 Jérôme éloigna le domestique du bras et passa outre. Il traversa le château, et, entrant par la porte opposée, il se vil en face d'un pare superbe, cl dans une grande allée il aperçu! M de la Saussaye qui se

pr enail mélancoliquement. 11 marcha droit au jeune homme, qui, îles

qu'il aperçut un étranger, s'élança de son côté avec colère.

— Monsieur, dit M. de la Saussaye vivement, des qu'il fut à la portée de la \iii\. je trouve bien étrange qu'on s'introduise ainsi chez moi contre ma volonté... \ qui donc parlc-je, Monsieur?

— .le vous ai fait dire mon nom, répondit tranquillement M. Jérôme.

— Mais ce nom ne m'apprend rien, il m'est inennnu. el

— Quand VOUS saurez nus r.iisnns. Monsieur, vous comprendrez mon insistance Je viens, au reste, pour une affaire qui vous intéresse plus que moi, puisque votre honneur y est attaché.

— Mon honneur, Mmisieur?

— Oui, votre h leur.

vi lérôme était un homme de quarante ans, comme nous l'avons dit; il était d'une taille avantageuse el bien prise; son visage sérieux

et modeste inspirait le respect, el quelque violent que fui M. de la

iye, il baissa les veux devant la fermeté polie de l'inconnu, et lui dit;

— Voyons, Monsieur.

— Comme il n'est pas juste, reprit M lérôme, que vous ignoriez al somment à qui vous avez affaire, je commencerai par vous dire, Monsieur,

que ma naissance vaut au moins la vôtre, et que par ma position et mes antécédens je vaux mieux que vous.

M de la Saussaye fit un pas en arrière rt se permit de regarder M. Jérôme avec quelque dédain.

— Ne parlons pas de la naissance, dit M. Jérôme, elle tient au hasard et on ne peut pas raisonnablement s'en vanter; pour le reste, Monsieur, j'ai eu le bonheur d'être utile à mon pays, et cette tâche honorable, je la continue; je ne crois pas que vous en puissiez dire autant. Tous êtes jeune, il est vrai; mais vous n'avez pas encore commencé, vous vivez dans l'oisiveté...

— Passons, Monsieur, passons, s'il vous plaît, dit avec hauteur M. de la Saussaye.

— Volontiers. Il y a trois mois, Monsieur, vous avez paru, pour la

première fois, au village de R , à deux lieues d'ici. Là habite

M"1" Duport, veuve d'un officier mort en 1812 sur le champ d'honneur. Mm" Duport a trois enfans, deux filles, dont l'aînée a dix-huit ans, la cadette seize, et uu garçon qui va avoir dix ans... Mais vous savez cela mieux que moi.

— Oui , Monsieur, répondit M. de la Saussaye , qui était devenu sérieux.

— Vous savez, continua M. Jérôme, que Mn,e Duport a une fortune qui, quoique médiocre, ne laisse pas que d'être importante en Bretagne; que, sans parler de la brillante réputation du père, la mère et ses filles sont citées comme des modèles de vertu et (l'honneur; que, si on veut trouver l'antique foi et cette probité sévère qui s'allie à toutes les autres nobles qualités , c'est chez Mme Duport qu'il faut aller. Vous savez enfin qu'à toutes leurs vertus mes demoiselles Duport ajoutent une beauté singulière, et que l'ainée surtout, Mlle Eugénie joint à un esprit distingué des attraits auxquels rien n'est comparable. Vous avez été présenté chez j[m. DUport, et vous y avez été reçu avec la distinction que méritent le nom que vous portez et vos richesses, non que M»e Duport estime beaucoup la noblesse, mais elle s'est fiée à cet adage : Que noblesse oblige. Peu à peu vos visites sont devenues plus fréquentes, et vous avez pu vous attacher à Mllc Eugénie. Bientôt vous êtes venu tous les jours, et au moment où Mme Duport devait croire que vous alliez vous expliquer et parler mariage , car les assiduités d'un jeune homme n'ont jamais lieu sans motifs, et, quand elles n'ont point de résultat, elies compromettent une famille, à ce moment, dis-je, vous disparûtes, ou ne vous vit plus, et...

— Et Mme Duport, dit M. de la Saussaye, vous a chargé de venir me demander des explications ?

— Mm« Duport! s'écria M. Jérôme, avec l'air du plus grand étonnement; eh! Monsieur, je ne la connais pas seulement de vue ; je n'ai jamais mis les pieds dans sa maison.

— Vous n'êtes pas parent, ou ami de cette famille ?

— Pas le moins du monde, Monsieur.

— Alors de quoi vous mêlez-vous ?

— De quoi je me mêle, répondit tranquillement M. Jérôme. Mon Dieu! de ce qui est juste, de ce qui est honnête, de votre honneur.

— C'est prendre trop de soins, Monsieur.

— Du tout : je m'intéresse à vous, et il me semble que pour agir en honnête homme, il faut que vous épousiez M"« Eugénie.

M. Jérôme appuya avec tant de force sur ces deux mots, il faut, que M. de la Saussaye le regarda avec ironie et lui dit :

— Ah! vraiment, il faut !

— Oui, Monsieur, c'est absolument nécessaire.

— Et si je n'étais pas persuade de cette nécessité.

— Ah! Monsieur, c'est impossible. Vous comprenez mieux que moi encore cette nécessité ; vous savez l'amour que vous avez feint ou que vous avez peut-être; vous connaissez la valeur de vos promesses et de vos sermens, vous savez tout l'amour qu'a pour vous M"' Eugénie. Enfin...

— C'est donc M11» Eugénie qui vous envoie? dit le jeune homme.

— Elle ! M"« Eugénie ! je vous jure qu'elle ne connaît pas M. Jérôme.

M. Jérôme raconta ensuite à M. de la Saussaye combien ce mariage était avantageux et honorable pour lui ; il entra dans des détails tellement précis, il rapporta des circonstances si intimes qu'il étonna son auditeur.

— Vous avez engagé votre parole , lui dit-il, vous avez abusé de l'inexpérience de cette jeune fille pour surprendre son cœur, et vous vous êtes mis dans une position telle que vous ne pouvez pas reculer sans déshonneur ! Vous-même le sentez ; et cette retraite où vous vous renfermez, et où vos mauvais penchans luttent contre vos bonnes qualités, en est la preuve. Je suis donc persuadé, Monsieur, (rue vous allez sans délai retourner chez Mm° Duport et lui demander la main de sa fille Eugénie.

— Non, Monsieur, non, dit le jeune homme d'un ton résolu.

— Mon Dieu ! continua M. Jérôme, je sais bien [quelle a été votre vie jusqu'à présent : vous avez abusé de votre jeunesse , de vos agrémens naturels, de vos richesses et de votre nom auprès de bons paysans pour lesquels un nom est encore quelque chose ; vous avez séduit de| jeunes filles, vous avez multiplié ce que vous appelez vos conquêtes , sans jamais rien réparer... Plût .au ciel que quelqu'un vous eût arrêté au commencement de ces coupables folies et vous eût forcé à épouser votre première victime.

— Épouser, Monsieur !

— Oui, épouser ! il y a des torts qui ne se réparent que d'une seule manière.

M. de la Saussaye, tout étourdi des propositions de M. Jérôme, essaya de lutter contre la fermeté qu'il voyait dans le regard de son antagoniste, et il cherchait en même te mps quels pouvaient être les motifs de cet nomme pour se mêler si activemeut d'une affaire qui devait lui être étrangère ; mais M. Jérôme avail dans la figure tant de calme et une si grande sérénité, qu'on ne pouvant attribuer sa démarche à aucune mauvaise passion, ni même à un intérêt personnel; il semblait poussé par le seul désir d'empêcher une mauvaise action, et de voir s'accomplir une chose honnête.

— Monsieur, dit-il à M. de la Saussaye, vous ne voulez pas épouser M"1' Eugénie Duport ?

— Non, reprit le jeune homm e.

— Prenez £<arde; considérez (pie dans la position des choses votre refus est un lâcheté.

— Une lâcheté! s'écria le jeu ne homme, prenez garde vous-même.

— Une lâcheté! répéta tranquillement M. Jérôme. Feu le capitaine de cavalerie Duport est éresté, vous le savez, sur le champ d'honneur; sa veuve est sans parens, sans amis qui puissent la défendrej ses filles sont sans soutien; il y a bien un jeune frère, mais il ne pourra le venger que dans dix ans, et dix ans sont bien longs pour garder une offense. Vous savez tout cela, Monsieur, et vous cherchez à en abuser lâchement.

— Rétractez ces paroles, Monsieur, ou vous aurez à vous en repentir, dit M. de la Saussaye.

— Non assurément: je sais qui vous êtes; j'ai compris que des moyens ordinaires ne suffiraient jamais pourvous ramener au devoir, et je suis décidé à tout, certain de ne pas me repentir... Vous êtes un lâche, vous êtes un homme sans honneur, vous êtes un misérable !

— Monsieur, vous me ferez raison.

— Très volontiers; il y a deux épées dans la voiture qui m'a amené. Mais, Monsieur, songez-y bien, un duel est souvent un jugement de Dieu. De quel front tournerez-vous l'épée contre moi qui lie vous demande qu'une chose juste et honorable, qu'une chose que votre conscience et votre amour même vous ordonnent de faire ?. . . Allons donc, Monsieur, songez encore une fois que vous auriez une autre conduite si le père vivait encore ou si le fils avait vingt ans... Mais me voici, Monsieur, je guis ce mari qui manque à une pauvre veuve, ce père qui l'ait ilulaut

à M" • Eugénie, ce frère que vous avez cru trop jeune pour s'opposer a vous.

\ otre parc me convient : ètes-vous prêt, Monsieur ?

— Je suis à vos ordres, dit M. de la Baussaye.

— Avez-vous des épées ?

— Oui, Monsieur.

— Laissons donc les miennes et prenons les vôtres.

Les épées turent apportées sur-le-champ, et tous deux s'enfonceront dans une des allées du parc

M. Jérôme, la tête baisse' et les bras croisés sur la poitrine, marchait lentement et paraissait livre à une méditation proronde.

— Monsieur Jérôme, (lit M. de la Saussaye; je fais deux imprudences en acceptant ce combat: la première, c'est de me battre contre un inconnu...

— Il est vrai, vous ne me connaissez pas ; et l'autre imprudence, Monsieur ?

— Nous nous battons sans témoius.

— C'est encore vrai; mais vous remarquerez que, dans ce cas, o'est moi qui suis l'imprudent : je me bats chez tous, et si je vous tue. je passe pour un assassin; au lieu que vous, vous vous êtes défait d'un agresseur, voilà tout. Du reste, appelez vos domestiques.

— Non, Monsieur, non; il parait qu'il faut que tout soit extraordinaire dans cette rencontre.

— Plus que vous ne croyez, Monsieur. Etes-vous prêt ?

— Oui, monsieur.

— l-'.n garde.

I . combat ne fut pas long, M. Jérôme commença par désarmer son adversaire, [mis il le pria poliment de ramasser son épée et de faire quelques réflexions. Apres quelques minutes écoulées on recommença, et M Jérôme, écartant d'un coup rigoureux le fer de son adversaire, fit un pas vers lui et le blessa au bras gauche.

— Monsieur, lui dit-il, en lui faisant un Lirand salut, je suis votre serviteur, au plaisir de vous revoir.

Et il tourna sur ses talons; puis, quittant le parc, il regagna sa voiture.

Quand M. de la Saussaye vit son sang couler, et qu'il sentit les premières atteintes de la douleur, U regagna son château, se mit au lit et envoya chercher son médecin.

— Ce n'est rien, lui dit le docteur, aucun muscle n'est intéressé et dans quinze jours vous pourrez vous servir de votre bras Mais ce qui

; rive m'étonne.

— Et moi aussi, docteur.

PTêtes-vous pas de la première force à l'épée '

— Oui docteur; niais je lie suis qu'un enfant auprès de mon antagoniste; il m'a desarme a la première hotte, et la vigueur de son poignet lui a permis de me blesser a un lieu où L'épée n'atteint pas d'ordinaire; il a choisi sa place.

— Diable, diable, dit le docteur.

— Et, poursuivit le docteur, cela a été fait dans un instant... A propos connaissez-vous ce monsieur?

— M. Jérôme.

— M. Jérôme, dit le docteur, je n'en ai jamais entendu parler... Mais pourquoi vous ètes-vous battu mon cher M de La Saussaye

- mots, M de La Saussaye baissa la tête, et, rougissant un peu, il répondit :

— Que sais-je, une ancienne querelle; la Ligure de ce Monsieur me déplaît et la mientte ne lui revient pas.

— (..'est bon, c'est bon, dit le docteur; vous ferez dicte et mettre/ sur le bras blessé rmgt-cmq sangsues.

Quinze jours après, M. de la Sas ri, suivant i |

du docteur, et il se promenait dans sou parc lorsqu'on lui eu M Jérôme.

— Ah ! voici ma i |oi arrive, s enii-t-il ; laissez-le venir.

M. Jérôme l'avança lentement vers M. de la S qu'il trouva

dans le parc, à peu prés à la place où il l'avait rencontré La première fois.

— Monsieur, lui dit-il, je suis ravi de vous trouver bien portant ; je ne suis pas venu vous voir durant votre légère maladie, parée que je savais que votre état n'avait rien de sérieux et ne pouvait pas inquiéter vos amis.

— Vos amis ! dit M. de la S tuss tye; est-ce que, par hasard, Monsieur se met du nombre ?

— Sans doute. Monsieur, et parmi les plus dévot

— Eh bien! mon ami. répondit le jeune homme avec un sourire railleur, vous me devez une revanche, et vous ne me la réinsère/, sans doute pas?

— Cela dépend . Monsieur; je n'aime pas les duels, mais il y a des

us. des circonstances , il y a telle position où un duel est inévitable Mais, Monsieur, quand un duel a été lovai, quelle est la nécessité d'une revanche.' De quoi VOUS plaiimez-vous ? Ne vous ai-jc pas donné la vie deux fois : une fois quand je vous ai désarme, une autrefois lorsque, pouvant vous percer de part en part, comme cela m'était facile , je me suis contente de vous blesser légèrement? Est-ce de cela que vous voulez vous venger? .Non, Monsieur, ne confondons pas : dans notre différend, c'est vous qui êtes l'offenseur, et c'est moi qui suis l'offense; ou du moins c'est M Eugénie Duport, dont je soutiens les droits.

— Sait-elle que j'ai été blesse pour elle ? dit avec vivacité M. de la Saussaye.

Pour elle ! répondit M. Jérôme; c'est u\i peu trop fort \ ous fOUS i tes battu a cause d'elle. OU pour mieux dire contre elle. C'est moi, Monsieur, qui me suis battu pour elle.

— Contre elle ! Jamais, dit M. de la Suis-

— Il serait difficile d'expliquer la chose autrement, répliqua M. h rôme. J'arrive, je vous engagi à remplir un devoir sacre , vous vous v refusez ; vous aime/, mieux vous exposer à mourir et même à tui i prochain que de satisfaire a l'honneur.

— Encore l'honneur, dit M de la Saussaye.

— Oui, à l'honneur, et puis vous prétendez vous être battu pour M1'* Eugénie Duport? Ulonsdonc, Monsieur... Du reste j'ignore si M11, Duport a su notre combat. .le.vous l'ai déjà dit, je n'ai pas l'honneur de la voir.

M. de la Saussaye paraissait avoir perdu l'envie de demander sa revanche, et la conversation languissait lorsque M. Jérôme lui dit d'un air doux et affectueux :

— Je viens, mou cher Monsieur, pour cette même affaire dont je vous ai entretenu il y a quinze jours.

— J'ai reçu des nouvelles de la famille Duport, dit M. de la Saussaye, sans répondre a ce qu'on lui demandait.

\ bM. Jérôme, vous v êtes allé ' Le ciel en soit

béni.

— Je ne suis pas sorti de chez i. Monsieur ; mais j'ai su indirecte-

ment qu'un jeune homme riche et de bonne famille, qui depuis temps, dit-on, est amoureux de m Eugénie, a demandé sa main, et que M1" Duport, n'est pas éloignée de ce mariage

— C'est possible, répondit M. Jérôme, j'ig -e tOUt cela; je ne vois

pas la famille Duport, mais vous savez que M Eugénie ne consentira pas a ce mariage ni a aucun autre ; elle ne pciil épouser que vous

—On a ajoute, continua M de la Saussaye, que ce jeune homm vu favorablement par M Eugénie.

calomnie' répondit froidement M. léfl

Non, non' s'écria M. «le La Saussaye avec la colère mutine d'un homme qui se débat contre sa conscience; non. je ne i é| serai

— Envoyez chercher vos épées, Monsieur, dit M. Jéi

Avez-vous été à La Comédii lui demanda le jeune hou ■

.i\ sin ucoup autrefois.

— Avez-vous lu Moli

— Je l'ai su par coeur, répondit encore M. Jérôme.

— Eh bien ! c'est le Mariage forcé que nous jouons ici.

— Qu'appelez-vous le Mariage forcé , Monsieur! s'écria M. Jérôme? Vous vous introduisez dans une maison où on n'a que faire de vous, où on ne vous connaît pas, où on ne vous souhaite pas; là, vous abusez lâchement de l'hospitalité que vous avez réclamée; vous inspirez de l'amour a une jeune iille à l'insu de sa mère ; vous trompez sa jeunesse ; vous triomphez de son ignorance; vous la séduisez, et vous parlez de mariage forcé ! Oui, il y a un mariage forcé ici, mais les rôles sont changés, et c'est une Famille respectable qui est forcée d'avoir un gendre tel que vous... Ce discours vous offense, votre orgueil ne saurait le supporter; habitué à user indignement de vos avantages, vous choisissiez vos victimes, et dans M"0 Duport vous avez cru en avoir une aussi mal défendue que celles que vous avez trouvées jusqu'ici... Eh bien! desépées, Monsieur, des épées, puisque c'est avec le fer seulement qu'on peut avoir raison de vos outrages.

Le jeune homme quitta le parc avec précipitation, et courut lui-même chercher les armes qu'on lui demandait. Durant son absence, M. Jérôme tomba dans une tristesse semblable à celle qu'il avait éprouvée lors de son premier combat.

— Aurais-je pris un mauvais moyen, se disait-il ; me serais-je laissé emporter trop loin par les habitudes de mon premier métier! O mon Dieu qui me voyez et qui méjugez, ô mon Dieu! vous qui savez la valeur d'une promesse sacrée, d'un serment dont les paroles sont les derniers sons que perçoit l'oreille d'un mourant, faites-moi connaître votre volonté: (pue faut-il faire, grand Dieu !

M. Jérôme avait a peine achevé cette oraison mentale que M. de la Saussaye arriva avec deux, cpées. Sans considérer précisément ce hasard attendu comme un avis d'en haut, M. Jérôme se laissa aller à son esprit militaire et il se mit en garde. Son adversaire jaloux de se venger en lit autant, et ce combat fut plus court encore que le précédent. M. Jérôme cette fois blessa M. de la Saussaye au bras droit ; les doigts de la main de M. de la Saussaye se détendirent, l'épée tomba et M. Jérôme, toujours grave et impassible, fit un grand salut et quitta le jeune homme blessé sans lui adresser un seul mot,

— Ah ça ! dit le médecin, en pansant le jeune homme, vous me direz quel est le maître d'armes qui en veut à vos bras et qui vous touche avec un talent si particulier qu'un chirurgien aurait bien de la peine à faire des blessures aussi innocentes. Savez-vous qu'il a passé près du muscle avec un bonheur inouï ?... Vingt-cinq sangsues, mon ami.

— Je suis la proie des sangsues et de M. Jérôme, dit tristement M. de la Saussaye.

— Mais quel est donc ce monsieur Jérôme ? demanda encore le médecin ? Est-ce un Cent-Suisse, est-ce un Anglais, est-ce un Bonapartiste?

— C'est un homme calme et froid, répondit le jeune homme, qui a juré de me tuer en détail.

— Accommodez-vous avec lui, mon ami; sans cela je ne réponds de rien.

Cependant la blessure de M. de la Saussaye lui donna la fièvre; il eût tous les rêves d'une malade, il vit des fantômes ; don Juan de province, c'est-à-dire seulement à demi corrompu; il eut des remords; puis la fièvre tomba, et dans l'affaissement qui la suivit il fit des réflexions sérieuses. Sans pouvoir deviner qui était M. Jérôme, et tout en cherchant même a éloigner ce souvenir désagréable, il y revenait malgré lui et se demandait quel motif particulier faisait agir cet homme.

— Il faut, pensait-il, qu'Eugénie ait fait quelques confidences, qu'elle ait parlé à quelqu'une de ses amies, et d'oreille en oreille, M. Jérôme aura appris un secret qui ne devait être connu que de deux personnes.

Malade, et disposé par la solitude et son isolement à admettre toutes les hypothèses, à admettre même que M. Jérôme n'avait été poussé que par l'amour de la justice et de la vertu, il était alors humilie du rôle qu'il avait joue el sentait très bien tous les avantages de sou adversaire. Enfin la jalousie s'en mêlait; moins scrupuleux que M. Jérôme, il ne voyait

pas la raison qui empêchait M"e Duport de se marier avec un homme jeune et amoureux ; de quelque bonheur qu'eût été suivie sa poursuite amoureuse, personne n'en avait, la confidence. M. Jérôme lui-même avait parle en termes précis, il est vrai, mais qui prouvaient ses craintes sans donner la certitude qu'il sût jusques à quel point les choses avaient été poussées. Le public ignorait sou intimité, en effet; mais son assiduité avait été assez longue pour compromettre la jeune fille et pour déterminer un ami, un parent, un frère, à affronter pour elle les chances d'un combat ; car, croire qu'Eugénie eût parlé, c'était une idée à laquelle il ne pouvait pas s'arrêter. N'importe , M. Jérôme avait pris un mauvais moyen : on ne force pas un homme l'épée à la main à épouser une fille. Puis, quand il songeait à Mlle Eugénie, quand il se rappelait sa grâce et sa beauté , il était étonné de sa conduite , et l'amour lui faisait sentir le remords. Mais l'orgueil le retenait, et irrésolu, mécontent de lui-même, il se laissait aller tour à tour à son amour, à sa jalousie et à sa vanité, lorsqu'un domestique lui remit une lettre : c'était Mnle Duport qui Ici écrivait.

« Monsieur, lui disait-elle , quoique je sois étonnée de votre absence , dont je ne comprends pas le motif, je ne puis m'empêcher de vous regarder comme un ami de ma famille , et j'ai l'honneur de vous annoncer le mariage prochain de ma fille Eugénie avec M. de R... »

A cette nouvelle, M. de la Saussaye ne fait qu'un bond de son lit sur le plancher ; il se lève, il s'habille, demande un cheval et prend au galop le chemin de la demeure de M"ie Duport. Il arrive, confie son cheval à son domestique, et sans entrer au salon il prend un chemin qu'il connaissait trop bien et entre dans la chambre d'Eugénie. Elle était seule, assise dans un fauteuil, et la figure cachée dans son mouchoir.

— Eugénie, dit-il, Eugénie, vous allez vous marier?

— Que vous importe, Monsieur, répondit la jeune fille sans lever la tête.

Que m'importe? dit M. de la Saussaye. Comment, Eugénie , moi qui vous aime, moi qui vous adore, moi qui espérais être aimé de vous, vous m'abandonnez ainsi, vous me trahissez, vous en aimez un autre !

La jeune fille pleurait et ne répondait rien ; et M. de la Saussaye, qui depuis un mois s'était battu deux fois plutôt que de consentir à l'épouser, était à ses pieds ; il pressait ses genoux, il priait, il suppliait ; il reclamait un regard, un mot ; il offrait son nom, sa fortune et sa vie entière.

— Non, disait-il, non; ce n'est pas possible, vous n'aimez pas M. de R..., vous ne, l'épouserez pas ! Ah! parlez, Eugénie, parlez, dites un seul mot, ou je meurs à vos pieds.

L'amour est une passion si vive et qui entend si peu la dissimulation, que le premier mot d'Eugénie, qnand elle voulut bien regarder M. de la Saussaye, fut :

— Ah ! mon Dieu, Monsieur, que vous êtes pâle.

Au moment même le sang s'échappa de la plaie mal fermée de M. de la Saussaye, et Eugénie s'écria :

— Ah ! ciel, du sang ! du sang ! Vous êtes blessé, Monsieur ?

— Ah ! oui, dit le jeune homme, c'est votre M. Jérôme.

— Mon M. Jérôme! que voulez-vous dire?

M. de la Saussaye comprit bientôt quelle imprudence il faisait en citant M. Jérôme ; car enfin, comme le lui avait fait observer son adversaire, c'était pour elle que s'était battu M. Jérôme, et son rôle à lui, la Saussaye, était difficile à expliquer. Il se reprit donc :

— Pardon, dit-il, pardon, Mademoiselle, vous ne connaissez pas M. Jérôme?

— Il vous a blessé? répéta la jeune fille.

— Mais le connaissez-vous ?

— Ah ! Monsieur, répondit Eugénie en redoublant de pleurs, depuis quand m'accusez-vous de connaître vos ennemis?

— Ah ! mes ennemis, dit alors la Saussaye , ce sont eeux qui veulent vous enlever à mon amour; mon ennemi, c'est M. deR..., mon eune-

LE CAMNET DE LECTU11E.

mie, c'est votre mère, qui dispose de votre main, c'est vous qui oh mou ennemi, c'est quiconque vous enlève à mon amour. Cependant le sang roulait, et la jeune 011e effrayée voulait sonner

pour appeler du secours.

— Non. non, dit la Saussaye, laissez-moi mourir, ou dites que vous m'aimez encore...

\ ce moment même, la porte s'ouvrit, et M"'" Duport entra dans la

chambre de sa tille.

Mute Pf 111! I V

(Le Temps. — La suite incessamment.

ASSASSINAT DE GUSTAVE III, 15 mars 1)99.

"Minuit sonnait a la grosse horloge de la forteresse de Stockholm, quand une voiture à quatre chevaux, précédée de piqueurs portant des torches, s'arrêta dans la cour de l'hôtel du grand-maréchal du palais, comte dï'.ssen.

I il homme d'une haute taille, enveloppe dans un large domino noir, sYlanra de la voiture, monta rapidement le grand escalier île L'hôtel, dit quelques mots a L'oreille d'un huissier et entra dans le salon ou se trouvait le comte d'Kssen.

L'huissier avait annonce: M. l'amhassadeur d'Espagne !

Le comte d'Essen lit quelques pas au devant de l'ambassadeur.

— Pardonnez-moi, monsieur le comte, dit L'amhassadeur, si je v iens vous visiter a cette heure et dans cet équipage; mais des lettres anonymes m'ont appris qu'on en voulait aux jours du roi, je \iens \ous supplier d'en avertir sa majestf. Cette nuit, cette nuit même est choisie, assurc-t-on. pour accomplir cet horrible attentat. Détournez le roi, monsieur le comte, de sortir cette nuit de son palais; dctournc/.-le surtout d'assister a L'inauguration de la salle de l'Opéra dont il a dote la noble ville de Stockholm. Outre l'attachement que je porte personnellement a sa majesté suédoise, les affaires de l'Europe, en ce moment si compliquées et si épineuses, me font un devoir, comme représentant de la monarchie espagnole, de prévenir une catastrophe dont les suites seraient incalculables.

— Hélas! monsieur le marquis, répondit d'Essen en soupirant, j'ai ret u, moi aussi, des lettres anonymes qui m'annoncent une conjuration contre le

Sam ijesté elle-même a reçu, par une voie mystérieuse, L'avis qu'on en voulait a ses jours... Gustave n'en persiste pas moins a paraître ce soir même à l'opéra. Mes sollicitations, mes prières, ont été inutiles. Ne pouvant pas arracher mon roi au péril, je \ais le partager. Sans l'en prévenir, j'ai l'ait faire un domino noir absolument semblable au sien : heureux si les assassins se trompent !

— Votre dévouement est digne d'éloges et ne me surprend pas, monsieur le comte, reprit L'ambassadeur: mais a quoi bon tenter la fortune? Ne serait-il pas plus sage au roi de s'interdire un plaisirqui doit coûter tant d'inquiétude et d'ans;oisses a ses lideles sujets?

— Le roi a dit: Je veux ' répartit d'Essen; et si grande que soit la faveur dont je jouisse auprès de lui, je n'oserais pas risquer une parole de remontrance après une telle déclaration. Plaignez-moi, monsieur l'ambassadeur, recevez tous mes remerciemens de votre communication, et soyez sur que les précautions les plus minutieuses seront prises pour la sûreté

de sa majesté Déjà, par mon ordre, le régiment des tardes est eehelo •

sur la mute qui conduit du palais royal a l'Opéra; nu escadron de drabans escortera la voiture du monarque, et moi, je ne le quitterai pas d'un instant : Dieu fera le reste.

— Oue I lieu protège la Suéde et son roi. monsieur le comte, repris l'ambassadeur. rai rempli n levmr, vous ave/ rempli le vôtre, advienne

urra.

Et le marquis de Las-Mnias put a liai pour se

rendre a l'Opéra,

C.ustave 111 avait voulu rivaliser, dans l'édifice qu'il avait t'ai'

striure, de Luxe et de somptuosité avec L'Opéra français. I ne salle immense, décorée avec une élégante magnificence, se réunissait comme a Paris, par le moyen des machines, a un théâtre de 71 pieds de profondeur. Cinq rangs de loges, remarquables par les peintures, les les arabesques qui brillaient dans leur intérieur, s'épanouissaient circulai-

remenl comme autant de sônes d azur, d'opale et de pourpre l n lustre

qui supportait ;iiu bougies et io girandoles qui en présentaient le double, lançaient des Ilots de lumière et aug niaient encore la splendeur

et la majestueuse ordonnance de l'édifice. Les arts, les (leurs, le clima

de l'Italie semblaient s'être donne rendez-vous sur les limites SeptentriO-

uales de L'Europe.

Toute la noblesse de Stockholm, la haute bourg sie, les dépu

Etats et les divers ambassadeurs des puissances étrangères se pressaient dans cette arène éblouissante ouverte a tous les plaisirs délicats des peuples eivilises Mais ce qu'il v avait surtout de r arquable dans ce vaste

bal, c'était la reunion de Ions les costumes carnavalesques de l'I

Venise, Florence el Naples étaienl représentées par leurs trufaldins,

leurs polichinelles et leurs arlequinets; 1' Uitriehe et la Bavière par les pittoresques habits des pâtres du ï'\ roi t-\ des bûcherons de la forêt Noire; l'Espagne par ses sombres dominos et ses mantilles séduisantes; l'Angleterre par ses ignobles jockeys et ses caricatures politiques dans le goût d'Aristophane; le corps diplomatique toul entier s'était déguisé ce jour-la pour honorer L'inauguration d'un temple consacré aux beauxarts. Par une circonstance singulière, les députés des Etats de la Norwége

et des îles Schetlaml étaienl revêtus de leur costu oational. La réalité

se mêlait ainsi aux fictions, et la toilette rustique des enfans de la Scandinavie faisait merveilleusement ressortir la grâce, l'élégance et les piquantes allures des masques de l'ise, ,1,' Milan el de her-anic.

Outre un orchestre nombreux, le roi avait ordonne a la musique du vaisseau le Grand&ustave- Idolphe de venu- exécuter des fanfares pendant toute la durée du bal. Aux formidables accens de ees uisti iimeiis de enivre venait, a des intervalles inégaux, se mêler la douée el i;o

harmonie de Gluck, de Mo/art et de Cimarosa. D'é nies quadrilles se

formaient alors dans toute L'étendue de la salle, et des bourras de joie, des eris d'allégresse s'élançaienl de ces groupes échevelés et de ces colonnes frémissantes. La Suède était enfin initiée aux grandes saturnales des temps modernes

Tout a coup, une explosion se fait entendre, et le cri funèbre: I .e roi est assassiné! se répète de proche en proche. L'orchestre se tait, les danses sont interrompues, >'t toute cette multitude se roule comme une mer furieuse a toutes les issues de la salle pour échapper plus v île a un danger imaginaire, car le monument, disait-on, était mine, el L'assassinai du monarque n'était que le prélude d'un massacre général.

La salle n'était point mince, il ne devait point y avoir de nu mais le roi de Suéde était assassiné.

Gustave, enveloppé dans un domino noir, se promenai! dans le bal,

donnant le bras au comte d'1 ssen, vin absolument < me lui . i

trois hoi -s déguisés les accostèrent Bonjour, beau masque, dit l'un

d'eux en louchant légèrement l'épaule du roi \ peine cette parole, qui net ut qu'un signal . tut-elle prononcée, que l'un des trois hommes tira aboul portant sur Gustave un coup de pistolet. Le nu tomba dans les bras du comte d'Essen, et les meurtriers se perdirent dans la foule.

aussitôt, le roi fui entoure d'un grand nombre de personnes

— Ce n'est rien, Messieurs , s'écria-t-il, la blessure esl légère.

Cependant il avait porte la main ine, et le saiej coulait abon-

d imment.

Retirez-moi d'ici, mon chei jouta-t-il tout bas a son favori : je suis blesse a I I

on le transporta aussitôt dans le lover, ou une espèce de ht fut impro- . ,. Gustave i «ours; la arrivèrent en fi

grands officiers de la couronne, les députés de

— A-t-on arrêté les assassins! demanda impétueusement le baron de Gornek, chargé d'affaires de Bavière.

— Ils se sont échappés, répondit douloureusement d'Essen.

—Oui, ils se sont échappés, dit le marquis de Las-Minas, ambassadeur d'Espagne, qui entra sur ces entrefaites; mais voici qui pourra mettre sur leurs traces, si toutefois on veut bien s'en donner la peine.

Et le marquis remit à un capitaine des gardes le pistolet encore chaud qui avait servi à la perpétration du crime et un poignard.

L'assassin, en fuyant, avait laissé tomber ces armes dans la salle; ses nombreux complices, effrayés des suites de cet abandon, s'étaient précipités pour les ramasser ; mais l'ambassadeur d'Espagne , qui se trouvait à quelques pas de là, les avait gagnés de vitesse. Doué d'une force prodigieuse et d'une énergie égale à sa force, il écarta les conjurés et s'empara des armes.

Tandis qu'on transportait Gustave du foyer de l'Opéra au palais royal, le chef de la police convoquait à l'Hôtel-de-Ville tous les armuriers de Stockolm. Gaspard Bruggiter, armurier delà marine, reconnut le pistolet et le poignard.

— Je les ai vendus, il y a trois jours, à Jean-Jacques Ankarstroém, enseigne dans le régiment des gardes, dit le marchand, et j'étais loin de me douter qu'un gentilhomme et un officier suédois fût capable de méditer un pareil crime.

Cette déclaration de l'armurier mit sur-le-champ la police sur les traces des conjurés. Ankarstroém fut arrêté chez lui ; les comtes de Horn, et de Ribling, le colonel Lilihorn, le baron d'Erensvord, furent pris dans une maison de plaisirs située à quelque distance de l'Opéra. Cinq ou six misérables conspirateurs subalternes tombèrent également entre les mains de la police.

Dès le lendemain, la cour criminelle s'assembla.

Ankarstroém parut sans crainte devant ses juges ; il se gloriOa de son action, refusa de nommer ses complices, et, dans un discours empreint d'une éloquence sauvage, il reprocha au peuple suédois son aveuglement et sa crédulité.

— Suédois, s'écria-t-il, on vous mène à la servitude, et vous ne voulez pas vous en apercevoir. Vos députés sont corrompus, vos magistrats ne sont que les dociles instrumens d'un despotisme qui s'essaie ; vos vieilles lois, ces lois qui ont fait si long-temps la grandeur et la force de la patrie, sont foulées aux pieds ; vos drapeaux sont sans gloire , et votre pavillon est la risée desécumeurs de mer et des forbans.Toutes les nations vous méprisent, Suédois, oui, vous méprisent, car un peuple qui se laisse enchaîner dans la fange est nulle fois plus méprisable qu'un peuple qui se laisse enchaîner dans le sang : le sang fait quelquefois germer la gloire, il ne pousse que de la honte dans la fange. Où sont les soldats de Charles XII et de Gustave-Adolphe? où sont les flottes. indomptables de Christiern et de Wasa? Suédois, on veut transplanter au milieu de vous les fêtes impudiques de l'Italie pour vous énerver, pour vous amollir, pour vous corrompre : ne le voyez-vous pas ? Annibal a été chercher Capoue ; on fait plus qu' Annibal, on vous l'amène cette Capoue toute dégoûtante d'incestes, d'adultères, de jeux obcènes et de honteuses débauches... Le vieux sang suédois qui coule dans mes veines s'est révolté à l'aspect de tant d'abaissement et de turpitudes... J'ai pris des armes, et j'ai voulu délivrer mon pays du tyran qui le déshonore et qui l'avilit aux yeux du monde. Suédois, la mort sera le prix de mon courage (car il faut un courue surhumain pour tuer mime un roi); mais j'emporterai du moins dans la tombe la consolation d'avoir tenté la délivrance de ma patrie et l'espoir de laisser des imitateurs. »

Ankarstrbëm était un homme de 33 ans, d'une taille haute et bien prise, et d'une ligure pleine de noblesse et de franchise. Sa voix forte et vibrante avait ce timbre fantastique et mystérieux qui entraîne les masses dans les commotions politiques et-dans les révolutions populaires. Ses restes et ses attitudes étaient ceux d'un prophète, et son regard était celui d'un héros.

Quand il \ it les comtes de Horn et de Ribling, le colonel Lilihorn, le

baron d'Erensvord venir s'asseoir auprès de lui sur le banc des accusés, il parut profondément ému.

« Il faut donc à' la tyrannie expirante une immense hécatombe, s'écria-t-il, quoi ! les hommes les plus braves de la Suède, ses enfans les plus illustres dans la noblesse et dans l'armée vont partager mon sort ? Juges, prenez-y garde, ces [hommes-là ne sont point responsables de l'attentat que j'ai commis, et la patrie pourrait vous demander bientôt un compte rigoureux du sang que vous allez répandre. »

La procédure, contrairement aux usages de la jurisprudence ordinaire, dura long-temps. Le procès ne fut terminé que le 29 avril 1792, plus de six semaines après l'assassinat. Ankarstroém fut condamné à être décapité ; les autres conjurés, les comtes de Horn de et Ribling, le colonel Lilihorn, le baron d'Erensvord ne furent condamnés qu'à un bannissement perpétuel. La Cour de justice, eu ne prononçant qu'une sentence capitale, obéissait à l'impulsion de l'opinion publique et aux sympathies populaires.

Le secret de la conspiration avait été si religieusement gardé par tous les conjurés, que la justice ne put saisir qu'imparfaitement les fils de cette trame, ourdie simultanément dans les rangs de la noblesse et de l'année suédoise. Tout ce qu'on apprit, c'est que l'assassinat sur la personne du roi devait être commis le jour de l'ouverture des Etats; Gustave tint la diète dans la ville de Gèfle , et les conjurés furent obligés de renoncer à leur projet. Ils se rendirent , cependant, à Gèfle ; mais les discours qu'il prononça dans le sein de l'assemblée ne firent qu'irriter leur fureur, ils revinrent dans la capitale et se déterminèrent à brusquer l'événement : l'inauguration de la salle d'Opéra fut annoncée, ils en profitèrent et ils réussirent.

On a dit et on a écrit que la perte d'un procès contre Gustave avait allumé la haine d' Ankarstroém, et l'avait porté à se venger du monarque. C'est donner une cause bien ignoble à un affreux attentat, à un crime, horrible assurément, mais qui n'en est pas moins un très grand sacrifice. Non, ce n'est point dans de misérables intérêts d'argent et de fortune qu'il faut chercher la cause de cette catastrophe. Gustave III n'avait cessé d'empiéter, depuis son avènement au trône, sur les vieux droits et sur les vieux privilèges de la nation ; la couronné, à chaque convocation de la diète, arrachait à la complaisante facilité des députés, de nouvelles concessions; des traités peu favorables à la Suède avaient été signés, notamment avec le Danemarck et la Russie; une paix, mais une paix lourde et sans gloire pesait sur le royaume , et les Suédois, au heu d'être conviés au noble jeu des batailles, comme sous Gustave-Adolphe et sous Charles XII, voyaient s'élever, pour leurs plaisirs, des monumens fastueusement inutiles dans la capitale, tandis que l'armée était désorganisée, et que la flotte pourrissait dans les ports de la Baltique. Un tel état de choses ne pouvait qu'indigner les hommes attachés à leur pays, et le vieux ministre Penderborn exprimait la pensée des peuples suédois , en s'écriant : « La Suède a toujours été le berceau des sciences et de la guerre ; la simplicité de nos mœurs est le boucher de notre indépendance; malheur à celui qui voudrait nous imposer le luxe et les vices des peuples méridionaux, car celui-là serait un empoisonneur ! »

Des hommes jeunes, ardens, remplis du saint amour de la patrie, s'éveillèrent alors, regardèrent autour d'eux, et virent la corruption s'étendre à pleins bords, et l'égoïsme, ce grand destructeur des peuples, se dresser sur les ruines de la dignité nationale. Ces hommes, qui appartenaient à toutes les classes de la société suédoise, se rassemblèrent, épanchèrent leurs pensées, leurs croyances, leurs sympathies, leur espoir, et la conjuration se fit.

Ankarstroém marcha au supplice avec une fermeté qui ne se démentit pas un instant. Arrivé sur l'échafaud, et au moment où le bourreau allait s'emparer de lui, il demanda avec instance quelques instans pour se recommander à Dieu : on les lui accorda. Il se mit alors à genoux, et dit d'une voix forte, en élevant ses yeux vers le ciel : « Mon Dieu, vous lisez dans mon cœur, et vous savez si l'action que j'ai dû com-

mettre ne m'a point été inspirée par l'amour que je porte à ma chère patrie. Mon Dieu, si j'ai mal fait, mon sang va payer celui ijue j'ai répandu; si j'ai bien t'ait, accordez pour ma récompense à la Suède toute la liberté et toute la gloire dont elle est digne. Martyr ou criminel, mou Dieu, je me réfugie dans mis bras, je me réfugie dans votre miséricorde infinie !

Et se le\ant aussitôt, après avoir fait un geste d'adieu à la multitude assemblée el qui gardait un morne silence, il plaça lui-même sa tète sur le billot. D'un seul coup le bourreau l'abattit.

La mort de Gustave avait précédé de quelques jours le supplice d' \n karstroëm. \u milieu des souffrances affreuses que sa blessure lui faisait éprouver, le roi s'informait de la marche (\u procès, des affaires dp gouvernement et de l'impression qu'avait produite son assassinat sur les Sué dois et sur le peuple de Stockolm en particulier. Son favori d'Essen, qui ne le quittait pas d'un instant, tâchait de le satisfaire; mais Gustave, qui craignait les réticences du courtisan, ne s'en rapportait pas toujours à lui.

I n jour que les médecins avaient cru apercevoir quelques symptômes d'amélioration, le roi exigea qu'on introduisit auprès de soii lit l'ambassadeur d'Espagne.

l.e marquis de l.as-Mimas entra, et après quelques paroles sans importance, Gustave lui dit :

— Monsieur l'ambassadeur, si je meurs , croyez-vous que je serai regretté?

— Les bons rois le sont toujours, sire, répondit diplomatiquement l'ambassadeur.

— Ce n'est pas repondre ad rem, monsieur l'ambassadeur; je vous demande si les Suédois sont assez attachés au système gouvernemental que j'ai suivi pour déplorer la perte de celui qui en était l'inventeur.

— Sire, répondit l'ambassadeur, la Suède est un pays de soldats et de savans; il faut de la gloire aux premiers, de la liberté aux seconds ... Je pense, et je demande pardon a votre majesté de lui exprimer si nettement ma pensée, que vous avez rogné trop fortement la portion de gloire et de liberté des uns et des autres.

Gustave sourit amèrement et répondit : Vous avez peut-être raison, monsieur l'ambassadeur; mais je me suis trouve dans des circonstances bien diflieiles. Au surplus, l'histoire méjugera et fera la part des exigences de l'époque ou j'ai vécu.

Le jour de l'histoire est arrivé depuis long-temps pour Gustave III, et Dnl été appréciés par une plume éloquente de ce temps-ci. Il n'entre pas dans le cadre de cet article de retracer la Ggurede ce roi; il suffira de due que Gustave, cloué' de nobles et éminentes qualités, aurait pu . mieux entouré, s'associer aux grandes gloires de sa patrie. I ivre j ses propres instincts, il a attache son nom à d'utiles établissemens et à i tes d'une haute importance politique. Gustave proclama un édit de tolérance pour les catholiques et repondit au pape l'ie \ i, qui l'en remerciait, que la justice était la première qualité des rois, et qu'il protégerait les catholiques tant qu'ils resteraient bons citoyens et sujets lide- .ustave fonda à Stockholm un Musée el une académie à l'instar du l'Académie française On sait qu'au premier concours d'éloquence de académie, ce fut lui qui remporta le prix. Le sujet était l'éloge i\u maréchal Torstentorn. Son nom n'avait point été divulgué, et il ne dut cette faveur qu'an mente de son œuvre. Gustave composa aussi quelques a mages dramatiques qui ne furent jamais représentés. <>n cite «le lui VAveuglt rivql #les Deux Nièces et le Paysan procureur; cette dernière pièce est regardée comme un chef-d'œuvre Brave , éloquent ,

spirituel, il ne manquait .> Gustave, pour être un n arque accompli,

que des conseillers et des ministres fidèles; mais ce malheur, il le paravec bien des princes qui cependant ne moururent pas aussi tragiquement que lui.

{Le Droit.)

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