‹ Le cabinet de lectureChapitre 85 sur 249 · SAINT- JUST ET PICHEGRU (I · texte numérisé non relu

SAINT- JUST ET PICHEGRU (I

L'ennemi avait tante une diversion étourdie a la tête du pont

de Kehl. La garde nationale venait de le repousser en désordre, au prix le grands et sanglans sacrifices; et le canon grondait toujours que la salle du lireuil était déjà pleine. On jouait BrutUS, et le rôle île Titus était rempli par un jeune acteur assez remarquable, qui était frère de M."» Fleury, célèbre alors au Théâtre-Français, el qui portail le même

BOm. Fleury avait eu le bras traverse par une balle dans l'escarmouche de la soirée, et le tenait suspendu sur une écharpe noire, quand il lit son entrée de la première scène «lu second acte, aux applaudisseraens frénétiques de la multitude. Ce fui bien autre chose lorsqu'il parla de

ces ares triomphaux élevés a sa gloire, el sous lesquels le peuple l'attendait pour renouveler des sermens solennels a la liberté. Je doute que Titus lui-même eût été accueilli au Forum par de plus bruyantes acclamations. Les allées et venues des citoyens inquiets qui allaient prendre BU dehors des relise ii:neinens sur la situation des troupes, et qui les j< taient de temps a autre au public dans les deux langues du pays, l'attitude calme et cependant martiale des auditeurs qui prêtaient une attention alternative à l'action de la scène et aux nouvelles de l'extérieur; l'explosion des cris de combat el de gloire qui se mêlaient à chaque minute aux vers bien moins éloquens du poète tragique, tout contribuait à donner à cette représentation étrange une apparence de vérité poussée jusqu'il l'illusion. Je ne cessais de me demander si ces éveneinens se passaient à Strasbourg OU a Rome, et si c'étaient les bords du libre ou ceux du Rbin que menaçait l'agression audacieuse de l'étranger,

Les émotions de la sec-onde pièce furent plus violentes encore Mors nous n'étions plus ni à Strasbourg ni à Home; nous étions certainement a Sparte, et j'aurais peine à vous le faire croire si vous saviez comme moi qu'il s'agissait seulement de la première représentation locale d'une idylle égrillarde et presque obscène de ce bon M. Durooustier, dont votre nourrice vous a fait peut-être épeler les Lettres classiques sur la Mythologie. Cette guenille dramatique s'appelait la Jambe </c bois. \ peine descendu, le rideau se releva, el Fleur} , qui venait recueillir encore une fois les hommages du parterre, annonça, d'un ton noble el pénètre, que M"1" l'romonl , qui devait remplir dans l'ouvrage nouveau l'unique rôle de femme, avant perdu son père el son mari, tues quelques heures ,111paravanl a la défense du pont de Kehl, l'administration priait le public de se contenter, en remplacement, du petit opéra de llosc et Colatj pour lequel j'aurais volontiers donne, si on avait pris mon avis, tout le théâtre de M. Dumonstier, et les cinq volumes de ses maussades madrigaux à Emilie pardessus le marche. M"" l'rnm nil était une petite comédienne qui avait imc peau bise fort appétisante, un œil brun et luisant, une yojj piste el perlée, quelque peu d'esprit et beaucoup d'aine. L'assentiment fut unanime OU presque unanime, el I leur) se retirait déjà quand un homme assis au balcon témoigna qu'il voulait parler. C'était un de ces jacobins aux couleurs décidées que Sajnt-Just avait ries lenj éliminée

de. la société populaire, et qui balançaient encore, tOUt vaincus qu'ils étaient, le pouvoir du diclateur conventionnel C'est Telrell I Telrell ' l'ami du peuple, la terreur des aristocrates cl le Denioslhene de la propagande ' c'est telrell ! répi tèrenl nulle voix; el la foule se lui. Telrell étai) en effet un homme disert, qui cachai! peut/être ses opinions si son nom Lui-même sous les dehors d'un patriotisme âpre et sauvage, l'Ius recherché dans sa toih tte que le reste de ses pari ils il étalait sans crainte

sur ses véh mens le maroquin, la soie et l'or: son salue et ses pistolets,

qui ne Le quittaient jamais., étaient des armes de aptix, et ou parlait à Strasbourg de ses chiens et de ses chevaux Cel homme avait inventé le luxe du tant culotism Cependant rien oe se remarquait davantage dans

I) Exti lil des Nouveaux Souvenir! de M. Charles Nodici où r<ni trouve des anecdotes remarquables et des purtraiis dignes du talent de L'auteur. Un

volume ins . en veille chez Hagen cl (union, éditeurs, 21, quai des Augustin». Prix: 7fr. 50c.

sa physionomie hâve et sinistre que la protubérance incommensurable d'un nez géant qui la couvrait tout entière, et qui avait fait dire à Saint- Just, au milieu d'un accès de terrible gaité, un jour que Saint-Just riait: « Délivrez-moi du nez de Tétrell; le nez de Tétrell me porte ombrage. »

Tétrell était debout. Son sabre pendait hors du balcon et le battait de son fourreau d'acier. Il frappa du poing sur la banquette de la galerie , et s'écria d'une voix colère : « Est-ce devant des républicains qu'on ose se couvrir d'une si lâche excuse? Vous confondrait-on, citoyens, avec ces chiens esclaves de l'autre rive qui s'époumonent à hurler des libéra quand nous les avons fouettés ? Deux hommes sont morts pour la patrie : Gloire immortelle à leur mémoire! Les femmes de Lacédémone se paraient de leurs habits de fêtes quand leurs pères, leurs maris, leurs enfans étaient tombés sur le champ de bataille. Celle-ci est jolie : les amans ne lui manqueront pas. Tous les beaux garçons de Strasbourg ne sont pas morts au pont de Rehl. Quant à son vieux père , il n'y a pas un vieux patriote qui ne réclame l'honneur de lui en tenir lieu. N'espérez donc pas nous apitoyer sur le prétendu malheur d'une citoyenne favorisée par le destin des combats, qui vient d'acquérir d'un seul coup de canon une couronne p nir sa dot, une couronne pour sou douaire, et un grand peuple pour sa famille. Va lui dire de paraître , va lui dire de chanter. Dis-lui surtout de nous épargner ses larmes. C'est aujourd'hui un jour de victoire et les larmes sont aristocrates. >>

Un instant après la pièce commença, et le colin de la troupe roucoula d'une voix flutée ces paroles niaises :

Jeunes amans, cueillez des fleurs Pour le sein de voire bergère ; L'amour, par de tendres faveurs, Vous en promet le duux salaire...

L'effet de ce contraste bizarre était tel en action que je ne me flatte pas de l'avoir fait passer dans un récit. Qu'on se représente des pastoureaux arcadiens modulant sur leurs chalumeaux des cadences efféminées pour faire danser des sauvages à la fin d'un banquet sanglant, ce sera tout au plus cela. Les folàtreries déchirantes de Mme Fromont furent passionnément applaudies; mais qu'elles me donnaient de peine à voir !Que le rire de ses lèvres était triste sous les larmes intarissables qui baignaient ses yeux ! Quelle était horrible pour l'âme la note vive et badine qui se perdait dans un sanglot ! . . .

Il y a une scène où la jeune fille se remet en voyage, accompagnée d'un amant, pour aller à la recherche de son père, qui s'est égaré dans la montagne. Elle est sûre de le retrouver, elle l'appelle, elle lui sourit déjà. Cette situation est douce est gaie. La pauvre femme tomba mourante dans la coulisse, et nous en fûmes avertis par un cri. Les crimes de cette république furent exécrables, mais je ne me rappelle rien de plus révoltant que ses joies.

Je me couchai fort tranquillement, je dormis de mêmejusqu'au

matin, et je fus arrêté à six heures.

Comme on vient de le voir, j'avais prévu fort vaguement ce qui m'arrivait, mais de manière à ne pas m'en effrayer. C'était le pis-aller d'une erreur incroyable dont rien ne me faisait redouter les conséquences , car j'étais bien sûr que mon innocente vie d'écolier ne donnait pas la moindre prise au soupçon, et cependant je sentais mon calme s'altérer à chaque pas que je faisais au milieu d'une escorte d'ailleurs assez peu rassurante. J'allais voir Saint-Just, ce terrible Saint-Just, dont le nom n'avait jamais frappé mon oreille qu'entouré d'un cortège d'épithètes menaçantes. Mon cœur battait violemment, et je sentis mes jambes près de défaillir quand j'entrai dans son cabinet. J'essayai alors de maîtriser mon émotion, et je me retrouvai un peu de courage, de ce courage factice et mal assuré qu'on affecte a défaut d'un autre, et qui, pour les geus qui s'y connaissent, n'est en réalité que le fard de la peur. Saint-Just ne prit pas garde à moi.

Il me tournait le dos , et se mirait dans la glace de sa cheminée, en ustant avec un soin précieux, entre deux girandoles chargées de bou-

gies , les plis de cette haute et large cravate dans laquelle sa tête immobile était exhaussée comme un ostensoir, suivant l'expression cynique de Camile Desmoulins, et que l'instinct d'imitation des étranges petits-maîtres du temps commençait à mettre à la mode.

Je profitai du temps que cela dura, et qui paraîtrait bien long, si je le mesurais à mon impatience et à mon inquiétude, pour étudier dans le reflet du miroir la physionomie du juge suprême qui allait décider de mon sort; je me livrai à cet examen sans craindre que mes regards fussent rencontrés par les siens , car j'étais dans l'ombre , et il ne regardait que lui. La figure de Saint-Just était bien loin d'offrir cette gracieuse combinaison des traits mignards dont nous l'avons vu dotée par le crayon euphémique d'un lithographe. Il était bien cependant, quoique son menton, ample et assez disproportionné, eût quelque obligation à l'étoffe complaisante qui l'enveloppait à demi de ses détours multipliés. L'arc de ses sourcils, au lieu de s'arrondir en demi-cercles unis et réguliers, se rapprochait plutôt de la ligne droite, et ses angles intérieurs, qui étaient touffus et sévères, se confondaient l'un avec l'autre à la moindre pensée sérieuse qu'on voyait passer sur son front. Son œil était large et habituellement peu vif, et son teint était pâle et grisâtre comme celui de la plupart des hommes actifs de la révolution , ce qui était probablement en eux l'effet des veilles laborieuses et des rigoureuses contentions d'esprit. Seulement, et je ne me suis rappelé cette observation de détail qu'en feuilletant depuis les systèmes des physionomistes, ses lèvres molles et charnues indiquaient un penchant presque invincible à la paresse et à la volupté. S'il l'avait éprouvé,ainsi que nous donnent lieu de le croire tout ce que noussavonsdesa première jeunesse ettout ce qui nous reste de ses premiers écrits, ilen avait triomphé avec une rare puissance, du moment ou sa vie était devenue un rôle ; et rien n'explique mieux peut-être l'incohérence de ses théories philanthropiques et de ses frénésies révolutionnaires. L'homme qui se croit obligé de se créer un caractère nouveau pour des circonstances antipathiques à sa nature, ne peut pas éviter de tomber dans le faux, et le faux est le principe générateur de tous les crimes, comme de toutes les erreurs.

A l'instant même dont je parle, Saint-Just était nécessairement préoccupé de toute autre chose que de sa cravate. Un jeune homme qui était assis près de lui, à une table éclairée de deux flambeaux, suffisait à peine à suivre sa dictée rapide et presque brutale, où toutes les idées se moulaient d'un jet. Une autre phrase étaient déjà tombée à sou oreille avant qu'une autre feuille se fût placée sous sa main, et cela se répéta plus de vingt fois pendant que j'attendais, chacune de ces phrase laconiques, où l'on aurait cherché inutilement un membre de période ou un signe de ponctuation, demandant une feuille particulière. Les feuilles passaient ensuite par douzaines dans le cabinet du traducteur allemand, qui en finissait aussi expéditivement, s'il est possible; puis elles allaient se distribuer en deux colonnes sous une presse infatigable qui livrait ses produits tout humides aux afficheurs. Ce que Saint-Just improvisait ainsi en entrelaçant artistement les nœuds du madras aux bouts flottants, c'était des lois irrévocables ou des jugemens sans appel, car telle était la véritable valeur des arrêtés d'un représentant du peuple en mission dans une ville assiégée: souverain temporaire mais absolu, qui promenait son glaive sur les populations, comme le faucheur sur l'herbe mûre, et qui ne devait compte du sang de personne à personne qu'à Dieu seul, quand il croyait à une religion, et qu'à lui-même quand il avait une conscience. Je suis loin de contester l'importance des services que put rendre alors la rigide sévérité de Saint-Just à des provinces envahies et à des armées en déroute, mais rien ne m'a jamais paru plus afflux que la concision insultante de ces proscriptions d'une ligne qui frappaient quelquefois d'un seul coup une classe entière de citoyens: soudaines, inattendues et mortelles, comme la balle du pistolet dans la main de l'assassin. Je crois les entendre retentir encore dans le parler bref, sonore et vibrant de ce beau jeune homme que la nature avait formée pour goûter l'amour et la poésie; je ne me rappelle pas sans tressaillir la redondance assidue de ce mot cruel, la Mort, qui les armait toutes à la lin comme le dard duseor-

pion, et qui produisait sur moi l'effet de quelque bout-rimé dont la désinence monotone et révoltante aurait été imposée par le bourreau.

Saint- Just était cependant venu à bout de sa toilette et de sa boucherie. U se retourna de mon côté d'une seule pièce, l'échafaudage inflexible sur lequel reposait sa tète ne lui permettant aucun mouvement oblique. U s'informa du motif de mou arrestation, que je ne connaissais pas plus que lui, puis de mon nom, de mou pays, de mon âge. V ma dernière réponse, il s'élança brusquement vers moi, me saisit par le bras, et m'entraîna près des lumières, à la place où il était auparavant. •• Cela est vrai, dit-il, onze ou douze ans tout au plus II a l'air d'une petite fllle. Tes parens sont-ils émigrés1— Non citoyen, repondis-je, ils s'en «ardent bien. Mou père préside un tribunal, et mon oncle Commande un bataillon. » L'irrita ion de Saint-.lust se manifestait par des progrès visibles, mais je savais déjà que les résultats ne m'en seraient pas défavorables. Mon mandat d'arrêt ne contenait rien qui me bit particulier,

« Un mandat d'arrêt contre un enfant ! s'écria Saint-Just en froissant violemment le papier; un mandat d'arrêt, parce qu'il est Franc-Comtois, et que le hazard le fait loger dans une auberge où la propagande a signale quelques voyageurs suspects! El c'est ainsi que les misérables se flattent de faire adorer la Montagne ! Oh ! je ferai bientôt justice de ces attentats qui mettent tous les jours eu péril nos plus précieuses libertés: Une justice exemplaire et terrible! Ils osent nie menacer quand je ne leur donne pas de sang! Eh bien! la propagande aura du sang ; je lui en promets! je la baignerai dans le sang des nouveaux tyrans qu'elle dechaine sur la patrie ! »

Dans ce moment d'exaltation dont mon mandat d'arrêt n'était que l'occasion éloignée, mais où se révélait malgré lui une aiiimadversion profonde et cruelle contre les factieux, Saint-Just, ému au plus liaut degré, n'avait cependant presque rien perdu de son impassibilité extérieure. Sa main était crispée sur un chiffon insensible, mais sa ligure était calme. Ce que je Mens d'écrire en frémissant, il le disait froidement comme s'il avail dicté encore. Cbose étrange! une soif inaltérable de justice, un amour irrésistible de l'humanité dominaient cette aine farouclie. Comme les autres, bêlas ! il savait tuer sans pitié; mais en tuant, l'infortuné se faisait sans doute illusion : il croyait être humain et juste. Le pouvoir est si malheu reux ! toutes ses fautes sont des crimes.

« Va-t-en, continua Saint-Just, en m'adressant la parole d'un ton qu'il cherchait à adoucir. Je ne demandais pas mieux

Mue fais-tu a Strasbourg ? reprit-il en me rappelant de la porte dont j'hésitais un moment à franchir le seuil à la course. — J'étudie, citoyen. J'y suis venu, il y a quelques mois, dans L'intention d'apprendre le grec

— Le grec! il aurait été plus naturel, ce me semble, d'y venir apprendre l'allemand.

— Kt à quoi bon le crée, puisque les Lacédémoniens n'ont pas écril ? — Mais quel est donc le savant qui se mêle à Strasbourg de donner des leçons de grec '

— Eologe Schneider, citoyen, l'élégant traducteur d'Anaeréon, un des premiers hellénistes de l' Allemagne,

— Le capucin de Cologne, s'écria Saint-Just ! Euloge Sclmeider, anarrrontique ! \ a. \a. continua-t-il. avec un sourire d'ironie et d'amertume, va apprendre le grec d'I-ailouc Sclmeider Si je croyais que tu dusses en apprendre autre chose, je te ferais etoufbr

I i dernière partie du chemin de Strasbourg a lloenbeim était bordée par une assez Largl avenue L'amie d'arbres, et qui «levait offrir une promenade agréable dans la belle saison. Ce jour-là, qui était un des premiers de nivôse, et des plus rigoureux d'un rigoureux hiver, le tableau de cette nature dépouillée de tousses ornemens ne manquait cependant pas d'un certain effet pittoresque La neige, resserrée par un froid de dix-huit

degrés, s\ déroulait comme un tapis de velours blanc si de paillettes,

qu'on aurait étendu a dessein sous les pasdes voyageurs; el les platanes.

faciles a reconnaître è leur écorce lisse et rubannee, n'avaient pas un rameau qui ne fût chargé par les frimas de longs et tremblans cristaux comme un lustre d'opéra. J'aurais marché jusqu'au soir sans pensera autre chose, car de toutes les rêveries qui ont occupe mon jeune esprit il n'en est pas qui m'ait procuré des plaisirs plus gracieux que celles o le berçait le spectacle des beautés naturelles. Il fallut cependant v renoncer, parce que je n'étais plus seul. Comme je ne me bâtais point, j'avais été joint par un cavalier qui s'avançait nonchalamment au pas en fumant sa pipe, et que suivaient une vingtaine de soldats distribués en deux liles sur les deux cotes de l'avenue. Cet officier m'était bien connu pour l'avoir vu quelquefois dans l'exercice de ses redoutables fonctions; c'était le citoyen Bruat, capitaine-rapporteur du conseil de guerre: Quant au citoyen Bruat, il n'avait certainement jamais arrête ses regards sur moi, el j'en ressentis une secrète joie dans l'éloignemenl philosophique el prudent que m'inspiraient toutes les puissances. Je n'en fus cependant pas quitte pour l'échange banal du salut militaire, et il me fallut répondre à une question assez insignifiante qu'il m'adressait en passant par simple urbanité.

— Où je vais, citoyen:' a lloenbeim, au quartier-général de Pichegru, Je pense n'en être pas loin ?..

— A deux cents pas, repondit un jeune homme que je n'avais pas encore remarqué, et qui tenait comme moi le milieu de L'avenue, .levais aussi à lloenbeim, et si vous laites route avec nous , j'aurai le temps de vous demander des nouvelles du pays.

— De quel pays, citoyen ? répliquai-je en le regardant avec attention. Sa physionomie noble et douce en valait bien la peine.

— Allons, allons, me dit-il, notre accent national ne se déguise jamais , Je suis Franc-Comtois comme vous et je m'en fais gloire.

Je ne fus nullement pique de cette manière un peu epigrammatique d'entrer en conversation. Je savais déjà quel lit ophraste avait été reconnu pour Lesbien à sa manière de parler, par une marchande d'herbes, aprè cinquante ans de séjour a VthèneS.

Le citoyen liruat continuait à nous précéder, sans trop prendre garde a nous, en filant entre ses doigts sa moustache blanchie par le uivre. .Nous causâmes donc à cœur ouvert et a ma grande satisfaction, car mon Compagnon île voyage était fort aimable , et sa conversation étincelait d'esprit et de gaité. Je commençais à éprouver un véritable penchant pour lui.

J'avais appris qu'il s'appelait de Bobiner, et qu'il était de Vesi ul. Je voulus savoir s'il était attaché à l'administration ouà l'armée

" Attache, vraiment oui! reprit-il en souriant, niais non pas à I armée ni à l'administration. Si mon histoire vous intéresse, je ne vous ci ferai pas un mystère, et votre rencontre m'est heureuse, puisqu'elle nie ' «irait un moyen sûr de laisser quelques renseigneinen-, sur ma destine ■ a ma famille et à mes amis. C'est l'affaire de quelques mots. J'étais second lieutenant dans un régiment d'infanterie eu garnison a Nancy. J'y fus pris d'un violent amour (vous ne savez pas ce que c'est pour une jeune demoiselle noble qui me paya de retour. Ma famille valait bien la sienne La main de ma maîtresse était au prix de mon émigration, et suivant le compte de ses parens, notre séparation ne pouvait pas être de longue durée : la France entière attendait le retour de ses princes avec tant d'empressement ! Quand on est amoureux, on croit tout ce que l'on désire, et j'étais amoureux comme un fou. Qu'ai-je besoin de vous en dire davantage? Il fallut tomber dans le piège de l'espérance, j'émigraj.

— Parlez plus bas, interrompis-je à demi-voix, ce n'est pas ici le heu de convenir de cela !

Il ne lit pas semblant de m'avoir entendu

— J'émigrai, continua-t-il, j'arrivai a Coblentz, on l'on s'informa de ma famille Je montrai mon épée. On me rit au ne/, et on me tourna le dos. Je n'obtins pas positivement le droit de servir le roi. je le dérobai. L'ennemi me tira du sang. Il en fallait pour laver mes humiliations. Je rentrai dans le monde le liras droit en écharpe; et si l'on v prit garde, ce tut pour remarquer que je ne serai pas de long-temps en i l.il de tailler

un vingt-et-un. De toutes mes illusions, il ne me restait que l'amour, et l'amour suivjt les autres : une lettre cruellement officieuse m'apprit que ma fiancée n'avait pas eu la patience d'attendre le triomphe de la monarchie; elle venait de convoler en mariage avec un hobereau qui comptait ses ancêtres par douzaines, et ses ridicules par millions. Détrompé un peu trop tard des grands seigneurs et des femmes, je ne balançai pas à regagner la France que je ne pouvais m'empêcher d'aimer encore, maigre ses extravagances et ses fureurs. J'y suis rentré, il y a trois jours, et voilà tout.

J'avais hâte qu'il finit.

— Eh bien ! lui dis-je avec vivacité, renfermez au plus profond de votre cœur toutes les circonstances de ce récit, dont vous ne prévoyez pas les terribles conséquences, parce que votre absence vous a fait perdre de vue les choses qui se passent chez nous. Si le citoyen Bruat, que vous voyez là-bas, en avait surpris un seul mot, votre indiscrétion vous mènerait loin!

— Vous croyez, mon ami? répondit l'émigré en souriant encore , pas plus loin, je vous jare, que je ne me propose d'aller !

— Est-il possible ! m'écriai-je. Où allez-vous donc ?

Mourir à la redoute d'Uoenheim ! dit-il ; et si je ne me trompe, la

voilà !

En prononçant ces paroles, il avait rejeté par un mouvement subit les deux pans de son manteau derrière ses épaules. Je vis qu'il avait les bras liés.

L'escorte poursuivit sa marche, mais je ne la suivis pas. J'étais resté à ma place pétrifié d'étonnement et de terreur.

Quelques momeus après, je sortis de ma stupeur. Une explosion m'avait averti qu'il était mort.

Des exécutions pareilles avaient lieu tous les jours à une portée de pistolet du quartier-général. Je fus presque témoin, le surlendemain, de l'exécution du général Eisenberg et de son état-major, et je suis forcé d'anticiper un peu sur l'ordre des temps, pour ne pas séparer des sujets qui se touchent de si près. Le général Eisenberg était, comme son nom l'indique, un soudard allemand de l'école du vieux Luckuer. On disait qu'il avait fait la guerre de parti avec ua certain succès , auquel sa mauvaise fortune ne voulut pas que les opérations de son corps d'armée répondissent une seule fois. Le dernier des revers qu'il eut essuyés était attribué communément à une imprévoyance impardonnable qui passa pour trahison. Toutes ses troupes avancées furent surprises dans leurs quartiers pendant qu'il reposait paisiblement dans le sien, et ce n'est pas sans peine qu'il parvint à se soustraire lui-même avec un gros d'officiers supérieurs à la poursuite de l'ennemi; mais mieux aurait valu pour ce pauvre homme tomber à la merci des Autrichiens que dans les serres implacables de la république. Saint- Just indigné l'avait envoyé devant ce conseil de guerre expéditif qu'on appelait la Commission militaire extraordinaire, et la Commission militaire extraordinaire l'avait envoyé à la redoute d'Hoenheim , où il se jouait habituellement, comme je l'ai dit, la dernière scène de ces sanglantes tragédies. Quatorze accusés, dont se composait la cavalcade fugitive , marchaient le lendemain, au point du jour, vers la redoute fatale. Le verdict du tribunal n'avait pas même épargné deux palfreniers, gens rarement solidaires, et qui ne devraient jamais rètre en bonne logique, des bévues de la stratégie. C'était une rude jurisprudence!

La disposition des lieux nous avait épargné jusqu'alors la vue de cet

abominable, appareil ; mais il s'agissait de frapper ce jour-là un coup mémorable qui retentit jusqu'au cœur de l'armée. Les patiens, liés deux à deux, devaient être promenés devant tout ce que nous avions de soldats autour de notre station, et le massacre juridique d'un état-major était de si bon exemple pour un état-major, qu'on avait jugé]à propos de faire au nôtre les premiers honneurs de ce spectacle instructif. Pichegru déjeunait debout à la hâte, suivant son usage, au milieu de ses aides-deeamp, pendant qu'on achevait d'enharnacher les chevaux qui, pour la plupart, piaffaient d'impatience en attendant leurs maitres. Tout-à-coup

une bruyante rumeur s'éleva jusqu'à nous, el je ne fus pas des derniers à courir pour en reconnaître la cause. Il ne fut pas difficile de la deviner à l'aspect du cortège meurtrier qui se déployait sur la place, quoiqu'il surpassât de beaucoup en nombre, en tenue et en solennité, celui qui avait tué deux jours auparavant le malheureux émigré franc-comtois. Mon premier mouvement était de fuir, quand je me sentis retenu tout-àcoup par une curiosité invincible, en entendant des éclats de rire étourdissans qui roulaient sur la foule, et qui dominaient les cliquetis des armes et le bourdonnement confus de la populace. Ce n'était cependant pas l'ivresse insultante d'une joie sauvage digne de ces cannibales qui dansent autour du bûcher de leurs ennemis, et qu'on ne voyait que trop souvent éclater aux gémonies révolutionnaires; c'était l'élan d'une gaité naturelle.

Parmi les condamnés obscurs qui accompagnaient leur général au supplice, il y avait un jeune chirurgien-major gascon, dont [l'intarissable enjouement n'aurait pas été en reste de saillies bouffonnes avec, les turhipins les plus accrédités, vrai loustic de régiment qui trouvait à rire partout, qui riait de tout et qui venait de découvrir, à sa grande satisfaction, le côté risible de la mort. Jamais il n'avait été plus fécond en quolibets, plus grotesque dans ses lazzis, et il était impossible de ne pas se laisser entraîner à cette expansion qui n'avait rien de forcé, rien d'apprêté, rien de factice, qui ne manifestait qu'une organisation inaccessible à la crainte et insensible à la douleur.

Pichegru s'était avancé machinalement vers la fenêtre comme les autres. Quand il s'aperçut qu'il s'agissait d'une exécution , il fit deux ou trois pas en arrière ; mais le général Eisenberg l'appela d'une voix forte, et il resta pour l'écouter.

« Adieu, Pichegru, dit Eisenberg avec ime énergie dont sou accent tudesque n'affaiblissait pas l'expression. Je vais à la mort, et je te laisse avec plaisir au faîte des grandeurs, où ton courage t'a porté ; je sais que ton cœur rend justice à ma loyauté trahie par le sort de la guerre, et qu'il a secrètement pitié de mon malheur. Je voudrais te prédire, en te quittaut, une fin meilleure que la mienne ; mais garde-toi de cette espérance : le peuple auquel tu as dévoué ton bras n'est pas avare du sang de ses défenseurs, et si le fer de l'étranger t'épargne, tu pourrais bien ne pas échapper à celui des bourreaux. Le ciel veuille te préserver, ami, de la jalousie des tyrans, de la calomnie des pervers, et de la fausse justice des assassins. Adieu, Pichegru ! Marchez, vous autres ! »

Pichegru le salua de la main, ferma la croisée, rentra dans la chambre, et y fit deux tours sans adresser la parole à personne.

« Je donnerais ma plus belle pipe d'écume de mer, dit-il enfin, pour me rappeler le nom de l'auteur grec qui a parlé des prophéties des mourans. »

— C'est Aristophane, général, répondis-je aussitôt : Il ho geron sibyl/ia, dans un passage que ma vieille grammaire traduit ainsi :

Les moribonds chenus ont l'esprit de sibylle.

— Très bien, reprit Pichegru en me touchant la joue d'un petit geste carréssant, tu n'as que faire d'une pipe, mais je te donnerai autre chose, et dans deux ans une épée. Allons, enfans, continua-t-il en se retournant du côté de ses officiers, nous avons du chemin à faire aujourd'hui, car je compte bien poser mes avant-postes à Druseuheim. Les tueries de Strasbourg m'ennuient, et je suis pressé de changer de quartier. Quant à la mort c'est peu de chose partout, c'est plaisir au champ de bataille.

Je portais ordinairement, comme Pichegru, une cravate noire serrée au col de très près, par opposition aux merveilleux de la ville, qui avaient adopte à l'euvi et d'une manière'toute courtisanesque la cravate volumineuse du proconsul; et,conmie j'avais un penchantnaturel à laflatterie, car j'ai toujours volontiers flatté ceux que j'ai aime, je m'étais étudié à l'attacher comme lui d'un seul nœud sur la droite, méthode peu coquette à la vérité, et que je conserve aujourd'hui, on peut m'en croire, sans la moindre prétention. Une nuit, comme je dormais péniblement, et tourmenté sans doute par quelque fâcheux cauchemar, je sentis toutrà-coup une main se glisser dans ce nœud, en relâcher le lien, et relever ma

tète qui s'était appuv ce sur le plancher dans l'agitation de mon sommeil. J'étais éveille. «C'est tous, général? m'iécriai'je;av6s-vous besoin de moi? — Non, dit-il, c'est toi ([ni avais besoin de moi. Tu souffrais et in te plaignais -, je n'ai pas eu de peine à en connaître le motif. Quand on porte centime nous une cravate serrée, il faut avoir soin de lui donner du jeu avant de s'endormir, et je t'exliquerai une autre lois comment l'oubli de cette précaution peut-être suivie de mort suinte. Ctst un moyen de suicide. » Je pressai sa noble main sur mes Lèvres, et je me rendormis.

Je donne pour ce qu'elle vaut celle liislonclte avec toutes ses inductions, mais je crois qu'on ne s'étonnera pas que je m'en sois souvenu une dizaine d'années après, l'uisse-i-elle absoudre la mémoire de Napoléon du plus lâche et du plus odieux des assassinats!

l'niii-ni exerçant de droit la haute juridiction dans tous les lieux OÙ il transportait son quartier-général, nonsétionsexempts,depuisHœnbeim,

Ml eneor impris dans les limites militaires de Strasbourg, de la

cruelle obsession des bourreaux dont Schneider était toujours accompae propagandiste de la mort ne paraissait point chez nous; il nous suivait à la trace, comme je crois l'avoir dit ailleurs, tout prêt a glaner les tètes que la guerre avait épargnées, et semblable au vautour qui vient prendre possession d'un champ de bataille, ce qui embarrassait les progrès de notre armée d'une armée de fugitifs. Quant à Saint-Just, qui ne se reposait pas. et qui ne cessait d'aller stimuler sur le terrain le coules comhaltans. nous le vîmes passer souvent , et le jour, entre autres, de la glorieuse affaire de Brumpt, qui préludait de bien près à la reprise des deux rives de la Motter, et de la position importante dTIauuenau. C'est dans le courant de la nuit suivante que survint un événement qui mérite d'être recueilli par les biographes. Saint-Just avait mis pied à terre a la coiimiaiidcric de Brumpt, et il est a remarquer que cette station se trouvait rejetée, du premier rang qu'elle occupait la veille, à fi dernière ligne de défense, ce qui la mettait tout-a-fait a l'abri d'un coup de main. Je ne sais quel funeste hasard lui apprit qu'un jeune officier de Noyon, qui avait été son compagnon d'études et qu'il disait aimer en frère, devait se trouver a peu de distance, dans un des trous que les soldats s'étaient péniblement creusés, en ouvrant, a la pointe du sabre et au tranchant de la hache, une terre pétrifiée par le froid Le plus âpre. Il s'y t'ait conduire, il arrive, il appelle son ami, qui s'empresse de se rendre aux aeeens de celle voix si connue, sans avoir pris le temps de lopperdu moindre vêtement. Il était nu. .saint-.iiisi le presse contre i or et s'écrie : Le ciel soit loue doublement, puisque je t'ai revu, et que je puis d ter, dans un homme qui m'est si cher, une leçon mémorable de discqiline et un grand exemple de justice, en t'inmiokml au salut public : Puis, se tournant do côté «les gens quij,l'escortaient Faites votre devoir, dit-il. A ces mots, l'oflicicr l'embrassa de nouproféra DE dernier vœu pour la liberic, donna le signal du feu, et tomba mort.

Chables Aouieb.

SCIENCES

*vii..,iiiin kjUBBS on.oi vKitTEs en erance. — Voici une découverte aaseg curieuse qu'un antiquaire vient de signaler : il La raconte dans

les termes suivans;

\ &0iS kilomètres il' v. rn.iv ille, dans la belle vallée de 11 upl-de-Mad

Meurthe), sur le versant septentrionnal de Ja montagm de Suret, un laboureur brisa Le soc de sa charrue contre une énoi me pierre ; Cencou-

le propriétaire dece champ i j Etntedes fouilles; il j consentit, et nous découvrîmes un caveau très étendu et profond qui renfermai! cinq

ils de pierre remplis de squelettes ; chaque cercueil avail deux mè-

tres de longueur sur un de largeur; je ramassai un poignard brise; puis, non loin de ce heu. parmi des ruines cl des fondations antiques, je trouvai une petite pièce de monnaie sur laquelle on lit; Moussa, l'cut-on supposer, d'après celte pièce, que les \rabcs soient venus d ois ces contrées i hi est tenté de Le croire, et je livre franchement mes observations

a L'étude des numismates Ce MQUSSa était un chef arabe qui, en 7 1 2, porta ses armes triomphantes dans le midi de la France; ce Moussa, d'après ce que disent les auteurs arabes, a\ail Le projet, après avmr soumis la France, de s'en retourner a Damas, auprès du calife Valid, son maître, en traversent r Allemagne, le détroit de Constantinople et r vsie-

Mineure, menaçant de ne faire de la Méditerranée qu'un grand lac qui

aurait servi de voie de communication aux diverses provinces de ce gigantesque empire. On sait que ce fut Fudes, duc d' Lquil c, qui, en 724,

s'opposa a ses desseins. Ces tombeaux, ces squelettes, celte picoc de monnaie frappée au nom de Moussa, ne nous montrent-ils pas que déjà ce chef arabe, auquel il faut accorder beaucoup de connaissances géographiques, avait commencé à réaliser son projet, en laissant dans notre pays une petite colonie, qui en même teins s'avançait vers le Danube? On peut le présumer. D'ailleurs, Ions les peuples, depuis la fabuleuse expédition des Vrminautes jusqu'à nos bateaux a vapeur, voulurent parcourir ce cercle européen. ... I.cs cercueils sont encore la sur champ. »

VMIOMÏT. SVXONNE DECOUVEIITE EN V M'.l.l'ï 'EU HE. — l'il illllie.'iu

massif, en or pur, a été trouve il y a quelques jours dans la forêt de Rockingham Angleterre). Il porte <\vu\ inscriptions en caractères

saxons qui sont admirablement conservées L'une est ainsi conçue: ■ GuttU, fjutla, madros, adros, » et l'autre porte sur le revers de l'anneau : d Udros, udros, Thébal. •• Cet anneau doit avoir été ce que les antiquaires appellent un abraxis ou anneau magique, qui servait d'amulette pour préserver des charmes, connue on lecroyail dans les temps de superstition et. d'ignorance.

DÉCOl mute de TEiuiES ANTUtCTlQi'ES. Qn écrit de Washington, le I janvier :

Le gouvernement a reçu des nouvelles récentes de l'expédition d'exploralion placée sons Le coimiiandeiuent du capitaine \\ illves, qui a pénétré dans les mers antarctiques. In des bàtimens de cette expédition, le Vincennes, avait découvert la terre le 1!) janvier is 10, à 66° -'' de latitude sud , et toi" in' de longitude est. Le même jour, L'autre bâtiment, te PeQCOCk, 'faisait la même découverte a 66° 31' de latitude, et à 164° 40' de longitude.

Ils ont eu tous les deux la vue de ces terres a différentes reprises, en Les côtoyant pendant dix-huit cent nulles; mais ils n'ont jamais pu

en approcher plus près de quinze milles . des masses de glace les out toujours arrêtés. Ils ont nommé ces terres Continent antarctique. L'expédition s'est réunie de nouveau a.Sidnev, Le II mus imo, don, dit-on, elle devait reprendre la mer pour continuer a exécuter ses instructions.

\ i 1 1 ■.hhissEME.xs si; n LES ci i.s DBI.0C] vv — M. le baron de la

Pylaie vient de publia une notice intéressante sur les propres des atter-

rissemens formes par l'Océan sur les cotes de la Bretagne cl du l'oilou.

L'Océan s'éloigne journellement du fond de la baie de Bourg-Neuf

par les alliivions vaseuses qu'il v dépose la rade de celle petite ville et ses marais salans s'encombrent avec lant de rapidité, que les débris d'un vaisseau anglais de 64 canons, qui s'était perdu sur un banc d'huîtn

appelé la l(< Ini th -ilcs-OI-.inrcs, en poursuivant Un navire français eu

1752, se trouvent aujourd'hui an milieu d'un vaste champ cultivé. Fn

calculant la hauteur de l'eau lorsque le vaisseau échoua, avec son un. m

actuel, on trouverait un abaissement de plus (le cinq mètres. Mais lct.it siationnan'e du niveau de L'Océan dans le port de Brest, depuis un siècle, prouve que cet effet ne provient pas d'un abaissement général qu'aurait occasionné alors le retrait des eaux de la mer Dans toute la partie sud-ouest du département de la Loire-Inférieure L'exhaussement des

plages littorales est si sensible, que depuis vingt-cinq ans on cultive, dans la seule commune de Bourg-Neuf, plus de 500 hectares de terres qui étaient couvertes par les eaux de la mer.

l'rignv, ancienne petite cité avec un château-fort, située sur le haut des collines, entre Bourg-Neuf et Pornic, offrait jadis un havre par lequel les navires venaient s'amarrer à des organeaux qu'on dit exister dans les rochers qui sont au pied de ces éniinences.

Le territoire de l'île Bouin, dans ses parties orientales et occidentales, était séparé de Bourg-Neuf par sa rade, qui avait autrefois 2,500 mètres de largeur vis-à-vis l'étiez du Fresne. Cette rade est tellement comblée auj ourd'hui, que Bouin n'est plus séparé de Bourg-Neuf que par un canal de vingt-cinq à trente mètres de largeur, et si celui-ci n'était entretenu par les eaux de la petite rivière de Faleron et quelques ruisseaux, il n'y aurait plus de rade au midi.

Un commerce considérable de sel se faisait autrefois entre la Hollande. Bourg-Neuf et l'Ile Bouin. Les navires, qui étaient ordinairement de 100 à 130 tonneaux, allaient prendre leur chargement à un port appelé Port Babaud, qui es mail tenant a près de 3,000 mètres de la mer.

Le port de Saint-Gilles se comble de jour en jour. Tout le centre de l'excellent golfe qui formait le port des Sables-d'Olonne est un plateau qui ne sera bientôt plus (0 a vert que par les marées extraordinaires. Le havre delà Gachère vient d'être tout-à-fait clos par l'Océan. L'île d'Olonne, bourgade sur un petit monticule que la mer entourait jadis, n'est plus environnée que de prairies et de marais, etc.

Tels sont les changemens survenus en moins d'un siècle sur les côtes de la Vendée et de la Loire-Inférieure. Nous voyons notoirement leur origine dans les alluvions pélagiennes, formées par des vases plus ou moins sablonneuses, par des dunes, plus rarement par des galets. Mais suffisent-elles pour expliquer un exhaussement si considérable du sol, tel qu'un champ qui remplace un banc d'huîtres auprès du Bourg-Neuf, puisse être arrivé, en quatre-vingt-cinq ans seulement, à cinq mètres audessus du niveau de l'Océan. M. de la Pylaie se demande s'il ne se produirait pas sur ces côtes un soulèvement du littoral analogue à celui qu'on a remarqué sur une des rives de la Baltique. Il cite plusieurs faits à l'appui de cette opinion.

Commission scientifique d'Algérie. — p^e temps a constamment favorisé, depuis la fin de septembre jusqu'à la lin de décembre, les travaux de la commission scientifique dont la direction est conliée à M. le colonel Bory de Saint-Vincent. Ce savant ayant dispersé, selon la nature des recherches qu'ils doivent faire, ses collaborateurs, a placé ceux|qui avaient épuisé, durant les niuf mois précédens , la rade d'Alger de productions de la mer, à Mers-el-Kebir et Oran , où ils continueront à exploiter les poissons, les coquillages et les polipiers, jusqu'à l'époque où les corailletirs viennent dans l'est et où ces messieurs iront s'attacher à leur pèche.

Un historien, un antiquaire, un naturaliste et un physicien ont été laissés sur le massif d'Alger pour y poursuivre comparativement leurs recherches avec celles que d'autres membres font dans l'intérieur à Constantine. Knfin le colonel, accompagné de MM. Bové, agriculteur ; Durrieu, botaniste; Renou, géologue ; Rerbruyer, antiquaire; Pélissier, historien; Baccuet, dessinateur, et Levaillant zoologiste, s'est rendu, monté sur la gabare Y Emulation, dans l'île déserte de la Colite, dont M. Bérard a donné une excellente carte, et qui est située à une vingtaine de lieues des côtes de Lacalle, vis-à-vis l'extrémité orientale des possessions françaises en Afrique.

Aucun naturaliste ou autre savant n'avait encore visité ce lieu ; on ignorait absolument quelle était même sa constitution géologique. M. Bory de Saint-Vincent a reconnu, dès avant qu'on y fût abordé, qu'elle était due à quelque soulèvement volcanique; et quand on y fut descendu, ces messieurs trouvèrent le principal mont entièrement trachitique et rempli de belles laves. Ainsi la Colite appartient physiquement au groupe de la Sicile, de Poutellerie et de cette Julia qui naguère apparut dans

cette partie de la Méditerranée pour s'y engloutir bientôt. La Golite est un lieu de repos pour les oiseaux de passages ; aussi y trouve-t-on beaucoup d'oiseaux de proie qui les y atteudent. Il y a beaucoup de lapins , mais évidemment ils sont d'origine domestique, puisque, sur une cinquantaine que nos voyageurs en tuèrent chaque jour, il y en avait quelques uns de noirs et d'autres blancs. Des chèvres sauvages y vivent aussi en troupes, et y sont de la plus belle espèce, les boucs ayant des crinières à la manière des lions. Ces animaux y sont réduits à brouter des graminées rigides, et ont détruit plusieurs familles de plantes telles que les légumineuses dont on ne trouverait plus une seulcespèce.

Nos explorateurs reconnurent des traces de constructions antiques. Les Romains et les Carthaginois ont dû avoir des postes fortifiés sur l'île, et on y a même trouvé des médailles de ces derniers, que M. Berbruyer a parfaitement déterminées.

Revenu à Rome, le colonel se rendit en deux jours parterre, avec son détachement scientifique, dans le canton de La Calle, qui a été parcouru dans le plus grand détail. Les Arabes y sont bien plus doux que dans le reste de la Barbarie. Ces messieurs campaient derrière leurs douaires, et furent très bien accueillis, même nourris et défrayés de toutes manières. Comme leurs hôtes ne voulaient recevoir le prix d'aucune chose, le colonel s'est vu dans la nécessité de récompenser ce désintéressement en faisant des cadeaux aux cheicks, kans ou autres principaux du pays.

La température est très douce, et égale dans toute la province, aussi la végétation y est-elle toujours brillante, et l'on y trouve des plantes particulières. De grandes forêts y sont nombreuses ; le liège en est l'essence principale, et l'on y voit en outre quelques chênes verts, lauriers de haute futaie, frênes, aulnes, et particulièrement un grand chêne inconnu des botanistes, dont le tronc très droit acquiert jusqu'à cinq mètres de circonférence, et dont la feuille, semblable à celle du châtaignier, est blanche en dessous. D'innombrables sangliers s'y nourrissent de leurs glands et forment la pâture des lions et des panthères qui abondent dans les fourrés.

Ces puissans animaux sont aussi communs qu'au temps où les Ro1 mains les y venaient chercher pour alimenter les jeux sanglans du Cirque. Ils n'y ont pas diminué selon l'opinion commune. Il n'y a guère d'exemple qu'ils se jettent sur l'homme, bien repus qu'ils sont; leur naturel au contraire est assez doux, il suffit de ne leur pas causer d'ombrage pour n'avoir rien à en redouter. On ne doit pas les tirer imprudemment, car quiconque les blesse n'échappe point à leur vengeance. Nos savans en ont vu souvent rôder le soir autour de leur tente, et il y en a d'énormes.

Les hyènes de la plus belle taille sont aussi fort répandues et dévorent les chacals dont il existe plusieurs variétés, ainsi que des lynx, caracals, cervals, chats sauvages, ichneumons, genettes, loutres, cerfs et porcsépics. L'abondance des oiseaux de marais est extraordinaire, et outre une multitude de canards divers, on y voit de belles poules sultanes bleues ou porphyrions. Le sanglier, qui paraît au moins appartenir à une variété particulière, à la chair très blanche, de la consistance et du goût de celle du dindon.

MM. Bory et Berbruyer ont fort distinctement reconnu les ruines de Tuniza et son acropole, non dans la ville de La Calle, qui devait être une petite île dans les anciens temps, mais sur la côte ferme à laquelle un isthme de sable moderne réunit aujourd'hui notre établissement. Le colonel a en outre retrouvé l'emplacement d'une cité romaine au sud du lac oriental. Ayant laissé dans le pays plusieurs de ses collaborateurs, il est revenu à la fin de décembre à Alger, afin d'y régler les affaires administratives de la commission pour la fin de 1840 et le commencement de 1841.

M. le maréchal-gouverneur, l'y ayant parfaitement accueilli, lui a fait part du projet qu'il avait de s'en faire accompagner avec ceux de ses collaborateurs qu'il voudrait amener dans l'expédition qu'il médite pour le printemps prochain. On peut nourrir l'espoir de voir la commission

scientifique nous faire connaître celles de nos possessions africaines qui lurent jusqu'ici légèrement observéesou c|ui ne l'ont pas été du tout. On dit que le colonel Bon de Saint-\ incent assure qu'avant l'expira;. de 18 12, 1' \lLcrie pourra être décrite sous tous les rapports avec une aussi minutieuse exactitude que le pourrait être un département delà métropole.

I'vleontologie. — .Nous lisons dans le Spectateur de Dijon : Les w oodvard, les Camerarius, les Bonald, les Cuvier, les Bertrand prétendent que l'on u'a nulle part rencontre de fossiles humains, et ne croient pas qu'il en existe sur le globe. M. le cure île Menotey Jura] vient de s'inscrire en taux contre les recherches et l'expérience de ces illustres savans. Dans une lettre écrite a la Sentinelle, il cite un fait fort Curieux. I n creusant un fosse autour de son église, il a trouve, à la profondeur d'un mètre environ, quelques ossemeiis humains; puis, sous un banc de

- pourries, delilees à coup de pic, les empreintes de cinq mains d'hommes pétrifiées et si naturelles qu'on y reconnaît les ongles, les nerfs et mêmes les veines. La position de ce groupe de mains semble indiquer qu'une catastrophe subite aurait enseveli ces êtres vivans. Deux mains semblent fermées pour tenir un objet avec force; deux autres sont baissées vers la terre; une cinquième, placée la paume en haut, paraitrait indiquer la position d'une personne levant les mains au ciel. »

\l de Blainville, s'étant demandé s'il existe des analogies entre tous les ossemens fossiles et recens appartenant au genre ours et trouves dans des cave rues de nature et d'ancienneté de terrain très diffé-

- . a fait sur ce sujet de curieuses recherches. En rapprochant les OS d'ours vivans des OS d'ours des cavernes de toutes les parties de l'Europe . il est arrive a penser que ces derniers proviennent d'une seule et unique espèce, la même qui vit encore aujourd'hui en Europe, et qui atteignait jadis une taille presque gigantesque comparativement avec la race qui finit d'exister dans les parties les plus reculées des Alpes et des Pyrénées. Outre cette espèce, il faut en reconnaître une autre plus petite et bien distincte . habitant anciennement l'Europe méridionale, et dont les traces se retrouvent dans un dduvium plus ancien que celui des cavernes. Cette espèce complétait, sur notre continent, le genre ours comme elle le complète encore en Asie et en Amérique. Plus faible et vivant dans les parties de L'Europe les [dus anciennement civilisées, elle a du par cela même disparaître plus tôt du nombre des êtres encore existant aujourd'hui, sans qu'aucun cataclysme, aucun changement dans les conditions physiques du globe ait eu besoin d'intervenir.

influence de la civilisation sur l'anéantissement de certaines races animales est si vraie, que quelques unes ont pu s'éteindre sous nos yeux et disparaître à jamais ; tel est le droute ou le dodo dans la classe îles oiseaux, telles sont aussi quelques espèces de dugougs et de lamantins, herbivores v ivant dans l'eau et mine l'hippopotame. Dans des temps plus ou moins reculés, tous 1rs golfes de notre Europe où aboutissent de grands Deuves nourrissaient une espèce de ces animaux aquatiques. Actuellement le dugong n'est pi us que dans la mer Rouge et dans l'archipel indien, et le lamantin dans le golfe du Kanitschatka. régions ou la civilisation ne s'est pas étendue et où les harmonies de la création ont été pn Bervées de la main de l'homme, unsi le golfe de Lyon possédait . à l'embouchure du Rhône . peut-être la même espèce de lamantin qui vivait dans l'Océan d'Homère ou dans le golfe du Nil. 11 en était sans doute de même pour le golfe du Pô" et celui de < rascogne, comme on voit cet animal habiter encore l'embouchure de l'Afrique occidentale et le golfe de l' viua/.oiie dans l'Amérique du sud. Ces faits sont analogues à ce que La science a déjà constate pour les dauphins d'eau douce dont une espèce se rencontre dans Le Saint-Laurent, L' Unazone et les autres grands fleures américains , ce qui Eail présumer qu'on en trouverait aussi dans quelque grand lleuve de L'Afrique occidentale, comme on en découvre des restes fossiles dans l'ancienne embouchure de la Garonne. I In comprend l'utilité de ces recherches pour la géologie et aussi pour l'histoire des êtres lui peuplèrent La terre dans ses premiers Sges. il est également facile de voir que l'homme n'a pas moins fait pour la destruction de

quelques uns de ces êtres que les révolutions du globe pour la disparition de plusieurs d'entre eux.

Coi.oiniioN des nois. — M. Arago a communiqué a l'Académie des sciences de nouveaux détails sur la méthode d'imprégnation des bois du docteur Boucherie. \u lieu de traiter L'arbre sur pied ou au moment même de L'abattage, M. Boucherie parvient a introduire sa substance conservatrice, le pyrolignite de fer, par la partie supérieure de la lige, en plaçant le liquide dans une sorte d'entonnoir dont l'arbre forme le fond; il s'opère ainsi une véritable liltration a travers le tissu du bois, et bientôt le solution du pyroligaite a pris la place de la sève qui s'est écoulée par la partie inférieure.

Ce n'est pas, toutefois, ainsi que L'observe M. Biot, la sève pure, comme le pense M Boucherie, que l'on obtient de cette manière, mais la sève mêlée a toutes les substances dissoutes parle liquide Gltrant. Cette expérience, au reste, appartient en premier a M. Biot lui-même , qui en a rendu l'Académie témoin, il y a plusieurs années, en lui présentant en même temps un petit appareil de son invention, destine a recueillir la sève des arbres dans le plus grand état de pureté.

M. Boucherie s'est assure, dit M. Arago, (pie le bois pénètre de pvrolignite de fer est beaucoup plus résistant a l'action des balles que le liois ordinaire; d'où l'on peut conclure, d'après le savant seen t ire p. petuel , qu'il sera possible de faire des cuirasses en bois préparé, plus légères et plus Convenables que les cuirasses de métal.

Enfin, d'après les expériences de M Boucherie, le liquide absorbe par les arbres ne pénètre pas dans les fruits, excepte quand on expose m même temps ceux-ci à l'action d'une substance desséchante ; ce sera, dit M. Arago, un moyen nouveau de conserver les fruits sans les soumettre à la cuisson.

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