COUR CRIMINELLE DE SARAGOSSK
(audiencu ukal du 4 janvier.)
Sorcellerie et AnnasHlnut.
Sur les bords fleuris de l'Ebre vivait, depuis quelques mois, pics de la ville deSaragosse,une vieille femme nommée Calakena Elle avait soixante
ans, disait-elle, et malgré les rides qui couvrait son visage, on pouvait voir qu'elle avait été remarquablement belle; Calakena habitait depuis long-temps sa cabane; elle y vivait seule comme le hibou et ne sortait que la nuit. Elle portait sans cesse à la main un grand bâton noir; son costume était compose d'une robe rayée et rapiécée par des morceaux de diverses couleurs. Dans toute la contrée, a SarragOSse, a Taragona , a llucnca. dans les plaines de la Navarre et même jusqu'à l'I'.strainadure, elle 'passait pour une magicienne, pour une sorcière redoutable, et les Espagnols qui craignent Dieu et,le diable, se signaient dévotemeut à sou approche.
Il faut dire, pour la clarté du récit, que ce ne fut qu'en 1830 que Calakena parut a SaragOSSe. Ces gens «pu ont garde le souvenir de ce qu'elle était a cette époque s'accordent à dire qu'elle était admirablement belle, maigre les traces d'un chagrin récent laissées sur son visage Elle arrivait, disait-elle, de Madrid, pour passer le reste de sa vie dans le calme et la solitude
Les troubles civils qui ont ensanglanté l'Espagne l'ont laissée sans crainte, sans passion. Calakena tira les horoscopes dis chefs des cliristinos et des soldats de l'aimée de Cabrera. Elle passa bravement a liavera tous lis ran-s et partout les troupes respectaient son sexe et le
caractère mystique que lui prétait la crédulité du peuple.
Un soir de décembre dernier un équipage s'arrêta a la cabane de Calakena, i ue charmante dame en sortit, (.'était uni' délicieuse créature , adorable Heur de beauté, et dont les cheveux ressemblaient a libelle.
<> Ma bonne, dit l'inconnue à la devineresse, en lui mettant un ducat d'or dans la main, je veux me marier; dites-moi, mon ménage sera-t-il heureux.
— Quel est le lieu qui a vu naître votre futur ?
— Venise, répondit la jeune femme.
— Venise !... dit la sorcière, dont les yeux s'allumaient. Ah ! Venise ! Et son nom ?
— Giacomo Salvadi.
La sibylle bondit de joie.
— 11 vous aime ? dit-elle.
— Oui.
— Il vous appelle son bel ange, sa providence divine, le soleil vivifiant de sa vie ?
— Oui, ma bonne mère.
— Les jours, il les passe à vos pieds à regarder vos yeux d'azur; la nuit, il la passe sous vos fenêtres...
— Oh ! mais, c'est cela, ma bonne mère, c'est vrai.
Et puis il chante sous vos croisées les paroles que voici :
Le rubis, le saphir, l'opale, l,i' diamant aux mille feus, L'étoile du matin si pâle, N'ont pas le charme de tes yeux?...
Les uns annoncent la richesse.
Et l'autre le retour du jour :
Mais tes beaux yeux, ô ma maltresse !
Disent l'Auocn!
— Oh ! vous êtes une grande devineresse, ma bonne mère, je vous l'assure, car tout cela est vrai, très vrai.
— Eh bien ! pour que votre mariage soit heureux, il faut m'envoyer votre fiancé ; de sa fermeté, de sou courage dans les épreuves que je lui ferai subir dépendra votre bonheur futur. »
La jeune femme, dont le nom était dona Isahella, s'en alla toute joyeuse, après avoir promis que si la veiuie de son fiancé était la condition de sa félicité conjugale il viendrait, car il était brave.
— Mais vous viendrez aussi avant lui.
— Pourquoi avant ?
— Parce que c'est nécessaire pour l'épreuve; surtout qu'il ne sache pas que vous vous y trouviez ; s'il le savait, le charme n'opérerait pas.
Giacomo Salvadi se présenta au rendez-vous de la sorcière.
Aujourd'hui Giacomo Salvadi est devant YÂudiencia Real. Ses mains sont garrottées derrière sou dos. Il y a des habits de femme arrachés et ensanglantés sur une table. Ce sont les pièces de conviction. De plus, un verre taché de sang est devant le magistrat président.
L'alcade mayor, à l'accusé. — Vous êtes prévenu, Giacomo Salvadi, d'assassinat sur la personne de la signora dona Isahella, votre fiancée. Avez-vous une défense à présenter ?
L'accusé. — Oui, signor.
L'alcade mayor. — Parlez, et que la lumière de Dieu vous vienne en aide pour vous justifier.
L'accusé. — L'Audiencia Real a déjà été prévenue de mon svstème de défense. Elle a appris, par les mémoires de mon avocat, l'invitation qui me fut faite d'aller trouver la sorcière Calakena. Je m'y rendis.
Arrivés dans sa cabane elle me dit : « Marche avec moi ... Mais, avant, as-tu du cœur ?
— J'en ai, lui répondis-je.
Elle m'entraîna ... il était minuit, la lune ne brillait que très faiblement... Après un quart d'heure de marche nous arrivâmes dans une cour; elle me lit entrer dans une chambre basse. Il y avait sur une table un drap noir tendu quicachait quelque chose ; puisun verre vide et un poignard fixé à l'intérieur !!!
— Giacomo, dit la vieille femme, frappe, si tu veux être heureux, frappe sur ce drapl...
— Mais, je ne sais si je dois...
— Lâche ! s'écria la sorcière, tu veux faire obéir le destin, et ton bras tremble!...
— A ces mots je rougis de ma faiblesse, je pensai que c'était une innocente épreuve, je frappais le drap noir.
O prodige!... le sang jaillit du trou qu'avait fait le poignard.
La vieille prit alors le verre vide, le remplit de sang et en but après m'avoir dit avec une voix terrible :
« A ta santé, Giacomo !... C'est Marianetta qui te salue !!!
En même temps une femme couverte de sang et percée au creur sortit de dessous le drap noir ! . . . Horreur ! . . . C'était ma fiancée, la signora Isahella!!!
La sorcière, je l'avais reconnue, c'était une femme que j'avais délaissée en 1830, et qui avait juré de se venger de mon abandon. Elle avait appris sans doute par la naïve Isahella mou nom et mes projets ; elle a dû l'attirer secrètement dans cet antre de malheur et profiter de sa bonne foi pour la livrer au couteau dont elle m'avait armé.
Mais moi, signor, je suis innocent comme l'agneau de Dieu.
A peine l'accusé a-t-il terminé cette narration que plusieurs témoins déposent en sa faveur. Les uns ont rencontré la sorcière fuyant dans la campagne ; les autres ont reçu les derniers aveux d'Isabella mourante.
La Cour, en présence de ces faits et des argumens exacts fournis par l'accusé, prononce son acquittement au milieu des applaudissemens de l'assemblée.
La sorcière Calakena n'a pas encore été retrouvée. On a appris seulement en visitant sa cabane qu'elle se faisait passer pour vieille, afin de mettre plus facilement à profit la crédulité publique. On a retrouvé les substances colorantes avec lesquelles elle se ridait le visage pour cacher son âge, car telle n'avait que trente-cinq ans.
(Audience.)
MODES
Toilettes du soir. — Robe eu damas Pompadour bleu ayant pour toute garniture deux larges bandes] de blondes qui partent de la taille, et sont rattachées de distance à distance, tout le long de la jupe, par des bouquets, de violettes de Parme ; corsage dont la draperie, aussi bien que celle des manches, est retenue par de semblables bouquets. Pour coiffure, de la blonde et un cordon de violettes.
— Robe en pélun bleu de ciel, ouverte sur une robe de satin blanc que l'on garnit, sur les bords de l'ouverture, de marabouts mêlés d'éj is d'argent ; corsage plat à la ceinture, et froncé au haut des épaules où il est retenu très ouvert par un bouquet de marabouts mêlés d'épis. Pour coiffure petit bord eu velours lieu, garni d'un saule en marabouts entremêlés d'épis que l'on retrouve dans les touffes de cheveux.
— Robe en crêpe lisse rose, garnie au bas de la jupe de deux hauts biais un peu froncés et remontant de chaque côté du lé de devant en formant une pointe que rattache un bouquet de roses capucines simples et en velours; corsage plat et garni d'un biais froncé qui, sur le devant tt les épaules, forme des pointes retenues par de semblables fleurs. Branche de roses capucines se posant sur les cheveux de manière à accompagner le visage et descendant presque sur le col.
— Robe eu tarlatane garnie de trois bouillons dont les plis sont marqués par des coques d'étroit ruban de satin; manches bouillonnées et garnies de même ruban. Pour coiffure, de nombreuses coques de ce ruban mêlées aux touffes de cheveux bouclés et aux cheveux du chou.
— Robe en satin renaissance blanc, garnie d'une haute blonde que l'on fixe sous une passementerie or et perles, et que l'on relève de distance en distance jusqu'à moitié de sa hauteur par des glands or et perles ; blonde garnissant le haut du corsage aussi bien que le bas des
mancheç, et relevée par des glands au milieu du corsage et en dedans du bras: cordelière assortie entourant la taille. Pour coiffure, une résille or et perles couvrant le chou ; passementerie terminée par des glands qui tombent du inènie'cùte sur le col, et mêlée à une blonde qui, après avoir garni le visage, l'orme une sorte de bavolet à la résille; sur le front, un rang de perles.
Toilettes di joi b.— Le carême est venu, et pour un grand nombre de nos lectrices, le temps des plaisirs est passé. Aussi avons- nous cru devoir consacrer notre gravure de ce jour a deux toilettes de ville, dont nous allous donner la description :
— I1 Uolie en pekiu \iolet garnie de passementerie et d'olives disposées d'une façon toute nouvelle. Cachemire carré a fond vert uni et entouré île riches palmes. Chapeau en velours vert, dont la couleur est adoucie près du visage par une garniture d'Angleterre que l'on dispose de manière à ce que le bord forme une suite de tuyaux autour de la passe.
— 2° Rohe en reps gris avant une draperie croisée sur la poitrine. Manches plates jusqu'au coude et s'elargissaiit vers les épaules, où elles sont oruées de glands. Chapeau de velours épingle, chine, violet et lilas portant trois plumes gaufrées qui s'harmonisent avec ces couleurs.
On porte toujours, pour les courses en ville, des redingotes en drap zéphyr, en cachemire d'Ecosse et en satin phrygien. Pour faire des visites, on s'habille de levantines pointillces, de droguets l'ompaduur, de velours arabes à raies diagonales. INous avons vu une charmante robe de cette dernière étoffe qui était verte et orange; elle portait. trois volans à dents fortement découpées; ces volans étaient hscres de satin orange. Le corsage plat et ouvert en cour, était garni d'une sorte de sch.all, termine, ainsi que les doubles jockeys des manches, par des dentelures en rapport avec celles des volans de la jupe. Le has de la manche formait une pointe qui couvrait une partie de la main.