LA FORCE
PEISON DE PABIS (1).
« La plupart des hommes emploient la première partie de « leur vie à rendre l'autre misérable. » (La Bruyère.)
11 me reste à vous parler de la levée de mon secret; mais auparavant, il ne sera pas inutile, ce me semble, de donner une description rapide de la Force.
(1) Extrait des Prisons de Paris, par an ancien détenu, ouvrage très intéressant qui se compose de 10 livraisons dont plusieurs ont déjà paru chez l'éditeur, rue Faubourg-Poissonnière, 106.
Chaque livraison coûte 50 centimes, et contient deux feuilles de texte.
Cette prison a pris son nom de V Hôtel de la Force , qui existait au treizième siècle. Cet hôtel appartint à Charles, roi de Naples et de Sicile, frère de saint Louis, et dans la suite au duc de la Force. 11 n'eu reste plus aujourd'hui que de misérables débris sans importance : un vieux porche, quelques pans de murs crevassés, un ou deux écussonsen pierre. Tout a été ruiné , déblayé , puis reconstruit mesquinement , bourgeoisement, sauf sur un point où fut élevé l'hôtel de Brienne. Vous l'avez sans doute remarqué, dans la rue Pavée-Saint-Antoine, à sa façade et à son portail caractéristique, que protègent des bornes liées les unes aux autres par des chaînes.
En 1554, le gouvernement acheta ces constructions pour y établir l'École Militaire ; mais le projet fut abandonné, et un emplacement plus convenable fut choisi.
Sous le règne de Louis XVI, des réclamations pressantes s'élevèrent de tous côtés en faveur des prisonniers de Paris. On demanda pour eux un peu de pitié, et, en même temps, l'abandon des geôles féodales où ils souffraient tant. Ces réclamations, appuyées par le ministre Necker, furent entendues, et le 30 août 17S0 une déclaration du roi ordonna l'établissement d'une prison à l'Hôtel de la Force et la suppression du Fortl'Évêque et du Petit-Châtelet.
On mit deux années a transformer cet hôtel en geôle, et les détenus n'y furent transférés qu'au mois de janvier 1782. Cette prison était alors divisée en six départemens : le premier, destiné au concierge et aux employés subalternes; le second , aux prisonniers retenus pour n'avoir pas payé les mois de nourrice de leurs enfans ; le troisième , aux débiteurs civils ; le quatrième, aux prisonniers de police ; le cinquième, aux femmes; et le sixième , au dépôt de mendicité. Depuis, ces divisions ont éprouvé bien des ebangemens.
L'hôtel de Brienne fut aussi converti en prison vers la même époque, et appelé la Petite-Force , par opposition à la Grande-Force, dont je viens de parler. Ce deux prisons, qui, dans l'origine, ue communiquaient pas entre elles, bien que contiguës, n'en forment plus qu'une seule aujourd'hui. La Petite-Force avait été destinée aux femmes de mauvaise vie, lorsqu'on supprima la prison de Saint-Martin, en 17S5. Elle ne changea de destination que peu de temps avant 1830.
« A leur entrée dans ce lieu de détention, écrit Dulaure, elles éprouvent une métamorphose presque totale. Tout le mérite qu'elles doivent à leur ajustement disparaît, elles reçoivent l'uniforme de la prison; le taffetas, le linon sont remplacés par la bure .grossière, les chapeaux fleuris par une coiffe de grosse toile, et les souliers élégans par des sabots. »
On montre encore, au troisième étage de l'hôtel de Brienne , une fenêtre ronde, une espèce d'œil-de-bœuf, qui éclaire la chambre occupée , en 1793, par madame Lamballe. C'est de là qu'elle fut enlevée, dans les journées de septembre , pour être conduite au petit guichet qui fait face à la rue des Ballets, et qui devint en même temps sou prétoire et sa grève.
La Force est la prison la plus vaste de Paris, mais aussi la plus irrégulière dans sa distribution. Elle embrasse à présent, huit cours ou préaux; ce sont les cours de la Vit-au-Lait (l),de la Dette, du Bâtiment- Neuf, Sainte-Madeleine, des Mômes, des Poules, Sainte-Marie-l' Égyptienne et Sainte-Anne.
La première est plantée d'arbustes et de fleurs ; elle est aussi gracieuse que peut l'être une cour de prison. En 183-1, elle fut un instant réservée aux détenus politiques; mais les choses ont bien changé depuis. Aucun prisonnier n'a le privilège de s'y promener.
La saconde, d'abord destinée aux dettiers, occupe en quelque sorte le centre de la prison. Un pauvre petit jardin négligé et perdu là, comme un oasis dans le désert, un peu de régularité dans les constructions qui l'encadrent, des murailles sur lesquelles le temps n'a pas encore jeté tous
(1) Dans le principe, elle servait de promenoir aux détenus anèlés pour n'avoir pas soldé des mois de nourrice. De là le nom qu'elle porte.
LE CABINET DE LECTl RE.
les Ilots de sa robe de rouille, et enfin le monopole des pistçles qu'elle possède, ne laissent pas de lui donner, ajuste titre, la primauté. D'ordinaire, c'est la plaee des prisonniers politiques, mais pas toujours, —j'en sais quelque chose, — des voleurs paisibles, des banqueroutiers, des gens de bon ton, ee qui u'empêche pas, du reste, la misère d'j avoir aussi ses coudées franches. Onj trouve deux chauffdirs, l'undil despistoliers et l'autre des pailleux.
La cour du Bâtiment-Neuf est surnommée la Fosse-aux~ Lions ("'est vous dire assez qu'elle sert de repaire aux mauvaises têtes, aux hommes les plus dangereux et les plus difficiles à manier. aux. individus sur qui pèse une prévention ou une accusation d'assassinat. Les forçats et les réclusionnaifes libérés s'y trouvent en majorité. Là, tons se valent, à peu de chose près; il est impossible qu'un scélérat y coudoie un honnête homme ; les distinctions n'y sont par conséquent pas tolén et le monsieur en sont impitoyablement proscrits. Les gardiens, en qui de pareils hommes n'éveillent' que trop souvent l'instinct de conservation, et qui se soucient peu de vivre en mauvaise intelligence avec des -eus capables de jouer leur existence a pile ou face, sont prevenatis visa-vis d'eux, et tolèrent bien des infractions au règlement, qui enverraient un vagabond au cachot. Les murs du Bâtiment-Neuf sont construits à l'épreuve des évasions, en piem s de taille lices entre elles par des attaches de 1er. et les dortoirs sont voûtes. C'est, en un mot, le lieu le plus sinistre que l'imagination puisse concevoir
La cour Sainte-Madeleine n'est séparée de la précédente que par un mur, à l'une des extrémités duquel on aperçoit une espèce de carre en maçonnerie, posé sur l'un de sis angles ci semé de bouteilles cassées. — C'esl vraiment d'un effet horrible. Cette cour est fort retrecie dans sa première moitié. On voit au fond, une galerie de dix à douze pas de longueur, qui mène a la cantine, en formant un coude et qui sert d'abri aux prisonniers quand le temps est mauvais et quand ils redoutent l'at-
sphère empestée du chauffoir. Sous la restauration, et, je crois même
jusqu'en 1834, s'élevaient sur ce triste préau deux ou trois rangées d'arbres qui l'animaient bien à propos ; mais ces arbres ont disparu, je ne ourquoi. t.es bâtimens de la cour Sainte-Madeleine tiennent à la rue Pavée.
La cour (les Mômes est réservée pour la promenade des hommes qui sont mis au secret. Les enfans OU mômes n'y viennent qu'aux heures îles pour recevoir leur maigre pitance, et la quittent aussitôt. La nedans laquelle se trouvent les visitans, de la traverser pour se rendre au parloir de la cour Sainte-Marie-l'Égyptienne, n'en permet pas le séjour aux prisonniers.
La cour appelée par les détenus cour des Poules n'est séparée de la
précédente que par un guiAet, ouvert au rez-de-chaussée du bâtiment
crets. On n'y rencontre jamais que les poules du directeur et un
factionnaire de planton II n'est pas possible qu'il en soit autre nt,
cette cour n'étant séparée de la rue Pavée que par cette grande porte de que vous connaissez suis .menu doute c'esl la que Béranger allait prendre l'air et s'asseoir au soleil
Marie-l'Égyptienne est, après celle du Bâtiment-Neuf,
la plus désagréable entre toutes. Imaginez-vous une rue ou deux cabrio-
i passer de front, une rue avec des murs noirs et pas de fe-
— puisque celles des Secrets sont masquées par des tambours,—
oleU s'aventure en rechignant, où de rues promeneurs s'étendent
a terre, de temps en temps, comme font les gens ivres au pied d'une
plongez cette rue dans un silence et unesolitude de et vous aurez. |a cour Sainte-Marie-l'Egyptienne, vers le déclin di I ait tourne, c'est-à-dire au moment où je l'ai obseï ■■
i in, la cour Saint-Anne est destinée aux vieillards, a de vieux vagabonds
1 sd enus parqués dans ces différentes < ateommuni-
atre eux que par ruse, et c'est, je présu - commu-
nications, qu'on s'est dispensé de célébi daus une chapelle étourdiment construite et convei Lie depuis en i
toir dépendant de la cour de la Dette. Son grand tableau représentant un brigand aux pieds de saint Jean-Baptiste, est aujourd'hui dans la chapelle de la Hoquette.
Maintenant que nous avons un aperçu des principales divisions de ce labyrinthe immense que l'on appelle la Fera . faisons deux pas en arrière, ci retournons à mou Secret; mais ce ae sera plus pour longtemps.
I n soir, vus huit heures . au bout de trente-trois jours de sépulture, j'entendis un bruit de clefs dans l'escalier. Ce bruit produisit sur moi une certaine émotion, Car il m'.ij.ice les nerfs, cl je doute fort que je parvienne jamais a in'v habituer Le moment des rondes île | n'est pas
arrive, me dis-je, cl d'ailleurs, en ce moment-là, les gardiens marchent
a bas bruit, et ne s'amusenl pas a faire carillonner leursjdefs. Ce n'est pas non plus un homme que l'on amené au secret, car cet! n'a lieu que dans la matinée ; ce n'est pas davantage mon voisin qui arrive de la Souricière, puisque je l'ai entendu courir toute la journée dans son cabanon, probablement pour se réchauffer. Ouest-ce il ■ .' | le quoi sa
git-il?
Cric ! crac ! Et la porte île mon voisin roula sur ses gonds.
— Votre secret est levé; faites un paquet de tout ce qui vous appartient et descendez avec moi.
— Et le mien.'' criai-je de toutes mes forces au gardien.
— L'ordre de lever le vôtre vient aussi d'arriver au greffe... Tenez- VOUSprêt... Dans cinq minutes, je serai a vous...
Je ramassai mes livres dans une serviette, et lis mes adieux a la jalousie de fonte qui tenait aux quatre angles de ma fenêtre, a mon lit, qui n'avait pas été remué depuis un mois, à ma petite table de chêne et à ma chaise. J'éprouvai de la peine a me séparer de ces choses, et cependant, si l'on m'avait prévenu d'une pareille impression cinq minutes auparavant, j'en aurais ri comme un fou, je n'aurais pas eu \a faiblesse d'j croire. Il faut avoir subi le secret et sentir vivement sa nature froissée pour comprendre cela. Quand , par devers soi, on n'a pas m
ture vivante a qui parler, on se créedes interlocuteurs dans les moindres objets, desamis parmi des choses qui ne sentent pas. Uissi, croyez-moi, ne passez point trop légèrement sur ces paroles de Pellico
La solitude continuelle est un tourment si cruel pour moi, que je ne résisterai jamais au besoin de faire sortir quelque parole de mes poumons , d'inviter mon voisin a me répondre . et [si le voisin se taisait , j'adresserais la parole aux-barreaux de ma fenêtre, aux collines qui sonl en face de moi, aux oiseaux qui vident.
i i soir-là, il faisait un vent de bise, et ce vent folâtrait sur les toits de la prison, en sifflant dolemmenl Les réverbères des cours oscillaient sur leurs cordes, cl criaillaient, et puis on voyait, tout à ciite.de grandes
ombres passer cl repasser sur les murs, a des inlervalles sures M. us
pas un cri, pas une voix d'homme ne venait se mêler à cette harmonie sauvage
LprèS avoir traverse l.i cour des MO s et le vieux porche par ou elle
débouche sur celle de la \ il-au-l .ait. le gardien nie lil monter les eSCa-
liers d'un corps de logis qu'on nomme le Bâtiment du Centre Je me
trouvai nez a nez ave.- le brigadier, qui jusque -là s 'cl.nl Ire complaisant avec moi, mais qui ne parut point alors me reconnaître.
—Emmenez-moi cet homme-làà la Madeleine ordonna-t-il au gardien.
\ ous savez, monsieur, que j'ai demande la Pistole '
0,u> mon ami, oui, oui, on va vous v conduire à la Pistole, reprit-il avec un ton doucereux qui coutrasl.nl Singulièrement avec celui qu'il venaii de prendre
je partis ,ur la foi des haïtes, heureux de savoir que je ne serais pas confondu avec tous les voleurs, et que je pourrais m'isoler quand bon
me semblerait
lia cour Sainte-Madeleine par une ruelle étranglée entre ,!,.„, murailles inégales en hauteui ce qu'on appelle un
,nde. Il y a> lit une guérite au milieu, sons un réverbère ,t
dans cette guérite un factionnaire couvert de son manteau gris, la tête bien encapuchonnée, ce qui lui donnait une apparence de spectre. Il ne nie parut pas très rassuré, d*où je conclus que c'était un conscrit, car 1rs .(inscrits perdent la tète au moindre pas qu'ils entendent dans une prison. Leurs aïeux leur ont tant conté d'histoires incroyables durant les veillées d'hiver! Et quelles histoires, bon Dieu!
Au bout du chemin de ronde se trouve le guichet, de la cour Sainte- Madeleine, c'est-à-dire le poste du surveillant. Je tournai le bouton de la porte vitrée, et j'entrai.
— Voici un homme que je vous amène, dit mon gardien à son confrère.
— C'est bien. Qu'il s'asseye un moment, en attendant le père Joseph, qui va venir.
— Place-le le mieux possible, hein? ne l'envoie pas au Grand-César (1).
— Nous sommes au grand complet, et il n'y a qu'un lit de vide au Petit-SaintrVïncent.
Je reconnus de suite que le brigadier venait de me jouer un mauvais tour, et le sang me monta au visage.
— Il n'y a donc pas de pistoles ici? demandai-je.
— Ah ben oui ! des pistoles ! c'est sur la cour de la Dette qu'elles sont, les pistoles.
Au bout de cinq minutes d'attente, le père Joseph parut. C'était un vieux bonhomme, maigre , blanchi sous le harnais de la prison, et sur le point d'être mis à la retraite. Il me posa sur l'épaule gauche une paire de draps, et me dit de le suivre au Petit-Saiiit-Yincenl.
Deux tours de clef pour ouvrir et un roulement de verrou, deux tours de clé pour fermer et un second roulement de verrou ; puis je me trouvai dans une longue salle de vingt lits, avec des vauriens de toute sorte pour compagnons de chambrée. A entablement, je fus étourdi de la chute, et il y avait de quoi l'être. Je me demandais s'il était possible que je pusse m'acclimater dans un pareil lieu ; j'étais embarrassé de ma personne et contrarié d'entendre chuchoter en argot de grosses plaisanteries que je compris plus tard. Je ne savais où poser les draps que le père Joseph m'avait donnés; je ne voyais pas de lit vide, car mes yeux étaient éblouis par la clarté rougeàtre d'une lanterne placée au fond du dortoir, contre le mur.
— Prenez le troisième lit à gauche, me cria le prévôt, ou, si vous aimez mieux, le prisonnier chargé par l'administration, moyennant double pitance, de veiller à ce que l'ordre ne soit pas troublé pendaut la nuit.
— Merci !
— Voulez-vous qu'un homme fasse vos corvées, c'est-à-dire votre lit tous les jours, et qu'il balaie le dortoir lorsque votre tour viendra ?
— Je ne demande pas mieux.
— Cela vous coûtera deux sous par semaine pour le lit, et quatre sous pour chaque grande corvée. Ça commencera demain ; c'est l'étrenne des arrivans.
— C'est bien.
— Vous avez une planche à la tète de votre lit pour poser vos effets : mais je vous conseille de n'y laisser ni argent, ni [foulards, car personne ici n'a la prétention de passer pour honnête homme.
Je le remerciai de uouveau.
— Eniin, reprit-il, si l'odeur du dortoir vous incommodait, vous pourriez fumer. Il n'y a que les gens libres qui se gênent.
Les conversations que mon arrivée avait un moment suspendues ne tardèrent pas à reprendre leurs cours. On s'entretenait de voisin à voisin, ou d'un bout de la salle à l'autre, sur des sujets qui n'avaient aucun rapport entre eux. Mon voisin de gauche, qui était gascon et, comme tel, bavard importun et menteur intarissable, se tourna de mon côté pour
(1) Dortoir de soixante lits.
me parler de ses voyages sur tous les points de la France, et me soumettre les observations qu'il y avait faites.
Cet homme avait une physionomie pleine de vivacité et d'énergie, un regard d'aigle, des sourcils rebroussés, des moustaches noires et tordues, la peau terreuse, et en guise de serre-tête, un chapeau couleur de suie, sans formes appréciables, qui se détachait admirablement sur les draps. Ses impressions de voyages commençaient à me fatiguer, lorsque le prévôt se mit à crier : — holà, hé ? neuf heures viennent de sonner, motus; dormez ou faites semblant.
On n'entendit plus que quelques phrases en retard finir à voix basse. A onze heures et demie, la porte du dortoir s'ouvrit tout d'un coup avec un bruit insupportable qui me lit bondir. Deux gardiens, une lanterne à la main, faisaient en ce moment la ronde. Ils tournèrent autour de chaque lit, jetèrent un regard sur chaque prisonnier, passèrent en revue le mur de la rue Pavée, pour se convaincre qu'il n'avait pris fantaisie à personne de le trouer, et disparurent.
Je me rappelai ma première nuit à la Préfecture de Police, et je crai. gnis un instant pour mon repos. Ma crainte, heureusement, n'était pas fondée, et, depuis le départ de la ronde, jusqu'à quatre heures du matin, le plus grand silence régna. Alors, seulement, deux ou trois prisonniers se mirent à crier de toute la force de leurs poumons :
On étouffe ici dedans.... c'est une infection.... fumeurs, battez donc le briquet.
Le choc de l'acier contre les pierres éveilla tout le monde, et personne ne se plaignit, car la position n'était plus teuable. L'atmosphère du dortoir était acre, tiède, fétide et soulevait le cœur. Ce fut un bonheur pour nous de sentir l'odeur du tabac. Nous respirâmes cette fumée narcotique avec autant de délices qu'un individu respirerait l'air du matin, après avoir passé toute une nuit dans un four. Le tabac était notre unique ressource, à nous, car les fenêtres du dortoir étaient si haut percées et leur appui si bien effacé en talus qu'il fallait renoncer à les ouvrir.
En attendant le réveil, le prévôt, qui s'exprimait d'une manière facile, nous pria de faire silence, et il nous conta, selon son habitude, une histoire que j'ai retenue presque mot pour mot , et qui sans doute vous intéressera.
— « Un soir de décembre, commença-t-il, il y a bien de cela dix ou douze ans, deux hommes courts de taille, niais robustes, le teint bruni par le soleil, tous deux couverts d'une vieille casaque, et coiffés d'un bonnet de laine rouge , étaient assis de chaque côté d'une large cheminée, dans une des salles basses de l'hôpital maritime de Toulon. Ils se chauffaient à un bon feu de branches d'olivier, et fumaient tranquillement leur tabac de contrebande.
La salle où se trouvaient ces deux hommes était occupée par une douzaine de tables, de ces tables que l'on voit à Clamart, et au dessus de la rue Hautefeuille, et sur lesquelles on couche les morts. Tout cela n'était éclairé que par la flamme du foyer.
Ce soir-là il faisait froid dehors. Le vent de mer fouettait les vitres et courait sur les toits de l'hôpital, eu sifflant de ces choses qui font rêver. Nos deux hommes n'avaient pas du tout l'air de s'en apercevoir. Ils riaient comme des gens habitués à vivre avec la mort ; ils causaient de Paris de temps en temps, avec l'espoir de revoir ses jolies promenades et ses théâtres de boulevarts. Il y avait à peu près quatre ans qu'ils l'avaient vu pour la dernière fois, et c'était de grand matin, lorsqu'il était tout chargé de brouillards, un jour qu'ils descendaient l'avenue de Bicètre, le collier de fer au cou, et tendant leurs écuelles de bois aux curieux accourus en foule.
Comme ils n'étaient condamnés chacun qu'à six ans de travaux forcés, et comme ils avaient quelques petites protections, on leur avait donné la place d'infirmiers ou servons à L'hôpital de la marine : et c'était une grande faveur, car l'hôpital est au delà des limites du bagne , et il est facile de s'en évader.
Voilà que tout à coup l'un d'eux dit à l'autre : — Eugène, mon garçon,
voilà pris d'une demi-heure que nous jasons ici, ni plus ai mo
(1rs étourneaux, tandis que nous avons, là baut, dans le cabinet, de la
besogne qui nous attend.
— Que te diable i a Faculté de Wéd cii er avec
Jettes, répondit Eugène. Toutes les semaines, il faul lui en expédier d
Et ils secouèrent leurs pipes éteintes sur la tête des chenets, avant de monter au premier étage", clans une petite pièce toute pleine île caisses vides de différentes grandeurs. Uors, il pouvait Tire neuf heures Le vent ne soufflait plus avec autant de l'orée, mais il tombait beaucoup de i oait contre les vitres toutes sortes de dessins à paillettes.
Nos deux servans soufflaient dans leurs doigts pour se réchauffer, et ils se dépéchaient, l'un de poser un râtelii r dé dents, l'autre d'ajuster une . titre le fémur et les deux OS de la jambe.
Ils n'avaient pas encore uni, quand un certain bruit \int frapper leur attention. Comme ils étaient seuls dans cette partie du bâtiment, ils furent bien surpris.
ils descendirent donc à pas de loup jusqu'à la porte de l'amphithéâtre. — Elle était fermée a double tour. — Eugène l'ouvrit résolument, et baissa la petite lanterne qu'il tenait a la main, pour s'assurer que personne n'était tapi sous les tables. I\n effet, personne n'y était.
— A présent, se dirent-ils. allons au magasin.
Ils tenaient la porte entr'ouverte pour sortir, quand l'ami d'Eugène s'arrêta frappé par une réflexion subite.
— Eugène, est-ce que toutes les tables n'étaient pas char.
— Si,! Pourquoi me demandes-tu cela.' répond l'autre.
— C'est que... — tiens... levé donc la lanterne. .. Bien, c'est cela, — en voila une ou il n'y a plus rien.
.le vous laisse à penser si les deux srrvans furent surpris. Ils en devinrent pâles; ils n'osaient plus souffler mot; ils tremblaient de tous leurs membres, en avançant vers la table. — Effectivement il n'y avait plus rien dessus; mais, à roté, ils trouvèrent une mauvaise chaise renmpue. Eugène releva cette chaise, et il essayait, machinalement , d'en rajuster les traverses, lorsque quelque chose vint a remuer Sous la cheminée, ou deux ou trois tisons jetaient leurs dernières étin-
Que virent-ils? Un défunt apporté du bagne le matin même. Il était
i dans un coin, il grelottait de froid, il secouait la tète, comme on fait au sortir d'un mauvais rêve. C'était d'autant plus effrayant qu'il s'était enveloj p> d'un drap de toile cerne qu'il avait trouve par terre, après s'être laisse tomber.
Camarade, lui du Eugène, en faisant celui qui n'avait pas peur, il faut que la vie soit bien dure en l'antre inonde, pour que tu te sois décide si vite ,i revenir au bagne de louli n
Il n'eut pas l'air de comprendre.
Eugène lui demanda ensuite s'il souffrait beaucoup.
Il répondit a cela par un signe de tète qui voulait dire oui, et n continua de grelotter.
i - infirmiers jetèrent une ou deux poignées de ramée sur les charéteignaient, ci donnèrent au ressuscité quelques •■ouïtes de
vieille eau-de-vie, qui lui rendirent de la vigueur, cl puis après il se nul à pleurer comme un enfant.
— Voyons, lui demanda Eugène, est-ce que tu serais fâche de revoir mis?
— Ma foi. oui. répondit-il, mais d'une voix si faible qu'on l'entendil ine.
— Coi n', opi ?
— Tout a l'heure j'étais libre, je ne souffrais plus, et, a présent, me voici redevenu ,,- dix-neuf ans.
En d il -or m d,. dessous le drap qui l'enveloppait une m n,
horri] de grands cul1. i i i
pleurs qui coulaient sur son visa Lu bout de dix minutes, à peu près, les infirmiers renl !e
en question dans in d'alcôve, qui tenait à leur labora-
le couchèrent dans leur lit. Ensuite, ils lui donnèrent uni de vin sucré, des figues sèches ci des olives 11 bt I iut d'un trait.manferma les yeux
— A présent, qu'allons-nous faire .' rx? demanda Eugène; le rend ri
— s i l'autre.
— Certainement ble. Voilà qi que lechirurgii •
maine qu'un individu en plus ou en moins n'y paraîtra pas sortie de l'hôpital et aux préi prendre pour le \ vage,
et tout ira bien pourvu qu'il ne soit pas trop maladl d'abord de le mettre en état de marcher. Ce sera l'affaire d'une huitaine de jours; mais pendant ers Irait jours de , nous aurons a
prendre bien des mesuresde i car s'il venait a être d,
serait aussi d m DOUS rue pi ur lui. — Si nous
i indes caisses à squelettes que nous avons ici, hein.' qu'en penses-tu ?
— Oui, OUi, l'idée est bonne.
On mit donc le ressuscite dans une caisse, on l'entoura de petits soins, on lui donna du courage et de l'espoir, si bien qu'au bout de huit jours il fut a même de quitter définitivement sa bu n
Mors Eugène enleva du magasin un habillement de matelot pour le déguiser, lui passa en sautoir un étui de ferblanc avec un congé en règle, et, à onze heures du soir, il lui ouvrit la grande porte de sortie, au moyen d'une fausse clef.
— Maintenant, lui dit-il, bon voyage et bonne chance. Tu n'as pas à craindre, toi, qu'on lusse le pavillon noir, qu'on lire le canon d'alarme et que les paysans, réveillés en sursaut, aillent te traquer sur les chemins pour gagner Vingt pièces décents sous.
Les prison rs du Petil-Saini- Vincent, qui paraissaient prendre le
plus grand intérêt a cette histoire, n'interr pirent leur prévôt que pour
bu demander si elle était déjà unie. — Non. non, pas encore, dit-il. et d continua ;
Plusieurs amers s'étaient écoulées depuis celle évasion, cl I, avail été bien tenu. lorsqu'Eugène redevint libre. Il avail a sa disposition une bourse bien fournie, quinze ou dix huit cents francs, gagnés pendant son séjour a I oulon, car il était 1res industrieux. — Il savait graver sur la coque du coco <l jolies, tirées
son de la fable, soit de l'histoire, des petits tableaux (le genre, des miniatures de fantaisie et des scènes chaii Il savait également travailler la paille de couleur et faire les porte-Cigares el II plus frais el les mieux nuances que vous avez vus. Tous li s curieux lui
achetaient de i i tail si peu '
Eugène vinl dn temps celui-là
cent el quelques lianes, les I ainsi que lui, sous la sur-
veillance de la haute police, obi, . • droit de rester dans cette
ville.
Eugène acheta <-,- droit et ouvrit, peu de jours après, une- boutique de barbier, rue Jean-Jacques Rousseau. \ ous vous rappelé/ peut-i tri vu celle boutique de la rue Jean I
objets cur'riix, , ni reste l'intérieur clail des plus simples : trois noirs représentant Marcngo, le passage du ponl d' Vrcole et une vue d • ' idrcs, non
i sentant le petit roi de e, la i
'a bis du nu David, | endu lieveux a eu
celle de di
,: ■ it, mais
de ci \ussi | as un d en sa qua hier, u'eun di poser de la
i lie il but r ; . Dieu sait connue. Mies quartiers.
Pendant cinq ou six ans, il joua ce double rôle avec une habileté sans exemple; mais le proverbe a raison de dire — et nous en savons tous quelque chose : — tant va la cruche à l'eau, qu'à la lin elle se casse. Une nuit qu'il dévalisait le secrétaire d'un rentier, tandis que celui-ci jouait à l'écarté dans le café voisin, le barbier fut arrêté en flagrant délit, des pièces d'or dans les mains et des billets de banque dans les poches.
Huit mois plus tard, Eugène descendait de la cour d'assises avec une condamnation de vingt ans, et, le samedi d'ensuite, il se promenait sur le préau de la Roquette.
Plusieurs l'ois on avait remarqué que l'argent ne lui faisait pas défaut et on avait inutilement cherché à en découvrir la source. Ha ! ha ! c'est que c'était un lin matois. Un jour pourtant il lui arriva de ne pas toucher sa petite pension, et il devint sombre. Il attendit une semaine : rien; il attendit deux semaines', rien encore. Il écrivit alors une lettre furieuse, qu'un intermédiaire fut chargé de porter à sa destination.
On lui répondit secrètement que le destinataire avait vendu sa maison, réalisé ses capitaux, et qu'il était en route pour l'Amérique du Sud.
Ce fut alors seulement qu'Eugène révéla sou secret, et on apprit que cet homme qui venait de fuir était le ressuscité de Toulon et le rentier dévalisé. Eugène et lui s'étaient reconnus à l'instruction; le premier avait eu intérêt à dissimuler, et le second avait eu le bon esprit d'acheter son silence avant de quitter Paris.
— Est-ce la fin de l'histoire? demandèrent les prisonniers. Le prévôt ayant répondu affirmativement, ils le félicitèrent d'un commun accord, et lui en firent promettre une seconde pour la nuit suivante.
A sept heures et demie, la cloche sonna le réveil. Les prisonniers tirèrent leurs haillons de dessus les planches, et s'en couvrirent le corps. Mon voisin de gauche, qui la veille m'avait raconté tant de choses extraordinaires, fit comme tout le monde; et, bien plus, il me causa une étrange surprise. C'était un nain tout tordu, s'appuyant, pour marcher, sur une béquille qui n'avait pas plus de deux pieds et demi. Je me demandai comment il aurait pu faire dix lieues par jour, ainsi qu'il avait eu la forfanterie de me le conter, alors que je jugeais l'homme d'après la physionomie. Il tourna entre ses mains le chapeau qui lui avait servi de bonnet de nuit, et lit disparaître, tant bien que mal, la dépression qu'il avait creusée en le broyant sous sa tête. Ses habits étaient déchiquetés et hideux; et je compris qu'on l'eût arrêté pour délit de mendicité, lui qui, la veille encore, me donnait à entendre, avec un accent de lionne foi, qu'il était propriétaire, qu'il se rendait à Paris pour affaires d'argent très importantes, qu'il ne concevait pas qu'on l'eût arrêté, et qu'on ne l'eût point cru sur parole, lorsqu'il affirmait sur l'honneur avoir perdu ses papiers en route.
A huit heures, lorsque les lits furent retroussés et le dortoir balayé, on sonna la descente. Tous les détenus furent lâches à la fois : ceux du Petit-Saint-Vincent, du Petit-César, qui lui est contigu, du Grand-César et du Laboratoire. Le grand escalier n'était pas assez large pour vomir cette foule, qui, arrivée au bas, se répandait dans le cbauffoir, à droite, et dans la cour en face.
Le chauffoir de la cour Sainte-Madeleine est une vaste salle où se réunissent les prisonniers, quand bon leur semble, soit pour travailler, soit pour ne rien faire. Dans l'intérieur, on forme un carré avec des bancs pour les natteurs de chaussons. Les oisifs n'ont le droit ni de s'asseoir sur ces bancs, ni de pénétrer dans l'intérieur du carré, qui est rempli de pelottes de tresse et de crochets. Tout le long des murs du chauffoir se trouvent encore d'autres bancs, destinés aux détenus qui veulent éplucher de la laine. Les oisifs circulent entre ces deux rangs de t availleurs.
En hiver, quand le froid est vif, on y allume un poêle avec deux ou trois bûches «le bois flotté, qui sont calcinées en moins de deux heures; aprre quoi, il faut attendre au lendemain malin pour en avoir d'autres.
Le reste de la journée, on se chauffe aux exhalaisons de la foule et eu se pressant les uns contre les autres.
Je n'ai pas fait dans ce cbauffoir un assez long séjour pour y étudier convenablement sa malheureuse population; et, d'ailleurs, ce n'est pas à la Force qu'on peut se livrer à une, étude complète des prisonniers, car ceux d'une cour ne sont pas les mêmes que ceux d'une autre, et il vaut mieux attendre que nous soyons aux Madelonnettes, où il n'existe plus de classifications, et où les prévenus sont confondus sans distinction de caractère, d'habits et de condition.
LES GUEPES,
PAU M. ALPHONSE KAIU1.
(Extraits) (1).
Ed. O*** racontait il y a quelques jours, — qu'il y avait à la Salpétrière un garçon de salle appelé François. — Un jour, àl'heure du diner, on appelle François; — on cherche François ; pas de François; — c'était lui qui servait à table ; — grand embarras. — Cependant on se passera de lui. — On sert le potage. — Les malades le trouvent excellent.
La marmite de la Salpetrière est grande comme une chambre. — On met et on retire la viande avec un croc pendu à une poulie.
Le potage mangé, on descend le croc et on retire le bœuf.
— Ah! ça, s'écrie un des domestiques, j'ai vu ce bouilli-là quelque part.
— C'est étonnant, dit un autre, comme il ressemble à François.
— Mais il a la veste de François !
— Mais c'est François !
C'était François qui, las de l'existence, s'était jeté dans la marmite. — On ne l'a pas mangé.
V C'est singulier comme l'habitude nous rend indifférens pour lechoses les plus révoltantes, à un tel degré que nous ne les voyons pas, quoique tous les jours elles se passent sous nos yeux. — Ainsi une petite bourgeoise qui a de l'ordre et qui tient bien sa maison, quelque jolie, mignonne et dégoûtée qu'elle puisse être, — envoie le matin sa cuisinière à une de ces morgues où les bouchers étendent des cadavres d'animaux, — sans que cela attriste ni dégoûte les passans.
Puis, vers six heures, on se met à table, — et la maîtresse du logis, — bourgeoise — ou non ; — supposez-la, si vous voulez, la plus élégante et la plus belle, — la plus éthérée et la plus diaphane, — dissèque et fouille successivement divers cadavres , — s'efforçant de se rappeler de quel morceau du corps mort aime à se repaître tel ou tel convive. — Celui-ci veut que le cadavre soit encore saignant, — cet autre le préfère un peu plus cuit; — elle engage son voisin à manger l'œil du veau, — ou telle autre partie du cadavre qui passe pour plus délicate et plus recherchée.
Voici un homme qui n'a plus faim; — mais il mange encore. — C'est si amusant de faire tenir dans son estomac le plus de cadavre possible ! — D'aîlieurs'quelques uns se font gloire d'être gros mangeurs, — et c'est leur position dans le monde.
Et puis on a mêlé à tous ces corps morts des iugrédiens qui en hâtent la décomposition dans l'estomac et permettent d'en entasser davantage. — Entre les animaux qui mangent de la chair, — l'homme est le seul qui en mange pour son plaisir, c'est-à-dire au delà de sa faim.
Dételle sorte qu'il m'est arrivé plus d'une fois — de voira mes yeux se métamorphoser tout à coup la femme la plus gracieuse, donnant à diner, — en une goule partageant un cadavre à une volée de corbeaux affamés.
Il est vrai qu'on a ajouté à tout cela l'usage dégoûtant de se rincer la bouche à table, —sordide propreté dont, pour ma part, j'ai soin de m'abstenir.
(1) I.cs Guêpes de mais ont paru rue Ncuve-Vivienne, a. 10.
V \ propos de dîner, il faut encore remarquer que beaucoup de
en invitant, songent beaucoup moins à être agréables aux -eus qu'ils reçoivent qu'à les écraser par l'opulence de leur maison, — beaucoup plus à les étonner qu'à les nourrir. — c'est dans ces maisons surtout qu'on mange des primeurs, — c'est-à-dire des légumes qui ont besoin d'être étiquetés pour qu'on ue les prenne pas au goût pour une seule et raêini herbe sans saveur. Beaucoup de personnes, en vous donnant di verts à certaines époques, n'ont évidemment d'autre intention que de vous montrer des pois i /' rs
V on a frappé de ridicule l'ancien amour romanesque, — qui attendait cinq ans un regard, — cinq autres années un ruban, — cinq autres années un baiser sur la main. —Cependant l'amour ressemble beaucoup à un jardin au bout duquel on arriverait en trois pas1, si le chemin ,1 faire n'était prolongé en une foule de petites allées tournant capricieusement. fleuries et embaume, s.
La nature avait donne à l'homme sa femelle, comme à tous les animaux;—-c'est l'homme qui a inventé la femme, — et c'est sa meilleure invention.
En ce temps-là, les romans et les romances ne vous peignaient que des Unadis ténébreux el des galaors mélancoliques — Chantant leur martyre ('ans leur délire, etc.
Aujourd'hui on a changé cela comme bien d'autres choses ;\es romans et les romances ue ^présentent plus que des femmes méprisées,
— se roulant, se tordant aux genoux d'un homme, — ce qui est assez laid.
'.' t n prince '"étranger, homme de plaisir depuis trois générations, s'aperçut . il y a quelques jours, que M'"' "', lui était par trop infidèle,
— et il médita une vengeance un peu au dessus ou ail dessous de son âge. — Il appela son valet de chambre et lui dit : M"" *** va venir ; — tu entendras crier, — sonner, — appeler ; — tu ne bougeras pas.
Madame appelée à une heure insolite, fut frappée de l'air majestueux avac lequel le prince ferma les portes aussitôt qu'elle fut entrée, — "et la vue d'une énorme cravache placée sur un meuble ('éclaira sur le genre d'explication qui allait avoir heu. — Elle s'élança sur la cravache, la Saisit et se mit a rosser le prince, — qui eut beau crier. -- appeler il sonner; — il n'en fut pas moins obligé d'attendre que son ennemie bit
fatigi de battre. — car le valet de chambre, Bdèle a la consigne qu'il
avait reçue, n'eut garde de venir a son secours, — attribuant sans doute les rugissemens de son maître a tout autre genre d'émotion.
•/ Grande nouvelle, les journaux nous annoncent que nous avons enfin un poème épique, la divine épopée. — Il parait que c'est une chose fort agréable et fort utile que d'avoir un poème épique, — car. dans tous les temps, on agité cette question . Uons-nous un poème épique ' i ous les vingt ans — il en paraît un nouveau, — cl ou dit alors l.a France n'avait pas île poème épique.
m un poème épique se c pose de quelques milliers de vers très ennuyeux, nous avions la Henriadi de Voltaire dont la France — ce me semble — aurait pu se contenter.
J'ai toujours entendu due que la Henriade est un poème épique; — un poème épique est une choses dont on est fier, mais qu'on ne ht pas. .le ne trouve pas que le peuple français, — en cette circonstance. — montre un enthousiasme suffisamment frénétique
tin a cependant fait beaucoup d'annonces pour apprendre audit peuple français, l'événement qui devait le combler de joie.
Mais — entends donc, — peuple -en tends donc —\a bonne
nouvelle. — Peuple français, — tu as un poème épique, — la nature non plus ne se met guère en harmonie ave,- la circonstance , — l'hiver recommence,— les sureaux et les chèvre-feuilles qui étaient tombés dans le piège que leur tendaient quelques rayons de soleil , ont vu sécher leurs premières feuilles déjà sorties, — absolument comme si nous n'avions pas de poème épique: — mais qu'est-ce que cela te fait — peu-
ple l i.i n. us. tu as un | me épique; — du reste c'était le vrai moment
d'en avoir un.
■• \ ia , : - at-Denis, le cimetière est tenu par un homme qu i
n'a d'autre charge que d'enterrer les corps qui lui arrivent. — Il n'a pas de registres, et conseqiiemment ne peut donner aucun renseignement. — I ne fois qu'il a mis ses morts en terre . tout est fini pour lui . ci ,tr<- qu'il croit, pour les autres, tellement .pie l'autre jour, il trouvait fort mauvais la colère ou était un monsieur qui cherchait une fosse sai s r la reconnaître; il n'a jamais pu la lui indiquer. — l ne autre personne, plus favorisée, a ele guidée par lui. mais COmmg il ne va luimême qu'au hasard . il l'a conduite sur une tombe ou était un autre mort que le sien. — ce dont elle ne s'est aperçue — qu'après une ai considérable effusion de larmes pieuses
Ce quiproquo de douleur rappelle ce oui s,- | assa à Paris a P< alise dis
PetitS-PèreS — à l'époque <\n choiera : — on prenait les morts dans des
tapissièn s où on en entassait une douzaine en .vaut soin seulement de numéroter les cercueils.
\rrivea l'église, le cocher— faisait porter chaque bière pendant quelques instans dans le chœur.
\llons n" I : — les parens du u° 1, venez pleurer votre mort, assei pleuré le n° 1; — passons au a" 2.
Ulous les parens du n" 2; — liinssoi.s-.-ii . nous ne s unmes pas in
pour s ioniser. — dépêchons la douleur. — pleurons un peu plus
vite.
Tout cela alla fort bien jusqu'au moment ou on arriva au n 6 comment distinguer le u° (> du n" 9; l'un de ces deux chiffres peut être l'autre renverse.
A qui le mort .' — voyons — eh bien ! les parens du n" il et les parens du n" '.> ; — pleure/, ensemble et partons.
V Voici une anecdote que m'a racontée un jour, — en dînant chez notre ami G***,— ce bon général Clarv. qui vient de mourir subitement :
Il était lieutenant, et se trouvait a dîner a la campagne avec le
rai Lasalle. — t n bourgeois arriva un peu en retard et fort en désordre, — et dit pour s'excuser qu'il avait mis pour la première fois au cabriolet un cheval 1res vigoureux qu'il avait ; — que le cheval s'était emporté, avait rompu les brancards: que son domestique était 1.1. ss, .
et que c'était un grand hasard si lui n'avait pas été tué; — que, du reste, il avait donne ordre a son domestique de reconduire le cheval sans l'atteler.
— 11 est donc bien difficile? — demanda le ji uéi al i .asalle.
— Si difficile que je considère comme impossible de l'accoutumer jamais a la voiture
— Voulez-VOUS me prêter votre cheval et votre cabriolet p..ur m'en retourner a la ville après dîner .'
— D'abord, mon cabriolet est bris.. n. ne ],• h ii -il pas, je ne voudrais pas vous exposer a un danger que je crois ires grand el inévitable
(.est égal, j'y tiens - I Ibligez- i mon cher, dit le -ener.il au mai
tre de la inaisi.n, de me faire avoir un ealni..|el —On veut détourner le
général, mais il se montre si décidé qu'on lm cède
— Lieutenant Clarv , dit-il. VOUleZ-VOUS m ner '
— Certainement, général.
— \prcs diner, — on attelle le cheval; — clarv et Lasalle allument chacun un cigare, et montent dans le cabriolet après avoir subi de nouvelles observations.
Le cheval gagnait la main, et portait le nez au vent. — Le bruit des roues l'efft avait au point de lm faire faire des bonds convulsifs — Lasalle. qui était 1res vigOUreUX, — le maintenait de roules ses bu'ees. —
Bie i d tut obligé de tourner chac • des rén< s autour de s. s mains ;
is on arriva à uni uit des roues augmenta ;
— le cheval devint ion — et s'emporta tout-à-fait malgré les effi
Lasalle. La situation se trouva bientôt très aggravée par cette Circonstance qu'il se rencontra une colline à descendre. — J'avais assez peur, disait Gary, en racontant le t'ait.
Lasalle — me dit, faites comme moi ; il me donna une des rênes, — il se mit à tirer sur l'autre de ses deux mains.
Mais, bah ! — le cheval ne courait que plus tort.
Alors Lasalle — me dit froidement, rendez-moi la rêne; — je la lui donnai ; — il noua les deux ensemble et les jeta par dessus le tablier du cabriolet sur le dos du cheval, croisa les bras et se remit a fumer son cigare qui n'était pas éteint, — le mien l'était. — Le cheval alors — n'étant plus gêné, — se lança à travers la campagne, franchissant les fossés.
Voulez-vous du. feu Gary? — me dit le général.
Mais à ce moment — le cheval, le cabriolet, Lasalle et moi fûmes précipités au fond d'un ravin, — le cheval à moitié mort, le cabriolet brisé, — moi fort étourdi, — Lasalle, debout — me répéta — voulezvous du feu? — Ma foi — je rallumai mon cigare, qu'au moment de la chute j'avais machinalement et convulsivement tenu serré entre mes dents, — et nous continuâmes la route à pied.
DINER DE SANDWICHIENTS.
La brume est épaisse, la mer clapoteuse, la brise souffle mollement, mais avec une régularité monotone, et le navire, toutes voiles dehors, cingle majestueusement vers cette île fatale où tomba Cook, l'audacieux marin.
Terre ! crie la vigie placée au beaupré. Terre ! répond à voix basse l'équipage joyeux. Et tous les regards sont fixés vers la côte qui se dessine sauvage, abrupte, déchirée.
Cette île, c'est la principale des Sandwich, c'est Owyhée.
Les montagnes se dressent étalant devant nous une modestie qui semble accuser la véracité des voyageurs. Tout à coup la brume se dissipe , le ciel devient bleu, l'atmosphère limpide; et voilà, dominateurs des neiges, les sommets immenses du Mowna-Kaah, du Mowna-Laé et du Mowna-Roah, pareils a trois fantômes menaçans, sortis de l'Océan dans un jour de tourmente.
A cet aspect, le pic de Ténérife s'efface de la pensée, et vous vous demandez à quelle distance de vous est la base gigantesque qui porte ces trois têtes si imposantes.
Saluons avec respect cette pointe avancée nommée Koulouor qui sépare la rade de Karakakouah de celle de kayakakooah. C'est là que tomba Coock frappé à l'épaule par un poignard de bois, c'est dans la rade que nous sillonnons que reposent ses glorieux restes enfermés dans un cercueil de plomb.
Voici d'abord plus de soixante pirogues qui voltigent et tournoient autour de nous: que de jolies femmes ! que de gracieux tatouages! quels hommes taillés en athlètes! quelle nature puissante et vigoureuse! Elle tient du volcan qui mugit là-haut, sur cette cime pelée du Mowna-Kaah; il y a du bitume sur la peau et dans les flancs de cette population incandescente qui nous assaille de ses gestes , de ses provocations, de ses témoignages d'intérêt où la curiosité ne joue qu'un rôle secondaire.
Les femmes , surtout les jeunes filles , quelle fureur de eaquetage ! quelle ardente pudeur dans leur complète nudité ! savent-elles ce qu'elles veulent, ce qu'elles demandent ! (jue comprennent-elles à nos mœurs, à nos habitudes ? Oh ! qu'il y a loin de Paris à Owhvée !
Eli ! bon Dieu ! pas si loin que je l'ai cru d'abord : les femmes ici ont leur coquetterie... La femme est femme dans toutes les parties du globe. ,
Maintenant jetez un bouton, une pièce de monnaie dans les flots, lancez un clou, des hameçons, et trente de ces jeunes filles se précipitent au fond de l'abîme, y cherchent , y trouvent l'objet qui a éveillé leur
convoitise et remontent a la surface en vous invitant à de nouveaux sacrifices.
Depuis mon voyage aux Sandwich, je crois aux sirènes de l'antiquité.
Qu'est-ce qu'un repas de bord après une navigation de quelques années au travers de l'Océan Indien ou de la grande Mer Pacifique ainsi nommée sans doute à cause des effrayantes tempêtes qui la soulèvent : hélas ! c'est moins qu'un dîner de paysans bas-breton. Celui-ci du moins avec ses haricots et ses lentilles de la saison , mâche un morceau de pain blanc ou noir, boit de l'eau limpide et se couche après son repas.
Ici l'on nous sert avec assez de parcimonie des haricots moisis de vétusté, des lentilles fort peu farineuses, des pois dont une quinzaine dans un fusil tueraient un homme à trente pas de distance , de l'eau ferrugineuse , et sauniàtre , du biscuit coriace d'où vous faites tomber, en le secouant, une myriade de petits insectes rondelets fort curieux à étudier, mais très peu appétissaiis, je vous l'atteste.
Fi donc du dîner de bord! Allons à terre, descendons en face de ce magnifique moraï où se dressent, plantées sur des pieux aigus, les statues colossales des rois qui ont gouverné l'île, et acheminons-nous vers une de ces cases que vous voyez là-haut sur cette côte riche de la végétation la plus puissante.
II y a là du gazon, le rima gigantesque, le cocotier élancé comme mie flèche de bambou avec une couronne de palmes onduleuses; il y a là de la fraîcheur, de l'ombre, des nattes élastiques.
Nous y voici :
Avez-vous des colliers de perles à douze sous la grosse, des hameçons, un mouchoir, un ruban rouge ou blanc, des gâteaux, des boutons hrillans ? Oui. Eh bien demandez tout ce que vous voudrez, rien ne vous sera refusé, ni ces couronnes élégantes de jaiu-rosas aigrelettes, ni ces éventails de latanier.
Maintenant asseyez-vous à côté de la compagne joyeuse et caressante que vous avez choisie, vous vous connaissez déjà si bien ! votre intimité s'est consolidée si promptement ! Elle va goûter à vos mets , vous allez goûter aux siens; ainsi font les tendres époux au mois de miel , ainsi fait tout voyageur arrivant à l'archipel des Sandwich : ainsi ai-je fait moi qui vous donne ces curieux détails.
La plus considérée des femmes, c'est-à-dire la plus volumineuse, la plus colossale, celle en un mot qui a le plus de rapport avec l'hippopotame, présidé au repas. Ce n'est pas la reine puisqu'elle ne pèse guère que cent kilogrammes et que les souveraines les plus sveltes de l'archipel ont une demi-fois encore ce volume et ce poids ; mais enfin on est bien forcé d'accepter celle-ci telle que la nature et la paresse l'ont faite, et l'on admire avec quelle attention un homme ou une petite fille agite autour d'elle un magnifique éventail de latanier ou de plumes pour éloigner les mouches et les moustiques qui pourraient s'attacher à sa peau cuivrée et tendue. Au reste, l'éventail est assez large pour rafraîchir tous les visages et tous les corps sans vêtement qui entourent le couvert.
Celui-ci se compose d'une natte en paille sur laquelle domine une énorme calebasse posée dans un trépied de bois bariolé de divers couleurs et creusé au centre. La calebasse est remplie d'une sorte de mastic fort liquide blanc, fade, où nagent cà et là quelques fragmens de noix de coco et de petites folioles d'une herbe dont on fabrique ici une sorte de thé assez bon et fort rafraîchissant. Hommes et femmes sont accroupis autour de la pitance, ainsi que nos tailleurs sur leur établi; la plupart s'enveloppent les flancs et les cuisses d'une immense quantité d'étoffe fine et presque diaphane faite à l'aide du mûrier-papyrus où l'on a peint une foule de dessins plus bizarres les uns que les autres ; mais où se répètent souvent des images de chèvres, d'éventails, de cors de chasse , d'oiseaux, le tout grossièrement travaillé et jeté au hasard sur ces étoffes qui ont souvent jusqu'à quarante ou cinquante brasses de longueur sur une largeur de deux ou trois pieds seulement. *
Le calme précède le repas; puis d'une voix gutturale accompagnée de gestes rapides de bras, des reius et de la tête , la présidente commence une chanson ou plutôt une prière. Cela dure cinq minutes au plus. Les convives L'imitent bientôt, les poitrines se gonflent, les Lèvres se desserrent et vibrent , les dents claquent, les bras se tourmentent, c'est fait. Au milieu de ce tumulte vous avez entendu lenomdeTamahama,leplus grand, le plus courageux, le plus vénéré des monarques de ce magnifique archipel . mort peu de jours avant mon arrivée à Kaïroka et dont la perle est gravée en longues déchirures et en brûlures profondes sur les joues, le sein, les épaules et le front de presque tous les Sandwichieus.
La prière achevée nourrit le corps. La femme puissante se sert la
première, les autres l'imitent, chacun trempe deux OU trois doigts dans la calebasse remplie de la farine liquide du tacca-pimatitida en poudre appelé ici pue, les doigts se portent aux lèvres, on suce, on aspire, on est heureux, on \it; et moi qui vous donne ces détails, moi qui me suis i la même table, je retiens avec peine en ce moment de lourds et douloureux hoquets au souvenir de cette pâte gluante où se baignaient tant de mains à la fois et qui a un goût fade et insignifiant dont tout estomac européen se révolterait en dépit de la plus gloutonne voracité.
Ici a lieu un second repas pendant lequel les jeunes coquettes du festin se saupoudrent de chaux les cheveux qui touchent le front et les tempes, de sorte qu'a l'âge de 1 1 ou 15 ans ces cheveux attaqués par la chaux vive forment une couronne blanche qui contraste admirablement avec le teint cuivre des indigènes île cet archipel. Pendant cet intervalle, on prie un homme habile, comme moi par exemple, de dessiner sur le dos, la poitrine, la gorge OU toute autre partie de la personne de ces princesses, de petites Ggures ou symboles parmi lesquels le cor de chasse OCCUpe le premier ran
Dès qqe ces diverses opi râlions sont achevées, les dignitaires, c'est-àdire les plus massifs des CO [Vives, crachent dans une petite calebasse
remplie de Heurs, de plantes aromatiques, de feuilles artistement découpées que l'on recouvre avec soin a l'aide d'une étoffe serrée à plusieurs noeuds et que l'on dépose à terre dès qu'il a reçu la salive royale ou princière. Les serviteurs de la case souperonl le soir ou dîneront demain des produits enfermes dans la petite callebasse assaisonnée de la salive des princes et princesses. 11 faut tO!lt \oir, tout étudier, tout connaître quand on veut voyager avec fruit : aussi ai-je goûté deux fois seulement ,i ce bizarre mets, ainsi préparé, et je vous atteste que si je l'ai trouve de priii;. -il prd médiocrement mauvais, il me parut [dus tard parfaitement ible.
Le seeond service commence, et remplis de Meurs s'hu-
mectent continuellement de la salive princière au profit de la servitude, qui voit avec une joie expansive sa ration grandir et se bonifier. L'éventail gigantesque agite toujours son aile rafraîchissante, et l'on jase de pê- • soi- la Mouna-kaah. de pirogues élégantes et jolies, afin d'attendre sans ennui le nouveau plat qui rvi.
I. 'amour n'est jamais pour rien dans les Conversations, ici la jalûUS i n'est comprise que de quelques êtres malheureusement exceptionnels, et
tous les sentiinens de l'unie se résument en ceii\-ei . Courage, respect .i
l ainahaina, mépris pour toute femme sveiie et mignonne.
i «pendant un homme s'est détaché de l'asst mhh e ci s'est rendu presque en face de la cabane ou se dresse un monticule d'un pied tout .ni plus de hauteur C'est un tumulus. La est enseveli vivant un cochon de lait. Du a commencé par creuser le sol. ou y a jeté des galets, on v a embrase des branches et rb-s feuilles sèches; eeiie opération a dure deux jours, et pendant le sommeil des Sandvv iclueiis l'ouverture de la tomba est restée fennec et la chaleur s'est maintenue On ;i saisi un porc ou un anneau par la tête cl par la queue, on a souille \ iolemmenl dans le four afin d'en chasser le uravier ou la cendre, on a impitoyablement poussé dans l'antre béant la victimi innocente qui se débat en vain contre les robustes mains de scs bourreaux ; des pierres luisantes ont bouche- l'ori-
fice du sépulcre, on a pesé sur le dôme, un dernier râle arrive à l'air, le Sandvv ichien fera ripaille. Douze heures après, on a retiré la victime du four, on l'a posée avec délicatesse sur une natte ou sur une large feuille de bananier; le chef de l'île la serl joyeusement à l'étranger dont il espère quelques gratifications.
lies (pie l'animal est au milieu des convives, un des colosses l'entame à l'aide d'un morceau île bois aigu et tranchant; il le dépèce, chacun en prend s.i part, et deux heures après vous entendez dans la case, dix, vingt, trente ronllemens épouvantables qui vous disent que les insulaires sont repus.
.l'ai souvent mangé de ces cochons cuits dans de pareils fours, et je vous
avoue que jamais je n'ai savoure de viande plus succulente ; mais je nie
hâte d'ajouter que je n'ai point touché aux intestins, traités avec nous de mépris par les naturels d'On hyée Quand les vivres sont rares, ou y
nie a deux lois avanl d'en sacrifier une pi r e
Disons encore, pour compléter ce tableau, que ce n'est pas toujours après la dissecti lu cochon de lait que le repas se termine. Il y a sou-
venl du dessert a la table du sv barite sandvv ichien, cl ce son! des melons délicieux, des cocos rali'.iiclussans, dis bananes sueculeiiles, desjain-ro-
s as aigrelettes, et parfois aussi quelques petits verres de vin de Bordeaux ou même de Champagne apportes et laisses là par les navires voyageurs. Je ne vous parle pas de l'ava, liqueur fabriquée dans les îles ; elle brillerait votre palais, elle vous jetterait dans un délire effrayant, et Petit, mon fidèle et brave matelot, pouvait a peine en avaler une gorgée, et pourtant sa langue et sa poitrine étaient pavées de lave
— Quel malheur, me disait un jour le généreux compagnon de mes courses périlleuses, [que cet a\a soit du feu liquide! cela so bien !
Le repas est achevé au milieu des ronllemens ; tout a coup un cm ju ment horrible se fait entendre, la terre s'ébranle, elle semble tournoyer, les cases élastiques se c 'bentel se redressent, le Mowna-Kaali pousse
un cri retentissant et ses limes enlr'nuverts vomissent le bitume cl le soufre en torreiK impétueux ; la nier turbulente envahit le rivage, il v a révolution sur la terre, a l'Océ il dans les airs Le Sandwichien s
hurle des cris frénétiques, parcourt la grève comme frappé de vertige;
nies surtout se font remarquer par leur exaltation fébrile dans celle
des eleniens. ci vous les voyez, intrépides CO ie des marsouins.
S" coucher sur une planche taillée en forme de poisson, qu'elles app Paba, la laisser saisir par la lame écumeuse, s'engouffrer dans son immense-iieiilc. gagner le large et chercher la sécurité au scindes Ilots menaçant le ciel.
Le lendemain, tout est calme àOwhyée, el vniis voyez revenir joyeuses de l'horizon bleu, ces nomades séduisantes qui vivent presque aillant da -les eaux que sur la terre, .le les laissais tranquilles là-bas, mais ici, je les perdais rarement de v ne, et j'aimais mieux leur repas que celui du boni Leurs cases sont si bien aérées, leurs fruits si délicats, leurs cochons de lait m crouslillans et leurs nattes si moelleuses.
.1 vc ni i s \i; vi. m {La Gastronomie