PUITS ARTESIEN DE GRENELLE
— C'est vers la lin de l'année 1833 que M Mulot. d'I.pinav -sur-Seine,
lit adjudicataire de l'entreprise du forage jusqu'à 1,200 pieds, du puits artésien de Grenelle. C'est le I"» janvier 1 834 que M. Louis Mulot, fils aîné de M. Mulot d'I.pinav .commença les premiers ir.iv;uix
de celle grande entreprise.
Le :;i décembre 1836, la sonde avait déjà pénétré à 383 mi très de pro-
fondeui i Me avait traverse successivement la couche de u rre d'alluvion,
es, des bandes de craies ci de silex s'alternant, ci die él ni tou-
..n s dans une craie dure, verd.ilre el 1res e.,-. | icti
\n mois de juin 1839 la sondi < > |6C mètres et elle per-
çait toujours le banc d< ci iii
M. Mulot lilsa tenu unjournal d'observation qui va devenir d'un grand
intérêt pour la science. îSon seulement ce registre indique la nature et l'épaisseur des couches des terrains qui ont été traverses, mais il indique encore les résultats des expériences thermométriques faites avec le plus grand soin; d'un antre coté, M. Mulot a conservé des échantillons des terres, des sables, des pierres et des craies, des pyrites de fer qu'il a eu à percer.
Enfin en février 1841, après sept ans, un mois et vingt-six jours de travaux, VI. Mulot vient d'obtenir, sur un des points les plus élevés de la capitale, le plus magnifique résultat qui ait jamais été obtenu dans le forage des puits artésiens.
Le puits de l'abattoir de la barrière de Grenelle jette un véritable torrent d'eau que M. Mulot évalue a peu près à 3 mètres cubes par minute, 180 mètres par heure et 4,320 mètres par jour ou 24 heures.
L'eau est poussée à la surface du sol avec une puissance telle qu'elle montera à plus de dix mètres dans le tube d'élévation.
M. Hemerv, directeur des po:its et chaussées, estime, que la puissance d'ascension, au fond de ce puits, égale 50 atmosphères, ou 50 fois la force qui fait monter l'eau dans un tube vide à 33 pieds.
L'orifice a en haut 55 centimètres de diamètre et au fond 18. lia 547 ; de profondeur (environ 1,650 pieds); il est tube en tôle très forte
jusqu'à 539 mètres. Ainsi, le dôme des Invalides ayant 100 mètres (300 pieds: d'élévation, l'outil, la sonde avec laquelle travaillait M. Louis Mulot avait près de cinq fois et demie la hauteur de ce monument. Eh bien ! cette sonde, formée de barres de fer grosses comme des essieux de voitures, s'est brisée dans le trou jusqu'à trois fois, et, après des travaux inouis, M. Mulot est parvenu à en arracher tous les morceaux et à continuer ensuite son beau travail.
Le volume d'eau, loin de diminuer, semble avoir augmenté depuis hier. Cette eau est verdàtre, sans goût, sans odeur, et dissout parfaitement le savon; elle conserve une température, de 28 à 30 degrés lorsqu'elle arrive au niveau du sol. M. Mulot croit qu'elle sera tout-à-fait limpide si 'lis quelques jours. Aucune disposition n'ayant encore été [irise pour utiliser ces eaux, qui forment une espèce de torrent, on les dirige vers un égout. 11 y a eu foule de savans, d'administrateurs et de curieux toute la journée a l'abattoir, pour constater ce résultat dont on semblait désespérer. On pense bien que M. Lrago, qui a toujours insiste pour que le forage lut poursuivi, n'a pas été l'un des derniers à se rendre sur les lieux. (Courrier Français).
— Le succès du puits artésien entrepris à l'abattoir de Grenelle fixe au plus haut degré l'attention des savans et la curiosité du public. C'est en effet quelque chose de remarquable, de pittoresque, pour nous servir de l'expression a la mode, que cette immense colonne d'eau chaude jaillissant d'une profondeur de 1,700 pieds ! Quelle est la force puissante qui fait remonter ce courant souterrain ? D'où nous vient cette eau que la sonde est allée chercher à une si grande profondeur ? Qui lui donne cette température de 28 degrés pendant que le thermomètre placé à la surface descend à zéro ? Ce sont là de grandes questions que cependant la science permet de résoudre en termes satisfaisans.
I n mot d'abord sur l'antiquité des puits artésiens, ainsi appelés du nom de la province d'Artois, où ils sont très abondans. Nous ne pari igeons pas la manie de ceux qui prétendent retrouver la plupart des inventions modernes dans les écrits des anciens; il ne faut pas se dissimuler cependant que les puits de cette e^.vrr étaient connus depuis
tg- emps; les anciens en ont construit. Nous ne ferons que mentionner les puits forés des Chinois, parce que tout ce que nous en connaissons est fort obscur. L'auteur le plus ancien qu'on puisse citer est un écrivain du sixième siècle, Olympiodore d'Alexandrie, d'après lequel on creusait dans les oasis d'Egypte, jusqu'à 300 et 500 aunes, des puits qui laucaient des rivières d'eau dont les agriculteurs se servaient pour arroser leurs champs. Les puits fores paraissent également avoir été con-
nus et pratiqués depuis long-temps dans la ville de Modène, dont les armes représentent deux tarières avec cette épigraphe, qui contient la théorie de ces sortes de puits, Avia pervia. Le plus ancien puits jaillissant connu en Artois est celui qui existe à Lillers, dans l'ancien couvent des Chartreux, et dont l'origine remonte, dit-on, au commencement du douzième siècle Nous n'étendrons pas plus loin ces détails historiques pour aborder les questions d'hydrographie souterraine que nous avons indiquées plus haut.
Quelle est la force qui fait jaillir ces eaux du sein de la terre ? Certes on a proposé bien des théories bizarres pour expliquer ce phénomène de l'ascension des eaux souterraines par les puits forés. Les uns en ont cherche la cause dans la capillarité, les autres dans une force expansive innée; plusieurs l'ont attribuée à l'élasticité prétendue des couches minérales, d'autres enfin à la pression des fluides gazeux contenus dans la partie supérieure des réservoirs souterrains. La théorie la plus simple consiste à considérer un puits artésien comme la branche verticale d'un syphon dont l'autre branche peut avoir son ouverture à des distances éloignées; l'eau monte dans la branche artificielle en raison de l'élévation de la branche naturelle; si cette branche naturelle est plus élevée que la surface sur laquelle on établit le puits artésien , l'eau jaillit par ce puits au dessus de la surface ; sinon , elle lui reste inférieure. Ainsi, d'après cela, le travail d'un puits artésien a pour but de découvrir, au moyen de la sonde, un courant ou plutôt un étage d'eaux souterraines, susceptible de reprendre un niveau supérieur au sol. Ces eaux ne circulent pas dans la terre à la manière des fleuves; ce sont, en général, des infiltrations imprégnant et traversant les couches qui séparent presque toujours les terrants de différentes formations. Il ne faut pas croire d'ailleurs que ces nappes souterraines soient de peu d'étendue; elles peuvent avoir 100 lieues et plus; de telle sorte que l'origine des eaux d'un puits artésien peut être fort éloignée de l'endroit où il est établi. Veut-on des faits incontestables à l'appui de cette assertion? Il suffit de citer les sources d'eau douce, qui jaillissent verticalement du fond de l'océan jusqu'à la surface, et qui viennent évidemment de terre par des canaux naturels situés au dessous du lit de. la mer. M. Buchanan en cite nue qu'il rencontra, il y a quelques années, dans les mers de l'Inde, à 45 lieues du littoral.
Cela posé, il nous sera plus facile d'indiquer l'origine probable des eaux qui jaillissent par le puits artésien de Grenelle , mais cependant après avoir fait connaître succinctement la nature des terrains qui constituent le bassin géologique dans lequel se trouve située la ville de Paris.
Les terrains qui constituent le sol de Paris et de ses environs, terrains qui renferment le gypse ou pierre à plâtre aussi bien que le calcaire marin ou pierre à bâtir, occupent le milieu d'un bassin autour duquel la craie se montre de toutes parts. De quelque côté qu'on se dirige pour sortir de ce bassin , vers la Champagne où vers la Normandie, vers la Flandre bu vers la Touraine, on rencontre à des distances variables le terrain de craie qui se montre en collines et en plateaux. En un mot, la craie forme un vaste entonnoir dans lequel se sont déposées ces couches sédimentaires des environs de Paris, qu'on désigne sous le nom de terrains tertiaires ou de troisième formation , et qui embrassent d'ailleurs un bassin assez étendu.
On comprend à présent que si l'on veut découvrir des nappes souterraines à Paris ou dans les environs, il faut les chercher ou dans les couches perméables des terrains tertiaires supérieurs à la craie, ou dans les couches perméables qui peuvent exister sous la craie. Si l'on en découvre dans les couches tertiaires, le puits artésien pourra réussir à d'assez faibles profondeurs, c'est-à-dire de 200 à 300 pieds, comme cela est arrivé à Saint-Ouen, à Saint-Denis, à Stains, à Épinay, etc. Si, au contraire, on traverse les terrains tertiaires sans rencontrer d'eaux ascendantes, il faut sonder jusqu'au dessous du terrain de craie, et, comme ce terrain de craie a une immense profondeur, on se trouve alors entraine a faire pénétrer le forage jusqu'à 1700 pieds, ainsi que cela est arrivé au puits
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de Grenelle, qui a touché une nappe aquifëre jaillissante dans les couches sableuses situées sous la craie et qui forment la transition à un terrain plus ancien.
Il n'\ a paslieu, d'après cela, des'ét 1er de ce qu'on a pu | ati-
quer îles puits artésiens de 200 ou 250 pieds seulement a une ou deux lieues au midi de Paris, tandis que sous Paris même on u'a pu trouver d'eaux jaillissantes qu'à 1700 pieds. Les premiers surgissent des terrains supérieurs, les seconds des terrains inférieurs a la craie. C'est ce bane de craie d'une épaisseur désespérante qui explique ee lait si étrange au premier abord. Cette différence dans la nature des conclu s provient d'ailleurs de ce que les terrains tertiaires, de formation plus moderne, ont été 1res tourmentes et présentent des accidcns géologiques souvent très nombreux sur un espace assez, restreint, \insi la craie a subi du cite de Paris un relèvement tel qu'elle se montre presque a découvi 1%
-, de Boulogne, tandis qu'a .saint-Denis, par exemple, on ne la mtrerail qu'à une profondeur de 300 ou ion pieds. Maintenant, après avoir établi que les eaux du puits de Grenelle surgissent des ten nférieurs a la craie, il reste a chercher d'où elles proviennent, en quels endroits elles pi nètrent dans le sol et commencent leur cours souterrain. Sans doute, dans une formation aussi étendue que celle de la craie, dans cet immense bassin, qui est recouvert au indieu par les terrains tertiaires parisiens, cl dont les deux grands diamètres s'étendent de Châtellerault jusqu'en deçà de Lille, ci de Troyes jusqu'au Havre, on ne peut assigner exactement la position des réservoirs extérieurs qui alimentent ces vastes mers souterraines. Il est cependant logique de penser qu'ils doivent être placés dans la partie de la ligne terminale du bassin qui occupe la situation la plus élevée sur le continent, linsi, ce serait sur la ligne de superposition du terrain crayeux au terrain arénacé qui longe toute la formation jurassique de l'est de la France, c'est-à-dire du c Ité de la Champagne,
1 feraient ces immenses infiltrations, qui. après avoir circulé souterrainement sous la craie, iraienl ensuite reparaître au jour avec les
5 analogues dans l'ouest de la France, où elles donneraient jour à la Toucques, à l'Eure, a l'Orne, a la Mayenne, a la Sarthe, etc.
NOUS pouvons citer a l'appui de :i ire npinon les puits artésiens qui ont été pratiqués à l'extrémité occidentale du bassin de craie, ci qui ont rencontré, notamment a Rouen et a Tours, la même nappe aquifère qu'on
1 atteindre a Grenelle. Leur origine est la même; la seule différence,
lue les puits île Rouen et de l'ouïs mit moins de profondeur, parce qu'ils ont eie creusés sur les bords ùu bassin
\| us avoir assigné, suivant les inductions de la science, l'origine probable des eaux du puits jaillissant de Grenelle, il nous reste peu de chose a dire .sur la cause de : r De nombreuses observations avaient
appris déjà que la tem| érature s'accroissait de 1 degré par 25 ou 30 mètres a mesure qu'on pi aétrail dans l'intérieur <\u sol La température du puits de Grenelle esl un fait décisif qui vient s'ajouter à ces observai ions. Chacun peu: eu tuer les conséquences, si la température s'accroît graduellement suivant la profondeur, il en résulte que notre globe se trouve
non à quelques bleues seulemenl sous nos pieds. Vinsi se vérifie l'hypothèse du feu central qui avait été jadis posée par Buffon, et qui,
ne un moment, .1 ' té remi honneur par la géologie 1 bine
dont \i. i.iie de Beaumont est L'illustre chef.
si l'on a bien saisi les explications que nous venons de donner, on
i que la nappe d'eau souterraine rencontrée 1 Grenelle doit avoir
. une 1 / considérable sur laquelle il sera possible d'établir de
nombreux puits artésiens. On est a peu près certain de la rencontrer
partout sons le bassin crayeux; toutefois, si Ion veut qu'elle jaillisse au
de.-siis du sol, il ne faudra pas pratiquer les iOndageS dans des endroits trop élevés; ail reste, quand le puits de Grenelle sera terminé car l'on creuse en ee nionieiil eiienre a travers la couche sableuse pour recueillir
les eaux contenues dans toute -mi épaisseui mi pourra constater le niveau supérieur auquel les eaux souterraines peuvent remontei Sans
doute l'indication qu'on eu tirera ne sera pas invariable: mais un pourra
se minier d'après elle pour se mettre dans de bonnes conditions de succes, l.a réussite du puits de Grem lli . surtout si l'eau esl susceptible de s'élever jusqu'à 1 niveau des quartiers supérieurs ou du moins des quartiers moyens de la ville, résout la question de l'approvisionne!
Paris, tic sera l'affaire de quelques puits artésiens convenablement pli ci i
I.e puits de Grenelle a coûté, non pas 160 nulle liane,, po u- on 1";, dit
mais 240 mille francs. En appliquant le calcul a la quantité d'eau que ce puits déverse jusqu'à présent, ci qui va sans cesse en s'augmentaut,
.m reconnaît qu'il esl impossible d'obtenir par aucun moyen une (
revienne a aussi bon marché, ajoutons que le système des puits ai permettrait de faire une économie considérable sur la dépense des coi Enfin, cette eau, quoique chargée de sable en ce moment, parait saine et
de lionne qualité.
Il esl probable que la v isile du puils artésien de Crénelle va de i promenade a la mode; bien des gens n'v verront qu'une l'on lai ne 1 1 1, 1 e celles de la place de la Concorde; ceux qui uni lu ces ligues pourront du moins avoir nue idée de celle belle application de la géologie aux ails ; le puils de Grenelle est d'ailleurs le plus profond que Ion conn; ceux qu'on citait avant bu n'avaient que 5 à 600 pieds ci présentaient par conséquent le phénomène sur une échelle beaucoup moins • ri ndc I ne eau, venue soutei rainement d'une distance de cinquante .1 soixante lieues au inS, jaillissant d'une profondeur de 1,700 pieds, mi 1
une température de 28 degrés, il j a là de quoi frapper l'imagination.
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