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LETTRE DU ROI

AUX HABITANTS DE SAlNTE-MENEflOULD

De par le Roy.

Gbers et biens amez, ayans eu agréables les remons^ trances qui nous ont esté faittes de vostre part par vos députtez pour la conservation de vos privilèges, nous escrivons au sieur de Sainte-Maure par nostre lettre du vingt troisiesme du présent mois que nostre intention est que la moitié à quoy se trouveront monter les deniers communs qui se lèvent en nostre ville et fauxbourgs de S** Manehould sera employée sur ses ordres aux fortifBcations de nostre ditte ville et chasteau, qui seront par luy et le Conseil de ville jugées nécessaires pour la seureté de la place, lesquels deniers voulons estre levez comme au passé par le receveur dlceux qui est en tiltre ; comme aussy que nous trouvons bon que les maisons qui ont estez desmolies soient rebâties par les propriétaires, pourveu qu'elles ne soient en lieu qu'elles puissent préjudicier aux fortiffications, leur permettans pour ce faire de se servir de leurs matériaux ; et en cas qu'il en fût pris pour les fortifScations de laditte place, nous voulons qu'il soit dressé procès-verbal de la valleur d'iceux pour leur en estre fait droit; ne désirans pas que nosdits habitans soient mis prisonniers & l'a^ venir sy ce n'est par les formes de la Justice, sinon en cas de crime de leze Majesté, ny que les marchands forains soient arrestez ou leurs chevaux pour les faire travailler par corvée, lesquelles nous voulons estre réglées à l'égard de nosdits habitans ainsy que par le passé ; voulons en oultre qu'il ait à les maintenir dans tous les pri-

CABMR UR. -> 1880. »0C. — 9.

82 MÉMOIRES D*HIFPOLYT£ THIBAUT

vilèges que nous leur avons accordez, nommément pour les logemens de nos gens de guerre, faisans jouir de l'exemption dlceux ceux qui parle passé en ont jouy, et en particulier le sieur Baillet lieutenant général; de quoy nous avons bien voulu vous donner avis par celle cy, laquelle n*estant à autres fins, nous prions Dieu qu*il vous ait, chers et bien amez, en sa sainte garde.

Escript à Sedan, le vingt sept' jour de juillet mil six cens cinquante quatre.

Signé : Louis.

Plus bas : De Loménie.

Et au dos : A nos chers et bien amez les Maire, Eschevins et habitans de nostre ville de Sainte Manehould.

Registrée sur les registres du conseil de ville au dernier juillet 1654.

CoUationné à Toriginal représenté et rendu par nous conseiller du Roy, subdélégué de M' l'Intendant de Champagne au département de S" Manehould le 20» décembre 1709.

Matiueu.

N.-B. — Nous signalerons, en terminant, une brochure de M. Ed. de Barthélémy, relative aux faits racontés par Hlppolyte Thibaut, et publiée à Paris, chez Aubry, ln-8% 1866, sous ce tttre : u Relation inédite des sièges de Sainte-Menehould es années 465^ et y ff5^« précédée d'un sommaire des événements accomplis en cette ville de 1590 à 1752, et d'une dissertation sur les causes qui ont fait donner le nom de mutins aux gens de cette ville. » L'original de cette relation est dans la bibliothèque de M. le comte Edmond de Hlocour. G. Uérelle.

DEUX LETTRES INEDITES

DD

Jean Donneau, sieur de Vizé, doit aux épigrammes de Boileau [Satire XII) et de La Bruyère [Des ouvrages de Vesprit^ paragraphe 46) une fâcheuse célébrité. Les deux lettres que Ton va lire et qui sont adressées à François Roger de Gaignières (1) aideront à connaître un personnage dont on a ditun peu trop de mal (2). Le gentilhomme-journaliste y parle beaucoup de Gaignières, son protecteur, et de Louis XIV, son bienfaiteur, mais il y parle surtout beaucoup de lui-même et il s'y peint

(1) On ne saurait citer sur Gaignières rien de mieux que les intéressantes pages de M. Lôopold Delisle (Le Cabinet des manuscrits, t. I, p. 335-356).

(2) Gacon, llnjurieux auteur du Poète sans fard, n'a pas seulement contesté le mérite du rédacteur en chef du Mercure, mais encore son honorabilité. Boursault, du moins, dans la Comédie sans titre, en attaquant le Journaliste, avait épargné Thomme. M. Weiss (Biographie universelle) croit que Vizé a été calomnié quand on lui a refusé tout désintéressement. M. Eug. Hatin (Histoire politique et littéraire de la presse en France, t. I, 1859^ n'est défavorable ni au caractère, ni au talent de celui qui, en tout cas, eut Timpardonnable tort de méconnaître le géhie do Molière.

È4 DEUX LETTRES 1>D FO^'l>ATEUfl

tout entier. Il y donne aussi force curieux détÉuls sur le Mercure, de sorte que les documents mis sous les yeux des lecteurs du Cabinet historique pourront servir également à la biographie du sieur de Vizé et à Thistoire littéraire du x\nf siècle. J'ajoute que les deux lettres sont écrites d'une fort agréable façon et ne démentent pas Téloge qui a été ainsi donné à récrivain : u On accorde à de Vizé un style généralement assez bon, des tours heureux et variés (l) ».

Ph, Tamïzey de Larhôque,

(1) Voir Camasat, Histoire erUique des joumaust, t. H, p. 213 M. HatiiL dâclare (p« 40 Ij que Visa ^ av^t de Tesprlt et da la facilité. Il

Monsieur (1), je croy que vous estes Thonnesie homme que Diogène cherchoit en plein jour avec sa lanterne. Vous estes dans le sein de la Cour, vous ne la quittez jamais, et cependant vous n'en avez pris aucune des méchantes maximes. L'on y promet beaucoup et Ton n'y tient rien, et vous servez ceux que vous avez une fois honoré de vostre estime, en faisant pour eux plus qu'ils n'ont osé prendre la liberté de vous demander. Vous m'entendez, je n'ose vous en dire davantage^ car vous avez encor cela de particulier que, quelques services que vous rendiez, on n'ose vous en remercier, ni mesme aprocher de vous pour vous en parler, on n'ose mesme Yous regarder quand on vous a obligation ; et c'est pourquoy plus vous me servez, moins j'ose aprocher de vous. J'ay beaucoup lu, j'ay beaucoup veu, et il n'est presques point d'hommes dont je n'aye dépeint les caractères différents. Cependant je n'en ay jamais veu un de l'honnesteté et du désintéressement du voBtre. Pardonnez-moy ce portrait de vostre ame ; il est tellement gravé dans mon cœur, que je l'ay écrit sans faire presques réflexion, que votre modestie auroit de la peine à le soufrir. Vous allez connoistre qu'il est dangereux d'obliger des importuns puisqu'ils demandent toujours

(1) Bibliothèque nationale, Fonds français, vol. 22,222, fo 342.

86 DEUX lETTRES DU FONDATEUR

de nouvelles grâces. J'ay un désir très ardent que le Roy lise la lettre qui accompagne celle-cy (1), mais je n'oserois vous en prier, car je crains que par une délicatesse dont vous estes seul capable au monde, vous ne vouliez pas la montrer si nous sommes d'intelligence pour que vous la fassiez voir; mais en vérité, après avoir fait près de cent volumes qui ont fait voir en détail et par de fortes raisons le haut point de gloire et de félicité où la France est parvenue par les grandes et continuelles fatigues que le Rqy se donne (2), je croy que vous voudrez bien m'accorder une grâce que je ne demande pas pour moy, mais en faveur de tous les François. Le Roy en verra les cœurs dans la relation que je vous envoyé, et je suis asseuré que leur zèle fera à son tour trembler tous les jaloux de la gloire du Roy. Peut-estre que si ce prince ne lisoit pas ma lettre, il ne jetteroit pas les yeux sur la Relation. Donnez -vous. Monsieur, le plaisir de la lire, si c'estoit autre chose je dirois la . peine, mais vous aymez trop tout ce qui regarde le Roy pour ne pas dire le plaisir. Peut-estre que mon trop grand empressement à vous demander la grâce de faire lire ma lettre à Sa Majesté, à cause des

(1) Voir cette lettre dans le môme volume, fo 340. C'est une pièce imprimée, de deux pages et demie, format in-folio. En voici le début : « Au Roy. — Sire, Vostre Majesté ayant déjà receu favorablement quatre tableaux que le Mercure m'a donné occasion de luy présenter, et qui regardoient les merveilles de sa vie, j'espère qu'elle recevra le cinquiesme avec la mesme bonté, n est tout pour Elle. C'est un système dans lequel on trouve presque toute l'histoire de Votre Majesté. »

(2) Vizé n'exagère pas, et les rédacteurs du Mortti de 1759, ont pu dire en toute vérité « qu'en 1684, y compris le mois de mars de ceste année, il y avoit cent dix volumes de Mercure. » Tant de volumes consacrés à la gloire de Louis XIV, font penser au reproche qu'adresse Lenoble, en ses Pasquinades, à Vizé, d'avoir fait a du plus grand des mortels une louange fade. »

autres choses qu*elle contient, sera cause que vous croirez qu'il entre un peu d*intérest dans ma demande, mais je vous puis jurer avec vérité que le seul désir de faire lire ma Relation au Roy me fait souhaiter qu*il lise ma lettre, et que je le désire par les motifs que j*ay marqués.

Je ne dis pas, pour cela que je ne veux pas demander. Je le ferois, si j'en osois prendre la liberté. Je n'ay pas de bien, et le Mercure ne me donne que de la peine, des amis et de Thonneur (1). Ceux que je prends la liberté de donner, tous les mois, à la Maison Royale, à Messieurs les Ministres, à quelques personnes de la Cour, et aux Magistrats se montent à plus de cinq cens écus par an (2), sans les voyages, ce qui emporte tout le profit. Gomme on ne me condamne pas à donner tous ces volumes, et qu'on me fait plaisir de les recevoir, je n'ay sujet ny de me plaindre ny de demander. Si j'avois le temps de faire ma cour, cela me pourroit servir ; mais hors la Maison Royale, je n'ay veu Messieurs les Ministres qu'une fois en six ans pour leur demander s'ils estoient contents du Mercure^ et ils m'ont exhorté de continuer. Ils le lisent, et Monsieur le Chancelier le lit chaque mois jusques à la dernière ligne (3), car il me sert tous les jours de luy même contre ceux qui veulent entreprendre sur mon privilège. Je croy le Majeure utile puisqu'on y ajouste foy dans les pays étrangers, quoy qu'avec chagrin. Il me souvient que le gouverneur

(1) Vizé oubliait de faire figurer dans cette énumération la somme que le libraire Blageart lui donnait pour chaque liyraison du recueU. Voir Camusat, p. 206.

(2) Détails à introduire désormais dans Thistoire de la presse en France, ainsi que d'autres curieux détails qui vont suivre.

(3) Ce chancelier, qui lisait le Mercure galant avec tant de conscience était Michel Le Tellier, lequel avait succédé à Etienne d'Âligre en octobre 16T7, et mourut en octobre 1685.

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cTYpre me fit Hioonenr de me Tenir voir en s'en retournant en Espagne, pour me prier de mettre dans le Jferemre que le Roy aToit dit qnll n*aToit point attaqué de places qui se fussent mieux défendues. U me dit qull me faisoit cette prière parce qu'on le croire it à Madrid, si je le mettois dans le Mercure, Jamais livre n'a tant fait de bruit ny donné tant de peine sans rien produire à son autheur parce que ceux qui le font imprimer sur les imprimez de Paris en ont tout le gain. Le peu qu'il me raporte n'est pourtant pas ce qui me fait souhaiter que le Roy me donne : mais parce que la moindre chose de sa part feroit connoistre que ce livre ne luy déplaist pas, et que, depuis plusieurs années, je me trouve fort embarassé de répondre lorsqu'on me demande ce que j'ay reçu de la Cour (1), Monsieur le Duc estant le seul en France qui n'ayt jamais fait un présent.

Je oe sçay. Monsieur, pourquoy je vous écris tout cela ny d*où Ll m'est inspiré de vous l écrire. Je n'avois pas dessin d*€n dire un seul mot en commençant ma lettre : c'est peut estre rcïTct de ma destinée et que le Roy, qui ne fait que des miracles doit faire changer mon mauvais sort, et que vous en devez estre la cause. Je m'abandonne à vous^ et je vous en seray d'autant plus rede-

(1) SiVUé Q avait encore rien reçu de ît Cour, les choses changèrent bientôt, peut-être même, à la suUe des démarches qu'il demandaitàGalgiiïêrés, M. Jat {Dictimnttîre critique) mentionne 1106 pension de six mille livres accordée par Louis ZIV à son pa- Bégyriste, la 28 février l^ï, accrue plus tard de six mille autres livres, et ll le proclame » le mieux rente de tous les beaux esprits. » te Morén nous apprend en outre qu"l! « avoit obtenu un logemeat aux galeries du Louvre, où sa famille demeure encore. » On conviendra que, pour avoir quelque peu attendu, Vizé fut amplement dédommagé. M. Jadln (Nouvelle Biographie générale) ne lui fait donner que cinquante êcus de pension. 11 n'a pas bien copte le Moréri qui parie d'une peasion de 500 écus.

DU MERCURE QÀIANT 89

vable que Je ne vous demande rien. Cependant je vous prie d'estre persuadé que vous ne sçauriez jamais rendre service à personne qui soit avec plus de sincérité que moy,

Monsieur, Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

De Vizé (1).

La Relation que je prens la liberté de vous envoyer estoit à moitié imprimée lorsque j'ay apris qull falloit dire Monseigneur duc de Bourgogne, et non le Duc, et pour ne point parler de deux manières différentes dans le mesme volume, j'ay continué comme j'avois com* mencé (2).

(1) On voit que le solliciteur signe de Vizé, et non de Visé ou Devizé.kvis à MM. les biographes! Dans la Bibliothèque historique de la France et dans quelques autres recueils, on a dôflgurô la première partie du nom du créateur du Mercure galant, et imprimé d'Auneau pour Donneau, Rappelons ici que M. Jal (article déjà cité) a trouvé dans les registres de baptême de Saint-Germain TAuxerrois, les noms : Jean Donneau de Vizé, et qu'il a pu rectifier Terreur des biographes, lesquels font naître en 1640 un homme qui était déjà baptisé le 3 décembre 1638.

(2) On lit dans le Mercure galant du 31 août 1682 : a Avis. Quoyque dans toute cette relation on ait mis Monseigneur le duc de Bourgogne, on advertit qull faut dire Monseigneur, duc de Bourgogne, On avait déjà imprimé quelques feuilles du Mercure quand on Ta sçeu, et on a continué le volume comme on Tavoit commencé pour n*y point parler de deux façons. » La relation que Vizé chargeait Gaignières de présenter au roi complète le volume du Mercure du mois d'août (p. 1-333). Les quatre dernières pages (3^1-337) sont consacrées à des énigmes, ces énigmes dont Bou^ sault s'est si spirituellement moqué.

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