DEUX LETTRES DU FONDATEUR
Monsieur^ (1)
Tout ce qui s'est passé touchant la naissance de Monseigneur duc de Bourgogne (2) a fait une si forte impression sur moy que j'ai cru en devoir faire une exacte Relation que je vous prie de présenter à Sa Majesté. Ce qu'il y a de mieux écrit ce n'est pas de moy : le Roy en est l'autheur. La beauté de ses pensées, lorsque je les mets en propres termes, et de ses actions lorsque je les raporte, font recrier que l'ouvrage est beau. Il en est ainsy de près de cent préludes des Mercures qui ne sont composez que des paroles et des actions du Roy, et qui m'attirent des applaudissemens dont toute la gloire luy est due (3). On voit par là en quoy il a surpassé les plus grands honmies de l'antiquité, et ce qui n'a jamais esté fait que par luy. J'ay fait une remarque qui sera peut estre échapée à bien des gens parmy les divers sujets que le Roy donne de l'admirer souvent dans le mesme moment, c'est que tout homme qui a un juste sujet de faire paroistre un excès de joye, n'en peut montrer sans sortir de la modéra-
(1) Ibid. P> 344.
(2) Le duc de Bourgogne était né le 6 août 1682.
(3) Particularité qu'il faut recommander aux critiques qui voudront étudier le style de Louis XIV.
DU HERGURE GALANT 91
tion, ce qui est un défaut, et que cependant le Roy s'estant trouvé en cet état a fait voir, au lieu de ce défaut, toutes les Vertus ensemble. Vous le verrez dans la Relation que je vous envoyé, où il y a cent choses de cette force. J'ay voulu estre témoin de la plus grande partie de ce qui s'est passé à Paris, et j-en ay versé des larmes de joye. Le désir que j'ay que le Roy connoisse au vray le grand amour que cette ville a pour luy, a fait que je n'ay point épargné les frais d'une impression pour Sa Majesté seule, afin qu'elle leust plus aysément tout ce qui regarde le zèle de ses peuples, et détaché de toutes les autres nouvelles du Mercure^ car la Relation que je prens la liberté de vous envoyer est aussy dans le Mercure. Je seray satisfait de mes peines et de ma dépense si le Roy voit dans ce que je vous envoyé le fond du cœur de ses sujets ; car enfin la naissance seule de Monseigneur duc de Bourgogne n'a pas seule causé tant de réjouissances. La plupart de ceux qui se sont réjouis ne verront régner que le Roy. Le haut point de gloire où il a mis la France depuis qu'il gouverne luy mesme, fait que le peuple embrasse toutes les occasions de marquer sa joye de toutes les choses qui en donnent à Sa Majesté. Ce concert des louanges du Roy qui s'est fait entendre par toute la France a déconcerté les jaloux de sa gloire qui, ne pouvant nier l'éclat qu'elle a répandu dans les pays étrangers, feignoient de croire que l'union n'estoit pas si forte dans son Royaume, et comme dans cette occasion tous les François ont fait leur devoir, tout mon but est de les servir en faisant connoistre au Roy combien tout ce qui le touche est sensible à son peuple. Cette satisfaction est le seul fruict que je puisse espérer d'un travail qui m'occupe jour et nuit, puisque les HoUandois qui impriment le Mercure, dès qu'ils en ont receu un exemplaire de Paris, et qui en remplissent toute la terre en ont le profit, aussy bien