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GRAND ÉCUYER DE FRANCE

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Les docaraents publiés à k suite de cette notice sont la révélation de deux faits intéressants qui paraissent avoir échappé aux historiens : une conspiration bourguignonne en faveur de Tarchiduc Maximilien, et Tarrestation par ce prince du grand-écuyer de France, qu'il retint comme otage et enferma dans une basse-fosse, malgré sa qualité d'ambassadeur.

Dans les premiers mois de Tannée 1485, cinq personnages considérés comme les agents les plus dangereux de Tarchiduc dans le duché de Bourgogne étaient amenés prisonniers à Paris. On les accusait de différentes menées criminelles, entre autres d'avoir pris rengagement de se reconnaître sujets de Maximilien et de le servir dans ses tentatives armées contre la province nouvellement réunie à la couronne ; en outre on leur imputait un vol de titres importants de la Chambre des Comptes de Dijon. Des pièces sous-

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traites, les unes avaient été expédiées hors du royaume, et les autres, réservées au même sort, étaient tenues cachées en attendant l'occasion propice.

L'entreprise avait à sa tête un homme autrefois puissant dans le duché par le nombre de ses fiefs, et qui y avait conservé de nombreuses intelligences. Jean de Jaucourt, seigneur de Villarnoul, après avoir, été au service de Gharles-le-Téméraire en qualité de capitaine de cent lances, avait profité de l'amnistie générale accordée par Louis XI, dès le 19 janvier 1477, et s'était rallié, du moins en apparence, à la politique de ce prince, qui, dans l'espoir de se l'attacher, ne lui refusa aucune faveur. Nommé successivement bailli de Dijon, puis gouverneur de la ville et du comté d'Auxerre, pourvu d'une charge de Chambellan du Roi (1), il obtint de plus des lettres d'abolition pour son cousin, Philibert de Digoine, poursuivi et décrété de prise de corps parce qu'il avait £< conduit diverses entreprises au préjudice du Roi et livré au duc de Bourgogne plusieurs places fortes de Nivernois » (2). Néanmoins Villarnoul ne tarda point à abandonner le service du roi pour s'attacher à la for-

(1) Par provisions données àArras, le 6 septembre 1477 (LaThaumassière, Hist, du Berrij, p. 920). Commynes, liv. IX, chap. 6, dit que le roi donna à Jaucourt 500 1. de pension à prendre sur les finances ordinaires et extraordinaires.

(2) Trésor des Chartes, JJ. 2a5, fol. 275. Ces lettres sont datées du mois d'avril 1478.

tune de Maximilien d'Autriche. « Ce prince, dit la Thaumassière, considérant son mérite et sa haute suffisance au fait de la guerre, lui donna la lieutenance générale et conduite de ses armées en Bourgogne^ en hayne de quoy Louis XI confisqua toutes ses terres et fit démolir jusques à quatorze de ses places à ponl-levis (1) »>. Dès lors tout dévoué à son nouveau maitre, il usa largement de son influence en Bourgogne pour lui recruter des partisans. Quels étaient exactement ses projets et ses moyens d'action ? Comment le complot fut-il découvert, et dans quelles circonstances eut lieu Tarrestation ? Toutes ces particularités demeurent malheureusement ignorées.

Des complices de Jean do Jaucourt, deux au moinsnesont point des inconnus. Jean de Cussigny, abbé du Moutier-Saint-Jean, avait pris part, Tannée précédente, aux Etats-généraux réunis à Tours, comme député du clergé du bailliage de Dijon. Etienne Ducret, auditeur à la Chambre des Comptes de Bourgogne, se montra, dès les premiers jours de Toccupation française, un des plus zélés soutiens du nouvel état de choses et courut même des dangers personnels dans les soulèvements populaires, parce qu'on le rangeait dans la

fl) Loc, cit Les biens confisqués ilc Jean de Jaucourt et de sa femme, Agnès du Plessis, furent donnés à Jean Raguier, conseiller du roi et receveur-général en Normandie (Uossignol, ///,s/. de Uour(jogno. Conquête aprH la mort de Charles-lc-Témêraire^ p. \m, in-Ko, Dijon, 1853).

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catégorie des gros qui s'étaient vendus au roi de France. Georges de la TréinoïUe et son successeur, Charles d'Amboise, le chargèrent de plusieurs missions de confiance. Son nom figure, parmi ceux des commissaires, au bas de Tinventaire des meubles et titres du palais de Dijon dressé officiellement par le premier gouverneur de la province. Durant les mois de novembre et de décembre 1478, on le retrouve parcourant TAuxois en compagnie du bailli de cette contrée ; ils s'occupaient activement de provoquer et de recueillir des serments de fidélité au roi et au dauphin et des promesses d'assistance contre ceux qui se déclareraient en faveur de Marie de Bourgogne (1). Ses services ne lui parurent sans doute pas suffisamment récompensés et il s'en vengea par la trahison. Quant aux deux autres personnages nommés au procès, frère Jean de Gondebault, religieux de l'ordre de Saint-Benoît, et Jean de Brézilles, ils étaient beaucoup moins compromis.

D'abord enfermé dans le château du Louvre, le s' de Villarnoul fut transféré, le 30 avril, à la Conciergerie du Palais, où il eut pour prison une chambre haute de la tour carrée, sous la surveillance de trois huissiers désignés spécialement. Jean de Cussigny fut également incarcéré à la Conciergerie, et on détint les trois autres dans les cachots du Petit Châtelet. Le Parlement, saisi de l'affaire,

(1) Rossignol, (^/). cit, pp. 92, 137,234, 261.

reçut du roi Tordre le plus pressant d'instruire avec rapidité le procès des conjurés. Les premiers jours de mai furent consacrés à Tinformation, aux interrogatoires desaccusés et des témoins, et, le 1 1 de ce mois, la cour décida la mise à la question de Villarnoul sur le petit et, au besoin, sur le grand tréteau, (c afin de sçavoir plus amplement par sa bouche la vérité des cas sur lesquelz il avoit esté interrogué ». Donc, à cette date, les procédures étaient fort avancées. Etienne Ducret était déclaré suffisamment convaincu et Tarrêt définitif tout prêt à être rendu. Pendant quatre mois, néanmoins, l'affaire demeure en suspens. Ce n'est qu'a la fin d'août qu'un nouveau mandement royal enjoint aux juges de prononcer leur sentence sans plus tarder, mais de surseoir à l'exécution. Les arrêts rendus, le 27 août, contre Jaucourt et Ducret, les déclarent criminels de lèse-majesté et les condamnent à être traînés sur la claie jusqu'aux Halles, décapités et ensuite écartelés. Le texte porte en outre que leurs têtes seront fixées sur deux lances au pilori, leurs membres attachés à des potences aux quatre principales portes de Paris, et leurs corps suspendus au gibet. Tout autre cependant devait être le sort des cinq prisonniers.

Après tant de hâte au début, pourquoi ces longs délais entre l'instruction et le jugement, pourquoi cet ajournement de l'exécution capitale? C'est que dans l'intervalle il s'était produit un événement de très-grave conséquence, qui modifiait singulière-

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ment la situation. Pierre d'Urfé (1), grand-écuyer (le France, envoyé auprès de rarehiduc, fut saisi n Bruges par ordre de celui-ci, retenu prisonnier, au mépris de son titre d'ambassadeur du roi de France, et enfin jeté dans une basse-fosse du château de Villeborde. Justement émue, la régente envoya successivement plusieurs personnages pour s'informer des motifs et du but de cet attentat. Après s'être refusé à recevoir les premiers députés, Maximilien finit cependant par déclarer que l'emprisonnement du grand-écuyer avait été exécuté en représaille de l'arrestation de Yillarnoul et de ses complices, qu'il le retenait comme otage et se proposait de lui faire subir le même traitement qui serait infligé à ses serviteurs. S'ils lui étaient renvoyés sains et saufs, immédiatement l'ambassadeur serait rendu à la liberté. De nombreux pourparlers ne servirent qu'à affirmer la résolution immuable de l'archiduc. Subir sa volonté était le seul moyen de sauver la vie de Pierre d'Urfé; on s'y résigna, et les conspirateurs bourguignons, soustraits au supplice par l'intervention de leur puissant protecteur, furent échangés contre le grand-écuyer.

{!) Pierre dUrfé, seigneur de la Bastio, de Saint-Géran, de Montagu et deRochefort, bailli de Forez, et sénéchal de Beaucaire, avait été pourvu de l'offlce de grand écuyer par lettres données à Blois le t novembre Ms.3. H était do plus, à cotte époque, capitaine du château de Bourbon. Sa mort arriva le 10 octobre loOS. fVoy.le P. Anselme, tome VUI, p. I9U .

Tels sont, exposés sommairement, les faits qui m'ont paru mériter d'être mis au jour. Or remarquera, dans le mémoire contenant les instructions données aux deux commissaires chargés de la négociation avec le Parlement, les raisons qui décidèrent le Conseil royal pour la mise en liberté pure et simple. Elles marquent exactement la différence que Ton faisait entre les lettres de rémission et les lettres d'abolition.

Paul GuÉRiN.

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