LA PRINCESSE DBS URSINS
de leurs roys, dans les temps caiamiteux; toujours appliqué à son deyoir ; qui a eu les armes à la main dès son enfance : qui a fait connoitre sa prudence consommée et la grandeur de son courage dans le commandement des armées; sage sans ostentation, judicieux sans préoccupation, plus jaloux de la gloire de son Roy et du repos public que du sien propre, d'un désintéressement sans exemple, d'une pénétration capable de tout, qui souffre sa disgrâce tranquillement dans sa solitude, où il n'a point d'autre ennuy que de 86 voir inutilOi dans un temps où son zèle pour le service du Roy son maître ne seroit pas à mépriser. C'est le comte de Aquilar, dont tous les grands du royaume et les gens de bien pleurent la retraite.
Enfin, à un peuple dans la souffrance comme le fut longtemps autrefois le peuple de Dieu, on attend une autre Esther, dont les charmes touchant le cœur d'un autre Àssuènis, puissent dessiler les yeux de son esprit, pour luy faire connoitre les fausses maximes de ceux qui abusent de sa bénignité pour faire gémir les fidèles à leur Roy parce qu'ils le sont à Dieu.
L'on fait des préparatifs pour Mayorque, peu différents de ceux de Barcelone. Celui qui commande dans la première place, ne diffère en rien de ceux qui ont creusé leur préci- ]d6e k la seconde. Ce sera l'occupation de la campagne pro- II y a quelques jours que l'on étoit en peine à la ' ob placer madame la princesse de Piombino, n'y ayant laint de lieu propre pour elle au palais. Le Roy décida ipi^l fUloit la mettre dans une maison qui en est assez irpcbe» oft sont lesilomestiques de la Reyne deffunte, et les ilivojer dans le grand palais où elle est morte : mais on luy répondit qu'il n'étoit pas habitable et qu'on le détruisoit Iras IflB joors.^ Le Roy fut surpris et demanda, par l'ordre de
lt« éante. FéTrier-Hara 1866. — Doo. . 4
qui, roais personne n'osa lui rien dire, et il se contenta de dire : c Quoi, l'on s'avise de détruire les maisons où Ton meurt! quelque jour Ton en fera autant de celle-cy. t C'est une chose qui fait pleurer les peuples des larmes de sang, Toyant que par œconomie, pour agrandir le palais que le Roy habile aujourd'huy, on détruit un ouvrage incomparable de Charles-Quint, enlevant jusqu'aux grandes pierres de taille qui pavoicnt les cours, et démolissant une riche tour de trôs-noble architecture, à laquelle on avoit donné le nom de l'Empereur.— Voilà jusqu'où ceux qui dominent se rendent formidables : personne n'ose parler, de crainte de proscription.
M. Orry avoil fait un marché avec quelqu'un de la bouche, pour la table de la Reyne, à dix pistoles par jour. Le premier repas que l'on servit à S. M., après avoir pris possession de sa personne, étoit de neuf plats; pas un ne fut de son goût; elle ne mangea de rien, dont les ofSciers furent fortmo^ tiinez. Elle demanda de Tordre de qui on la servoit à neuf plats? Sur ce que personne n'osa lui répondre, elle continua et dit qu'elle n'avoit pas coutume d'être servie à neuf plats et qu'elle en vouloit dix- huit. Cela dérangera un peu l'œconomie de l'ordonnateur. Les officiers furent contraints d'aller à l'école des Italiens pour le second repas. Cependant, on croit qu'elle se conformera à la frugalité du Roy son époux, dont la table est beaucoup moindre que celle de la Princesse. Enfin, M. le Cardinal retourne à Rome. De tons les domestiques qui l'attendoient icy, quelques-uns le vont joindre à Rayonne, les autres vont s'embarquer pour Gennes. L'on dit que la présence du Grand-Inquisiteur est fort inutile où il 7 a tant de dérangement fondé sur les privilèges et immunitez de l'Église, et qu'il suffit du Roy et de son confesseur.
J'ay rhonneur d'être du plus profond respect, Monsei-