Landreau a m. de Pontchartrain
Réception de la Reine à Pampelone.
J'ai l'honnenr de vous rendre compte que la Reine douairière d'Espagne arriva à Rayonne mardi au soir 11% en par^ faite santé. Monsieur des Granges qui a eu l'honneiir de la suivre, est resté malade chez moy d'une fièvre double tierce, qui commence à diminuer par l'usage du quinquina, et j'e»-
LA PRINCESSE DBS DBSIlfS. W
père qu'il sera en état en peu de jonrsde partir pour se rendre à la Cour.
Un courrier de Monsieur le marquis de Torcy qui vient de passer par icy , a remis à Monsieur de Gibaudiére un paquet de la Cour de Madrid , pour le rendre en main propre à Monseigneur le cardinal del Giudice : si je puis scayoir*demain ce qu'il contient, j'auray l'bonneur, Monseigneur, de TOUS en informer.
La Reine d'Espagne partit de St-Jean Pied de Port le 9* décembre et en est arrivée à Pampelune, le 11% sur les six heures du soir. Les magistrats suivis d'un nombreux cortège vinrent au-devant, au couvent des Capucins, qui est à demy quart de lieue de la ville.
Sa Majesté descendit au Palais du vice-roy : tous les balcons étoient illuminez de cire blancbe ; le bruit de l'artillerie et des cloches continua pendant une bonne heure^etTon tira un feu d'artifice dans les balcons du Palais.
Le lendemain 12, la Reine alla à la cathédrale, sur les cinq heures du soir : la garnison ëtoit en baye, Monsieur le viceroi à la teste, l'esponton à la main. Sa Majesté fut reçeue par TEvesque et le clergé , et entra sous un dais porté par les principaux chanoines, l'Evesque marchant devant, en chappe et en mitre : après le Te Deum^ elle fust conduite à son carrosse avec la même cérémonie : aussy tost qu'elle fust raotrée dans son palais, les rues estant illuminées comme les joun précédents, on tira un feu d'artifice^ à la fin duquel il 7 eat une masquarade d'environ vingt à trente personnes à cheval, marchans deux à deux, masquez^sous la figure de divers animaux, portant chacun un papier avec des vers qu'ils rèciloient k haute voix, en passant sous le balcon de la Reine, èdairex chacun par un homme masqué, à pied, portant un grand flambeau de cire blanche.
Le 18 il y eut une course de taureaux qui commença sur
sant continuellement ses malignes inQuences sur tout son bémisphère, pendant que l'autre n*est, à son opposite, que pour en répandre de plus dangereuses sur le sien^ sans que la bénignité du soleil qui éclaire ce microcosme puisse pénétrer rintempérye des deux zones. Il faut parler ayec les Castillans moins figurativement.
Jusqu'à quand laissera-t-on régner l'injustice, l'ambition, la dureté de cœur, la passion d'agrandir soy et les siens, au préjudice de tant de familles dont on fait gloire d*étre mortellement baye? une jalousye dévorante, une superbe qu'aucun autre n'égale, et qui fait mépriser tout le reste de la terre!— À une personne de ce caractère que tout le monde connoit, il faudroit en opposer une autre qui n'est connue que de peu de gens; qui peut compter dans sa maison cinq reynes, du royaume dont elle tire son origine : sçavante, sans faste; capable, par son incomparable sagesse^ par une pénétration inimitable, par une connoissance universelle des intérêts des princes, de gouverner une monarcbie ; qui fait de sa maison un oratoire ; d'une dévotion si discrète qu'elle se cacbe au plus reculé de ses appartemens, pour la pratiquer en secret, d'une modestie sans affectation, d'un désintéressement sans exemple, et qui sçait sy bien œconomiser le peu qu'on luy donne, qu*il y en a toujours pour faire du bien aux nécessiteux. » C'est la marquise de Torrecuso.
À un personnage de fortune, grossier, impoly, rustique jusqu'à la brutalité, impitoyable^ toujours sur la négative, qui ne fait espérer que sur de doubles intentions, plus jaloux de ses propres intérêts que de la gloire du Roy qu'il sert; qui ne sçait ce que c'est que la pure vérité qu'il n'a jamais pratiquée; amy du trouble etl'ennemy mortel de la bonne foy et de le droiture (il ne faut point le nonmier, il est ocmau de tout le genre humain), il faudroit opposer un grand, dont les devanciers ont toujours prodigué leurs biens pour le senrice