IX. — UN PAMPHLÉTAIRE SOUS LA LIGUE
La Ligae, qn'après bien des controverses et des écarts d'imagination on commence à jnger avec un peu plos de saQgfroid al d'équité, s'étoit, comme on sait, recrutée dans tous les rangi da la société. C'est que, en temps de révolution, il faut bien, qaot qn'on en ait, preudre parti. L'antagonisme une fois posé, l'on a beau 86 vouloir retrancher dans l'indifférence, dans le sceptidame et l'isolement, l'émotion publique vient vous surprendre et saisîTf et vous voilà, comme malgré vous, lancé dans le tourbillon. La France, déjà si travaillée par les troubles précédents, dès que l'fessociation fut édictée, se trouva engagée sur toute sa snrfaœ, -• elle eut h se prononcer entre deux extrômes : l'ancienne croyanee ou le catholicisme ; les idées nouvelles ou le protestantisme. Toot ce qui avoit des convictions, de l'intelligence et de la virilité ttat tenu de prendre parti ; — les dissidents catholiques ne se montrèrent que plus tard, quand fut abordée la question de dynastie. Mais jusqu'au jour où se démasquèrent l'ambition des Guises et la tortueuse politique de Philippe II, il ne fut question que de doctrine et de foi religieuse. -— Cependant à côté des passions et des fougueuses ardeurs il y avoit les caméléons politiques qoi, sous une feinte indifférence, un scepticisme affecté, cachoient leurs convoitises et leurs ambitieux appétits : puis la tourbe des niais, des incapables qui, manquant de doctrines et de convicAloii, tournent à tout vent et sont acquis à tous les succès, c Tant qoe le monde sera monde, dit Bayle, il y aura partout des doctrines ambulatoires et dépendantes des temps et des lieux; vrais oiseaux de passage, qui sont en un païs pendant l'été, et en un antre |Mft* dant l'hiver : et lumières errantes qui, comme les comètes dos Cartésiens, éclairent tour à tour divers tourbillons. »
Tel ne fut point Tavocat au parlement Louis, si conna soos le nom de Louis d'ÛRLÉANs, sans doute parce qu*effeetlvemeat il étoit natif d'Orléans. L.es Fureurs (le la Ligue (expression classique et consacrée) lui Ûrcnt commettre des actes et des livres qui lui suscitèrent bien des embarras. — Il est vrai qu'il se rendit surtout célèbre à partir du moment où les catholiques toyëUmîm se séparèrent et s'unirent aux huguenots. ^ C'est en qoelqDO sorte reconnoitre qu'il étoit Gnisard et qu'il subit en entier It tortune des Ligueurs les plus déterminés.
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Noos rappellerons ici ses principaux ouvrages, qui sont comme aatant de foctams et de pamphlets, tels qu'en voient naître toutes les époques révolutionnaires. C'est d'abord son Apologie ou Défense des catholiques unis les uns aux autres, contre les impostures des catholiques associés à ceux de la religUm prétendue réformée, i586, in-8. — Pois VAdvertissement des catholiques Anglois aux François eaiholiqueSy du danger où ils sont de perdre leur religion et d^expérimenter, comme en AngleterrCj la cruauté des ministres, s'ils reçoivent à la couronne un roi qui soit hérétique 1586. — Cette invective d'une violence extrdmealloit non-seulement jusqu'à l'apologie de la Saint- BarUiélemy^ mais même jusqu'au regret quelle n'eût pas fait plus de victimes. — Ce n'avoii été, aux yeux de l'auteur, qu'une demi-mesnn. On y lisoit, a propos du roi de Navarre^ « Nous ne pouvons dissimuler la cruelle clémence et Tinliumaine miséricorde du jour SaincC-Borthélemy, car en ce jour, la crise de vostre maladie estant escheae, et ayant esté ordonnée une saignée très salutaire, et profllable & tout le corps^ on tira moins de deux pellettes qu'il ne falloit, pour le salut de tous les membres; qui a faict que ce mauvais sang estant demeuré, il a quasi ^asté et corrompu la masse... L'hérétiqne estant un membre pourry et gasté de la gangrené, qui perd les membres voisins, et qui vit h la ruine de tout le corps. Coupez, troqnes, cizaillez, ne pardonnez à parens ni amis, princes et sujets ni a personne de quelque condition qu'il soient... » (p. Si). Ne ▼oilà-t-ll pas du style digne de 93! — On juge aussi le déplorable effet que pouvoient produire sur les masses de pareilles excitatkms, le régicide en devoit être l'extrême conséquence.— Palma Cayety dans sa Chronologie novenafre, an 1586, a sur ce livre un enrienx passage que nous ne pouvons résister h l'envie de citer : 0B parlant de la publicité donné par les Ligueurs a leurs plus violents libelles;, l'auteur ajoute : « Ce qu'ils faisoient si dexlrementqoe Ton ne voyoit les premiers imprîmgE qu'entre les mains daêeoxqnife^toient entrés en leur ligue. Et comme c'est la coustume, em tàH de ces petits livrcts-ln. que tant plus ils sont rares, tant ]An Ils sont désirez, et tant plus tost on y croit; aussi il advint qu'a prix que ce fust chacun en vouloit avoir : si bien que les I et imprimeurs s'hazanlèrent de les imprimer, et en firent t de sortes que tout le menu peuple s'embarqua comme de luy i cette ligue. Quand ils virent que leur moisson estoit «Q mois de may de Tan 86, ils firent imprimer un livre in- ; AâœrHssement des catholiques anglois,.. — Ils le publièrent n oMnnencement fort en cachette. Or ce livre estoit d'un langage fait oiïï, plein de vives pointes : il contenoit des flatteries et mocda Toy, exaltoit surtout la valeur da duc de Guise, disoit \ da roi de Navarre et de la fene rdne de Navarre,
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sa mère^ et surtout se plaignoit qa*on n'avoit pas bien solemiiisé la Saint-Barthélémy, 1571 {sic), et qu'on avoit tiré moins de deux poilettes de sang; dénotant par là que Ton y devoit tuer le roi de Navarre et le prince de Gondé. — Beaucoup de gens d'honneur, tant d'une part que d'autre religion, abhorroient alors la malice du temps, duquel le peuple n'avoit autre entretien que la lecture de ces livres, qui u'estoit que le fusil pour allumer le feu de la sédition future et prochaine. »
La Ligue devoit bien une récompense au zèle fougueux de Loys d'Orléans. Il fut créé le 21 janvier 1589 avocat général, et c^est en cette qualité qu'il ajouta un supplément à son Catholique ongrlbû, autre écrit du même style, publié dès 1585 et qui fut brûlé avec plusieurs autres de l'auteur à la croix du Trahoir, et à ia place Maubert, le 2 avril 1594.
Un autre libelle plus séditieux encore parut sous son nom en 1593 : Ludovici d'Orléans, wnxas ex confederaiis pro catholioa fidê porisiensibus, a-s. rmum ex socUs pro hcereHca perfidia turonawibuê ex postuUUio, chez Ferd. Morel — et réimprimé à Lyon en 1594. C'est dans ce livret que Henri IV est traité de fœHdum Satana stercus. Les succès de ce prince ne faisoient qu'irriter d'autant le pamphlétaire, qui ne se contint plus à la nouvelle de sa conversion. Pendant la trêve qui suivit cet événement, Loys d'Orléans composa son Banquet ou après dîné du comte d'Arête ou le traité de la dûsimur' laHon du roi de Navare et des mœurs de ses partisans, libelle farci de vers et de prose, et surtout d'injures et de diffamations les plus audacieuses, dont les Ligueurs eux-mêmes blâmèrent l'em portement. — Lors de la réduction de Paris, d'Orléans prévoyant les poursuites qu'il sentoit avoir méritées, se retira ù An^'ers, sans attendre qu'il fût proscrit, comme il arriva le 30 mars de la même année 1594. — Après un exil d'environ neuf années, il revint à Paris sur la fin des mars 1603, a la sollicitation de deux anciens Ligueurs ralliés. Messieurs Jannin et Yilleroy. Mais il y étoit à peine arrivé que, sur quelques propos mal sonnants qui lui furent attribués^ il fut arrêté de nouveau et enfermé à la Conciergerie. C'est de œ lieà qu'il écrivit la lettre qu'on va lire, et qui dénote certainement un esprit ferme, élevé, convaincu. A la lecture de cette lettre» Henri lY ordonna sa mise en liberté. Les ennemis de LoDia d'Orléans, pour enchaîner la clémence du prince, lui mirent sons les yeux les passages de ses livres si injurieux pour la roine, sa mère : c Oh le méchant s'écria le roi! Mais il est revenu en France sur la foi de mon passeport^ je ne veux point qu'il ait die mal... 0 D'Orléans sortit donc de prison.
Dès ce moment notre pamphlétaire converti se rallia franchement au gouvernement royal, et lors du crime de RaytUtac,
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d'Orléans exhala ses regrets d'une façon pathétique dans un dernier écrit ayant pour titre Plainte humaine kwt le trépas du roi Henri le Grand, in-4. — Louis d'Orléans est auteur d'un grand nombre d'ouvrages dont on trouve la liste dans le t. XV de la J3tbliath. ftmçoise de Goujet. Il mourut à 87 ans, en 1629.
LoYS d'Orléaks a Monseigneur lr Chancelier. Monseigneur,
Troys choses m'ont faict acheminer par deçà avecq toute assenrance. La première, la clémence du Roy; la seconde, le seingde sa main, et la troysième, le grand scel de France apposé en mes lettres. J'adjousteray pour la quatrième, vostre aucthoritë et la foy publique dont vous estes le gardien. Les estrangers n'ont pas failli de me dëmouvoir de cet asseurance, mais ils n'y ont de rien prouffllé, et combien que les choses advenues semblent avoyr aucunement prœjudiciëà ces troys,— si est-ce que je suis arresté sur ces ancres, et ne puis démordre rien de ce que je tiens ferme en cet endroict. La clémence du Roy m'a esté tesmoignée et conflrmée par sa valeur, car il n'y a rien de plus clément qu'un cœur magnanime. Le seing de sa main et de sa main royale m'a donné grande certitude et le scel de la France, où le Roy se représente en habit pacifique, m'a promis une paix et une doulceur à laquelle je m'aimds encore. Je sois un homme de néant, mais les Princes estarangers^ entendant ma prison, en seront estonnez et peultestie ils en attriburont le mal à celuy qui en est du tout inoeent. Je confesse avoyr escript,[mais il y a dix ans ! et la méflKired'an temps calamiteux ne doist estre refratchie, prindpalemeni quand tout est pardonné. On dict que j'ai escript I le Roy defunct et le Roy de présent : mais c'estoit une \ chaalde et une indisposition du temps, dont ayant esté \ oomme tons les François, à présent que le temps est raMdl et que chacun a repris sa température, il n'est utile
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ny à l*E8tat, ny au bien des particuliers, ny à rhonnenr des grands d'en renouveler la mémoire. Que si le Roy n'eost pardonné à qui eut-il commandé? Car toute la France estoit contre luy, et à prœsent elle est glorieusement à luy. Le Roy ne m'a point pardonné à moitié, il a tout pardonné, tant pour son regard que du feu Roy son frère, à qui Dieu face paix. Il n'apartient qu'à Thoeritier et au successeur de venger et de pardonner les offences de son prédécesseur. Si ce qu'on prétend avoit lieu, les lettres du Roy me seroient inotilesl mais je n'œstimeray jamais que les lettres d'un Prince tel qu'il est, servent à me surprendre et à me mener au tuppiice. J'ai escript contre luy, n'estant catholique : à présent qu'il l'est, je suys pour luy faire autant de service que je oie suys efforcé contre luy. — Je vous priray, Monseigneur, me faire jouir du bénéflce et de la clémence du Roy qui ne s'aprent que par l'oubliance du passé. J'en ay sommé et interpellé Monsieur le Procureur général et l'en interpelle encore. Que si le Roy veult qu'on me face mon procéz, je vous prye me donner un Parlement qui me juge sans passion, aullre que celuy de cette ville de Rouan. Car estant advocat du Roy, et ayant faict casser les arresls par eulx donnez, où ils avoient décrété contre Monsieur le Légat et ordonné que les Balles du Pape seroient, comme ilz ont esté, mises es mains du bourreau pour estrc bruslées, cette souvenance les peult animer contre moy ; ce que je vous prie de considérer et ne leur délivrer mon sang inocent.
Je suys icy venu soubz la foy publique, faictes^moy sortir, s'il vous plaist, les effectz d'icelle. J*atends cela de vous et de la charge que vous avez espousée. Je loue Dieu que ce que j'ay faict et escript jusques à présent n'a esté pour m'enrichir, ni pour favoriser mes passions, mais pour le party que je tenoys; et puis dire que j'ay vesctt avecq tant de probité, soyt privé, soyt en ebirie pv-
HiflOLÂS Bnom. m
bliqae, qu'encore à présent je n'ay ennemy qui se pleigne de mes actions. Je vous prye de me pardonner si je vous tiens si longtemps. L'heure n'est point perdue qui s'employe i la salvation d'un homme inocent. Je vous saluray en cest endroict, Monseigneur^ et vous baisant les mains bien humblement, je vous priray vous souvenir de Tasseurance que me baillaste estant chez vous, à mon retour, et vous asseurer par mesme moyen que je suys,
Vostre très-obéissant serviteur, LoYs d'Orléans.
De la Conciergerie da Palais, 18 apTril 1608.
Au doi : A Monseigneur, Monseigneur le Cliancelier.