‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 29 sur 148 · XV. — TESTAMENT DE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

XV. — TESTAMENT DE FRANÇOIS

DUC d'ale.xçon et d'anjou.

Ce prince, d'un caractère versatile, a été justement comparé à Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis Xllf. Mézeray l'appelle homme à desseins bizarres. Sa mère, Catherine de Médicis, disoit de lui : « Il fait toujours le fol. » — Enfln, un historien moderne Ta caractérisé avec exactitude par une heureuse expression : « Il prétendit à tout ei ne se rendit digne de rien (1). » Tour à tour chef du parti protestant et combattant du parti catholique, il ébranla et soutint le trône françois, approcha la main de la couronne d'Angleterre (ayant failli épouser Elisabeth), et quitta ce pays sans succès, fat élu prince des Pays-Bas , couronne comte de Flandre et duc de Brabant, et chassé honteusement de ces provinces pour n'avoir pas su s'entendre avec le prince d'Orange, qui ëtoit resté lieutenant général, ni respecter l'esprit indépendant d'un pays soumis volontairement, mais nominativement k lui. Cinquième fils de Catherine et de Henri II, né le 18 mars 1334, il mourut phthisique et crachant le sang, oomme son frère Charles IX, (plutôt qu'empoisonné par le bouquet d'une dame)^ dans sa ville de Châteauthierry, âgé de vingt-neuf ans^ deux mois et vingt-deux jours.

Sans raconter autrement que par les lignes qui précèdent les actes d'une vie courte, agitée et ridicule, en somme, lesquels d'ailleurs se trouvent dans tous les historiens (2)« nous

(1) Im D^hmatie vénitienne, par Armand Bascbet, p. 577. (9) Ba dehors des annalistes généraux tels qae de Thon et l'Histoire 'im mpt provinces-^inieSf on troureroit des détails moins connus dans les Itc unèa. MiiWnin 186«. — Doc. 10

nous contecterons de quelques remarques spéciales sur ce document, que nous croyons inédit (I).

Le duc d*AIençon montre dans cet écrit des sentiments de piété profonde, exprimés d'une façon élevée et attendrissante. Son langage, très-noble et irôs-beau, sembleroit révéler une bonté de cœur que U'S annalistes n'ont pas remarquée et dans laquelle les sceptiques ne verront que Taffoiblis^ement d'esprit causé par la maladie.

Le testateur s'adresse presque partout au roi, auquel il parle personnellement, l'assurant qu'il n'a jamais agi que par le désir de mettre en repos son royaume et l'assurer contre ses ennemis. Cette assertion sera difficilement acceptée par ceux qui se rappelleront tous les mouvements politiques du duc d'Alençon. Peu après le siège de la Rochelle, il se pose en chef du parti qui se forma au commencement du règne de Henri III, et qu'on nomma dos politiques et des malcontenis; il est arrêté, puis relâché. Il demande alors la lieutenance générale du royaume. Sur le refus qui lui en est fait, il se retire de la cour (15 septembre 1573) et se met à la tête de l'armée des Reitres, que le comte Jean-Casimir, palatin, avoit conduite en France (^). Après la paix de Sens, il va deux fois en Angleterre et deux fois en Hollande, où il perd un grand nombre de François par ses imprudences. Comme

autears suivants : Pierre Mathieu, Papire Massoo, Hugo Groiioa, Flamlanus Strada (2« décade), Le Laboureur (Additions aux Mémoires de Castelnau-Mauvissière), enfin les Mémoires du duc de Ncvers, pour ce qui eon* cerne le voyage d'Angleterre.

(1) Le testament du duc d*Alençon n'est point inédit, comme le peose M de Martonne, on le trouve imprimé, sans commentaires, tome n des Métnoires de Neuersy et sans doute en d'autres recueils de même oatnra. Mats comme ces recueils de pièces, sur nos guerres religieuses, sont «itre les mains de peu de lecteurs, nous avons cru pouvoir reproduire ce docoment, en effet d*unc haute curiosité. D'ailleurs, nous nous serions fait on cas de conscience de priver nos abonnés de Tezcellente notice dont M. Alf. de Martonne Ta fait précéder.

{V Histoire yénéaiogiqtiedelamainm de France^ eic^ 1. 1, p. 135 et mi?*

TESTAMENT DU DUC d'aLENÇON. 139

tous les conspirateurs et les brouillons, le duc d'Anjou cache sous le grand nom du bien public ses desseins ambitieux et ses efiforls personnels pour gagner le pouvoir suprùmc. Le duc d'Alcnçon parle des bontés de son frère Henri III pour lui. Ce prince montra, en effet, sa foiblesse à Tégard de son cadet. Il le fit sortir de prison, à son retour de Pologne, et ne cessa de le combler de terres et d'argent. Charles IX avoit déjà usé des mômes moyens de conciliation. Il avoît donné en apanage à François, par lettres de Moulins (8 février 1366), le duché d'Alençon (Henri III éloit alors duc d*Anjou),et les seigneuries deChâteaulhierry, Chàtillonsur-Marne et Épernay, érigées en duché sous le premier nom; les comtés du Perche, de Gisors^ de Mantes etMeuIan, avec la seigneurie de Vernon, pour tenir le tout en titre de pairie. — Henri III augmenta cet apanage par le duché d'Anjou (dont Tapanagé prit désormais le titre), et de ceux deTourainc et de Berry ; enQn du comté d'Évreux, également érigé en duché. François fut donc un riche et puissant seigeur, un vrai fils de roi par la fortune. En résumo, il possédoit sept duchés : Châleauthierry, Anjou, Touraine, Berry, Ëvreux (nouveau) et Brabnnt (momentané), et sept comtés : le Perche, Mantes et Meulan, Dreux, le Maine, Gisors, MeaQX et la Flandre (momentanément). Il avoit obtenu du TOf son frère l'étrange et funeste faveur de pouvoir aliéner tmé partie du fonds de son domaine, et l'assurer à ses créanciers, arrangements fort contraires aux intérêts de TElat, et qui n'eurent heureusement aucun résultat elTectif, comme on le verra. Remarquez la situation bizarre d'un fils et ftèrede roi, se mêlant des affaires publiques, à la fin du in*riècle. Yoilà une fortune princière, qu'on peut évaluer tplnsiears millions de revenu, une opulente maison qui étend ses ramifications sur plus d'une province, une existence de grand feudataire enfin, digne du moyen âge. Eh

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bien t au moment de mourir, le maître d'une telle puissance on argent et en terre est obligé de confesser que ses senriteurs(amis, familiers, suivants), Tonl senri gratuitemerU. Les domestiques même n'ont pas été pour la plupart payés de leurs gages. 11 doit plus de 300,000 écus (1) aux étrangers et à plusieurs particuliers du royaume. Il est réduit à de* mander que son frère paye ses dettes , prière qui ne fut pa& exaucée. Quoique les fréquents voyages du duc d'Anjou, les^ aventures diverses et le désordre de sa vie aient été pour beaucoup dans cette mauvaise situation ânancière , il n'en est pas moins vrai qu'en ce temps tous les princes étoient dans ces habitudes de gestion, peut-être nées de la force des choses, du trouble général des affaires. On vit, nous l'avons dit ici même^ Catherine de Médecis décéder insolvable, et un roi renoncer à la succssion de sa mère (2) 1

Le duc d'Alençon essaye de régler pour l'avenir, par le moyen d'un autre, ce qu'il n'a pu régler lui-môme. Il demande que trois années de son levenu soient employées à l'acquit de ses dettes et au payement des gages de ses serviteurs, qu'il voudroit être continué pendant deux ans ; que le roi solde les emprunts faits pour lui par ses serviteurs, et qu'on leur conserve leurs droits, en recommandant particulièrement au roi le sieur de Fervaques (qui fut ambassadeur en Espagne) et deux inconnus, probablement inférieurs à celui-ci, Aurily et Guinée,, pour lesquels il réclame qu'on conserve ce qu^ils ont. Il n*y a pas à notre connoissance trace que ces vœux si légitimes aient été respectés plus que les autres.

Le duc d'Alençon paroit avoir été surpris par la maladie de

(1) Les 30,000 écas faisoient 900,000 Uvres. Leur pouvoir étoit alon de 3^750,500 francs; leur valeur actueUe seroit d« 7,500,000 francs.

(3) Voyez Dettes et créanciers de Catherine de Médids, par l'âbbé C. Che?alJer.

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langueur dont il périt, au moment de metlre ordre à ses affaires par la relraile; car il dit en son testament qu'il cloit prêt à retirer de la commodité des dons du roi.

Les choses du cœur sont fort habilement touchées dans cet écrit, dicté sans doute à un secrétaire: Le testateur jrotesle de son amour pour son frère (auquel il porta toujours en effet une secrète jalousie, née de Tinfériorité physi(jU(î, et prouvée clairement par Tingratitude) ; il reconnoît que Catherine lui a été toujours une bonne mère^ ce qui se trouve vérifié par ^hi^loire. Les pardons ne furent pas éparjjmés au fils ingrat; chaque fois qu'il étoit rebelle, la Royne-Mère se mettoit en voyage, alloit vers Monsieur, avoit des entretiens avec lui, apaisoit ses folles visées et revenoit triomphante à la Cour.

Le testateur, qui ne laisse probablement pas de quoi se faire enterrer convenablement, s'en rapporte au roi pour ses obsèques. Henri III, accédant à ce vœu et n'ayant garde de négliger une si bjlle occasion d'organiser une pompe (ce à quoi il s'entendoit merveilleusement), dépensa 200,000 écus pour l'enterrement de son frère; mais ne payoit point ses dettes ; ce qui fit dire que le Duc d'Anjou ne fut pleuré que de ses créanciers.

Il y a d'ailleurs des mots admirables dans cet écrit. Le duc fait son frère héritier de ses ennuis et regrets (faute d'antre héritage) ; il ne demande plus magnifique tombeau fM de vivre dans le cœur de ses serviteurs (amis).

La fin est marquée par une forte impression de tristesse. 11 ne reste pi-esque rien au prince infortuné de sa dernière entreprise (sur la Hollande). Les pays-bas lui ont fait accepter le titre de duc et de comte, qu'ils lui donnent encore et qnll transfère au roi, translation aussi vaine que le reste de 4es suprêmes dispositions.

-On remarque nne secrète amertume dans les paroles du

.^.i.NET ni?Tor.iQ:K.

i.o.^ue ces irailés solennels faits avec

^ ri.'\:iice>-Unics, convenlion qu'ils rom-

. ...it "p'ils avoiont voulu se donner un

.. » -.ou un vêrilaMe seigneur.

. ^ :-;nes contiennent, pour ainsi dire, un acte

.^. L.oii. Le duc reconnoîl (jull a gagné Cambray

.i> \iuj le roi lui a donnés (i^OuO chevaux et

. .H » «le pio'i). Ses habitants se sont jeté? entre

: leinamle (ju^oa les épargne. 11 y a une certaine

. iO ou slrati'giijiio dans le [lar^sage où, donnant

.:,.■ .Kl roi, le duc la désigne comme un boulevard

. s ennemis du nord. Fran^-ois, qui ne manijuoil pas

.::.i^K\ mais de jugement, avoil secouru Cambray,

. p.jr !e duc de Parme, capitaine du roi d'Espagne,

N.- Cl» iîénéral célèbre par son habileté, et fait son en-

. ;is la place, délivrée le J8 août l'iSl. Candjiay, qui

x .vn: restée détinilivcment, étoit en effet une tète de fron-

-, Ls luttes postérieures dont c».'lle ville fut l'objet jus-

^. ; i li'Mips lie Louis XIV démontrent que le ducd'Alcnçon

.X- N t toit pas trompé sur la valeur militaire de la capitale

■..4 k'Mnbrésis.

\piés avoir fait ressortir ce que contiint d'intéressant la .v.v'.-e que nous publions, qu'il nous soit permis de noter en .W\i\ mots ce qu'elle ne contient pas.

Il n'est nulle part faitmcnlion, même allusivement, du mari i^e manqué avec la reine d'Angletorre, projet assez raisonnable en soi, mais cpii compliquoit singulièrement les .ilT.iires de la France. C'est là le point le plus sensible de la vie ilii duc d'Anjou. Il jette un voile sur la blessure la plus cuisante: celle de l'amour-propre déçu en même temps que rand)ilion. Il paroît qu'Elisabeth avoit d'abord été séduite parles manières élégantes du lils de Catherine; quoi qu'ayant «oufTert de la petite vérole fort jeune, il en fut demeuré

TESTAMENT DU DUC d'aLENÇON. U3

toutgàté^ (comme dit un historien)^ cl aussi mal fait de visage que d'esprit. — Mais Elisabeth craignoit un maître dans un époux et fit au n:oins sagement de repousser celui-ci, dont le caractère léger n'offroit de garanties à aucun point de vue.

Le lestameiit que nous publions est une copie sur papier jaone d'une fine écriture, minuscule, cursive avec des abié- Yiations peu nombreuses et régulières, bien authentiquement du XVI* siècle. Cette copie paroît être contemporaine, Tacte ayant été fait peu avant la mort du duc, avec la mention au dos: frère unique du roi^ mention exacte puisque ce décès ouvrit le trône à Henii IV. Je ne sais si le conimmlateur s'abuse; mais cette pièce, inédile ou non, lui a paru par la valeur historique mériter des explications plus amples que celles qui sont fournies ordinairement dans celte revue sur les documents qu'elle publie.

Il nous reste un mol à dire sur la source où nous avons puisé ce testament, sous-entendu toutefois qu'il ne se puisse trouver en d'autres dépôts, à la Bi!)liothèque iuipériale, notamment, cette inépuisable mine de trésors de tout genre (1). Nous avons trouvé ce document chez M. le comte de Cliollet, qui nous l'a gracieusement communiqué. Il fait partie, par un hasard inexplicable, des archives du château de Beauregard, édifice élégant, situé à huit kilomètres de Blois, sur la limite de la forél du Russy, dans la commune de Cellettes. Construit probablement par François V vers mO pour rendez-vous de chasse, puis donné par le roi à son oncle naturel, René, bâtard de Savoie, successivement possédé par Jean du Thier, secrétaire d'Éiat sous Heurill, Florimond Robertet, aussi secrétaire d'État, Paul Ardier,

'^) Ka eArt, le testament de François d'Âlençon s'y trouve en plusieurs amplalna, et dans le fonds Brienne-Colbert-Faignières, etc.

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trésorier de l'épargne. Paul Ardier fils, Président à la Cour des comptes de Paris, enfin par les Gaucourt (famille de Clermont), les Jumilhac et les Sainte-Aldegonde; dû en partie au XVI* et au xvii* siècle (première moitié sous les Ardier), ce caslel est remarquable sous deux points de vue : d*abord, une galerie, contenant 363 portraits peints, encastrés par compartiments dans les murailles, formant un véritable cours d'histoire de France pendant trois siècles, de Philippe de Valois à Louis XIH, collection qui a donné l'idée première de la Galerie de Versailles (du moins pour la section despor* traits), et dans laquelle on a copié un grand nombre de ligures pour le musée; ensuite, un carrelage en faïence cmaillée, blanche et bleue, représentant une armée en marche: cavalerie, artillerie, infanterie, mousquetaires, piquiers, porte-drapeaux, en costumes du temps de Louis XIII, le tout imaginé par Paul Ardier I", ainsi que les archives du château en font foi. Ce morceau est unique en France, comme la galerie dont ce carrelage forme le plancher. Le château de Beauregard, habilement restauré par son propriétaire actuel, t dont nous ne pouvons parler qu'en passant, est une des merveilles des bords de la Loire,

A. DE Martonne.

Testament de François, duc d'Aîençon et d* Anjou.

Ce jour d'hui vu® juing lo84. en la ville et noslre chasleau de Chasleauthierry, me trouvant afîoibly et sentant ma fin proche, pour la longue maladie dont j'ay esté détenu, Je, François, filz et frète de Roy, ay faict et nommé de ma bouche mon testament codiciie et dernière volonté comme s'cnsuict.

Premièrement, Je recommande mon âme à Dieu en la jrrâce et miséricorde duquel toute mon espérance consiste, le suppliant, me vouloir pardonner mes péchez lesquels je supplie m'estre remys par la mort et passion de son fils Jésus-Christ.

Quand mon ame sera séparée de mon corps je désire qne les obsecques et funérailles soient faictes à la volonté du Roy et de

TESTAMENT DC DUC d'aLEXÇON. 145

la Royne, ma mère.— Le plus grand regrecl (lu^j'ayo, MonsL-it'neiîr, est de vous avoir irrité et depleu par mes actions et entreprises, combien que le désir de mectre en repos vostre Royaulme et i\i$senrer contre l*estranger m'en ait incité, pinstost qii'^ aurune chose ou malveillance particulière : je vous veulx supplitr me le vouloir pardonner, comme je vous en requis la dernière fui< «lue j'eus ce bien de vous veoir, ce que je m'assure que ferez par votre bonté.

Je suis né votre frère et vostre subject, je possède unp appenage par vostre concession et libéralité très-beau et très-grand, vous avez augmente mes moyens par voz bienfaicts, et, qi:i est pins est, vous m'avez permis de m'ayder du Tond de mon domaine et en assurer une partie de mes créanciers.

J'uy esté assisté gratuitement de plusieurs gentilz hommes vos subjectz dont la plus part se sont incommodez, appauvriz et qua^y du tout minez à mon service.

Mes serviteurs m'ont bien et loyaument servy, chacun en sa charge : je n'ay en loisir ne moyen de les r compenser comme je le desircis (et la raison le vouloit mesme>). La plus[)art n ont esté payés de leurs gaiges; pour comble de ma douleur je doib'.z environ trois cent mil escus, tant aux eslrangers que plusieurs aultrès particuUiers de vostre Royaulme, et emporte en mon tombeau tonte leur substance, leurs pleur^ et gemisemeniz, sans que j'aye en le moyen de m'en descharger envers Dieu et les hommes. , sy par pitié et compassion, vous ne daignez faire tant d'hotmeur à eellnyqui fut vostre frère de naissance, et enfant d'obligation, que d'accepter la pauvre et desullée succession.

Je vous supplie et adjure^ sy besoing est, vous, Madame et mtoe^ qu'il vous plaise intercéder pour moy aultant que vous ffl'avei esté tousjours bonne mère, et que vous veillez donner n ce coup vostre faveur et support à ses dernières requesies et suppliettioo8.

Je ne vous veulx donner, monseigneur, ce qui est desja vostre; maïs blea vous faire, s*il vous plaist, héritier de mes regretz et nmojs : préservez, s'il vous plaist, ma mémoire d'ung si grand Uame et déshonneur que d'avoir ruyné mes pauvies et aireclioBita serviteurs.

Je TOOB requiers que les dons qu'il vous a pieu me faire et dont fMoii prest et snr le poinct de retirer de la commodité, soient BQMMH» et exécutez en mon nom a l'effect que dessus.

Je vous supplie aussi que trois années de mon revenu soient laployées au mesme effet, c'est-à-dire en l'acquict de mes débtes et payement des gaiges de mes serviteurs, lesquels il vous plaira eondnner deax années suivantes.

Aussy je voas supplie de vouloir descharger mes serviteurs des einpruDiz (]u*ilz ont faict pour aydor ù subvenir à mes urgenlz atîaires cl qu'il vous phtise leur conserver les droirtz que je leur ay faicts qu'ilz niontrenmt avoir obtennz de moy, et qu'ils puissent jouyr des mcsmes privilhges qu'ilz ont accoustumOz.

Kl pour la dernière demande «]ue je vou3 faiciz, je vous supplie trùi-hunibletnenl qu'il vous pi lise avoir tous mes dicts serviteurs en roi'ominandaiioi), les appuyant de vosire auihorité, faveur et bienfaict, ei spécialleinent les sieurs de Fervacques, Aurily et Guiiice, de la fidélité et loyaulté desquels Je veux bien respondre devant Dieu et devant vous, pour en avoir faict preuve en tant de sorte que je n'en puis rendre autre témoignage; vous supplittK que ce je leur ay donné h^ur soit conservé avec accroisseoieut de leurs mérites.

Vosire grandeur ne pourra eslre incommodée de sy petitte requcste, pétille, pour vosire considération, mais grande ponr la desrharge et acquicidc ma consienre : plusieurs princes moindres que vuus^ ont plus despcns aux obsèques et sépultures de leurs aniys.

Je ne vouldrois plus grand despence et ne désire |}Ius mAgnifîcque tombeau que de vivre dons le cœur de mes serviteurs, Jes- ()uels vous rendcrez par ma prière et par votre bonié, s*il vous plaist, moings malheureux. — ' Sy j'avois des Royaumes à moy, ils scroieut à vous : et les vous lainiis par ce mycn testament, et noa a aultre: ma naissance, ma nature et mon aiïection vous constituent mon héritier sans que je pledvje {cautiomie), mais il ne me reste de ma dernière entreprise presque rien qui puisse esin appelle don et libéralité, qui ne soit acquis à vous.

Les pays-bas m'ont fairi a:'hepier bien chèrement le nom de Duc et Conte, lequel ilz me donnent encores; et sy j'ay quelque pouvoir en leur endroit, je les prye de transférer tant en vosire personne à qui pareillement, et à vos successeurs, je laisse et donne tous les droicts cl prétentions que j'y puis avoir pour ce regard, en vertu des traitez solennels que j'ay faictz avec eulx.

Et d'aultant que Gambray peult servir à cet eiïect comme d'uog boulevart, acquis et gaigné par les moyens que m'avez donnés, et que je demeure obligé à deiïence des citoyens qui avsc tant d'affection et fideliié se sont jectéz entre mes bras, je vous supplie au nom de Dieu, monseigneur, accepter ce qu'ay en cotte place de droict et d'aucihoriiè^ et empescher Toppressiou et désolalioiCd'mL sy bon peuple.

Au dos: Coppie du testnment de deffunct monscîgnenri fliz de France, frère unicque du Roy.

LE JARDIN DE L'ARSENAL. j47

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