‹ Le Cabinet historique (volume 3)Chapitre 30 sur 148 · XVL - LE JARDIN DE L'ARSENAL · texte numérisé non relu

XVL - LE JARDIN DE L'ARSENAL

sous HENRI IV.

Voici une petite pièce dont le sujet n'est pas sans analogie avec ce qui se passe de notre temps au jardin du Luxembourg. Il s'agit de travaux entrepris sous le règne et par les ordres de Henri IV sur les terrains que la ville de Paris considêroil et revendiquoit comme siens. L'administration municipale avoit établi en cet endroit, dès le xiv* siècle, les ateliers et magasins de ses armes, munitions et engins de guerre; c'est là, dit-on, que le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, avoit mis en dépôt de nombreux maillets de plomb pour, au temps dos troubles, en armer les Parisiens contre les ennemis du Rni : maillets dont s'einparorcnt les séditieux de ^'^82, si connus sons le nom de Maillotins. — François I", vers 1531, pour le besoin de ses guerres, enjprunta les Granges de l'artillerie, ainsi nommoit-on ces bâtiments, pour y placer ses Tonderies de chinons. « La ville les prêta, mais à regret, dit Sauvai, car elle pressentoit que son arsenal alloit devenir celui du Roy. > C"s granges ou hangards Turcnt détruits par i 'explosion des poudres de 1538. Les bâtiments rétablis, Henri II, à son tour, s en empara d'autorité, non pourtant sans promettre à la ville un dédommagement, qui n'arriva jamai:'. En 156^, le 28 janvier, ime nouvelle explosion des poudres réduisit en cendres, une seconde Tois, tout l'Arsenal. 11 est grandeuicut question de ce désastre dans les lettres du temps, entre Catherine de yédîriSy le duc de Guiso et le jeune roi Charles IX. Les troubles et les ferres civiles de ce malheureux règne imposèrent la néeessîté de relever l'Arsenal, qui dès lors fut enclos de murs, fossés, butions et remparts, sans préjudice aux droits réservés de riiotei doTiUe.

Aa temps de Henri IV, TArsenal se composoit seulement d'ate- Ikrede fonderies et de magasins. Non loin, sur le boulevard qui hiqgeoît la rivière, se trouvoit un bastion de défense et d'ubi^ervatoj dont la principale destination cloit de protéger l'arrivage des ipprofisionnements des marchés de Paris, et de veiller à la sécaiM des abords do la Cité. Ce boulevard, planté d'arbres, étoit dewu l'on des plus agréables promenoirs de la population pari- B. Henri IV, on le sait, affectionnoit extrêmement cet endroit I but de promenade, surtout depuis que Sully, grand maître

de Tartillerie, \ avoit sa résidence. Puis rofficîenx Zamet possédolt aux alentours une délicieuse petite maison à l'italienne, qae discrètement et à l'occasion il sayoit tenir à la disposition du maître.

Ilenri^ qui s'occupoit si volontiers des embellissements de Paris, avoit déjà fait beaucoup pour l'Arsenal. Sous l'impulsion de Snlly, il en avoit agrandi les magasins, construit des balles, des fonderies nouvelles : pois pour l'agrément de l'intérieur, outre les salles si magniOquement décorées par les premiers artistes du temps, il avoit Tait élever un théâtre pour les bals, ballets et comédieSi dont la reine Marie avoit la passion. « Lo parterre, dit Sanval, étoit environné de loges arrondies, en demi-circonférence, avec des escaliers pour y monter, les uns dérobés, les autres spacieux et commodes. » — Cette remarque de Sauvai semble indiquer qae cette disposition du théâtre, qui est celle en usage aujourdliai, étoit alors une nouveauté.

Mais l'Arsenal, avec tous ses enjolivements nouveaux, manqnoit de dépendances. Henri, sans trop se préoccuper des revendications de THôtel de Ville, résolut, à l'aide d'un parapet prolongé, d'enclore dans les dépendances do l'hôtel tous les terrains avoisinants, pour les convenir en promenoirs et jardins. Ces terrains étoient spacieux. Ils partoient d3s fossés de la Bastille, s'étendaient l6 long de la courtine et des derniers bastions qui terminoient les remparts de Paris, sur la rive septentrionale de la rivière.

On remarquera que les travaux qu'alloit exécuter Henri IV, h seul rot dont le peuple ait gardé la mémoire, n'avoienl rien d'inquiétant pour la sécurité des liabitans; il ne s'agissoit ni de bastilles ni de con^ructions menaçantes pour la liberté publique. Henri vouloit utiliser et transformer ces terrains, y planter des arbres, les orner de parterres, de charmilles et de bosquets; y ménager des salles de bains et de jeux, dont la population parisienne, à ses jours, auroit elle-même la jouissance.— Mais niqoièie et jalouse de ses droits et de ses prérogatives, aux premiers alignements, aux premières tranchées des ingénieurs et maîtres des ouvrages, l'édilité parisienne s'émut et se mit en souci des arriùres-pensces du chef de l'État. On remarquoit que les trancbéei commencées pour le mur d'appui en projet étoient de dix pieds de largeur, ce qui faisoit supposer quelque pensée de forteresse, inquiétante pour la liberté publique. Le prévôt de Paris^ au nom de l'échevinage, sollicita, pour aiïaire urgente, une audience de S. M. C'est ce conflit entre Tautoriié royale et l'Hôtel de ViUe, que reproduit la pièce que nous donnons ici.

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